Chapitre 2 :

 

 Il devait avoir la poisse. Il n’avait pas d’autres mots pour décrire tous les malheurs qui lui tombaient dessus depuis quelque temps. Premièrement, sa voiture, son adorable voiture, venait de rendre son âme. Deuxièmement, son chef venait d’être muté et maintenant, il devait supporter cet empoté, ce sale petit con de Morida. Troisièmement, son meilleur ami, Ashton de son prénom, son coéquipier depuis le début, s’était cassé la jambe et il devait travailler avec un autre coéquipier, et en plus un homophobe. La poisse, la poisse et la poisse ! Et ce n’était pas fini. Il ne fallait pas rêver. Il venait encore d’être cocu.

 Mais bon, il en avait l’habitude maintenant. Il en devenait pathétique. Pourquoi n’avait-il pas de chance en amour ? Pourquoi tous les hommes avec qui il allait, finissaient immanquablement par le tromper ? Pour pleurer, il rejoignit Ashton. Son ami était un hétéro pur et dur, mais il ne critiquerait jamais le choix de vie de son ami. Il compatissait. Lui aussi avant de connaitre la perle rare avait eu ce genre de désagrément avec la gent féminine. Maintenant, Ashton vivait heureux avec une douce épouse et trois enfants.

 Maintenant, il se trouvait assis dans le salon de la grande maison des Mauraux. Anaïs, la femme d’Ashton, lui avait offert une tasse de café et de petits gâteaux faits maison. Anaïs était un fin cordon bleu et une épouse adorable. Daisuke n’était pas porté par les femmes, mais il devait bien reconnaitre que son meilleur ami était un homme comblé.

 Celui-ci se prélassait sur le canapé, le pied posé sur la table basse sur un coussin. Il soupirait d’aise. Il pouvait. Il était chouchouté par sa déesse et ses petits diables. Ashton but une gorgée de café tout en jetant un coup d’œil à son vieil ami. Il le voyait déprimer. Ce n’était pas le genre de Daï de déprimer ainsi. Il devait trouver une solution.

- Allons, Daï ! Secoue-toi ! Ce n’est pas la fin du monde quand même.

- Tu ne peux pas comprendre, Ashton ! Je l’aimais tellement.

- Bordel, Daï ! Ce n’était qu’une voiture, tu ne vas pas te mettre à pleurer comme un bébé pour une voiture. Pleure pour t’être fait encore largué, mais pas pour ton horrible engin.

- Comment ça horrible ? Ma voiture était magnifique et elle ronronnait à merveille.

 Ashton porta une main à sa tête. Il finit par la secouer, fataliste. Il ne le changerait pas, n’est-ce pas ? Daisuke était ainsi. Il changea de sujet.

- Tu sais quoi, tu ferais mieux d’arrêter de chercher ta future moitié dans ces bars. À chaque fois, tu te fais avoir.

 Daisuke s’agita et croisa ses énormes bras. Anaïs rejoignit son époux sur le canapé. Aussitôt, leurs doigts se lièrent. La jeune femme adressa un sourire à l’ami de son mari.

- Tu finiras bien par la trouver, Daisuke. Ne perds pas espoir.

- Merci, Anaïs. Ah ! J’ai sérieusement besoin de vacances.

- Bien voilà une bonne idée. Cela te permettra de changer les idées et c’est bientôt les vacances d’été. Nous, nous allons partir sur les routes en camping-car. Nous allons faire le tour de France à notre façon.

 Daisuke se gratta la tête. Bonne idée ses vacances ! Il en avait vraiment besoin. Il demanderait à Eryna si elle voulait venir avec Carlin. Mmh ! Il avait besoin de se ressourcer alors, pourquoi pas dans les îles ? Il ne perdit pas de temps d’ailleurs. Il n’avait pas pris de vacances depuis belles lurettes alors, il les posa tous d’un coup. Il chercha sur internet et trouva quelques endroits. Évidemment, son nouveau chef fit des siennes. Il les lui refusa. Mais pour qui il se prenait celui-là ? Pour Dieu tout puissant !

