L'indomptable Sawako : 46
Une discussion avec Ludwig : 46
Shin
se réveilla en sursaut et soupira en se passant une main devant le visage. À
côté de lui, la place était froide. Maudit chaton ! Il aurait pu le
réveiller. Il allait être encore en retard au garage. Bon, il n’avait pas
d’horaire fixe et pouvait venir quand cela lui chantait, mais il préférait
s’occuper de la paperasse tôt le matin.
Avec
un autre soupir, il se leva rapidement et prit une bonne douche pour se
réveiller. En réalité, il ne se sentait pas très bien. Voir ce maudit journal
entre les mains de Sawako ne lui avait pas vraiment plu. Que son chaton le
lise, il s’en fichait un peu, mais surtout c’était sa présence dans SA maison
qui le gênait. Il voulait enfin vivre tranquille sans que Hans vienne le
hanter. Qui l’avait donné à Sawa ? Il grinça des dents. Ce ne pouvait être
qu’eux, les Jordan.
À
l’époque, non plus, il ne les appréciait pas. La mère n’avait rien fait pour
protéger ses enfants contre leur père. Bien que Hans ne parlait jamais de la
violence de son père, Shin avait bien vu par moment les coups reçus. Hans faisait
alors comme si rien ne s’était passé et il lui demandait de ne rien dire à
personne. Maintenant, Shin songeait qu’il aurait dû en parler, même au risque
de perdre l’amitié de son camarade. Il aurait dû en parler à des adultes, à
l’époque. Peut-être que la vie de Hans aurait été meilleure ?
L’homme
s’habilla et descendit enfin dans le salon. Là, il fronça les sourcils. Il
voyait des traces de pattes de chatons sur le carrelage de la cuisine. Que
s’était-il passé ? En y entrant, il secoua la tête exaspérée. Il
s’approcha des deux coupables et se pencha pour les attraper par la peau du
cou. Il les amena devant les yeux et s’exclama :
- Mais qu’est-ce que je vais faire de
vous deux ? Vous êtes vraiment irrécupérables et catastrophiques tous deux !
Vous pouvez me dire par quel miracle vous vous retrouvez recouvert de Nutella.
Vous jure ! Vous êtes bon pour une bonne douche.
Les
petites créatures miaulèrent de désaccord et se tortillèrent dans tous les sens
pour s’échapper. Ils finirent même par sortir leurs griffes et eurent le
résultat voulu. Les deux chatons détalèrent comme si un chien furax était à
leur trousse. Shin rouspéta. Ces chenapans salissaient maintenant la moquette.
La vipère installait calmement sur la table de la salle à manger, regarder son
maître d’un regard goguenard. Quant aux deux autres, ils étaient installés
juste devant leur gamelle en attendant qu’on veuille bien leur donner à manger.
Shin
secoua la tête, fataliste. Il donna à manger aux deux gloutons, caressa la tête
de la vipère toute contente. Puis, il commença à nettoyer les bêtises des deux
catastrophes ambulantes. C’est à ce moment-là qu’il aperçut le journal de Hans
sur le comptoir. Que faisait-il là ? La dernière fois où il l’avait vu, il
se trouvait sur le sol du salon.
Il
s’en approcha et prit dans la main la feuille posée dessus. L’écriture fine et sèche
était celle du japonais. Shin lut le message. « Je ne suis pas né de la
dernière pluie, je sais bien que ce journal te perturbe plus que de raison. Ce
Hans, je l’aurais surement détesté, mais tu l’aimais. Alors, arrête de fuir et
de faire comme si tout allait bien. Lis ce satané journal. Je ne sais pas s’il pourra
t’aider, mais il te permettra de comprendre beaucoup mieux la folie de Hans.
Ah ! Une chose aussi, même si ça m’écorche la bouche de te le dire, enfin,
je devrais plutôt dire, ça m’écorche la main de l’écrire, JE T’AIME
BAKA ! » Shin sourit ravi et le fut encore plus en lisant la
signature. Au lieu d’écrire son prénom, le japonais avait marqué « Ton
chaton ». Mais le plus drôle était les pattes de chats sur la feuille. Les
deux asticots avaient dû s’amuser à marcher dessus.
