04 janvier 2010

Nash Dailey, le terrien 02

Chapitre 2

 

 Jeff Hikory se redressa d’un bond. Tout autour de lui se trouvait un nombre d’individus de toutes nationalités. Il se leva et explora la pièce. Il soupira. Il n’y avait pas d’issus à part la porte évidemment. Quelque chose l’intriguait également. Il s’exclama :

- Où sont les enfants ?

 Une femme d’une trentaine d’années s’approcha. Il la détailla de la tête aux pieds avant de la reconnaitre.

- La journaliste, Karen Miller. Je ne me trompe pas ?

  Elle lui adressa un faible sourire. Elle était blonde aux yeux noisette, plutôt joli brin de fille, mais divorcée deux fois déjà. Ces ex-époux ne supportaient pas sa grande popularité auprès du public.

- Monsieur le Président de la fédération ! Drôle d’endroit pour faire connaissance, n’est-ce pas ?

 Elle ne semblait pas le moins touchée parce qu’il leur arrivait. Elle reprit :

- Les enfants sont dans une autre pièce, sauf l’un d’entre eux. Ils l’ont emmené auprès de leur chef.

 Jeff hocha la tête. Il ne savait pas trop quoi faire à vrai dire. Il finit par demander.

- À quoi ressemblent nos ravisseurs ?

 Karen se passa une main dans ses cheveux ébouriffés.

- Eh bien ! Ils sont presque humains dirons-nous. Ils ont une taille d’un mètre quatre-vingt, de larges épaules et un fort poitrail. Leurs bras sont plus longs que la normale. Mais le plus surprenant, c’est leur tête. Elle est toute petite sans cheveux et sans sourcils.

- Vous voulez dire une tête plus petite que la nôtre ?

 La jeune femme hocha la tête. Elle serra ses bras autour d’elle, elle rajouta :

- Ils ont également la peau jaunâtre.

 Katnos regarda le jeune humain. Il ne semblait pas effrayer du tout. Il demandait sans arrêt après son père ou sa mère. Il en devenait très agaçant. Il espérait juste que son Empereur aimerait son cadeau. Les gardes lui avaient signalé avoir entendu le garçon leur parler dans leur esprit. Ils leur posaient des questions et connaissaient la réponse avant qu’on daigne lui répondre. Cet humain avait le don de leur pire ennemi Déjanira. Katnos se tourna vers un de ses officiers et s’écria :

- Préparez un vaisseau pour amener notre jeune prisonnier à l’empereur, ainsi que le président de la fédération de cette planète et de cette humaine avec qui il discute. Exécution !

 

 Jeff et Karen suivirent leur geôlier à travers les couloirs du vaisseau. Ils venaient de quitter le vaisseau mère pour une destination inconnue. Ils stoppèrent devant un mur portant un symbole. Un des gardes appuya dessus et la porte coulissa. D’un geste autoritaire, ils firent entrer les prisonniers et refermèrent la porte derrière eux.

 Karen regarda autour d’elle. La pièce n’était pas très grande et ne comportait pour tout deux couchettes superposées et à sa droite une table à trois chaises. Face à elle, un hublot montrait l’immensité de l’univers et surtout en son centre, une énorme boule bleue qui s’éloignait de plus en plus.

 Un mouvement à son côté la fit sursauter. Elle baissa les yeux.

- Mon Dieu !

 Jeff suivit son regard et aperçut la petite forme qui tirait sur la jupe de la jeune femme. Karen s’agenouilla près de la silhouette et emprisonna les petites mains dans les siennes.

- Bonjour. Comment t’appelles-tu ?

 Elle parlait d’une voix douce et calme pour ne pas l’effrayer. La bouche du petit tremblait et ses yeux d’une drôle de couleur, étaient humide. Il renifla et murmura.

- Nash… Nash Dailey.

 La jeune femme fouilla dans la poche de sa veste pour retirer un mouchoir. Avec tendresse, elle essuya les larmes de l’enfant. Elle leva les yeux vers le président.

- Pourquoi emmène-t-il cet enfant avec nous ?

- Comment voulez-vous que je le sache ?

- Le chef veut me donner à son empereur, répondit à la place le petit garçon.

- Comment peux-tu le savoir ?

 Le jeune garçon baissa la tête, apeurée. Comment leur annonçait son pouvoir ? Sa grand-mère le traitait de monstre. Il n’y pouvait rien. Il était né avec ce don. D’une voix tremblante, le garçon annonça :

- Je peux lire dans la tête des gens.

 Karen cligna des yeux de surprise, ne s’attendant pas à cette révélation. Son esprit d’ailleurs ne voulait pas le croire, mais en même temps, elle n’avait jamais cru aux extra-terrestres non plus. Jeff eut un hoquet de stupeur. Nash se recroquevilla un peu plus sur lui-même, les larmes près a coulé. Karen lui caressa tendrement la joue pour lui faire lever le visage vers elle. Elle lui adressa un sourire de confiance.

- Ton pouvoir nous est inconnu alors nous en veut pas si nous disons quelques âneries. D’accord ?

 Le petit garçon hocha la tête, toujours un peu craintive.

- Bon, tu as lu dans l’esprit de ce monstre ?

- Ce n’est pas un monstre, c’est un Mandralore.

 Karen jeta un coup d’œil à Jeff. Celui-ci les rejoignit et s’accroupit à son tour près du plus petit.

- Nous ne le traitons pas de monstre pour son physique, mais pour ces actes, Nash.

 Jeff sursauta en sentant un picotement dans sa tête. Ce n’était pas désagréable, mais juste un peu dérangeant. Il répliqua :

- Tu ne dois pas faire cela, Nash. Tu ne dois pas entrer dans la tête de quelqu’un sans sa permission.

 Le garçon renifla prêt à sangloter. Jeff soupira. Il n’avait pas voulu être méchant.

- Je… Je suis dé… désolé.

 Karen attrapa le petit dans ses bras où il se mit à pleurer toutes les larmes de son corps. La jeune femme lança un regard noir à son compagnon d’infortune. Jeff soupira à nouveau. Il n’avait su y faire avec les gosses. Il laissa la journaliste s’occuper du petit pendant qu’il se mit à observer avec nostalgie et grande tristesse la disparition de la planète bleue. Qu’allait-il advenir d’eux ? Et les autres passagers restaient dans le vaisseau mère ? Qu’adviendraient d’eux également ? La peur le tenaillait, mais il devait s’empêcher d’y succomber pour la femme et l’enfant qui l’accompagnaient.

 En tout cas, les mandralores tenaient à leur prisonnier, car ils vinrent leur amener à manger aux heures fixes. Souvent un étrange phénomène se produisait quand le mandralore, apparemment toujours le même, venait leur donner leur repas. Cet extra-terrestre observait toujours avec insistance le petit garçon. Pour quelle raison ? Avait-il peur que les deux adultes fassent du mal à l’enfant ? Où avait-il une autre raison ? Parfois, le mandralore penchait un peu la tête comme s’il écoutait quelque chose. Alors, Jeff se demandait si par hasard, ce petit démon de cinq ans ne s’amuserait pas à fouiller dans l’esprit du mandralore.

 Il finit par poser la question. Nash le regarda tristement et craintif. Jeff songeait que ce garçon savait bien manipuler les adultes à son avantage, car aussitôt il se fit sermonner par Karen. Il sut également que le don de Nash pouvait être source de soucis et surtout de danger.

 La nuit, il arrivait souvent que le gamin pleurât après ses parents, tellement que cela devait très ennuyeux pour le sommeil. Non seulement, il pleurait à fendre l’âme, mais télépathiquement aussi. Karen et lui finissaient souvent par se réveiller en sursaut avec un horrible mal de tête. Quand Nash s’en rendit compte, il en fut tellement choqué qu’il ne parla plus pendant un long moment tout en restant recroqueviller sur lui-même. Karen n’arrivait pas à l’atteindre, Jeff non plus d’ailleurs.

 Le garçon redevint lui-même quand le mandralore qui venait leur amener leur dîner déposa un petit objet près du garçon. Nash baissa les yeux vers l’objet en question et le prit. Il eut un petit sourire. C’était une petite poupée en chiffon le représentant du mieux possible. Karen et Jeff en furent soulagés, mais en même temps fort surpris. Les mandralores n’étaient pas des êtres très sympathiques. Ils étaient d’une extrême violence. Pourquoi l’un d’eux agissait différemment ?

 

 Jeff Hikory se trouvait allongé sur la couchette depuis plus d’une heure, mais le sommeil ne voulait pas venir. Depuis combien de temps était-il, lui et ses deux compagnons, dans ce vaisseau ? D’après le peu d’information qu’il connaissait, les mandralores les emmenaient sur leur planète d’origine, Masalys afin de rencontrer l’empereur de tous les empereurs mandralore, le grand, le magnifique Mesos. Et ensuite, que se passerait-il ? Seront-ils condamnés à devenir des esclaves ?

 Il avait fini par accepter le don de Nash. Celui s’amusait à lire dans l’esprit grand ouvert des mandralores. Ils surent ainsi que leur voyage n’était pas encore terminé. Ils en avaient encore pour un bon mois à peu près. Ils purent apprendre également que les mandralores gouvernaient la terre à leur profit. Dans un sens, Jeff fut content d’apprendre qu’elle n’avait pas été tout simplement balayée de la surface de l’univers.

 Il osa demander également à Nash de se renseigner sur la planète Masalys. Le petit lui envoya les images reçues. L’homme fit la grimace. Une planète marécageuse où une bonne odeur de pourriture régnait en maître. Des bâtisses immenses faites d’un matériau étrange et brillant constituaient en grande partie comme lieu d’habitation. La faune était surtout représentaient par d’énormes animaux très féroces et d’insectes très gros, encore plus gros qu’un ballon de foot, ainsi que des plantes carnivores ou poreuses.

 Karen reçut les images également et se mit à pleurer à son tour. Vivre dans un endroit pareil serait selon elle, comme une punition divine. Cette planète ressemblait à un enfer quotidien. Comment pourront-ils vivre dans un endroit pareil ?

 Nash, alors, malgré ses cinq ans, leur annonça un jour qu’ils n’auront jamais l’occasion de connaitre Masalys. Les deux adultes n’eurent pas d’autre explication, car à ce moment-là un énorme choc secoua le vaisseau faisant perdre l’équilibre aux prisonniers.

 Karen attrapa le petit garçon afin de le serrer contre elle, apeuré. Que se passait-il ? Jeff se redressa et jeta un regard par le hublot. Que leur était-il arrivé ? Déjà, cela faisait plusieurs heures que le vaisseau s’était stoppé. Il n’en connaissait pas la cause et maintenant cette secousse. Le vaisseau avait-il été touché par une météorite ? Il se passa une main lasse sur le visage. Il se laissa glisser sur le sol près de la jeune femme et demanda :

- Nash ? Que se passe-t-il ?

- Un vaisseau ennemi s’est connecté à celui-ci.

- Quoi ?

 Le petit garçon pencha la tête comme s’il réfléchissait, puis il annonça :

- Les mandrolores sont très agités et effrayés. Ils sont attaqués par leur pire ennemi.

- Bin voyons ! Qu’est-ce qui nous tombe dessus maintenant ? Laissa échapper Jeff, pathétique.

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05 janvier 2010

Nash Dailey, le terrien 03

Chapitre 3

 

 L’homme se réveilla en sursaut en proie à un cauchemar. Il se passa une main lasse sur le visage afin de chasser le reste de sommeil et soupira à fendre l’âme. Il éjecta, du lit, ses longues jambes plutôt musclées grâce à la course à pied, mais ramollies depuis qu’il se trouvait, depuis il ne savait plus, dans ce vaisseau, enfin non dans ses vaisseaux. Depuis trois jours maintenant, il se trouvait dans un autre engin de l’espace.

 Il se leva et enfila la combinaison blanche et rouge mise à sa disposition. Lentement, il gagna le hublot et regarda l’immensité de l’espace avec tristesse. Il savait désormais qu’il ne verrait plus sa planète la Terre. Malgré sa captivité par les mandralores avec cette journaliste et cet enfant, il avait pour x raisons penser qu’il reverrait un jour sa planète bleue. Pourtant, rien ne l’avait indiqué. Les mandralores, d’après ce qu’il avait pu apprendre, allaient de planète en planète afin d’asservir les peuplades qui y habitaient. Ils enlevaient une bonne majorité de la population pour les envoyer dans différents endroits à travers la galaxie.

 Les plus chanceux devenaient des serviteurs, les moins chanceux mourraient dans les mines ou mourraient lors des chasses à l’homme sur une planète des plus hostiles. C’était un des amusements préférés des mandralores, voir ses pauvres créatures si fragiles se débattre dans ce milieu des plus étrangers et dangereux. Parfois, certains survivaient, très rares soit dit en passant. Ceux-là avaient le droit à un vœu, souvent ne pouvant être exhaussé, car leur planète d’origine ayant rendu l’âme.

 Maintenant, Jeff se demandait simplement s’il n’avait pas été lâche. Il n’avait rien tenté pour se libérer ou libérer ses compagnons. Il avait déjà guerroyé. Il avait connu les champs de bataille, la trahison, la violence gratuite. Mais jamais, il n’avait connu ça ! Qu’est-ce qu’il aurait dû faire ? Ces extra-terrestres étaient plus forts et plus grands que lui. Ils avaient une technologie supérieure, une force d’arme tout aussi supérieure. Seul, il ne pouvait rien faire et de surcroit, il ne pouvait se permettre de mettre la vie de la journaliste et surtout celle de l’enfant en jeu.