 Ensuite, il se disputa avec Eryna. Ppft ! Tout cela parce qu’il lui avait dit que son nouveau petit ami était un imbécile de premier ordre. Il allait finir à l’asile si cela continuait. Qu’avait-il fait pour mériter ce sort injuste ? En plus, elle lui interdisait de voir Carlin pour deux semaines. Mince ! Avec sa taille et sa carrure, pourquoi n’arrivait-il pas à lui faire peur ? Eryna lui avait ri au nez en disant qu’elle le connaissait trop bien.

 Elle n’avait quand même pas le droit de lui interdire de voir son jeune cousin. Il adorait être avec le gamin. Il était usant, n’avait pas sa langue dans sa poche. Il courait tout le temps. Il était capricieux, mais pour Daisuke, c’était un ange. Il savait très bien se faire manipuler par ce gamin de huit ans à peine, mais ce n’était pas grave. Carlin avait failli mourir poignardé par son père. Alors, le voir rire et s’épanouir était une bonne chose pour Daisuke.

 Morida, son chef, l’envoya de nouveau en mission avec cet homophobe. À croire qu’il le faisait exprès ! Enfin, c’était peut-être le cas. Daisuke arriva quand même à travailler efficacement, même si c’était avec un homme stupide et sans cervelle. Il ne mâcha pas ses mots dans son rapport. Bien évidemment, son Chef ne le crut pas un instant, préférant croire le rapport de l’autre abruti. Il y avait des limites dans la stupidité humaine quand même. Daisuke fit ce que sa conscience lui demandait de faire. Il écrivit à un officier plus gradé. Une enquête se fit et des têtes tombèrent, comme celle de son chef et de l’autre abruti. Mais, par malchance, Morida se vengea et fit en sorte que Daisuke dut donner sa démission, enfin temporairement.

 En l’apprenant, Ashton fut estomaqué. Après tous les services qu’avait rendus Daisuke, voilà comment on le remerciait. Daisuke s’en fichait. Il pouvait enquêter. Il n’avait rien à se reprocher. Mais au moins, il pouvait enfin prendre ses vacances. Il se rendit à nouveau à l’appartement d’Eryna Oda. La jeune femme lui ouvrit et soupira en le voyant, de soulagement. Elle avait été dure avec lui la dernière fois et elle s’en voulait un peu. Elle le fit entrer.

 Aussitôt, un hurlement de joie se fit entendre et un petit diable arriva en courant. Il se jeta sur l’homme. Daisuke le souleva sans problème.

- Tu m’as manqué Daï. Il parait que tu t’es fait gronder par maman comme un gosse. J’aurais aimé voir ça.

- Vas-y moque-toi de moi, petit sacripant.

 Carlin se mit à rire. Il s’agita pour retrouver pied sur terre. Puis, il fonça dans la cuisine. Sa mère s’exclama aussitôt :

- Carlin ! Arrête de manger avant le repas !

- Mais, maman, je meurs de faim. Tu ne vas pas me laisser agoniser quand même.

 Eryna secoua la tête, exaspérée. Elle sourit. Son fils était un vrai glouton.

- Tu auras intérêt à manger toute ton assiette de brocoli, tout à l’heure.

- Ah ! Non ! Pas des brocolis, maman. Je déteste le brocoli. Tu veux que je tombe malade.

 Daisuke se laissa tomber sur une chaise et observa le glouton.

- C’est très bon le brocoli. Si tu en manges, tu deviendras comme moi.

 Carlin leva son visage plein de chocolat vers son grand cousin. Il fronça les sourcils.

- Non, sans façon ! Je ne veux absolument pas devenir un gros nounours comme toi !

 Eryna porta la main devant la bouche pour étouffer un fou rire. Son fils ne perdait pas son habitude de dire ce qu’il pensait. Daisuke soupira, tristounet.

- Et voilà ! Personne ne m’aime, bouda-t-il.