Shin
reposa la feuille sur le comptoir. Il hésita un long moment avant de se décider
enfin à prendre ce maudit journal. Il n’avait vraiment pas envie de le lire,
mais Sawako avait raison. Il devrait arrêter de vouloir fuir son passé. Ce
n’était pas de cette façon qu’il parviendrait à faire la paix avec lui-même.
Depuis toutes ses années, il s’en voulait d’avoir hésité à la demande de Hans.
Il aurait peut-être dû mentir ce jour-là pour le bien de son ami. Il ne savait
pas. Shin se passa une main dans les cheveux et prenant son courage à deux
mains, il se rendit dans le salon pour être tranquille.
À
peine fut-il assis que la vipère vint squatter ses genoux. Shin sourit et lui
gratouilla la tête. Elle se mit à ronronner. Les animaux pouvaient vraiment
sentir le mal-être de leur Maître. Il se mit à lire. Il ne se rendait pas
compte que des larmes coulaient le long de ses joues. Quand enfin, il le
referma. Il resta inerte un moment. C’est le mouvement d’une ombre sur la télé
qui le fit sursauter et se retournait. Il aperçut Ludwig négligemment appuyé
contre le mur du couloir. Il l’observait en silence. Quand il se fit repérer,
l’homme entra plus avant dans la pièce.
- Je ne te voyais pas arriver. Je me suis
inquiété. C’est un avantage que tu n’habites pas très loin du lieu du garage.
- Ah ! Je suis désolé, Lud.
Le
percé s’approcha et s’installa à son tour sur le canapé. Il voyait bien le
visage ravagé de son ami, mais il n’osait pas lui en parler. Il s’agita et puis
il finit par demander :
- As-tu des problèmes avec Sawa ?
Shin
se tourna vers son ami d’enfance, surpris. Puis, il se passa une main sur son
visage et comprit.
- Non, Sawa n’y est pour rien. Tout va
bien avec lui, même trop bien.
Il
soupira. Puis, il tendit à Lud le journal. Le percé le prit et feuilleta un
instant en lisant quelque ligne, surtout les dernières pages. Il grimaça.
- Je ne savais pas que tu le détestais,
Lud.
- Ah ! Euh ! Ouais, un peu. Ça
m’énervait beaucoup de le voir t’accaparer et te faire du mal. Si tu pouvais
berner les autres, tu ne pouvais le faire avec moi. Je t’observais toujours à
l’époque. Le savais-tu ?
Ludwig
se laissa aller contre le dossier. Il eut un léger sourire et avoua :
- Tu as été le premier garçon dont je
suis tombé amoureux.
Shin
sursauta et jeta un coup d’oeil halluciné à son ami. Il ne l’avait jamais
deviné. Il ferma les yeux. Il porta son visage entre ses mains dont les coudes
étaient posés sur les genoux. Il gémit.
- Sais-tu pourquoi je ne t’en ai jamais
voulu quand….
- Quand je t’ai violé ?
Ludwig
haussa les épaules.
- Si tu veux le dire de cette façon. Je
savais très bien ce qui pouvait m’arriver en allant te voir ce jour-là. Si j’ai
eu mal, c’était surtout que c’était ma première fois.
Nouveau
gémissement de la part de Shin.
- Pourquoi me dire cela maintenant ?
- Pour que tu arrêtes de t’en vouloir. Je
ne regrette pas de l’avoir fait. Quand j’ai appris qu’oncle Carlin t’avait
frappé, je l’ai engueulé.
Shin
tourna la tête vers Ludwig, surpris.
- Tu as osé crier sur ton oncle ?
- Oui, tu étais déjà mal en point, il
n’avait pas à en rajouter.
- Mais enfin, Lud ! Je l’avais
mérité et c’était tout à fait naturel qu’il me corrige, mais j’aurais préféré
que ce soit Aki qui le fasse.
- Pourquoi ton frère ?
- Pour le mal que je lui ai fait aussi.