 L’enfant. L’enfant aussi le perturbait beaucoup. Il avait eu du mal à croire réellement que ce jeune garçon de cinq ans à peine possédait un don aussi effrayant, inquiétant et pourtant si efficace. Il devait bien admettre que ce garçon lui faisait un peu peur et il devait le savoir. Il suffisait de croiser son regard métallique. Nash Dailey n’était certes pas un enfant comme les autres. Il pouvait très bien comprendre pourquoi les Mandralores le voulaient surtout depuis qu’il avait fait la connaissance de leur pire ennemi.

 Jeff tourna en rond dans la cabine que ces étrangers lui avaient donnée. Il ne savait pas quoi faire. Il n’arrêtait pas de penser à la Terre et au calvaire qu’elle devait subir par leur ennemi. À toutes ces personnes enlevées en même temps qu’eux et qui devaient être dans différents lieux à souffrir. Il devait arrêter. Il allait devenir fou sinon. Il se mit à repenser à leur arriver dans ce nouveau vaisseau.

 Ils avaient senti une collision. La peur lui avait un temps noué l’estomac. La peur de la mort proche était toujours aussi effrayante, mais le petit Nash l’avait un peu rassuré quand il lui avait annoncé l’attaque des ennemis des mandralores. Mais ensuite, il s’était demandé s’il allait réellement être sauvé ou exécuté purement et simplement.

 Karen tenait serré le garçon dans ses bras. Jeff s’était mis devant eux même si cela ne servait à rien s’ils devaient tous mourir. De leur prison, ils entendirent des cris et des hurlements de douleur, de rage surtout. Puis, leur porte s’était ouverte et là, ce fut une véritable surprise.

 Deux hommes et une femme firent leur apparition. Des êtes humains comme eux exactement à part leur chevelure pour certains et leurs yeux. La femme semblait être de grande importance étant donné le respect des deux hommes face à elle. Elle devait avoir dans la trentaine en âge humain. Elle portait un uniforme rouge faisant ressortir ses cheveux vert bouteille et sa peau très blanche.

 Elle les avait détaillés de la tête aux pieds sans dire un mot pendant un long moment. Jeff avait eu l’impression d’être du bétail. Finalement, son regard s’était arrêté sur l’enfant. Elle prit la parole d’une voix neutre. La deuxième surprise fut qu’il put la comprendre sans problème.

- Je suis la Princesse Keita de Médrina, planète Déjanire. Ce vaisseau est celui des Espaciens dont voici un de leurs Capitaines.

 L’homme près de la femme les salua d’un geste de la tête. Il avait les cheveux longs jusqu’aux épaules de couleur bleu nuit. Il avait un visage avenant et en même temps ferme. Ses yeux noirs comme des abysses observèrent Jeff. Le terrien crut être sondé et se sentit mal à l’aise. Le capitaine esquissa un sourire en coin et s’exclama :

- Je suis Tarosa Médrill, Capitaine du Syrius. Mes hommes vont vous accompagner jusqu’à notre vaisseau et vous installer dans une chambre afin que vous puissiez vous reposer.

- Sommes-nous encore prisonniers ? Finis par demander Karen, d’une voix tremblante.

 La Princesse renifla et lui jeta à peine un regard. Elle ne voyait pas la raison de répondre à une question aussi stupide. Tarosa lui jeta un regard noir, tout en secouant la tête. La princesse était ainsi faite. Il ne pourrait pas la changer. Il répondit :

- Non, vous n’êtes pas nos prisonniers. Nous ne savons pas d’où vous venez et de toute façon cela ne nous intéresse pas. Nous ne pourrions vous ramener chez vous.

 Jeff entendit un sanglot. Karen avait dû se faire illusion. Qu’allait-il advenir d’eux ? Une petite main glissa dans la sienne. Jeff sursauta et il baissa son regard vers la jolie frimousse de Nash. Contrairement à ce qu’il avait pensé, l’enfant ne semblait nullement effrayer par ses nouveaux arrivants. Au contraire, il adressa un sourire à l’adulte, un sourire de confiance.

- Alors, c’est toi ! S’exclama alors le Capitaine.

 L’enfant sursauta et se cacha légèrement derrière Jeff. Alors, le terrien fit rempart face au Déjanira. Tarosa gloussa.

- Je ne lui veux aucun mal. Vous feriez mieux de le remercier. Il a tellement crié après ses parents la nuit qu’ils nous empêchaient de dormir. Par son don, vous serez accueilli comme des invités de marque sur notre planète. Les télépathes sont assez courants chez nous et ce jeune homme, étant donné son jeune âge, a un don des plus spectaculaires.

- Vous… vous ne lui ferez aucun mal ? Parvint à articuler Karen.

- Bien sûr que non ! S’emporta la princesse. Par contre, j’aimerais savoir pourquoi il nous a été impossible de tuer un mandralore. Que lui as-tu fait ? S’exclama-t-elle, furieuse, envers l’enfant.

 Nullement intimidé ou effrayé, Nash, bien qu’il serra plus fortement la main de Jeff, avoua :

- Pas tuer Dawn ! C’est mon ami.

- Ami ! Personne ne peut être ami avec ces monstres sanguinaires.

- Dawn n’aime pas faire mal. Il ne comprend pas son…

 Le garçon tapa du pied, car il n’arrivait pas à se souvenir du mot qu’il voulait dire. Alors, pour se faire mieux comprendre, il le fit par la pensée. Jeff en fut stupéfait. La voix ainsi semblait plus mature.

«  Dawn n’aime pas la violence. Il a été obligé de cacher à sa famille sa vraie personnalité, car il ne voulait pas être banni, être un paria. Il est très émotif. Il aime les belles choses et il a été désolé pour ma planète. Il l’appelle le joyau. »

 La princesse porta une main à son front. Elle commençait à nouveau à avoir mal au crâne. Ce garçon avait un don beaucoup trop puissant pour les simples mortels. Il allait falloir lui apprendre à se modérer. Tarosa gloussa à nouveau.

- Bien, alors ton ami, le mandralore, sera sous la responsabilité des Espaciens.

- Tarosa ! S’écria Keita.

- Princesse, vous pouvait tempérer comme vous le pouvez. Dans l’espace, nous faisons la loi. Nous décidons qui doit vivre ou mourir. Ce Dawn s’est rendu sans résister. Il ne savait même pas qu’il était protégé par ce jeune garçon. De plus, rien que l’entendre parler me fait littéralement mourir de rire, alors je ne vais pas me priver d’un amuseur pareil.

 Après cette joute verbale, les hommes de ce Tarosa les avaient emmenés. Le fait le plus étrange était de n’avoir rencontré aucun cadavre de mandralores. L’un des Espaciens lui révéla que leur capitaine avait ordonné un nettoyage rapide afin de ne pas traumatiser le jeune garçon.

 Et voilà que depuis trois jours, Jeff se trouvait enfermé dans cette cabine, sans aucune nouvelle de Nash et de Karen. Il ne savait toujours pas ce qu’il allait advenir d’eux. D’après ce qu’il avait pu comprendre, ces déjaniras les emmenaient sur leur planète Déjanire la Belle. Elle se trouvait dans un autre système solaire, appelé Galloméum. Ce système comportait trois soleils et plusieurs planètes habitables dont l’une une race primitive ressemblant assez aux homo sapiens. La planète Déjanire, en elle-même, était entourée par deux lunes.

 Jeff avait appris tout cela grâce au système informatique directement posé sur tout un mur de sa cabine. Un Espacien, celui qui lui amenait à manger, lui avait montré le fonctionnement, très facile d’ailleurs. Il fallait juste toucher l’écran des doigts. Chaque fois où cet homme venait, Jeff l’assaillait de questions sur ces compagnons de voyage, mais l’Espacien ne répondait jamais. Il allait réellement devenir fou. Finalement, la porte s’ouvrit et laissa passer le Capitaine Tarosa, accompagné par un jeune garçon dont les cheveux noirs et les yeux métalliques lui firent reconnaître son jeune compagnon d’infortune.

 Le garçon sourit joyeusement en apercevant Jeff et courut se jeter dans ses bras. Tarosa gloussa en voyant le spectacle. Il avait vite remarqué que le terrien ne savait pas y faire avec les enfants.

- Vous semblez avoir meilleure mine, terrien.

 Jeff cligna des yeux de surprise.

- J’avais l’air mal ?

- Haha ! À faire peur ! Alors, vous n’aviez rien remarqué ? Les mandralores vous droguaient depuis longtemps.

 Nash, dans les bras de Jeff, posa sa tête sur l’épaule carrée et solide.

- Tarosa dit que j’ai… euh je m’en souviens plus.

 Le Capitaine se mit à rire. Nash avait d’adorables expressions quand il se mettait à réfléchir, aussi amusant que sa Nourrice. La Nourrice était le surnom donné au Mandralore par les Espaciens. Le garçon avait raison en disant que ce mandralore était inoffensif. En tout cas, il était très proche de l’enfant et prenait bien soin de lui d’où ce surnom.

- Inconsciemment, Nash devait atténuer les effets de la drogue sur vous et votre amie. C’est un acte naturel pour tous les télépathes. Ils sont immunisés contre tous les poisons.

- Mmh ! Intéressant et bien pratique.

 Nash redressa la tête et s’exclama :

- Tu as assez fait dodo. Tu viens manger et jouer avec moi. Je ne veux pas un refus.

 Nash se débattit. Jeff le déposa et regarda halluciner le gamin s’échapper en courant sous le regard amusé du Capitaine. Jeff se passa une main dans les cheveux. Il avait dû louper quelque chose.

- Il n’a plus ses parents. Alors, il s’attache aux personnes qui en sont le plus proches. Les enfants s’adaptent plus facilement que les adultes.

- Vous voulez dire que je prends la place de son père ?

- Haha ! On dirait bien que cela vous fait bien plus peur que d’être face à une armée de mandralores.

 Jeff se tourna vers le Déjanira qui se moquait de lui impunément. Tarosa reprit son sérieux et enjoignit le terrien à le suivre. Ils longèrent un long couloir blanc. Jeff avait l’impression de se trouver dans un couloir d’hôpital.

- Non, vous ne prendrez jamais la place de son père. Ses appels se sont tus, mais ils sont toujours là, au fond de son cœur, de son esprit. Je le sais. Le seul télépathe que nous avons sur ce vaisseau en est certain. Il continue ses appels, mais ils sont silencieux et même temps d’une violence inouïe. Il lui faudra du temps pour les atténuer ou du moins les calmer.

 Leurs pas les emmenèrent devant un mur. Tarosa appuya sur un bouton et une porte coulissa révélant une pièce où des tables encastrées s’y trouvaient. Des Espaciens parlaient de tout côté. Il y régnait dans cette pièce une chaleur joyeuse communiquée par un jeune garçon boute-en-train faisant le pitre avec sa Nourrice. Apercevoir l’immense créature qu’était le mandralore près du jeune garçon était impressionnant. Pourtant, Jeff se rendait enfin compte qu’entre les deux, celui qui était bien le plus puissant et le plus fort, n’était en rien ce mandralore, mais bel et bien Nash Dailey, terrien d’origine, tout juste cinq ans.

Posté par Origine1975 à 23:43:31 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
10 janvier 2010

L'indomptable Sawako : 51

La chambre d’hôtel : 51

 

 Le soir venu de leur arrivée, Shin annonça son intention de dormir à l’hôtel. Bien évidemment, Emi ne voulait pas. Ils avaient une chambre d’ami à leur disposition, mais le français ne céda pas. Il savait bien qu’il ne dérangeait pas, mais il préférait tout de même se rendre dans un hôtel.

 Sawako ne s’en formalisa pas. Il comprenait très bien son compagnon. Shin comprenait assez bien le japonais au grand bonheur du garçon, mais c’était quand même une langue difficile et parfois, Shin avait bien du mal à suivre. Son cerveau allait finir par éclater à force, enfin c’est ce qu’il affirmait. Alors quand la nuit commença à tomber, Shin et Sawako allaient prendre congé de son oncle Hisao et compagnie, mais Kazuaki fit un tel caprice, prenant sa mère par surprise, car ce n’était pas un enfant à crise, Sawako dut se résoudre à rester pour la nuit chez son oncle.

 Shin ne broncha pas. Il pouvait très bien comprendre le petit garçon, même si sa nuit serait vraiment froide sans son chaton pour le réchauffer. Excuse un peu bidon étant donné la température ambiante. Le français se rendit donc dans l’hôtel réservé, qui ne se trouvait pas très loin de l’appartement des Sanada. Il flâna un peu dehors avant de gagner sa chambre. Là, il prit son temps pour appeler son frère. Akira lui ayant cassé les pieds afin qu’il n’oublie surtout pas de l’appeler en arrivant.

 Il avait encore l’impression d’être un gosse avec son frère. Une vraie mère poule ! Bien évidemment, il dut parler aux jumeaux. Kaigan devenait vraiment une petite peste. Shin assura à son frère que le garçon avait dû hériter de ce trait de sa mère. En tout cas, le garçon ne se gêna pas de faire la morale à son vrai père pour qu’il s’occupe bien de Sawako afin que le garçon revienne. Pour X raisons, tous les amis de son chaton avaient peur que leur ami décide finalement de rester dans son pays. Shin se demandait comment réagirait Sawako en apprenant cela. Il resta bien une heure au téléphone.