 Carlin pencha la tête. Il fronça à nouveau les sourcils et se mordit les lèvres.

- Mais, je n’ai jamais dit que je ne t’aimais pas, Daï. J’ai juste dit que je ne voulais pas te ressembler.

 Le géant se pencha un peu plus sur la table et ébouriffa la tête de son jeune cousin. Celui-ci retrouva aussitôt le sourire.

- Je le sais, petit monstre.

 Eryna s’installa le dos contre l’évier et demanda :

- Quel est le motif de ta visite aujourd’hui ?

 Daisuke se redressa, se gratta la tête puis se lança :

- Voilà, j’ai quelques jours de vacances et comme c’est le début de ceux de Carlin, j’espérais vous emmener à Hawaï. Quand dis-tu ?

 Le géant sut d’emblé qu’il y avait un souci. Il soupira. Ce n’était vraiment pas sa chance en ce moment. Il baissa la tête. Eryna s’en voulut. Elle ne voulait pas faire de la peine à son cousin.

- C’est gentil d’avoir pensé à nous inviter, mais Paul nous a déjà proposés à aller en Espagne. J’ai accepté.

 La chaise de Carlin grinça et chuta faisant sursauter les deux adultes. Le garçon fixait sa mère avec des yeux ronds et colériques. Eryna soupira.

- J’allais t’en faire part ce soir, Carlin. Paul voudrait mieux nous connaitre et faire plus ample connaissance avec toi.

- Je ne veux pas. Je le déteste. Il essaie de m’amadouer, mais je ne marche pas. Il me donne des ordres et toi, tu ne bronches pas.

 Le garçon secoua la tête. Il contourna la table et se jeta dans les bras de Daisuke. Le géant fronça les sourcils. Le corps de son cousin tremblait. Ce n’était pas normal. Il leva les yeux vers Eryna. Elle le regarda avec désespoir. Que devait-elle faire ? Pourquoi son fils rejetait-il tous les hommes qu’elle fréquentait ? Enfin, il n’y en avait pas eu beaucoup, mais aucun n’avait réussi à plaire à son fils. Elle avait quand même le droit d’être heureuse, non ? Pourquoi le lui refusait-il ?

 Daisuke souleva son cousin pour l’installer sur ses jambes. Carlin enfouit son visage dans l’épaule et resta ainsi jusqu’à s’endormir. Eryna se laissa tomber sur une chaise et mit sa tête entre ses mains.

- Que dois-je faire pour lui plaire, Daï ? Je ne veux pas être seule. J’aime mon fils, mais j’aimerais avoir quelqu’un avec qui rire et pleurer, avec qui je peux me reposer. Est-ce trop demandé ?

 Daisuke attrapa une des mains de sa cousine et la serra fortement.

- Laisse-lui un peu de temps, Eryna. Tu te jettes toujours trop vite dans tes relations. Enfin, cela doit être de famille. Je fais pareil. Écoute, avant que cet homme n’apprenne à connaitre ton fils, il devrait d’abord apprendre à te connaitre. Pars avec ce Paul en Espagne, seule.

 Eryna releva la tête et essuya ses larmes.

- Mais, je ne peux pas laisser Carlin, Daisuke.

- Accepte de me le laisser pendant le temps de ton voyage.

- Mais, ton propre voyage ?

- Et bien, je l’emmènerai. J’en prendrais grand soin. Tu sais bien à quel point je l’adore ce gamin.

- Mais…

- Il n’y a pas de « mais », Eryna. Je ne vais pas kidnapper Carlin. Je vais juste l’emmener en vacances et ensuite, nous reviendrons avec plein de photos pour te narguer.

 La jeune femme sourit malgré elle. Jamais, elle n’avait pensé une seule seconde que Daisuke lui volerait son fils. Enfin, juste un peu, dirons-nous !

- D’accord, tu pourras l’emmener. Je suis sur qu’il va sauter de joie. Il t’adore vraiment Daisuke. J’espère que tu ne le décevras jamais.

- Je te le promets, ma belle.