La rencontre : 53

 

 Sawako n’en revenait pas. Il avait eu un peu peur en rencontrant Gaku. Peur de faire une erreur en emmenant Shin avec lui pour le rencontrer, mais il n’aurait jamais pensé que les deux hommes s’entendraient aussi bien. Shin les avaient invités à dîner à un restaurant familial. Depuis, Sawako regardait les deux hommes discutés comme s’ils se connaissaient depuis toujours.

 Et en plus, ils ne se gênaient pas de parler de lui. Depuis, le début, ils n’arrêtaient pas de faire des allusions sur sa personne. Shin avait même osé demander à Gaku comment il l’avait rencontré. Et cet abruti avait raconté dans les moindres détails leur première rencontre. Ensuite, Shin raconta également sa rencontre avec Sawako.

 Gaku n’était pas au courant au sujet des assassinats, de la tentative d’enlèvement et tout le reste. Il en tomba des nues et fut un peu vexé d’avoir été mis un peu de côté, mais il comprenait bien que Sawako ne voulait pas le mêler à cette histoire. Heureusement, cette histoire s’était plutôt bien terminée.

 Finalement, Sawako en eut assez qu’ils ne parlent que de lui, alors il, changea de conversation en la détournant au désavantage de Gaku. Amusé, Sawako lui demanda de lui parler de Terrence et de Kimi. La réaction se fit aussitôt. Gaku sentit ses joues s’enflammer. Ce démon s’amusait à ses dépens. Mais, pour l’instant, il n’y avait rien à dire sur Terrence. Cet homme le considérait comme un ami potentiel, mais pas comme un futur amant.

- Tu ne devrais pas attendre trop longtemps pour attaquer, Gaku finit par avouer Shin, alors qu’ils sortaient du restaurant. Si tu tardes, ça risque de se corser et tu pourrais en souffrir beaucoup plus si par malheur c’est un refus. Même s’il te repousse au début, sans pour autant vouloir anéantir votre amitié, alors cela voudra dire que tu auras surement une chance. Au moins, tu sauras à quoi t’en tenir.

- Merci du conseil. J’y penserais pendant mon retour.

 Gaku se tourna vers Sawako dont les doigts étaient solidement liés à ceux de Shin, et tant pis pour les regards méprisants de certains passants. Le garçon ne cachait pas son amour pour un homme. Au contraire, il préférait le montrer comme si cela empêcherait l’idée de vouloir lui piquer son homme. Arriverait-il un jour où il en serait capable également ? Peut-être une des raisons qui l’avait charmé chez le garçon ? Sawako ne s’en rendait peut-être pas compte, mais il était une personne entière et franche.

- Continue à m’envoyer des cartes postales et si possible envoie-moi quelques photos de toi tout nu.

- Tu peux toujours courir, pervers !

 Gaku laissa échapper un soupir, triste. Il se tourna vers Shin et lança :

- Dis-lui que cela ne te dérange pas que j’aie quelques photos de lui tout nu, Shin.

 Shin baissa son regard vers son chaton. Un sourire s’esquissa. Sawako fronçait les sourcils. Il répliqua :

- J’y penserais.

- Quoi ! S’exclama Sawako, en levant les yeux vers son homme, horrifié.

 Il aperçut alors le sourire en coin. Sawako grogna et donna des coups contre le bras de Shin pour s’être moqué de lui. Shin se mit à rire.

- Ah ! Tu es vraiment mignon, Sawa quand tu es en colère, lança Gaku, amusé.

- Toi ! Tu vas voir si je suis mignon quand je t’aurais étalé sur le sol, le nez éclaté.

 Gaku mit ses mains devant comme pour se protéger. Il se mit à rire à son tour.

- J’abandonne. Tu es trop violent pour mon petit cœur. Je vous laisse les amoureux. Sayonara Chaton ! A un de ces quatre !

- Bordel ! Tu n’es pas autorisé à m’appeler chaton ! Hurla Sawako, en suivant du regard le dos de son ami s’éloigner. Gaku lui fit un au revoir de la main. Sawako leva les yeux vers Shin et lui demanda :

- Qu’est-ce que l’on fait maintenant ? On continue à se promener ?

 Shin esquissa un autre sourire. Le garçon en fut troublé. Mince, il fondait un peu trop maintenant. L’homme se pencha et susurra à son oreille.

- Je préfèrerais regagner notre chambre d’hôtel. Ne veux-tu pas continuer ce que nous avons bien commencé ce matin ?