 Quand il raccrocha, il soupira. Il s’ennuyait sans son chaton. Il s’étira et se dirigea vers la salle de bain. Il prit son plaisir en prenant un bain, puis il s’emmitoufla sous les draps pour récupérer le sommeil manquant.

 Sawako dut s’armer de patience. Certes, il avait accepté de dormir avec son neveu, mais qu’il ne compte pas sur lui pour y rester toute la nuit. Ce n’était pas sa place. Mais comme fait exprès, le petit garçon mit un temps fou à s’endormir. Finalement, la nuit était bien avancée quand d’un pas de loup, Sawako put se lever, s’habiller et s’éclipser. Enfin, manque de bol, il se tamponna contre son oncle Hisao.

 Celui-ci baissa son regard vers son neveu. Il n’avait pas changé son habitude de s’en aller sans prévenir, ce petit démon. Hisao esquissa un sourire et barra la route vers la sortie. Aussitôt, il reçut un regard noir. Mmh ! Son neveu s’hérissait toujours autant, apparemment.

- Ce n’est plus une heure pour sortir.

- Onii san ? Ne commence pas à faire ton sermon de tous les diables. Je ne l’ai jamais écouté et ce n’est pas maintenant que je vais le faire.

- Comment ça, tu ne l’écoutais pas ? Moi qui prenais tellement plaisir à te le dire.

- Bordel, Hisao onii san ! Tu vas bouger tes fesses de la sortie.

 Tout content d’ennuyer le garçon, Hisao le menaça du doigt.

- Comment parles-tu, toi ? Tu mériterais une bonne fessée.

 Sawako croisa ses bras contre son torse.

- Plus tu vieillis, plus tu deviens chiant, ma parole.

- Ah ! Je n’y crois pas !

- Mais, tu arrêtes oui ! Tu vas réveiller Kazu et je serais encore coincé.

 Hisao sourit et par pur sadisme, il ouvrit la bouche pour parler encore plus fort. Bon, c’était cruel de réveiller ainsi son fils, mais tellement tentant aussi. Mais avant qu’il ne puisse dire quoi que se soit, Sawako agit rapidement et parvint à gagner la porte de sortie. Il se tourna vers son oncle avec un grand sourire.

- À demain. Et fais attention en regagnant la chambre. À mon humble avis, tu vas recevoir le sermon de ta vie par ta femme.

 Hisao fronça les sourcils. Il l’avait oublié et ce démon s’amusait à ses dépens. Un sourire naquit tout de même sur ses lèvres. Son neveu n’était vraiment plus le garçon qui avait vécu quelques années avec eux. Il semblait respirer le bonheur et la joie de vivre. Dans un sens, il était quand même un peu triste. Il aurait bien aimé être avec son Emi chou les personnes à lui avoir rendu sa gaieté. Le destin en avait décidé autrement.

 Sawako s’échappa en courant. Shin lui avait donné l’adresse. Le garçon se souvenait très bien où se trouvait cet hôtel. Il ne rencontra personne sur la route. Il atteignit l’immeuble et pénétra à l’intérieur. Plus personne ne se trouvait à la réception. Il se dirigea vers les ascenseurs et appuya sur le troisième étage. En essayant de ne pas trop faire de bruit, il se mit à chercher la bonne porte. Heureusement, qu’il connaissait le code d’accès, il put ainsi entrer dans la chambre sans réveiller son compagnon.

 La pièce était assez éclairée par les lumières de la ville qui traversaient les vitres dont les rideaux n’avaient pas été tirés. Le garçon put voir facilement le corps allongé dont le drap avait glissé jusqu’au bas des reins. Un frisson parcourut l’échine de Sawako en laissant glisser son regard sur le dos musclé de son vis-à-vis. Shin avait toujours la manie de dormir nu. Quand il les redressa, il se sentit rougir. Deux perles vertes l’observaient amusées, en silence.

 Shin bougea légèrement et tendit un bras pour attraper celui de son jeune compagnon. Il tira légèrement et le garçon se laissa tomber sur lui sans résister. Sawako, les mains posées à plat sur le torse un peu velu, se laissait dévorer la bouche par Shin. Il ne pourrait jamais se lasser de ses baisers. Il les adorait. Les mains de son assaillant se mirent également en activité afin de lui retirer ses habits très encombrants. Quand enfin, il fut aussi nu que son compagnon, alors Sawako repoussa Shin sur le dos. Il se mit en califourchon et se mit à se délecter de ce corps.

 Shin se laissa faire avec un plaisir des plus flagrants. Sawako prenait rarement ce genre d’initiative et quand ce la lui prenait, c’était toujours délectable à souhait. Sentir la bouche, la langue taquine sur tout son corps amena Shin au septième ciel. Un vrai délice.

Une fois, il avait demandé à Sawako s’il voulait inverser les rôles. Le garçon avait pâli, mais il accepta d’essayer. Shin ne voulait pas le forcer. Il lui pouvait prendre son temps. Sawako avait obéi aux ordres. Pour prendre son temps, il l’avait pris pour le plus grand plaisir de Shin, même si cela l’avait amené à une frustration désagréable, mais vite comblé au-delà du possible ensuite. Sawako avait réussi à surmonter sa peur et ses mauvais souvenirs avec les femmes. Parfois, il acceptait de devenir l’actif, mais il préférait tout de même être le passif.

Quand le soleil filtra à travers la vitre, elle illumina un corps avachi de tout son long, avec juste un drap qui cachait le bas. Sawako dormait un poing fermé complètement hors service. Les deux hommes avaient fait l’amour toute la nuit. Shin s’étira un bon coup, bien reposé. Il se tourna vers sa marmotte. Il se pencha et déposa un baiser dans le creux des reins. Un grognement s’entendit alors.

- Laisse-moi dormir !

 Shin esquissa un sourire.

- Il faut te lever.

- Non, je n’ai pas envie, répliqua la voix à moitié endormie. Je suis en vacances, je fais grasse matinée.

- Chaton, il est déjà plus de onze heures.

 Sawako soupira las. Il se redressa un peu et appuya sa tête dans une main. Il observa son homme assis sur le lit où juste une partie du drap caché l’essentiel.

- C’est de ta faute, Shin.

 L’homme se pencha et déposa un tendre baiser sur les lèvres pleines du japonais. Sawako grogna quand elles s’éloignèrent. Il en aurait voulu plus. Shin tapota amusé le nez de son vis à vis.

- Tu es très gourmand, chaton.

 Sawako se laissa retomber sur le matelas et se mit à bâiller.

- Je n’y peux rien. C’est un délice. Tu ne veux pas m’en redonner encore un peu ?

- Non, sinon nous n’allons pas bouger d’ici.

- Mais ! Ce n’est pas juste.

- Debout Sawa !

- Aaaah ! Comment veux-tu que je me lève ? Tu m’as littéralement cassé, cette nuit. Tu peux être très sauvage, Shin.

 L’homme sourit pour seule réponse. Il se sentait en forme. Il se leva pour se diriger vers la salle de bain. En cours de route, le drap tomba laissant voir le reste. Sawako se lécha les babines. Il n’y avait pas à dire. Il était beau son homme et il était rien qu’à lui.

- Allez debout, fainéant ! Tu as donné rendez-vous à ton ami à treize heures. Ce serait incorrect de ta part d’arriver en retard.

 Sawako sursauta. Il l’avait complètement oublié. Honte à lui, tout de même ! Il soupira et se décida enfin à se lever. Il grimaça légèrement de douleur et se frotta les fesses. Il jeta un regard noir vers la salle de bain, en direction du coupable. La porte était entrouverte. De là où il se trouvait, il voyait la douche. Le garçon se mordit la lèvre. Ce n’était pas raisonnable, n'est-ce pas ? Il se plaignait déjà d’un mal aux fesses. Non, vraiment pas raisonnable du tout, mais aux diables, les bonnes résolutions et tant pis pour Gaku s’il devait les attendre. Il n’allait tout de même pas se priver d’un aussi agréable réveil matin et d’un corps aussi tentant.

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12 janvier 2010

Le Seigneur Faucon 28

Chapitre 28

 

 Après la mort de son père, Amosis prit rapidement les choses en main. Je devais bien reconnaitre que ce jeune garçon de seize ans avait les pieds sur terre. Mais étrangement, alors que je ne l’avais jamais vu auparavant, sa mère fit son apparition. D’ailleurs, elle ne passa pas inaperçue étant donné les grimaces occasionnelles de la plupart des gardes qu’ils faisaient quand ils pensaient que personne ne pouvait les voir.

 

 Cette femme était une chercheuse d’ennui et une plaie de la nature. Je comprenais aisément pourquoi les femmes ne me plaisaient pas. Ce genre-là me fait fuir. Elle voulait régenter à la place de son fils. Elle pensait pouvoir le manipuler. Amosis semblait apprécier beaucoup sa mère, mais il refusait qu’elle se mêle de près ou de loin d’ailleurs aux affaires de la cour ou politique.

 

 Le jeune souverain cherchait un moyen de la renvoyer dans son palais d’été où elle se trouvait depuis cinq ans sans la vexer, mais il changea complètement de ton avec elle quand elle devint très désagréable avec mon petit animal de compagnie. Depuis notre arrivée dans ce palais, Sakio pouvait circuler librement sans aucun problème. L’Erinye discutait avec tout le monde étant du genre très curieux et les employés aimaient bien son côté effronté et franc. Ils riaient à chaque fois où leur nouveau Roi se faisait rembarrer par Sakio. Moi-même, j’avais souvent bien du mal à ne pas m’esclaffer. Je n’osais le faire, car Sakio était plutôt du genre rancunier et le faisait bien savoir ensuite qu’il n’était pas content. Mais, cette femme le traita comme un animal devant son fils et encore, un chien aurait été mieux lotît.

 

 Heureusement qu’Amosis défendit mon Sakio, car j’ai bien eu du mal à réfréner mon envie irrésistible de la griller sur place. Le Roi ne mâcha pas ses mots malgré le respect qu’il lui devait. Le fait d’avoir insulté un de ses amis mit fin à ses manigances. Maintenant, elle devait fortement s’en mordre les doigts, car d’après, un des conseillers du Roi, Amosis l’aurait envoyé dans une de leurs demeures se trouvant en plein sud-ouest ; la demeure royale la plus éloignée de toutes villes alentour. Je la plaignais un peu. Son fils ne l’avait pas raté. En tout cas, ce petit évènement me permit d’attendre calmement que la troupe de soldats qu’Amosis m’avait mise à disposition soit prête.

 

 Il leur fallut tout de même plus de trois jours pour être opérationnelle, pendant ce temps, la Reine Sifreda avec la complicité des Sorcières du Jars s’attaquait ardemment contre le Limur. J’espérais sincèrement arriver à temps pour sauver ce pays. Il devait revenir à Lan. Je ne voulais pas qu’il perde encore une fois un Royaume. Ce serait vraiment trop injuste. Ce petit pays avait le droit de vivre en paix. Et puis, il y avait une autre raison à mon désir d’être là-bas rapidement. La raison était fort simple. Je reverrais Sink Asgard, mon lyandrin de cœur. Cela faisait cinq ans que je ne l’ai pas vu. Certes, nous communiquions tous les jours pour ainsi dire par esprit, mais cela ne remplacerait jamais sa présence physique.

 

 Mon impatience devait être assez voyante, car l’attitude de Sakio me le montrait. Je n’avais pas besoin de lire en lui pour savoir qu’il appréhendait sa rencontre avec le lyandrin. Ils s’entendaient très bien donc ce n’était pas par peur de lui déplaire, mais je pencherais plus qu’il avait peur d’être relégué en seconde place. Je ne savais plus quoi faire pour lui faire comprendre que je l’aimais tout autant que Sink. Je ne pourrais me passer de l’un l’autre. Ils étaient ma vie et mon énergie. Je me battais pour eux. Je m’alliais avec la porte de Kréos pour trouver le havre de chaleur. Cette porte qui permettrait à Sink et son peuple de retourner sur leur monde en emmenant Sakio avec eux.

 

 J’étais loin d’être stupide. J’ai toujours su que Sink me cachait quelque chose. Même Kréos ne l’avait pas vraiment dit, mais pour l’aider, je devrais anéantir toute magie sur cette terre et je mourrais surement. Je sais que Sink refuse de voir la vérité en face, Sakio également. Pourtant, je prêts à donner cette vie qui est mienne pour le salut de ceux qui me sont chers, Sink, Sakio, mon frère Lan, Anissa et son enfant, Akira et ma jeune sœur Kadajy que je n’ai pas encore rencontré. J’aimerais bien qu’ils comprennent, mais peut-être est-ce trop leur demander ? Je suis trop présomptueux peut-être, mais je sens bien la vie me filait entre les doigts.

 

 La nuit du troisième jour, je me rendis avec Sakio et la dizaine de soldats à ma disposition dans la cave où se trouvait l’arche. Je n’eux pas besoin de me servir de mes pouvoirs pour appeler la porte. Quand nous arrivâmes, elle se trouvait déjà présente. Les gardes n’en menaient pas large et cela semblait bien l’amuser. Il faut dire aussi avec sa noirceur, ses yeux jaunâtres et sa rangée de dents pointues, il y avait de quoi en avoir peur. Pourtant, je devais reconnaitre qu’elle ne m’effrayait plus autant. Était-ce mon habitude à toujours trouver quelque chose de sympathique à tous les démons ?

