Chapitre 2

 

 Jeff Hikory se redressa d’un bond. Tout autour de lui se trouvait un nombre d’individus de toutes nationalités. Il se leva et explora la pièce. Il soupira. Il n’y avait pas d’issus à part la porte évidemment. Quelque chose l’intriguait également. Il s’exclama :

- Où sont les enfants ?

 Une femme d’une trentaine d’années s’approcha. Il la détailla de la tête aux pieds avant de la reconnaitre.

- La journaliste, Karen Miller. Je ne me trompe pas ?

  Elle lui adressa un faible sourire. Elle était blonde aux yeux noisette, plutôt joli brin de fille, mais divorcée deux fois déjà. Ces ex-époux ne supportaient pas sa grande popularité auprès du public.

- Monsieur le Président de la fédération ! Drôle d’endroit pour faire connaissance, n’est-ce pas ?

 Elle ne semblait pas le moins touchée parce qu’il leur arrivait. Elle reprit :

- Les enfants sont dans une autre pièce, sauf l’un d’entre eux. Ils l’ont emmené auprès de leur chef.

 Jeff hocha la tête. Il ne savait pas trop quoi faire à vrai dire. Il finit par demander.

- À quoi ressemblent nos ravisseurs ?

 Karen se passa une main dans ses cheveux ébouriffés.

- Eh bien ! Ils sont presque humains dirons-nous. Ils ont une taille d’un mètre quatre-vingt, de larges épaules et un fort poitrail. Leurs bras sont plus longs que la normale. Mais le plus surprenant, c’est leur tête. Elle est toute petite sans cheveux et sans sourcils.

- Vous voulez dire une tête plus petite que la nôtre ?

 La jeune femme hocha la tête. Elle serra ses bras autour d’elle, elle rajouta :

- Ils ont également la peau jaunâtre.

 Katnos regarda le jeune humain. Il ne semblait pas effrayer du tout. Il demandait sans arrêt après son père ou sa mère. Il en devenait très agaçant. Il espérait juste que son Empereur aimerait son cadeau. Les gardes lui avaient signalé avoir entendu le garçon leur parler dans leur esprit. Ils leur posaient des questions et connaissaient la réponse avant qu’on daigne lui répondre. Cet humain avait le don de leur pire ennemi Déjanira. Katnos se tourna vers un de ses officiers et s’écria :

- Préparez un vaisseau pour amener notre jeune prisonnier à l’empereur, ainsi que le président de la fédération de cette planète et de cette humaine avec qui il discute. Exécution !

 

 Jeff et Karen suivirent leur geôlier à travers les couloirs du vaisseau. Ils venaient de quitter le vaisseau mère pour une destination inconnue. Ils stoppèrent devant un mur portant un symbole. Un des gardes appuya dessus et la porte coulissa. D’un geste autoritaire, ils firent entrer les prisonniers et refermèrent la porte derrière eux.

 Karen regarda autour d’elle. La pièce n’était pas très grande et ne comportait pour tout deux couchettes superposées et à sa droite une table à trois chaises. Face à elle, un hublot montrait l’immensité de l’univers et surtout en son centre, une énorme boule bleue qui s’éloignait de plus en plus.

 Un mouvement à son côté la fit sursauter. Elle baissa les yeux.

- Mon Dieu !

 Jeff suivit son regard et aperçut la petite forme qui tirait sur la jupe de la jeune femme. Karen s’agenouilla près de la silhouette et emprisonna les petites mains dans les siennes.

- Bonjour. Comment t’appelles-tu ?

 Elle parlait d’une voix douce et calme pour ne pas l’effrayer. La bouche du petit tremblait et ses yeux d’une drôle de couleur, étaient humide. Il renifla et murmura.

- Nash… Nash Dailey.

 La jeune femme fouilla dans la poche de sa veste pour retirer un mouchoir. Avec tendresse, elle essuya les larmes de l’enfant. Elle leva les yeux vers le président.

- Pourquoi emmène-t-il cet enfant avec nous ?

- Comment voulez-vous que je le sache ?

- Le chef veut me donner à son empereur, répondit à la place le petit garçon.

- Comment peux-tu le savoir ?

 Le jeune garçon baissa la tête, apeurée. Comment leur annonçait son pouvoir ? Sa grand-mère le traitait de monstre. Il n’y pouvait rien. Il était né avec ce don. D’une voix tremblante, le garçon annonça :

- Je peux lire dans la tête des gens.

 Karen cligna des yeux de surprise, ne s’attendant pas à cette révélation. Son esprit d’ailleurs ne voulait pas le croire, mais en même temps, elle n’avait jamais cru aux extra-terrestres non plus. Jeff eut un hoquet de stupeur. Nash se recroquevilla un peu plus sur lui-même, les larmes près a coulé. Karen lui caressa tendrement la joue pour lui faire lever le visage vers elle. Elle lui adressa un sourire de confiance.

- Ton pouvoir nous est inconnu alors nous en veut pas si nous disons quelques âneries. D’accord ?

 Le petit garçon hocha la tête, toujours un peu craintive.

- Bon, tu as lu dans l’esprit de ce monstre ?

- Ce n’est pas un monstre, c’est un Mandralore.

 Karen jeta un coup d’œil à Jeff. Celui-ci les rejoignit et s’accroupit à son tour près du plus petit.

- Nous ne le traitons pas de monstre pour son physique, mais pour ces actes, Nash.

 Jeff sursauta en sentant un picotement dans sa tête. Ce n’était pas désagréable, mais juste un peu dérangeant. Il répliqua :

- Tu ne dois pas faire cela, Nash. Tu ne dois pas entrer dans la tête de quelqu’un sans sa permission.