 Sawako frissonna de plaisir rien que par le souffle de Shin sur sa peau. Il se mordit les lèvres. Il serra plus fort ses doigts à ceux de Shin. L’homme comprit de suite. Il emmena son chaton à travers la ville. Ils réussirent à prendre le dernier train. Le trajet semblait interminable pour Sawako. Pourtant, à peine, franchirent-ils la porte de la chambre, qu’ils se jetèrent l’un sur l’autre pour se dévorer mutuellement jusqu’au matin.

 

 La maison de son grand-père n’avait pas changé depuis le temps où il n’était pas venu. La seule différence était l’absence de Chisame. Hanae lui avait annoncé la nouvelle. Bunji Sanada avait fait une demande de divorce. Contre toute attente, Chisame n’avait pas fait d’histoire. Bunji avait dû être très convaincant. Sawako apprit également que Yasuo, son grand-oncle avait pris sa retraite anticipée. Il était parti s’installer à Okinawa avec sa femme et aux dernières nouvelles, il ne revoyait plus Chisame. Bien au contraire, il avait préféré sauver son couple.

 Le matin même, Sawako avait appelé son grand-père pour lui annoncer son désir de rencontrer enfin sa mère. Bunji invita son petit fils et son compagnon dans son bureau. Il pouvait voir par le dos crispé du garçon que celui-ci était terrifié. Il ne voulait surtout pas le forcer à cette rencontre. Assis dans son fauteuil de bureau, il observa son petit fils avec Shin Soba.

 L’homme tenait entre ses mains celles du garçon et lui parlait doucement à l’oreille. Bunji avait tellement espéré voir ce jeune garçon heureux qu’il en fût vraiment ému de le voir ainsi. Il avait eu raison finalement d’envoyer Sawako en France. Il ne le regrettait pas. Il semblait épanoui, joyeux et heureux surtout. La seule chose regrettée serait le refus de Sawako de rester vivre au Japon. Bunji était certain que Shin accepterait de venir s’installer dans ce pays sans le moindre souci, mais Sawako refusait net, catégoriquement.

 Il lui avait donné diverses raisons valables. Il voulait rester dans le pays de ses amis. Il voulait surtout ne pas éloigner Shin de sa famille, surtout des jumeaux. Bunji comprenait très bien. Même si le français ne s’occupait pas de ses fils dont la garde revenait à Akira. Sawako ne voulait pas priver Kaigan et Hans de leur vrai père. Sawako savait qu’Akira aimerait bien voir son frère être plus proche des jumeaux.

 Bunji se détourna du couple et jeta un coup d’œil dehors. Il avait vu sur un petit jardin fleuri. Il l’aperçut alors, assis sur un banc, lisant tranquillement un livre. Chaque fois où il l’apercevait, son cœur se remplissait de joie. Sa fille était de retour auprès de lui et elle semblait reprendre sa vie en main. Il se retourna vers son petit-fils.

- Tu devrais aller faire un tour dans le jardin, Sawako. Tu y verrais une jolie fleur.

 Le garçon redressa la tête, surpris. Que racontait son grand-père ? Une fleur ? Mais, il s’en fichait des fleurs.

- Mmmh ! Ton grand-père a raison. Tu devrais aller voir. Tu me raconteras.

 Mais que racontaient-ils tous les deux ? Pourquoi voulaient-ils qu’il aille voir le jardin ?

- Ne te pose pas de question, chaton ! Vas-y, c’est tout !

- Mais….

 Shin l’interrompit en déposant un baiser sur les lèvres. Sawako grogna. Il était énervant à la fin. Il ne pouvait pas refuser après ça. Le garçon soupira avant de se lever. Il s’éloigna sans remarquer le regard des deux hommes, un regard amusé.

 

 Sawako longea le couloir pour se rendre vers l’arrière de la maison. Il passa la cuisine, beaucoup plus près. La cuisinière le salua avec plaisir. Elle avait toujours apprécié le garçon. Il descendit les marches et longea la maison. Il arriva assez vite devant le jardin fleuri. Il se mit à se promener en observant les fleurs avec attention. Il ne voyait pas de quoi son grand-père pouvait parler. Il y avait quantité de fleurs dans ce jardin, comment voulait-il qu’il retrouve la nouvelle variété ? Il ne tournait vraiment pas rond.

 À un détour, il ne vit pas la personne et la bouscula. Un bruit de chute retentit. Le garçon sursauta et regarda l’énorme livre sur le sol. Il s’excusa :

- Ah ! Sumimasen !

 Il se pencha pour ramasser le livre et le tendit à la personne bousculée qui n’avait pas encore dit un mot. Surpris, il redressa la tête. Il se figea aussitôt. Son grand-père et Shin l’avaient pris en traitre. Il comprenait pourquoi son grand-père voulait qu’il aille dans ce jardin. Il ne pouvait plus s’échapper maintenant. Il se trouvait devant la femme qui l’avait mise au monde.