 

 En tout cas, Sakio me traitait de fou et je sentais bien l’agitation de Sink. Il m’en donnait un mal au crâne. Je me demandais même s’il ne le faisait pas exprès juste pour me montrer son désaccord. Mais il pouvait le faire tant qu’il veut, je ne céderais pas. J’avais accepté de m’allier avec Kréos et je tiendrais ma promesse. Les yeux jaunâtres finirent par m’apercevoir et ils se mirent à briller d’une lueur dont je ne pourrais dire si c’était de joie ou bien d’autre chose. Puis, elle regarda l’Erinye et fit le geste de se lécher les babines. Peu rassuré, Sakio se rapprocha de moi par précaution. Kréos émit un petit rire amusé faisant frissonner d’effroi les gardes et le Roi.

 

 Je soupirai. Kréos était un démon ou un Dieu, je ne saurais dire. Mais d’après ce qu’il avait insinué, je pencherais plus pour un dieu des ténèbres. Il incarnait le mal. Mais je trouvais plus son attitude à celle d’un sale gosse, que par rapport à celle d’un véritable assassin sans foi ni loi. Il semblait prendre un grand plaisir à faire peur, à effrayer les simples mortels, mais s’il était réellement mauvais, il ne pourrait le cacher éternellement. Certes, depuis des siècles, il faisait des ravages sur cette terre, mais n’est-ce pas la faute de l’homme avant tout ? Si nous ne recherchions pas à avoir toujours plus de pouvoir, Kréos ne serait pas sur cette terre enchainé dans une porte dimensionnelle.

 

- Kadaj, Kadaj ! S’exclama finalement la porte. Il est l’heure de dire au revoir à tout le monde.

 

- Euh ! Maître Kadaj ? Comment allons-nous traverser ?

 

 Je n’eus pas le temps de répondre avant que Kréos éclate d’un rire terrible et s’écria :

 

- Haha ! Trop drôle ! Pauvre créature effrayée ! Pour te répondre, je vais tout simplement vous avaler tous en même temps. Ah ! Quelle joie de pouvoir déguster un tel repas.

 

 Je portais une main à mon crâne, fataliste. Ce démoniaque de Kréos venait d’effrayer tous les gardes et il se marrait. Je finis par me redresser et je pris une voix plus forte.

 

- Vous allez arrêter de vous faire dans le froc ! Vous êtes des soldats qui avaient côtoyé la mort plus d’une fois, alors montrez-le moi, car pour l’instant, j’ai l’impression de voir des enfants qui ont peur du noir.

 

 Mes paroles durent faire leurs effets escomptés, car les hommes se redressèrent d’emblé, surement un peu vexé. Quant à Amosis, il me regardait avec un sourire amusé.

 

- Vous pouvez être terrible des fois, Maître Kadaj.

 

- Mmmh ! Tu n’es pas drôle, Kadaj ! Tu m’enlèves mon plaisir. J’adorais voir leur tête.

 

- Et moi, j’aimerais m’en aller. Alors, tiens ta promesse !

 

 Les yeux jaunâtres se baissèrent vers moi, toujours avec cette lueur.

 

- Dit s’il te plait, d’abord !

 

 Je soupirai à nouveau. Comme si je n’avais pas assez de casse-pieds dans ma vie.

 

- S’il te plait, Kréos. Ouvre le passage !

 

- Tu vois ce n’est pas difficile, s’esclaffa la porte, avant de disparaitre pour faire apparaître une sorte de couloir tout de blanc.

 

 Je m’approchais lentement vers l’arche, suivi de très près par Sakio. J’avais presque l’impression qu’il tenait un bout de ma veste afin de ne pas me perdre. Je passai la barrière sans accro. En me tournant, j’aperçus Amosis et il me semblait déjà loin. C’était assez étrange. Puis sans faire plus cas du reste, je me mis à avancer dans le couloir d’un blanc immaculé. Je ne regardai même pas si les soldats me suivaient.

 

 Je ne sentais plus la présence de Sink dans mon esprit. Une autre avait pris sa place. Une présence noire, sombre, mais pourtant pas effrayante, plutôt étouffante. Elle était un peu gênante, mais elle ne faisait rien de spécial. Elle restait en surface. Bientôt, je sus que c’était Kréos. Il m’indiquait le chemin à prendre quand plusieurs directions se présentait. Il m’indiqua également que Sink était toujours là, mais ancré bien au fond de mon esprit. J’en fus rassuré.

 

« Il est agaçant ce lyandrin ! Je ne sais pas ce qui peut te plaire chez lui. Il est désagréable. Je t’assure, je suis beaucoup mieux que lui. »

 

 Je fis la sourde d’oreille. Je n’avais pas besoin de l’entendre déblatérer des horreurs sur Sink, bien qu’il ne se gêna pas le moins du monde pour son plus grand plaisir. Je finis par sentir la main de Sakio dans la mienne. Il s’inquiétait, car il pouvait sentir la présence de Kréos. Je lui adressai un sourire pour le rassurer. Je n’avais rien à craindre de ce dieu démon. Enfin, j’espère sincèrement de ne pas me fourvoyer.

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14 janvier 2010

Le Seigneur Faucon 29

Chapitre 29

 

 Je ne sais pas depuis combien de temps nous nous trouvions dans ce passage dimensionnel, mais une chose me semblait claire. Cet endroit était dangereux. Kréos me le confirma évidemment. Je songeais même qu’il aurait pu m’en informer plutôt, mais bon, c’était dans son caractère. Je crois bien qu’il m’appréciait justement parce que je ne le jugeais pas. Je ne vois pas pourquoi je me tracasserais à le mépriser ou à médire sur lui. J’userais juste ma salive et cela ne l’empêchera pas de continuer à faire du tort pour son simple plaisir.

 Sakio restait sur ses gardes et je savais que cela n’était plus en rapport avec Kréos. Lui aussi sentait le danger. Parfois, nous croisons quelques portes closes. Où menaient ces portes ? À d’autres endroits ? Je ne savais pas et ça m’énervait de ne pas le savoir. La curiosité est un très vilain défaut. Kréos accepta tout de même de m’en dire un peu plus. Ces portes pouvaient emmener à d’autres lieux ou faire tomber les imprudents dans un piège.

 Les portes faisaient entendre la voix d’une personne chère à l’imprudent et l’attiraient à elles. La victime du charme disparaitrait à jamais dans l’infini dimensionnel et le plus drôle selon Kréos, c’est que cet imbécile ne s’en rendait même pas compte. Plutôt effrayant à vrai dire. Même Kréos ne savait pas où disparaissait la victime et de toute façon, il s’en fichait. Si l’imprudent était capable de faire l’idiot dans un endroit aussi dangereux, c’était son problème s’il lui arrivait une bricole.

 Kréos n’avait aucune pitié pour les pauvres victimes. Il n’en voyait pas l’intérêt et c’était une perte de temps. Il disait que s’il devait toujours écouter toutes les lamentations des cadavres qui passaient le seuil du purgatoire, il n’aurait jamais fini et il y aurait bouchon et il recevrait éternellement les réprimandes de cet idiot de Bondri, le bon sur le dos. À force de l’écouter déblatérer ainsi, je compris alors que Kréos n’était réellement pas n’importe qui. J’avais raison en affirmant qu’il devait être un Dieu. Bien sûr, il ne le confirmait pas. Il disait juste être le régulateur entre la vie et la mort. Il envoyait les morts à leur place dans les différents chemins qu’ils méritaient jusqu’à la fin de leur pénitence. Ensuite, ils passaient en jugement et là, Bondri le bon et les autres imbéciles décidaient si l’individu pouvait renaître ou non.

 Mais une chose dont il était certain, c’était que les victimes de ces portes dimensionnelles disparaissaient à jamais. Il ne les voyait pas passer chez lui, alors que s’ils étaient réellement morts, il les verrait, c’était obligé. Voilà une chose qui ne me rassurait pas le moins du monde. J’avais hâte d’arriver à la fin du parcours. D’après Kréos, cela faisait déjà plus de deux heures que nous nous trouvions ici. Nous marchions en silence. Personne n’osait prendre la parole. Les gardes ne semblaient pas rassurer et je pouvais les comprendre. Sakio me tenait la main et la serrait assez fortement de peur que je disparaisse.

 Le seul à parler était Kréos, mais personne à part moi et peut-être Sakio ne pouvait l’entendre. L’attaque se fit par surprise comme toujours. Le dernier garde disparut dans un seul cri. En me retournant, je vis une porte ouverte. Que s’était-il passé ? Le garde qui se trouvait près de la victime avoua avoir entendu une voix féminine. Elle appelait son camarade par son nom. D’une voix tremblante, il affirmait que la voix était celle de la défunte femme de son camarade. Ce n’était pas normal.

 La créature de la porte dut nous voir, car elle nous envoya des membranes vers nous en hurlant de rage et de colère. Elle parvint à tuer deux des gardes en les transperçant. Je hurlais aux autres de s’éloigner et de venir derrière moi. J’avais besoin de ses soldats pour le Limur. Hors de question de laisser ce monstre se repaitre de ses hommes. Les membranes vinrent vers moi en grandes vitesses. Je vis Sakio se mettre devant moi pour me protéger. Certes, l’Erinye était rapide et efficace, mais plus il en découpait et plus, il y en avait.

 Je sentis bientôt mon pouvoir m’envahir, plus intensément qu’auparavant, mais sans maux de tête, étrangement. Je sentais la puissance électrique couler le long de mes jambes et de mes bras. Quand les membranes foncèrent à nouveau de plus en plus nombreuses, Sakio recula de peur soudaine. Mais, il ne risquait rien. Les membranes se heurtèrent contre un bouclier électrique. À son contact, elles se pulvérisaient faisant crier, hurler la créature qui se tortillait sous la douleur. Au final, la créature rappela ses membranes et la porte se referma dans un grand claquement.

 Le silence se fit à nouveau. Je sentis le pouvoir s’éloigner et Sakio eut juste le temps de me retenir quand je vacillais. J’avais dépensé une énorme quantité d’énergie. Je n’en pouvais plus. Dans mon esprit un peu chamboulé, je pus entendre la voix de Sakio qui s’emportait contre quelqu’un. Qui était-ce ?

 

« Bordel ! Vous n’aviez pas le droit de vous servir de mon Maître comme vous l’avez fait ! »

 

« Petit insecte ferme là ! Remercie-moi plutôt ! Je viens de vous sauver la vie. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi je vous ai aidé. »

 

« Vous n’aviez pas à l’utiliser ! Il est déjà à bout, vous voulez le tuer ! »

 

« Le tuer ? Es-tu donc si stupide l’Erinye ? En quoi ton Maître pourrait mettre utile s’il est mort ? J’ai besoin de lui pour être à nouveau libre. »

 

 Je déposais une main sur la chevelure argentée de l’Erinye. Celui-ci leva les yeux vers moi. Il fronçait les sourcils contrariés. Je lui adressais un faible sourire pour le rassurer. Avec un ultime effort, je me redressais et je me tournais vers les gardes restants. J’ordonnais la reprise de la marche. Je me demandais comment je parvenais à avancer dans l’état de faiblesse où je me trouvais. Mais, dans un sens, je connaissais la réponse. Ma dette envers la porte s’agrandissait. Kréos me soutenait avec ses pouvoirs. Je pouvais l’entendre râler.

 

« Je suis bien content d’être immortel. J’ai au moins la chance de ne jamais connaître la faiblesse de vos corps si fragiles. »

 

« N’as-tu pas d’apparence physique dans ton monde ? »

 

« Haha ! Intéresser maintenant ?

 

 Qu’est-ce qui m’avait pris à lui poser cette question ? Parfois, je ferais mieux de me taire.

 

« Je peux prendre n’importe quelle apparence, mais j’aime bien prendre celle d’un humain. Je ne sais pas pourquoi. Mais bon pour l’instant, seule mon essence est sur mon monde comme tu dis, le reste se trouve coincer dans cette porte. »

 

 Je hochais la tête comprenant. Tout le reste du trajet, Sakio ne me quittait pas du regard. Il s’inquiétait vraiment. Il comprenait très bien que j’avançais grâce à la magie de Kréos, mais comment ferais-je ensuite ? Bon, chaque chose en son temps, je suppose.

 

 Le reste du trajet se passa sans incident. Kréos discutait toujours à m’en faire mal au crâne à force. Il me parlait de chose dont je ne connaissais pas. Il me parlait de son monde. Je pense qu’il a le mal du pays lui aussi. Sakio me reprochait d’être trop gentil. C’est vrai ! Sink m’avait ordonné de m’endurcir, mais je ne l’ai pas écouté. Je ne voyais pas l’intérêt de faire le mal ou d’être cruel envers une race différente de la mienne. Kréos devait être mon ennemi, et pourtant je n’arrivais plus à le considérer comme tel. Je ne devais vraiment pas tourner rond.

 

 Finalement, nous arrivâmes devant une sorte de miroir opaque. Il fallait passer à travers. Je fis passer les soldats en premier lieu. Puis, je me décidais enfin à passer avec Sakio. Il ne me lâchait pas. Kréos disparut de mon esprit avec juste un « À bientôt ». Je parvins à traverser l’opacité dont sa froideur me traversa tout le corps. Je frissonnais sous le dégout du contact.

Sakio s’arrêta net devant moi. Je me sentais si faible. Je fis l’effort de lever la tête. J’eus aussitôt un vertige et je me sentis perdre connaissance. J’entendis alors un cri et deux bras puissants m’attrapèrent. Je connaissais ses bras. Je les avais déjà sentis m’entourer. Mes yeux s’ouvrirent légèrement. Je vis alors deux perles rouge sang, inquiet. Sink ? Je retrouvais enfin celui que j’aimais par-dessus tout. Rassuré, je me laissais tomber dans les limbes de l’inconscience.