 Le garçon renifla prêt à sangloter. Jeff soupira. Il n’avait pas voulu être méchant.

- Je… Je suis dé… désolé.

 Karen attrapa le petit dans ses bras où il se mit à pleurer toutes les larmes de son corps. La jeune femme lança un regard noir à son compagnon d’infortune. Jeff soupira à nouveau. Il n’avait su y faire avec les gosses. Il laissa la journaliste s’occuper du petit pendant qu’il se mit à observer avec nostalgie et grande tristesse la disparition de la planète bleue. Qu’allait-il advenir d’eux ? Et les autres passagers restaient dans le vaisseau mère ? Qu’adviendraient d’eux également ? La peur le tenaillait, mais il devait s’empêcher d’y succomber pour la femme et l’enfant qui l’accompagnaient.

 En tout cas, les mandralores tenaient à leur prisonnier, car ils vinrent leur amener à manger aux heures fixes. Souvent un étrange phénomène se produisait quand le mandralore, apparemment toujours le même, venait leur donner leur repas. Cet extra-terrestre observait toujours avec insistance le petit garçon. Pour quelle raison ? Avait-il peur que les deux adultes fassent du mal à l’enfant ? Où avait-il une autre raison ? Parfois, le mandralore penchait un peu la tête comme s’il écoutait quelque chose. Alors, Jeff se demandait si par hasard, ce petit démon de cinq ans ne s’amuserait pas à fouiller dans l’esprit du mandralore.

 Il finit par poser la question. Nash le regarda tristement et craintif. Jeff songeait que ce garçon savait bien manipuler les adultes à son avantage, car aussitôt il se fit sermonner par Karen. Il sut également que le don de Nash pouvait être source de soucis et surtout de danger.

 La nuit, il arrivait souvent que le gamin pleurât après ses parents, tellement que cela devait très ennuyeux pour le sommeil. Non seulement, il pleurait à fendre l’âme, mais télépathiquement aussi. Karen et lui finissaient souvent par se réveiller en sursaut avec un horrible mal de tête. Quand Nash s’en rendit compte, il en fut tellement choqué qu’il ne parla plus pendant un long moment tout en restant recroqueviller sur lui-même. Karen n’arrivait pas à l’atteindre, Jeff non plus d’ailleurs.

 Le garçon redevint lui-même quand le mandralore qui venait leur amener leur dîner déposa un petit objet près du garçon. Nash baissa les yeux vers l’objet en question et le prit. Il eut un petit sourire. C’était une petite poupée en chiffon le représentant du mieux possible. Karen et Jeff en furent soulagés, mais en même temps fort surpris. Les mandralores n’étaient pas des êtres très sympathiques. Ils étaient d’une extrême violence. Pourquoi l’un d’eux agissait différemment ?

 

 Jeff Hikory se trouvait allongé sur la couchette depuis plus d’une heure, mais le sommeil ne voulait pas venir. Depuis combien de temps était-il, lui et ses deux compagnons, dans ce vaisseau ? D’après le peu d’information qu’il connaissait, les mandralores les emmenaient sur leur planète d’origine, Masalys afin de rencontrer l’empereur de tous les empereurs mandralore, le grand, le magnifique Mesos. Et ensuite, que se passerait-il ? Seront-ils condamnés à devenir des esclaves ?

 Il avait fini par accepter le don de Nash. Celui s’amusait à lire dans l’esprit grand ouvert des mandralores. Ils surent ainsi que leur voyage n’était pas encore terminé. Ils en avaient encore pour un bon mois à peu près. Ils purent apprendre également que les mandralores gouvernaient la terre à leur profit. Dans un sens, Jeff fut content d’apprendre qu’elle n’avait pas été tout simplement balayée de la surface de l’univers.

 Il osa demander également à Nash de se renseigner sur la planète Masalys. Le petit lui envoya les images reçues. L’homme fit la grimace. Une planète marécageuse où une bonne odeur de pourriture régnait en maître. Des bâtisses immenses faites d’un matériau étrange et brillant constituaient en grande partie comme lieu d’habitation. La faune était surtout représentaient par d’énormes animaux très féroces et d’insectes très gros, encore plus gros qu’un ballon de foot, ainsi que des plantes carnivores ou poreuses.

 Karen reçut les images également et se mit à pleurer à son tour. Vivre dans un endroit pareil serait selon elle, comme une punition divine. Cette planète ressemblait à un enfer quotidien. Comment pourront-ils vivre dans un endroit pareil ?

 Nash, alors, malgré ses cinq ans, leur annonça un jour qu’ils n’auront jamais l’occasion de connaitre Masalys. Les deux adultes n’eurent pas d’autre explication, car à ce moment-là un énorme choc secoua le vaisseau faisant perdre l’équilibre aux prisonniers.

 Karen attrapa le petit garçon afin de le serrer contre elle, apeuré. Que se passait-il ? Jeff se redressa et jeta un regard par le hublot. Que leur était-il arrivé ? Déjà, cela faisait plusieurs heures que le vaisseau s’était stoppé. Il n’en connaissait pas la cause et maintenant cette secousse. Le vaisseau avait-il été touché par une météorite ? Il se passa une main lasse sur le visage. Il se laissa glisser sur le sol près de la jeune femme et demanda :

- Nash ? Que se passe-t-il ?

- Un vaisseau ennemi s’est connecté à celui-ci.

- Quoi ?

 Le petit garçon pencha la tête comme s’il réfléchissait, puis il annonça :

- Les mandrolores sont très agités et effrayés. Ils sont attaqués par leur pire ennemi.

- Bin voyons ! Qu’est-ce qui nous tombe dessus maintenant ? Laissa échapper Jeff, pathétique.