 Il ne savait pas comment agir et il semblait que c’était réciproque. Alors, il se mit à la détailler. Elle était légèrement plus petite que lui. Elle portait une robe blanche légère sur une taille fine. Son visage, surtout, surprenait, enfin surtout pour lui. Personne ne pourrait nier leur lien de parenté. Ils avaient tous les deux le visage ovale et fin, un petit nez mutin et une bouche pleine. Harumi Sanada portait les cheveux longs jusqu’au bas du dos d’un noir tout aussi bleuté que ceux de son fils.

 Sawako avait bien du mal à imaginer cette femme comme sa mère. Elle ne semblait pas avoir trente-quatre ans. Elle ressemblait plus à une jeune fille sortant tout juste de l’adolescence. La mère et le fils s’observèrent ainsi pendant un long moment en silence, puis d’une voix douce, mais légèrement amusée, Harumi finit par s’exclamer.

- J’ai imaginé mille et un scénarios pour notre rencontre, mais jamais, je n’aurais pensé à une scène tout droit sorti d’un livre à l’eau rose.

 Sawako cligna des yeux un moment avant d’esquisser un sourire, rasséréné. Il reprenait confiance en lui. Il tendit le livre à sa mère.

- Moi aussi, j’ai imaginé plusieurs scènes, mais pas comme celle-ci. Tu aimes lire, je vois.

 Harumi reprit le livre et le serra contre elle. Elle se sentait assez intimider. Elle répondit légèrement rougissante. Son fils avait une très belle voix.

- Oui, la lecture m’a beaucoup aidé à l’hôpital. Je regrette sincèrement d’avoir refusé de te voir quand j’étais là-bas.

- Non, tu as eu raison. Je n’étais pas prêt à te rencontrer, maintenant, je vais mieux. Je suis content aussi que tu ailles bien aussi…

 Harumi tendit une main et frôla la joue de son fils. Elle lui adressa un sourire lumineux.

- Appelle-moi, Harumi. Peut-être qu’un jour, tu arriveras à m’appeler autrement, mais je n’en demande pas tant. Je veux juste apprendre à te connaitre.

 Sawako baissa les yeux. Il avait un peu envie de pleurer. Son cœur lui faisait mal. Finalement, une larme se mit à couler le long de sa joue. Harumi l’essuya avec douceur. Elle risquait fort de le rejoindre.

- J’ai toujours pensé que tu me détestais peut-être, finit par craquer le garçon.

- Jamais ! Tu peux demander à Otou san. Je n’ai jamais pensé une seule seconde que tu pouvais être une erreur. Je me sentais mal certes, mais cela n’avait rien à voir avec toi, Sawako. Tu n’es pas responsable de ce qui m’était arrivé. J’ai toujours cru être très solide et forte, mais je me suis lourdement trompée.

 Harumi retira sa main et serra le livre encore plus fortement. Elle continua :

- Otou san m’a raconté l’histoire avec Umi. Je le hais pour ce qu’il t’a fait. Je sais très bien qu’il aurait pu te détruire et je suis heureuse de voir qu’il n’en est rien. Je ne lui pardonnerai jamais.

 Le garçon secoua la tête et posa une main sur celle de sa mère. Il avoua :

- C’est le passé. J’ai tourné la page. J’ai trouvé ma place et je ne la quitterais pour rien au monde.

 Harumi hocha la tête. Son fils avait raison. Le passé était mort. Seuls le présent et l’avenir devaient compter maintenant. Son regard s’égara sur la gauche. Elle s’exclama alors :

- Je peux très bien comprendre maintenant pourquoi tu ne veux pas quitter ta place.

 Sawako la regarda surpris. La voyant regarder un point, il se tourna vers la direction. Il aperçut son grand-père et Shin les rejoignant. Il ne put s’empêcher de faire travailler sa langue.

- On ne touche pas. Il est pris.

- Loin de moi, cette idée. Si cet homme est responsable de ton bien-être, alors je le bénirais éternellement.

 Sawako pencha la tête, réfléchissant. Puis, il s’exclama :

- Ne lui dis surtout pas. Il va avoir la grosse tête sinon.

 La mère et le fils s’adressèrent un sourire de connivence. Bunji en fut transporté de joie.

- Alors, chaton ? Tu as fini par cueillir une jolie fleur.

 Harumi se mit à rougir tout en étant amusée. C’était plutôt agréable de recevoir des compliments. Sawako fronça les sourcils, aussitôt. Shin s’amusait depuis son arrivée au Japon. Il avait toujours pensé qu’il serait celui à être le plus jaloux, mais finalement, c’était Sawako. Il niait être possessif, mais c’était tellement flagrant. C’était tout simplement trop craquant.