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17 janvier 2010

L'indomptable Sawako : 52

La rencontre avec Gaku : 52

 

 Le parc où l’ami de Sawako les attendait se trouvait à une demi-heure de route en prenant le métro. Grâce au soleil bien haut et de chaleur, les promeneurs se laissaient à la détente avec leurs enfants. Shin observait ce monde avec un léger sourire. Son compagnon, juste devant lui, n’arrêtait pas de ronchonner depuis leur descente du métro.

 Il avait quand même un sacré toupet ! Il l’accusait d’être responsable de leur retard. Comme s’il lui avait demandé de le rejoindre sous la douche ? Il l’avait pourtant mis en garde, mais non, le garçon n’avait pas écouté et maintenant, il avait un quart d’heure de retard. Personnellement, Shin s’en fichait un peu. Il n’était pas vraiment pressé de rencontrer l’ex-petit ami de son chaton. Évidemment, il ne pouvait pas se permettre de lui dire à cause de Lina. Sawako devait la tolérer dans la vie de son homme. Pourtant, le garçon était plutôt jaloux de Ludwig que de Lina. Ce n’était à rien comprendre et trop drôle également.

 Dans un coin plutôt en retrait, Gaku attendait depuis plus de vingt minutes, appuyé contre le tronc d’un vieux saule pleureur. Il regarda sa montre pour la quatrième fois. Le chat sauvage n’avait pas changé ses habitudes. Il n’était jamais à l’heure. Ce garçon aimait se faire désirer comme toujours. Il laissa son regard s’évader vers le ciel d’un bleu limpide.

 Il ressassa les sept mois passés. Depuis son désir de retourner auprès de sa famille, tout s’était accéléré. Il avait offert à Sawako de le suivre. Même s’il savait bien que ses sentiments n’étaient pas vraiment réciproques, il avait quand même espéré qu’il l’accompagnerait au moins un temps. Mais non, Sawako avait préféré prendre son envol dans un autre pays, très loin de lui et de sa famille. Peut-être était-ce mieux ainsi ? D’après les cartes reçues, il avait compris que le garçon avait trouvé sa place. Il s’était fait d’innombrables amis et c’était trouvé quelqu’un avec qui partageait sa vie et ses souffrances.

 Jamais, il ne renierait la relation qu’il avait eue avec le chat sauvage. À l’époque, il sortait Kaoku, un homme un peu violent et colérique. Il avait grandi dans la violence des coups de son père et même s’il avait fini par fuir, il reproduisait la même chose dans sa propre vie. Un soir, dans une soirée organisée par un pote, il avait croisé Sawako. Il était tombé sous le charme du regard sauvage et hargneux. Son compagnon avait tenté sa chance et s’était fait jeter sans douceur. Cela l’avait mis en rage et il avait voulu frapper le garçon plus petit, plus mince et plus jeune également.  

 Tout le monde avait craint pour la vie de ce garçon connaissant la réputation de Kaoku. Pourtant, celui qui fut rétamé sur le sol le nez cassé n’était pas celui qu’on croyait. Il n’en était pas revenu. Kaoku battu par ce gamin de quinze ans, c’était quelque chose de nouveau et envoutant aussi. La semaine suivante, il avait revu le garçon dans une autre soirée. Kaoku avait disparu de la circulation. Personne ne savait où il était. Mais une rumeur disait que la famille du chat sauvage, surnom donné à ce garçon mystérieux, surveillait en secret les arrières. Gaku avait tenté sa chance. Il y avait été tout en finesse, mais il fut encore plus perturbé par la franchise du garçon.

- Au lieu de tourner autour du pot, dis plutôt que tu veux coucher avec moi. Ça ira plus vite !

- Je voulais peut-être juste te parler.

- Mais bien sûr ! Parce que tous les mecs qui me tournent autour veulent me faire la causette ? Ou plutôt s’occuper de mes fesses ? À ton avis ?

 Puis sans raison, ils avaient continué à discuter jusqu’à tard la nuit et ne s’étaient plus quittés ensuite. Gaku avait repéré assez vite celui qui avait fait fuir Kaoku. Tout le monde dans la rue connaissait Hisao Sanada, surnommé la bête étant plus jeune. L’homme ne cherchait pas à lui faire peur ou à l’effrayer, il surveillait juste son neveu du coin de l’œil, au cas où ! À force, cela avait mis la puce à l’oreille de Gaku. Le chat sauvage n’avait pas dû avoir une vie facile. Il était aussi très colérique et violent parfois. Il le cherchait aussi. Il faisait son possible pour le mettre en rage et il y parvenait aisément.

 Gaku se souvenait très bien la fois où Sawako l’avait mis dans une telle rage qu’il l’avait battu et ce ne fut pas la seule fois jusqu’au jour, où le garçon lui-même s’était rebellé. Gaku songea que c’était la période où le garçon commençait à se reformer, à sortir de sa léthargie. D’ailleurs, il avait vraiment eu peur de ne plus revoir, mais Sawako était revenu plus serein, malgré la colère toujours enfouie au fond des yeux.

 Gaku devait bien reconnaitre maintenant que la présence de Sawako l’avait beaucoup aidé également. Il avait enfin regardé sa propre vie en face. Il avait constaté les dégâts et avait fait en sorte de la changer en mieux. Il avait repris contact avec sa mère et ses sœurs. Celles-ci furent heureuses d’entendre à nouveau sa voix. Elles le supplièrent de revenir auprès d’eux. Il avait tergiversé pendant longtemps, puis finalement il avait compris que ce serait mieux ainsi.

 Au début, reprendre une vie sociale normale lui avait semblé étrange et effrayant aussi, mais le soutien de sa mère et de ses sœurs l’avait beaucoup aidé. Sawako lui avait aussi beaucoup manqué. Le garçon avait pris beaucoup de place dans sa vie et ne plus le voir régulièrement lui fit comprendre qu’il subissait le symptôme du chagrin d’amour. Puis, un jour, pendant l’heure du repas du midi, un nouveau client était arrivé au restaurant. Il s’appelait Terrence. Il était à moitié japonais et à moitié anglais de père. Il travaillait comme journaliste pour le journal local. C’était un homme calme et tranquille. Il était veuf depuis cinq ans alors qu’il avait tout juste trente ans. Sa femme était morte en couche le laissant élevé leur fille, tout seul.

 Gaku tomba sous le charme évidemment. Ses sœurs, surtout la cadette, l’avaient remarqué et elle ne s’était pas gênée pour se moquer de lui à longueur de temps. Surtout parce qu’il était toujours très gauche face à cet homme. Il se trouvait stupide d’être dans tous ses états quand il se trouvait face à lui. Enfin, la bonne nouvelle dans l’histoire, c’était qu’il était devenu le chouchou de Kimi, la fille Terrence et même si sa relation avec le père ne semblait pas évoluer beaucoup, il savait ne pas le laisser indifférent. C’était déjà ça, non ?

 Gaku s’apprêtait à regarder à nouveau sa montre quand son regard fut attiré par deux hommes. Il s’attarda sur le plus jeune. La démarche souple et féline, il la reconnaitrait entre mille. Le chat sauvage daignait enfin faire son apparition et il semblait en pleine forme. Gaku sourit. Pour ne pas changer une autre habitude, le garçon semblait en colère ou du moins râleur. N’empêche qu’en sept mois d’absence, Sawako avait muri. Il ressemblait plus à un adulte qu’à un adolescent. Peut-être est-ce dû à sa nouvelle coupe de cheveux ? Gaku regrettait un peu la tresse. Il l’aimait bien.

 Gaku jeta un coup d’œil vers l’homme, un peu en retrait. Il cligna des yeux et se mordit la lèvre. Il devait bien reconnaitre que le chat sauvage savait s’entourer. Cet homme était une sacrée bête, également, et tout aussi sauvage que le plus jeune. Il ne faisait vraiment pas le poids face à cet homme. Il sursauta en entendant la voix cassée.

- N’y pense même pas en rêve !

- Pardon ?

- Ma parole, es-tu devenu sourd ? Arrête de mater mon homme comme tu le fais !

 Gaku fixa son ex-petit ami avec un air halluciné. C’était nouveau ! Le chat sauvage était un jaloux maladif. Sacrée nouveauté !

- J’ai des yeux pour regarder donc je regarde ! Et puis, c’est quoi l’excuse pour ton retard ?

- C’est la faute à Shin, pas la mienne, s’exclama Sawako, avec mauvaise foi.

- Bin voyons ! Aux dernières nouvelles, ce n’est pas moi qui t’ai rejoint sous la douche !

 Sawako fronça les sourcils et jeta un regard noir à son compagnon. Celui-ci haussa les épaules, amusé avant de se tourner vers le japonais qui les écoutait attentivement. Il ne savait pas trop comment agir face à cet homme. Il décida d’agir comme il le faisait avec ses amis.

- Alors, c’est toi le fameux Gaku ?

 Le japonais se tourna vers le français avec appréhension ; pas facile quand même de se retrouver avec le nouveau petit ami d’un ex.

- Euh ! Oui, c’est bien moi.

- Je rêve ! S’écria Sawako, d’un coup. Ne me dis pas que tu flippes devant Shin, Gaku ? Où il est passé le caïd du quartier ?

- Chaton ? Ne te moque pas de ton ami.

 Ledit chaton renifla nullement attendri.

- Je dis ce que je veux comme toujours.

 Shin pinça le nez de Sawa et le menaça du doigt. Il déclara :

- Je vais vous laisser discuter.

- Hein ? Tu vas où ?

- Pas loin, chaton. Je vais juste m’asseoir sur le banc un peu plus loin pour vous laisser discuter sans gêner.

 Sawako fit la moue. Sans faire cas des gens alentour, Shin se pencha et déposa un baiser sur les lèvres pincées, avec un petit rire. Puis, il fit un signe vers Gaku avant de s’éloigner. Sawako ne dit rien pendant tout le temps où il suivit son compagnon s’installer sur un banc à quelques mètres d’eux.

- Cela te dérange d’être seul avec moi, Sawa ?

 Sawako se retourna vers son ami depuis quelques années. Gaku n’avait pas changé en sept mois. Il avait toujours le même look, son éternel jean, santiag. Seuls ses cheveux teint en blond avait poussé et un nouveau tatouage faisait son beau sur la main droite, un papillon.

- Non, cela ne me dérange pas. Mais, je n’aime pas voir Shin s’éloigner.

- Pourquoi ? Serais-tu devenu un jaloux excessif ?

 Sawako s’installa sur le banc près d’eux en s’asseyant sur le dossier. Il se mordait les lèvres. Gaku remarqua à quel point son ami était devenu expressif.

- Tu as bien changé, Sawa. En bien, je veux dire. Je l’avais bien remarqué dans tes lettres, mais c’est encore mieux de le voir en vrai. Ah ! Par contre, j’étais très triste.

 Sawako leva un sourcil interrogateur.

- Pourquoi ?

- Tu as oublié les photos de nus.

 Sawako sursauta et laissa échapper.

- Baka ! Comme si j’allais t’envoyer ce genre de photo.

- Tu avais pourtant promis.

 Froncement de sourcil et les yeux marron pailletés de vert lancèrent des éclairs. Gaku esquissa un sourire.

- Je n’ai rien promis du tout, pervers !

- Ah ! Je ne m’en souviens pas. 

 Gaku émit un rire et s’installa sur le banc également. Il jeta un coup d’œil en direction du français. Il se gratta la tête, puis il s’exclama :

- Tu le laisses t’embrasser. Ce n’est pas du jeu.

- Et alors ?

- Ah ! Tu peux être très cruel, chaton !

 La réaction de Sawako se fit aussitôt. Gaku porta une main sur la tête pour la frotter. Il avait oublié à quel point il ne retenait pas ses coups, le bougre !

- Sawako ! Ça fait mal !

- Alors, évite de m’appeler ainsi !

- Mais euh ! Tu le laisses bien t’appeler chaton.

 Gaku parvint à éviter un autre coup. Il se mit à rire de plus belle.

- Est-ce que tu le frappes aussi ?

 Sawako soupira et posa les coudes sur ses genoux. Son regard ne quittait pas la place où se trouvait Shin. Gaku l’avait remarqué. Le chat sauvage avait fini par être dompté par un autre chat sauvage. Étrange comme pouvait être le destin. Il aperçut également les rougeurs sur les joues du garçon. C’était nouveau ça aussi.

- Je ne peux pas. Chaque fois où il me met en rogne, et il le fait exprès évidemment, il m’embrasse pour me calmer. Mmmh ! Il s’amuse à me mettre en colère juste pour le plaisir de me calmer de cette façon ensuite et je tombe toujours dans le panneau.

 Sawako s’agita et rougit à nouveau.

- Je suis désolé. Je ne devrais pas te parler de ma vie privée.

 Gaku s’appuya contre le dossier et répondit :

- Tu n’as pas à être désolé, Sawa. Nous avons décidé d’être amis, tu te rappelles ?

- Oui, mais….

- Il n’y a pas de, mais, Sawa. Les amis se disent tous, non ? Je suis heureux pour toi. Je suis ravi de te trouver épanoui. Je vais avoir la chance de connaitre le vrai Sawako.

 Le garçon se passa une main dans les cheveux. Il erra son regard autour de lui. Des familles s’étaient réunies pour jouer aux ballons. Un enfant pleurait dans les bras de sa mère. Plus loin, il voyait un groupe de jeune garçon de primaire jouant au foot.

