La chambre d’hôtel : 51

 

 Le soir venu de leur arrivée, Shin annonça son intention de dormir à l’hôtel. Bien évidemment, Emi ne voulait pas. Ils avaient une chambre d’ami à leur disposition, mais le français ne céda pas. Il savait bien qu’il ne dérangeait pas, mais il préférait tout de même se rendre dans un hôtel.

 Sawako ne s’en formalisa pas. Il comprenait très bien son compagnon. Shin comprenait assez bien le japonais au grand bonheur du garçon, mais c’était quand même une langue difficile et parfois, Shin avait bien du mal à suivre. Son cerveau allait finir par éclater à force, enfin c’est ce qu’il affirmait. Alors quand la nuit commença à tomber, Shin et Sawako allaient prendre congé de son oncle Hisao et compagnie, mais Kazuaki fit un tel caprice, prenant sa mère par surprise, car ce n’était pas un enfant à crise, Sawako dut se résoudre à rester pour la nuit chez son oncle.

 Shin ne broncha pas. Il pouvait très bien comprendre le petit garçon, même si sa nuit serait vraiment froide sans son chaton pour le réchauffer. Excuse un peu bidon étant donné la température ambiante. Le français se rendit donc dans l’hôtel réservé, qui ne se trouvait pas très loin de l’appartement des Sanada. Il flâna un peu dehors avant de gagner sa chambre. Là, il prit son temps pour appeler son frère. Akira lui ayant cassé les pieds afin qu’il n’oublie surtout pas de l’appeler en arrivant.

 Il avait encore l’impression d’être un gosse avec son frère. Une vraie mère poule ! Bien évidemment, il dut parler aux jumeaux. Kaigan devenait vraiment une petite peste. Shin assura à son frère que le garçon avait dû hériter de ce trait de sa mère. En tout cas, le garçon ne se gêna pas de faire la morale à son vrai père pour qu’il s’occupe bien de Sawako afin que le garçon revienne. Pour X raisons, tous les amis de son chaton avaient peur que leur ami décide finalement de rester dans son pays. Shin se demandait comment réagirait Sawako en apprenant cela. Il resta bien une heure au téléphone.

 Quand il raccrocha, il soupira. Il s’ennuyait sans son chaton. Il s’étira et se dirigea vers la salle de bain. Il prit son plaisir en prenant un bain, puis il s’emmitoufla sous les draps pour récupérer le sommeil manquant.

 Sawako dut s’armer de patience. Certes, il avait accepté de dormir avec son neveu, mais qu’il ne compte pas sur lui pour y rester toute la nuit. Ce n’était pas sa place. Mais comme fait exprès, le petit garçon mit un temps fou à s’endormir. Finalement, la nuit était bien avancée quand d’un pas de loup, Sawako put se lever, s’habiller et s’éclipser. Enfin, manque de bol, il se tamponna contre son oncle Hisao.

 Celui-ci baissa son regard vers son neveu. Il n’avait pas changé son habitude de s’en aller sans prévenir, ce petit démon. Hisao esquissa un sourire et barra la route vers la sortie. Aussitôt, il reçut un regard noir. Mmh ! Son neveu s’hérissait toujours autant, apparemment.

- Ce n’est plus une heure pour sortir.

- Onii san ? Ne commence pas à faire ton sermon de tous les diables. Je ne l’ai jamais écouté et ce n’est pas maintenant que je vais le faire.

- Comment ça, tu ne l’écoutais pas ? Moi qui prenais tellement plaisir à te le dire.

- Bordel, Hisao onii san ! Tu vas bouger tes fesses de la sortie.

 Tout content d’ennuyer le garçon, Hisao le menaça du doigt.

- Comment parles-tu, toi ? Tu mériterais une bonne fessée.

 Sawako croisa ses bras contre son torse.

- Plus tu vieillis, plus tu deviens chiant, ma parole.

- Ah ! Je n’y crois pas !

- Mais, tu arrêtes oui ! Tu vas réveiller Kazu et je serais encore coincé.

 Hisao sourit et par pur sadisme, il ouvrit la bouche pour parler encore plus fort. Bon, c’était cruel de réveiller ainsi son fils, mais tellement tentant aussi. Mais avant qu’il ne puisse dire quoi que se soit, Sawako agit rapidement et parvint à gagner la porte de sortie. Il se tourna vers son oncle avec un grand sourire.

- À demain. Et fais attention en regagnant la chambre. À mon humble avis, tu vas recevoir le sermon de ta vie par ta femme.

 Hisao fronça les sourcils. Il l’avait oublié et ce démon s’amusait à ses dépens. Un sourire naquit tout de même sur ses lèvres. Son neveu n’était vraiment plus le garçon qui avait vécu quelques années avec eux. Il semblait respirer le bonheur et la joie de vivre. Dans un sens, il était quand même un peu triste. Il aurait bien aimé être avec son Emi chou les personnes à lui avoir rendu sa gaieté. Le destin en avait décidé autrement.