- Et toi, Gaku ? Comment trouves-tu ta vie auprès de ta famille ?

 Il ne s’était pas attendu à être interrogé.

- Bien, enfin non, bien mieux que ce à quoi je m’attendais. Mes sœurs sont adorables. J’avais oublié à quel point c’est agréable de se chamailler avec elles, de les taquiner sur leurs petits copains ou de se faire cajoler par sa mère. Pardon, je ne devrais pas te dire cela.

- Pourquoi ? Parce que je n’ai pas connu ma mère ? Ce n’est pas grave. Je me suis voilé la face pendant des années. Ma famille m’aime beaucoup et je les ai pourtant rejetés. J’essaie de rattraper le temps perdu avec eux. Je vais même rencontrer ma mère prochainement. Alors, tout va bien pour moi.

 Sawako s’interrompit un instant. Gaku jeta un regard où regardait le garçon. Il sourit. Le français discutait avec deux femmes. Il jeta un coup d’œil vers son ami et vit le regard sombre. Gaku sourit, amusé. Il aurait aimé connaitre le Sawako de maintenant, mais il ne pourrait plus.

- C’est agréable de te voir aussi jaloux.

- Je ne suis pas jaloux.

- Oui, je vois ça !

 Sawako frappa. Gaku évita de justesse le coup.

- J’ai bien l’impression que ton ami fait exprès de te mettre dans cet état.

- Pfft ! Ce n’est pas nouveau. Ça l’amuse. Même à la maison, il fait exprès de faire des allusions douteuses avec Ludwig.

- Ludwig ? Qui est-ce ?

- C’est un de ses meilleurs amis. Shin adore le mettre en boule en draguant Rei, le compagnon de Ludwig. Et il est tellement idiot, le Ludwig, qu’il tombe à chaque fois dans le panneau.

- Mmh ! Un peu comme toi.

- Bordel ! Ne me confonds pas avec ce baka ! Alors où en es-tu dans tes relations avec ce Terrence ?

 Ce fut à son tour de rougir comme un adolescent. Sawako le remarqua et se mit à rire avant de reprendre son sérieux.

- Je sais que j’ai été très égoïste avec toi, Gaku. Je savais que tu en pinçais sérieusement pour moi et j’en ai profité avant de te larguer. Tu aurais dû me détester.

- Surement, mais l’inconvénient avec toi, c’est que tu es irrésistible. On te pardonne facilement tes mauvais côtés. Pour répondre à ta question, ma relation avec Terrence n’est pas aussi rapide qu’elle l’a été avec toi. Mais en même temps, je ne veux pas précipiter les choses, non plus.

- Mmh ! C’est raisonnable, mais fait attention qu’une pouf ne te le pique pas entre temps.

- Pour cela, j’ai de la chance. Sa fille Kimi m’adore et elle devient une vraie peste en présence d’autres femmes. Elle est très jalouse.

- Haha ! Elle ne veut pas que d’autres femmes s’approchent de son père, mais elle accepte que tu t’approches de lui. Voilà une jeune fille intelligente !

- Oui, n’est-ce pas ? Elle a déjà décidé que quand elle sera grande, elle m’épousera avec son père, donc c’est tout vu !

 Sawako se redressa et s’étira. Il s’exclama :

- Bon, assez discuter en privé. Il faut que j’aille faire la loi.

 À peine avait-il fini sa phrase que Sawako se dirigea vers le banc où se trouvaient toujours Shin en grande discussion avec les deux femmes. Gaku le suivit, amusé, mais plus lentement. Il aperçut aussitôt le regard séducteur des femmes se poser sur le garçon, mais elles ne tardèrent pas à s’enfuir. Sawako avait beau être un beau gosse, cela ne l’empêchait pas d’avoir une langue de vipère.

- Ah ! Cruel chaton ! Pourquoi as-tu été aussi désagréable avec elles ? S’exclama Shin, avec son sourire en coin, un sourire que Sawako détestait, car il se moquait de lui ouvertement.

 Le garçon pinça les lèvres et ne répondit pas. Shin leva les yeux vers Gaku et lui fit un clin d’œil. Un grognement se fit entendre faisant s’esclaffer le français et Gaku n’était pas loin. Le garçon s’emporta.

- Vous avez fini de vous foutre de ma poire, tous les deux !

 Shin se redressa et attrapa son chaton par le cou.

- Il n’est pas adorable quand il grogne ? Demanda-t-il au japonais.

- Si, il prend la mouche facilement. C’est tordant. C’est toujours agréable de hérisser un chaton !

 Les deux hommes eurent un sourire de connivence. Sawako s’écria :

- Vous me le paierez tous les deux ! Vous me le paierez !

Posté par Origine1975 à 17:08:38 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
23 janvier 2010

Requiem Pfefferberg : 19

La bombe :19.

 Le roi Hang Shu devenait chaque jour de plus en plus furax. Il l’était à l’encontre de son armée incapable de combattre une petite troupe d’Angio. Ceux-ci vivaient depuis quelques années dans la ville Ousgoff. Il allait peut-être demander finalement de l’aide à son voisin, le Roi Isayc. Il hésitait quand même. Il connaissait la réputation de cet homme et de son chien de garde et cela lui faisait peur, car ils auraient peut-être l’audace de commettre un drame écologique.

 Ousgoff était une très belle ville, riche et florissante, mais également une ville très dangereuse. Sous la ville se trouvaient d’anciennes ruines militaires et parmi ces gravats se trouvait une arme atomique, remontant à la troisième guerre mondiale. Si par malheur elle explosait, elle détruirait tout sur son passage sur des milliers de kilomètres, tuant des milliards d’innocents. Elle détruirait non seulement la moitié du royaume d’Elhalyne, mais également sa consœur Inonumy. Ces Angios avaient, certes, choisi un endroit idéal, mais jusqu’à quand ?

 Finalement, ce jour arriva. L’alarme se mit à retentir à travers toute la ville. Elle s’entendit même à travers la campagne et les églises des villages alentour firent sonner à tout va les cloches. Il fallait à tout prix que les villageois essayent par tous les moyens de s’enfuir, le plus loin possible, espérant échapper à l’explosion.

 La panique envahit rapidement les habitants d’Ousgoff. De toute part, les gens couraient dans tous les sens, appelant, hurlant après les êtres manquants. Parmi eux, des hommes et des femmes aux regards intenses se chargeaient du mieux possible à faire évacuer un maximum de personnes par le train. Les habitants obéissaient à ces personnes. Ils ne comprenaient pas vraiment pourquoi l’alarme s’était déclenchée, mais depuis longtemps, ils étaient conditionnés. Ils savaient que l’alarme signifiait une mort possible dans les vingt-quatre heures.

 Un homme, de grande taille, aux cheveux et aux yeux de feu, avait trouvé le passage menant à ces ruines. Il avait cherché, fouillé chaque recoin au risque de tout faire écroulé. Il avait fini par la trouver, cet engin de mort et de destruction.  Il ferma les yeux. Il ne pourrait pas la désamorcer. Il ne s’y connaissait pas. Le vent souffla près de lui. Une forme humanoïde se forma, prenant l’apparence de sa sœur Nadria. Certains trouveraient effrayant de se trouver face à ce phénomène. Le vent ne pouvait côtoyer ses galeries souterraines sauf si une sortie se trouvait pas très loin, mais ce n’était pas le cas.

 Le vent murmura sa peine et sa tristesse. Elle savait beaucoup de choses, mais les fabrications des humains, elle ne connaissait pas. Elle avait peur. Elle souffrait. Requiem pouvait l’entendre pleurer, gémir de désespoir. Il pouvait la comprendre. Comment les protégeait tous ? Comment protégeait sa moitié ? Il avait déjà perdu sa sœur, il ne voulait pas reperdre une autre personne qu’il aimait. Il devait faire quelque chose. Il sentait bien être le seul à pouvoir faire quelque chose.

 Il était le Pfefferberg, l’être ultime, le descendant direct de Paul Pfefferberg ; Cet Angio que les scientifiques avaient créé de toutes pièces en faisant de lui, un dieu vivant. Requiem soupira. Il n’avait pas encore toute sa puissance. Il risquait fort d’y laisser sa vie en voulant sauver ses stupides humains, mais il ne le faisait pas vraiment pour eux. Il était égoïste. Il n’était ni bon, ni méchant. Il était l’équilibre, enfin il essayait.

 Pourquoi égoïste ? Car la seule personne dont il voulait sauver n’était autre qu’un être comme lui, un Angio dont les pouvoirs illusionnistes étaient des plus remarquables. Les autres seront sauvés juste parce qu’ils vivaient là où se trouvait sa moitié. Requiem regarda une dernière fois la bombe avant de s’en détourner. Il devait agir et vite.

 Il remonta à la surface. Il devait trouver la personne. Il se mit à courir et fouilla la ville entière pour mettre la main dessus. Il devait lui ordonner de faire ça. Il le devait. Il devait lui faire promettre de veiller sur lui comme à la prunelle de ses yeux. Il finit par la trouver. Elle aidait une jeune femme enceinte à monter dans le train. Cette femme était tellement apeurée qu’elle n’aidait pas beaucoup. Requiem finit par l’aider.

 Trishka remercia son ami avec un sourire, fatigué. Depuis l’instant où l’alarme s’était déclenchée, elle courait dans tous les sens pour aider le plus de personnes possible à fuir. Maintenant, elle craignait le pire. C’était le dernier train. Elle s’éloigna et le regarda s’éloigner. Elle soupira. Elle espérait sincèrement que ce train ne subirait pas les retomber radioactif de la bombe. Elle s’aperçut de l’impatience chez son camarade. Elle se tordit les mains. Elle n’était pas stupide. Elle avait fini par connaitre son jeune petit chef. Il allait lui demander l’impossible. Elle baissa la tête et attendit.

- Préviens les autres. Vous devez vous éloigner le plus loin possible avant l’explosion.

- Mais, il y a encore tant de monde, Requiem. Nous ne pouvons les laisser sans défense.

- Que feras-tu une fois morte ? Obéis, Trishka ! Je veux que tu me promettes de veiller sur Sahel comme à la prunelle de tes yeux.

 L’Angio releva la tête, surprise. Elle voulut parler, mais Requiem l’en empêcha en posant un doigt sur ses lèvres. Des larmes montèrent à ses yeux rouges.

- Je vais tenter l’impossible, Trishka. J’exige que tu emmènes Sahel à Blanka. Emmène-le à Duncan Stuno.

 La jeune femme posa sa main sur celle de son ami et murmura d’une voix cassée par les sanglots coincés à travers la gorge.

- C’est à toi de protéger Sahel, Requiem. Qu’essaies-tu de faire ? Tu n’es pas immortel…

- Chut ! Ne t’inquiète pas pour moi et obéis !

 La jeune femme recula d’un pas, les larmes toujours accrochées à ses cils. Ses yeux s’agrandirent. Elle sentait une pression dans son crâne. Il n’osait pas ! Trishka secoua la tête pour retirer le voile devant les yeux. Quand elle redressa la tête, Requiem avait disparu. Elle fouilla la gare, mais ne le retrouva pas. Où était-il passé ?

 Elle porta une main à son crâne. Il lui faisait mal. Le voile revint. Elle chancela. Maudit soit Requiem ! Que lui avait-il fait ? Non, il n’avait pas le droit de lui forcer la main. Savait-il seulement le mal qu’elle allait avoir à convaincre Sahel de les suivre ? Deux bras lui entourèrent la taille. Elle sursauta et se tourna rapidement. Elle se retrouva devant son cher et tendre. Elle soupira de soulagement, mais grimaça en entendant la voix chantante et rauque à la fois de l’angio aux yeux argentés.

- Où est Requiem, Trishka ?

 Le mal de tête se fit plus fort. La jeune femme grimaça à nouveau. Elle parvint à dire.

- Il m’a dit de ne pas l’attendre. Nous devons commencer à partir sans lui, en direction de Soleda.

 Sahel croisa les bras, le regard ferme. Hors de question qu’il aille quelque part sans Requiem ! La ville devenait de plus en plus silencieuse. Dans une heure à peu près, elle deviendrait une ville fantôme pour quelques heures.

- Je ne bougerais pas d’ici. Non, plutôt, je vais aller à sa recherche. Il va m’entendre celui-là !

 Le jeune Angio se tournait pour partir quand Trishka poussa un hurlement. Elle avait vraiment l’impression que son crâne allait éclater. Minos commençait sérieusement à s’inquiéter. Il sentait la panique le gagner. Il entendit sa femme chuchoter. Il ouvrit la bouche en grand avant d’agir. Sahel s’était arrêté très surpris par le cri. Inquiet pour son amie, il s’approchait d’elle. Il ne vit pas le coup porter par Minos à son encontre. Il s’écroula inconscient.

- Merde, Minos ! Qu’est-ce qui te prend ? Hurlèrent Noel et Winfield.

 Minos souleva le corps léger de leur jeune ami. Sahel ne pesait pas lourd. Il fronça les sourcils. Quand il reverra Requiem, il lui passerait un de ses savons, l’obliger à faire cet acte. C’était trop cruel ! Trishka soupira de soulagement et put se redresser. Son mal de crâne oubliait. Noel attrapa le bras de Minos et le força à le regarder. Il était vraiment furieux. Son regard se baissa vers le visage androgyne de Sahel. Sa tête reposait sur l’épaule de Minos, juste inconscient.

- N’en veut pas après Minos, Noel. Il n’a fait qu’obéir aux ordres de Requiem. Il faut lui obéir. Je ne veux plus souffrir. J’ai bien cru que mon cerveau allait exploser.