 Sawako s’échappa en courant. Shin lui avait donné l’adresse. Le garçon se souvenait très bien où se trouvait cet hôtel. Il ne rencontra personne sur la route. Il atteignit l’immeuble et pénétra à l’intérieur. Plus personne ne se trouvait à la réception. Il se dirigea vers les ascenseurs et appuya sur le troisième étage. En essayant de ne pas trop faire de bruit, il se mit à chercher la bonne porte. Heureusement, qu’il connaissait le code d’accès, il put ainsi entrer dans la chambre sans réveiller son compagnon.

 La pièce était assez éclairée par les lumières de la ville qui traversaient les vitres dont les rideaux n’avaient pas été tirés. Le garçon put voir facilement le corps allongé dont le drap avait glissé jusqu’au bas des reins. Un frisson parcourut l’échine de Sawako en laissant glisser son regard sur le dos musclé de son vis-à-vis. Shin avait toujours la manie de dormir nu. Quand il les redressa, il se sentit rougir. Deux perles vertes l’observaient amusées, en silence.

 Shin bougea légèrement et tendit un bras pour attraper celui de son jeune compagnon. Il tira légèrement et le garçon se laissa tomber sur lui sans résister. Sawako, les mains posées à plat sur le torse un peu velu, se laissait dévorer la bouche par Shin. Il ne pourrait jamais se lasser de ses baisers. Il les adorait. Les mains de son assaillant se mirent également en activité afin de lui retirer ses habits très encombrants. Quand enfin, il fut aussi nu que son compagnon, alors Sawako repoussa Shin sur le dos. Il se mit en califourchon et se mit à se délecter de ce corps.

 Shin se laissa faire avec un plaisir des plus flagrants. Sawako prenait rarement ce genre d’initiative et quand ce la lui prenait, c’était toujours délectable à souhait. Sentir la bouche, la langue taquine sur tout son corps amena Shin au septième ciel. Un vrai délice.

Une fois, il avait demandé à Sawako s’il voulait inverser les rôles. Le garçon avait pâli, mais il accepta d’essayer. Shin ne voulait pas le forcer. Il lui pouvait prendre son temps. Sawako avait obéi aux ordres. Pour prendre son temps, il l’avait pris pour le plus grand plaisir de Shin, même si cela l’avait amené à une frustration désagréable, mais vite comblé au-delà du possible ensuite. Sawako avait réussi à surmonter sa peur et ses mauvais souvenirs avec les femmes. Parfois, il acceptait de devenir l’actif, mais il préférait tout de même être le passif.

Quand le soleil filtra à travers la vitre, elle illumina un corps avachi de tout son long, avec juste un drap qui cachait le bas. Sawako dormait un poing fermé complètement hors service. Les deux hommes avaient fait l’amour toute la nuit. Shin s’étira un bon coup, bien reposé. Il se tourna vers sa marmotte. Il se pencha et déposa un baiser dans le creux des reins. Un grognement s’entendit alors.

- Laisse-moi dormir !

 Shin esquissa un sourire.

- Il faut te lever.

- Non, je n’ai pas envie, répliqua la voix à moitié endormie. Je suis en vacances, je fais grasse matinée.

- Chaton, il est déjà plus de onze heures.

 Sawako soupira las. Il se redressa un peu et appuya sa tête dans une main. Il observa son homme assis sur le lit où juste une partie du drap caché l’essentiel.

- C’est de ta faute, Shin.

 L’homme se pencha et déposa un tendre baiser sur les lèvres pleines du japonais. Sawako grogna quand elles s’éloignèrent. Il en aurait voulu plus. Shin tapota amusé le nez de son vis à vis.

- Tu es très gourmand, chaton.

 Sawako se laissa retomber sur le matelas et se mit à bâiller.

- Je n’y peux rien. C’est un délice. Tu ne veux pas m’en redonner encore un peu ?

- Non, sinon nous n’allons pas bouger d’ici.

- Mais ! Ce n’est pas juste.

- Debout Sawa !

- Aaaah ! Comment veux-tu que je me lève ? Tu m’as littéralement cassé, cette nuit. Tu peux être très sauvage, Shin.

 L’homme sourit pour seule réponse. Il se sentait en forme. Il se leva pour se diriger vers la salle de bain. En cours de route, le drap tomba laissant voir le reste. Sawako se lécha les babines. Il n’y avait pas à dire. Il était beau son homme et il était rien qu’à lui.

- Allez debout, fainéant ! Tu as donné rendez-vous à ton ami à treize heures. Ce serait incorrect de ta part d’arriver en retard.

 Sawako sursauta. Il l’avait complètement oublié. Honte à lui, tout de même ! Il soupira et se décida enfin à se lever. Il grimaça légèrement de douleur et se frotta les fesses. Il jeta un regard noir vers la salle de bain, en direction du coupable. La porte était entrouverte. De là où il se trouvait, il voyait la douche. Le garçon se mordit la lèvre. Ce n’était pas raisonnable, n'est-ce pas ? Il se plaignait déjà d’un mal aux fesses. Non, vraiment pas raisonnable du tout, mais aux diables, les bonnes résolutions et tant pis pour Gaku s’il devait les attendre. Il n’allait tout de même pas se priver d’un aussi agréable réveil matin et d’un corps aussi tentant.