 Winfield se passa une main dans ses cheveux blancs.

- Nous devrions partir de toute façon. Sinon, exploser nous risquons fort de le faire.

 Noel relâcha le bras de Minos. Il passa ses mains dans sa chevelure noire. Il la fourragea. Il ne voulait pas obéir. Il ne voulait pas laisser un des leurs en arrière. Le vent apparut et le caressa. Il en avait toujours été surpris, une présence étrange et agréable à la fois. Elle marmonnait et chantait des mots apaisants. Elle les suppliait également d’obéir pour le bien de leur chef. Il devait être concentré. Rien ne devait le perturber. Les parasites pourraient nuire à sa vie. Alors avec un dernier regard, Noel ravala son incompréhension.

 La petite troupe se mit en route. Ils quittèrent assez rapidement la ville où ils avaient vécu depuis quelque temps déjà. Ils y avaient vécu des drames, mais surtout de la joie, du rire. Ousgoff était la ville où ils s’étaient tous rencontré et où ils avaient lié amitié.

 Requiem regarda ses amis s’éloigner. Il se trouvait sur la plus haute tour. Son cœur souffrait. Il n’avait pas voulu faire du mal à Trishka, mais il n’avait pas trouvé d’autre moyen de les faire réagir. Il espérait qu’elle ne lui en tiendrait pas rigueur, enfin seulement s’il avait la possibilité de survivre à ce qu’il allait faire. Non, que racontait-il ? Il devait réussir sinon ces amis, son ange, ne seront pas à l’abri et mourront. Il ne le voulait pas. C’était hors de propos.

 Il lança un dernier regard vers ses amis. Noel avait remplacé Minos pour porter Sahel. Un léger sourire esquissa les lèvres pleines du jeune homme avant de le perdre à nouveau. Un frisson le traversa. Sahel lui manquait déjà, mais au moins, il serait en sureté. N’est-ce pas ? Requiem se détourna et descendit les vingt-cinq étages de l’immeuble. Il se rendit au centre même de la ville. Par un étrange phénomène, la bombe se trouvait placée exactement en son centre.

 Requiem se laissa tomber sur le ciment et attendit. Un cri retentit. Son regard se porta vers les cieux. Otys tournoyait tout autour de la ville en trompetant à tout va. L’aigle royal blanc piqua et vint s’installer sur l’épaule de son maître. Le jeune homme caressa le volatile.

- Tu dois partir, Otys. Va rejoindre les autres. Reste avec Sahel, d’accord ?

 Otys pinça amicalement l’oreille de son ami et maître, puis dans un superbe élan reprit son envol. Il fit un dernier tournoiement avant de prendre la direction de Soleda. Il savait où il devait se rendre. Requiem ferma les yeux. Il avait perdu l’habitude d’être seul.

 Le vent se leva d’un coup et la forme humanoïde se reforma face à lui. Voir le visage de sa sœur le réconfortait toujours. Le vent, son allié, devait le savoir. La forme sourit. Elle chuchota :

- Pas seul Requiem. Moi rester avec toi pour toujours quoiqu’il arrive.

- Ne t’ai-je pas déjà demandé de rester auprès de Sahel ?

 La forme se troubla et eut un chuchotement amusé.

- Toi avoir dit, mais moi vouloir être avec toi ! Le démon de lune est très bien entouré.

 Requiem émit un petit rire. Étrange ! Il se sentait en paix.

- Pourquoi l’appelles-tu ainsi ?

- Sous ses airs d’ange, petit diable. Toi te laisser manipuler par lui.

 L’Angio sourit encore plus.

- Mais, j’aime me faire manipuler par Sahel.

- Moi le savoir, mais petit diable quand même.

 Requiem se passa une main dans ses cheveux rouge sang. Il jeta un coup d’œil autour de lui. La place n’avait jamais été aussi silencieuse. Partout où son regard passait, il remarquait de petits détails, une peluche abandonnée, des chaises renversées dans un café, des vitres brisées, des bagages oubliés. Son regard croisa celui d’un chien abandonné. L’animal aboya gaiement avant de se mettre à gémir et de secouer la tête. Puis avec un couinement, il s’enfuit.

- Toi te défendre d’être bon, mais toi sauver vie animale.

 Requiem leva les yeux vers le ciel. Une longue attente allait avoir lieu. Pourra-t-il atténuer au maximum la bombe ? Il le verra bien assez tôt. Pour l’instant, il devait vider son esprit de toute pensée parasite et se concentrait afin d’ériger une barrière autour de la ville. Il ne serait pas seul bien évidemment. Mère nature allait l’aider à ériger ce dôme. Pour cela, Requiem avait la haine envers ses ancêtres qui avaient osé créer cette chose. Mère nature allait devoir sacrifier beaucoup de ses congénères pour la survie des autres espèces. Parfois, le mal devait être battu par le mal. Il n’y avait pas d’autre choix pour sauver le maximum de vie organique ou végétale.

Posté par Origine1975 à 20:57:41 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]

Daisuke Oda : 02

Chapitre 2 :

 

 Il devait avoir la poisse. Il n’avait pas d’autres mots pour décrire tous les malheurs qui lui tombaient dessus depuis quelque temps. Premièrement, sa voiture, son adorable voiture, venait de rendre son âme. Deuxièmement, son chef venait d’être muté et maintenant, il devait supporter cet empoté, ce sale petit con de Morida. Troisièmement, son meilleur ami, Ashton de son prénom, son coéquipier depuis le début, s’était cassé la jambe et il devait travailler avec un autre coéquipier, et en plus un homophobe. La poisse, la poisse et la poisse ! Et ce n’était pas fini. Il ne fallait pas rêver. Il venait encore d’être cocu.

 Mais bon, il en avait l’habitude maintenant. Il en devenait pathétique. Pourquoi n’avait-il pas de chance en amour ? Pourquoi tous les hommes avec qui il allait, finissaient immanquablement par le tromper ? Pour pleurer, il rejoignit Ashton. Son ami était un hétéro pur et dur, mais il ne critiquerait jamais le choix de vie de son ami. Il compatissait. Lui aussi avant de connaitre la perle rare avait eu ce genre de désagrément avec la gent féminine. Maintenant, Ashton vivait heureux avec une douce épouse et trois enfants.

 Maintenant, il se trouvait assis dans le salon de la grande maison des Mauraux. Anaïs, la femme d’Ashton, lui avait offert une tasse de café et de petits gâteaux faits maison. Anaïs était un fin cordon bleu et une épouse adorable. Daisuke n’était pas porté par les femmes, mais il devait bien reconnaitre que son meilleur ami était un homme comblé.

 Celui-ci se prélassait sur le canapé, le pied posé sur la table basse sur un coussin. Il soupirait d’aise. Il pouvait. Il était chouchouté par sa déesse et ses petits diables. Ashton but une gorgée de café tout en jetant un coup d’œil à son vieil ami. Il le voyait déprimer. Ce n’était pas le genre de Daï de déprimer ainsi. Il devait trouver une solution.

- Allons, Daï ! Secoue-toi ! Ce n’est pas la fin du monde quand même.

- Tu ne peux pas comprendre, Ashton ! Je l’aimais tellement.

- Bordel, Daï ! Ce n’était qu’une voiture, tu ne vas pas te mettre à pleurer comme un bébé pour une voiture. Pleure pour t’être fait encore largué, mais pas pour ton horrible engin.

- Comment ça horrible ? Ma voiture était magnifique et elle ronronnait à merveille.

 Ashton porta une main à sa tête. Il finit par la secouer, fataliste. Il ne le changerait pas, n’est-ce pas ? Daisuke était ainsi. Il changea de sujet.

- Tu sais quoi, tu ferais mieux d’arrêter de chercher ta future moitié dans ces bars. À chaque fois, tu te fais avoir.

 Daisuke s’agita et croisa ses énormes bras. Anaïs rejoignit son époux sur le canapé. Aussitôt, leurs doigts se lièrent. La jeune femme adressa un sourire à l’ami de son mari.

- Tu finiras bien par la trouver, Daisuke. Ne perds pas espoir.

- Merci, Anaïs. Ah ! J’ai sérieusement besoin de vacances.

- Bien voilà une bonne idée. Cela te permettra de changer les idées et c’est bientôt les vacances d’été. Nous, nous allons partir sur les routes en camping-car. Nous allons faire le tour de France à notre façon.

 Daisuke se gratta la tête. Bonne idée ses vacances ! Il en avait vraiment besoin. Il demanderait à Eryna si elle voulait venir avec Carlin. Mmh ! Il avait besoin de se ressourcer alors, pourquoi pas dans les îles ? Il ne perdit pas de temps d’ailleurs. Il n’avait pas pris de vacances depuis belles lurettes alors, il les posa tous d’un coup. Il chercha sur internet et trouva quelques endroits. Évidemment, son nouveau chef fit des siennes. Il les lui refusa. Mais pour qui il se prenait celui-là ? Pour Dieu tout puissant !

 Ensuite, il se disputa avec Eryna. Ppft ! Tout cela parce qu’il lui avait dit que son nouveau petit ami était un imbécile de premier ordre. Il allait finir à l’asile si cela continuait. Qu’avait-il fait pour mériter ce sort injuste ? En plus, elle lui interdisait de voir Carlin pour deux semaines. Mince ! Avec sa taille et sa carrure, pourquoi n’arrivait-il pas à lui faire peur ? Eryna lui avait ri au nez en disant qu’elle le connaissait trop bien.

 Elle n’avait quand même pas le droit de lui interdire de voir son jeune cousin. Il adorait être avec le gamin. Il était usant, n’avait pas sa langue dans sa poche. Il courait tout le temps. Il était capricieux, mais pour Daisuke, c’était un ange. Il savait très bien se faire manipuler par ce gamin de huit ans à peine, mais ce n’était pas grave. Carlin avait failli mourir poignardé par son père. Alors, le voir rire et s’épanouir était une bonne chose pour Daisuke.

 Morida, son chef, l’envoya de nouveau en mission avec cet homophobe. À croire qu’il le faisait exprès ! Enfin, c’était peut-être le cas. Daisuke arriva quand même à travailler efficacement, même si c’était avec un homme stupide et sans cervelle. Il ne mâcha pas ses mots dans son rapport. Bien évidemment, son Chef ne le crut pas un instant, préférant croire le rapport de l’autre abruti. Il y avait des limites dans la stupidité humaine quand même. Daisuke fit ce que sa conscience lui demandait de faire. Il écrivit à un officier plus gradé. Une enquête se fit et des têtes tombèrent, comme celle de son chef et de l’autre abruti. Mais, par malchance, Morida se vengea et fit en sorte que Daisuke dut donner sa démission, enfin temporairement.

 En l’apprenant, Ashton fut estomaqué. Après tous les services qu’avait rendus Daisuke, voilà comment on le remerciait. Daisuke s’en fichait. Il pouvait enquêter. Il n’avait rien à se reprocher. Mais au moins, il pouvait enfin prendre ses vacances. Il se rendit à nouveau à l’appartement d’Eryna Oda. La jeune femme lui ouvrit et soupira en le voyant, de soulagement. Elle avait été dure avec lui la dernière fois et elle s’en voulait un peu. Elle le fit entrer.

 Aussitôt, un hurlement de joie se fit entendre et un petit diable arriva en courant. Il se jeta sur l’homme. Daisuke le souleva sans problème.

- Tu m’as manqué Daï. Il parait que tu t’es fait gronder par maman comme un gosse. J’aurais aimé voir ça.

- Vas-y moque-toi de moi, petit sacripant.

 Carlin se mit à rire. Il s’agita pour retrouver pied sur terre. Puis, il fonça dans la cuisine. Sa mère s’exclama aussitôt :

- Carlin ! Arrête de manger avant le repas !

- Mais, maman, je meurs de faim. Tu ne vas pas me laisser agoniser quand même.

 Eryna secoua la tête, exaspérée. Elle sourit. Son fils était un vrai glouton.

- Tu auras intérêt à manger toute ton assiette de brocoli, tout à l’heure.

- Ah ! Non ! Pas des brocolis, maman. Je déteste le brocoli. Tu veux que je tombe malade.

 Daisuke se laissa tomber sur une chaise et observa le glouton.

- C’est très bon le brocoli. Si tu en manges, tu deviendras comme moi.

 Carlin leva son visage plein de chocolat vers son grand cousin. Il fronça les sourcils.

- Non, sans façon ! Je ne veux absolument pas devenir un gros nounours comme toi !

 Eryna porta la main devant la bouche pour étouffer un fou rire. Son fils ne perdait pas son habitude de dire ce qu’il pensait. Daisuke soupira, tristounet.

- Et voilà ! Personne ne m’aime, bouda-t-il.

 Carlin pencha la tête. Il fronça à nouveau les sourcils et se mordit les lèvres.

- Mais, je n’ai jamais dit que je ne t’aimais pas, Daï. J’ai juste dit que je ne voulais pas te ressembler.

 Le géant se pencha un peu plus sur la table et ébouriffa la tête de son jeune cousin. Celui-ci retrouva aussitôt le sourire.

- Je le sais, petit monstre.

 Eryna s’installa le dos contre l’évier et demanda :

- Quel est le motif de ta visite aujourd’hui ?

 Daisuke se redressa, se gratta la tête puis se lança :

- Voilà, j’ai quelques jours de vacances et comme c’est le début de ceux de Carlin, j’espérais vous emmener à Hawaï. Quand dis-tu ?

 Le géant sut d’emblé qu’il y avait un souci. Il soupira. Ce n’était vraiment pas sa chance en ce moment. Il baissa la tête. Eryna s’en voulut. Elle ne voulait pas faire de la peine à son cousin.

- C’est gentil d’avoir pensé à nous inviter, mais Paul nous a déjà proposés à aller en Espagne. J’ai accepté.

 La chaise de Carlin grinça et chuta faisant sursauter les deux adultes. Le garçon fixait sa mère avec des yeux ronds et colériques. Eryna soupira.

- J’allais t’en faire part ce soir, Carlin. Paul voudrait mieux nous connaitre et faire plus ample connaissance avec toi.

- Je ne veux pas. Je le déteste. Il essaie de m’amadouer, mais je ne marche pas. Il me donne des ordres et toi, tu ne bronches pas.

 Le garçon secoua la tête. Il contourna la table et se jeta dans les bras de Daisuke. Le géant fronça les sourcils. Le corps de son cousin tremblait. Ce n’était pas normal. Il leva les yeux vers Eryna. Elle le regarda avec désespoir. Que devait-elle faire ? Pourquoi son fils rejetait-il tous les hommes qu’elle fréquentait ? Enfin, il n’y en avait pas eu beaucoup, mais aucun n’avait réussi à plaire à son fils. Elle avait quand même le droit d’être heureuse, non ? Pourquoi le lui refusait-il ?

 Daisuke souleva son cousin pour l’installer sur ses jambes. Carlin enfouit son visage dans l’épaule et resta ainsi jusqu’à s’endormir. Eryna se laissa tomber sur une chaise et mit sa tête entre ses mains.

- Que dois-je faire pour lui plaire, Daï ? Je ne veux pas être seule. J’aime mon fils, mais j’aimerais avoir quelqu’un avec qui rire et pleurer, avec qui je peux me reposer. Est-ce trop demandé ?

 Daisuke attrapa une des mains de sa cousine et la serra fortement.

- Laisse-lui un peu de temps, Eryna. Tu te jettes toujours trop vite dans tes relations. Enfin, cela doit être de famille. Je fais pareil. Écoute, avant que cet homme n’apprenne à connaitre ton fils, il devrait d’abord apprendre à te connaitre. Pars avec ce Paul en Espagne, seule.

 Eryna releva la tête et essuya ses larmes.

- Mais, je ne peux pas laisser Carlin, Daisuke.

- Accepte de me le laisser pendant le temps de ton voyage.

- Mais, ton propre voyage ?

- Et bien, je l’emmènerai. J’en prendrais grand soin. Tu sais bien à quel point je l’adore ce gamin.

- Mais…

- Il n’y a pas de « mais », Eryna. Je ne vais pas kidnapper Carlin. Je vais juste l’emmener en vacances et ensuite, nous reviendrons avec plein de photos pour te narguer.

 La jeune femme sourit malgré elle. Jamais, elle n’avait pensé une seule seconde que Daisuke lui volerait son fils. Enfin, juste un peu, dirons-nous !

- D’accord, tu pourras l’emmener. Je suis sur qu’il va sauter de joie. Il t’adore vraiment Daisuke. J’espère que tu ne le décevras jamais.

- Je te le promets, ma belle.

Posté par Origine1975 à 23:04:43 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
24 janvier 2010

Requiem Pfefferberg : 20

L’explosion : 20

 L’homme se releva d’un geste souple et se tient droit, les jambes un peu écartées afin d’avoir un maximum d’équilibre. Ses paupières s’étaient refermées sur ses iris rouge sang comme ses cheveux. Les bras tendus, légèrement écartés par rapport au corps, il semblait prier. En tout cas, petit à petit une douce mélodie retentit dans la ville fantôme aux intonations douce, mélancolique et d’une tristesse infinie. Quiconque pouvant l’entendre se mettrait alors à pleurer comme un bébé. Il ne pourrait s’en empêcher.

 Cette magnifique mélodie apporterait la mort à ses petites créatures invisible à l’œil nu, pourtant si indispensable à la survie de la planète elle-même. Ces petites créatures, les enfants de la Mère nature, se réunissaient comme une porte invisible tout autour de la ville afin de l’isoler du mieux possible pour étouffer le feu qui viendrait bien assez tôt. Ils avaient leurs propres caractères, ils pouvaient penser par eux même. Ces créatures savaient bien que la plupart d’entre eux ne survivraient sans doute pas, mais protéger la vie était un de leurs rôles et elles le savaient et le feraient avec honneurs et fiertés.

 Cet homme, elles ne le connaissaient pas, mais il chantait pour eux. Mère nature semblait lui porter regard et affection. Alors, elles devront le protéger du mieux possible, également. Elles se souvenaient d’un autre comme lui. Il en avait la même essence, une essence qui signifiait comme enfant suprême de la nature donc une personnalité très importante. Elles lui devaient obéissance.

 Petit à petit, une forme bleutée apparue entourant Ousgoff de sa clarté. Des étrangers observant vers ce coin y apercevraient surement un phénomène surnaturel grâce à la lumière du soleil. Ils penseront surement que c’était leur imagination, jamais ils ne pourraient imaginer une seule seconde que c’était des petites créatures qui allaient se sacrifier pour protéger leur petite vie tranquille.

 Le chant s’arrêta net. L’homme baissa la tête. Il avait les larmes aux yeux. Il n’avait pas vraiment peur pour lui. S’il devait mourir aujourd’hui alors il mourrait, mais il pleurait pour le sacrifice. La terre gronda autour de lui. Ce n’était pas encore l’explosion, même si elle ne tardait plus maintenant. L’heure approchait à grands pas. Non, c’était bien autre chose. Des lianes solides sortirent du sol, fracassant tout sur leur passage. Elles foncèrent sur l’homme. Celui-ci ne bougea pas. Il se laissa faire sans broncher. Pourtant, une douleur intenable devait le titiller de toute part.

 Les lianes s’enfoncèrent dans chaque paume et soulevèrent le corps à quelques centimètres du sol. Le sang s’écoulait goutte par goutte sur le ciment faisant vite fait une petite marre. D’un seul coup, les lianes se mirent également à s’illuminer de bleu. Tout autour de petites créatures avançaient dignement et entourèrent le corps de l’homme dont la conscience était toujours présente. Il souffrait, mais se retenait de hurler sous la torture. Le simple fait que ces créatures passaient sur ses blessures le faisait serrer la mâchoire tellement il avait mal à chaque passage.

 Ses yeux rouges étaient grands ouverts, mais ils ne reflétaient aucune malveillance ou de colère. À l’instant où la bombe explosa, l’homme éjectait sa tête vers l’arrière en poussant un hurlement effrayant et glacial. Tout son corps fut couvert d’électricité et elle s’échappa de toute part du corps. L’explosion se transforma en énorme champignon apocalyptique. Le sol se mit à trembler. Les immeubles s’écroulèrent en éjectant leur pierre à tout va.

 Le dôme tremblota. Il devint rougeoyant prêt à fondre, mais finalement il tient solidement. À travers toute la contrée d’Elhalyne et une bonne partie d’Inanomy, la terre trembla pendant deux jours, creusant parfois des gouffres. Il eut certes des morts, mais beaucoup, beaucoup moins que cela aurait dû. Pour la première fois de sa vie, le Roi Hang Shu eut la peur de sa vie. Qui avait osé faire sauter cette bombe ? Qui avait osé vouloir détruire Elhalyne la belle ? Serait-ce ce Roi de pacotille ? Avait-il voulu jouer au plus malin avec lui ? S’il cherchait la guerre, alors il l’aurait cette guerre. S’il pensait sérieusement pouvoir prendre son pays comme il l’avait fait avec les autres, il se trompait lourdement. Foi de Hang Shu !

 Le château d’Inanomy ressentit les secousses également. Isayc poussa un hurlement pour en connaitre la raison. Personne ne pouvait lui répondre. Seule sa maîtresse avait une petite idée, mais elle ne voyait pas l’intérêt de la lui dire. Il pourrait toujours crever.  Mais, il l’apprit bien assez tôt quand le Roi Hang Shu lui déclara la guerre. Ousgoff avait disparu de la surface de la Terre laissant à sa place un énorme trou.

 Par les secousses, certains trains déraillèrent, mais avec beaucoup de chance, ils n’eurent que des blessés sans gravité. Partout, les rumeurs allaient bon train. Personne ne pouvait comprendre la raison de cette explosion, mais surtout pourquoi n’avait-elle pas fait plus de dégât ? Beaucoup connaissaient la légende de cette bombe sous la ville d’Ousgoff et surtout de sa radioactivité.

 Un groupe de voyageur finit par arriver à Blanka. Un groupe étrange accompagné par un aigle royal blanc s’arrêta à une auberge. L’aubergiste leur donna les chambres voulues sans broncher. Il ne les connaissait pas, mais le plus petit d’entre eux lui faisait peur. Pour une raison qu’il ne comprenait pas, c’était surtout cet homme qui le mettait le plus mal à l’aise. Ce garçon était d’une beauté effrayante, trop parfaite et ses yeux argentés ne reflétaient rien, aucune joie et aucun sourire. Il ne parlait pas non plus.

 Depuis leur départ d’Ousgoff et surtout depuis qu’il s’était réveillé, Sahel n’avait plus dit un mot, n’avait plus souri non plus. Il regardait les gens comme s’il était en colère permanente. Ses amis l’observaient en silence et inquiet. Ils n’avaient pas la compétence de Requiem pour lire en lui et surtout, comment le réconfortait ? Eux non plus ne savaient pas grand-chose sur l’explosion. De loin, ils avaient bien vu le dôme. Il l’avait vu devenir rouge sang comme prêt à céder et puis il y avait eu les tremblements de terre.

 Ils avaient pensé alors à leur propre survie et celle des personnes qui les avaient suivis en silence. Même Sahel les avait aidés, mais il avait gardé le silence. Trishka s’en inquiétait sérieusement. Elle aimerait le voir pleurer, hurler quoique se soit d’autre, mais rien. Elle priait chaque jour pour que leur ami Requiem s’en soit sorti, mais comment sortir vivant en étant juste au dessus d’une bombe ?

 Et puis, l’explosion s’était produite deux mois auparavant. Depuis, ils avaient voyagé à travers Elhalyne, traversait comme des voleurs une petite partie de la contrée Inonumy, avant d’atteindre enfin la frontière de Soleda. Maintenant, ils étaient enfin arrivés à destination. L’endroit où Requiem leur avait dit de se rendre. Après avoir trouvé ce Duncan Stuno, que devront-ils faire ? Sans Requiem, ils se sentaient perdus. Ils avaient besoin de lui pour les guider. Ils étaient leur ami, mais également leur chef.

 Sahel pénétra dans la chambre qui lui était attribuée. Il referma la porte à clé ne voulant pas être dérangée. Il se demandait souvent il parvenait encore à bouger et à vivre normalement. Requiem lui manquait. Il était en colère contre son ami, son amant. Il n’avait pas eu le droit de le laisser en arrière. Sahel se laissa tomber sur le lit et cacha son visage dans l’oreiller. Ses amis pensaient que Requiem était mort, mais pas lui. Requiem n’était pas n’importe qui. Il était comme un Dieu vivant avec une puissance effrayante, mais pas encore entièrement acquise. Cette bombe n’était rien, Requiem pouvait faire bien pire s’il le désirait réellement. Si l’envie lui prenait de vouloir tout détruire, il pourrait le faire avec bien plus de dégât que cette petite bombe.

 Le jeune Angio se retourna et observa le plafond. Dans les coins, il y aperçut des toiles d’araignée. Il eut un étrange sourire. Ce n’était pas le sens de propreté dans ce lieu, mais c’était très bien ainsi. Il sentit quelque chose lui grimper sur la poitrine. Sahel baissa son regard et il se retrouva devant une créature que la plupart des humains détestaient. D’un doigt, il caressa la créature. Celle-ci fit bouger ses petites pattes de devant. Sahel fronça les sourcils. Voilà que Misha lui faisait la morale maintenant. Où allait le monde, vous jures !

- J’ai le droit de faire ma mauvaise tête, Misha. Je n’ai pas envie de leur parler. Je m’en fiche complètement que cela les inquiète.

 La mygale frôla la joue de son maître. Sahel soupira.

- Je me venge, j’ai le droit quand même. Requiem dit que je suis un sale gosse, alors pourquoi devrais-je changer, alors qu’il n’est même pas là ?

 Sahel porta ses mains devant les yeux avant de jeter un coup d’oeil par la fenêtre. Allongé comme il l’était, il voyait le ciel bleu sans nuages. Un sourire esquissa ses lèvres. Il voyait Otys tournoyer autour de la ville. Duncan le verrait surement et le reconnaitrait. Il ne pouvait pas avoir oublié le volatile. Il saura alors leur présence. Sahel soupira à nouveau. Il avait hâte de revoir son ami d’enfance, mais en même temps, il aurait préféré être avec Requiem. Où était-il cet idiot d’ailleurs ? Il espérait qu’il ne tarderait pas trop à le rejoindre. Il lui manquait beaucoup trop.

- Misha ? Rappelle-moi de donner une sacrée raclée à Requiem quand il reviendra. Il va falloir lui rappeler que le maître c’est moi.

Posté par Origine1975 à 14:49:28 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
28 janvier 2010

Dessins de Gezoi

gakucolor


Gaku, ex petit ami de Sawako
dessin magnifique de Ge-chan ^^

Posté par Origine1975 à 20:17:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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