- Pfft ! Je le vois mal t’en mettre
une. Ton frère est un vrai papa poule avec toi. Il a toujours cédé à tous tes
caprices et tu pouvais être bien pire que Luce. Je crois d’ailleurs que c’est
cet aspect qui plaisait à Hans. Tu étais tellement insouciant et naïf qu’il
pouvait ainsi oublier ses problèmes familiaux. Tu ne le critiquais jamais et tu
le prenais comme il l’était, c'est-à-dire avec sa folie. Elle aurait pu être
soignée surement, mais la seule coupable est sa mère. Mili s’était renseigné
auprès du médecin qui suivait Hans à l’époque. Comme il prenait sa retraite et
que son patient était décédé, il a accepté de lui parler. Il lui a avoué avoir
ordonné à la mère Jordan de faire interner son fils quelque temps pour le
soigner. Elle a refusé en bloc en affirmant haut et court que son fils était
saint d’esprit. Il a tout tenté pour la faire changer d’avis, elle a toujours refusé.
Shin
récupéra le journal et en caressa la couverture. Il inspira un bon coup.
C’était triste. Il s’en voulait un peu parce que la douleur de l’avoir perdu
s’était beaucoup atténuée depuis quelque temps. Quelqu’un avait réussi à
déverrouiller la porte et avait viré à coup de pied et de griffes le fantôme de
Hans pour prendre entièrement la place. Shin jeta un coup d’œil vers son
meilleur ami et s’exclama :
- Tu n’es pas aussi idiot que tu le fais
croire.
Ludwig
sourit et répliqua :
- Eh oui ! Mais, j’aime jouer les
idiots surtout pour mon Reï chou.
Shin
émit un petit rire.
- Alors, dis-lui à quel point il a de la
chance d’avoir un idiot comme toi.
Ludwig
se sentit rougir. Rares étaient les compliments venant de Shin. Il devait le
savourer et il s’en vanterait auprès de Nathaniel et de Luka.
La
porte d’entrée claqua et Sawako fit son apparition. Quand il vit Ludwig assis
dans le canapé près de son homme, il fronça les sourcils. Shin eut un sourire.
Il se souvenait très bien que le garçon avait dit qu’il ne serait plus jaloux
envers son ami, mais apparemment, il avait oublié.
- Qu’est-ce que tu fais là, chaton ?
- Pourquoi ? Je dérange ?
Shin
et Ludwig se jetèrent un regard avant d’éclater de rire devant l’agressivité du
japonais. Celui-ci, pas très content que l’on se moque de lui, renifla et se
détourna de ses deux idiots. Mais, il répondit tout de même.
- Les profs font grèves alors il n’y a pas
cours de toute la journée.
Il se rendit dans la cuisine et eut une exclamation.
- Aaah ! Merde ! Qu’est-ce que
c’est que ce foutoir ? Hurla-t-il. Shin ?
L’homme
grimaça.
- Comment se fait-il que ces deux idiots soient
recouverts de chocolat ?
- Chaton, ce n’est pas moi qui ai oublié
de ranger le pot de Nutella, ce matin.
Grognement
du japonais qui reprit de plus belle sous le rire silencieux de Ludwig. Il
était en même temps ravi de revoir les yeux de Shin s’illuminer avec la
présence du garçon. Il pourrait dire à Nathaniel et à Luka de ne plus se faire
du sang d’encre pour leur ami. Shin avait enfin trouvé sa perle rare.
- Et alors ? C’était trop difficile
de leur faire prendre un bain ? S’écria à nouveau le garçon. Maintenant,
je vais être de corvée de tout nettoyé.
Shin
se leva et fonça dans la cuisine. Le japonais lui tournait le dos. Il l’attrapa
par l’arrière. Il le serra tendrement contre lui et déposa ses lèvres contre la
peau fine de la nuque.
- Tu n’as pas un peu fini de râler de si bon
matin.
- Non, répondit Sawako simplement avant d’ajouter.
Tu es aussi irrécupérable que ces deux idiots.
L'indomptable Sawako : 47
Les deux amoureux : 47
Les
deux derniers mois avant les grandes vacances furent la période des examens.
Pourtant, le lycée organisa un voyage dans le sud, près de Nice pour une
semaine pour les terminaux. Évidemment, le fait que son chaton le quittait pour
une semaine perturba plus que de raison Shin. Sawako dut user de beaucoup de
patience et d’amour pour lui faire comprendre que ce n’était qu’un voyage
scolaire. Il allait revenir ensuite.
Erwan
se chargea alors d’occuper Shin durant la période. Il lui donna une nouvelle
enquête à mener. L’homme dut lui aussi s’absenter de chez lui pour le centre de
la France à peu près, pour enquêter dans un centre commercial. Shin en fut
ravi. Il pouvait ainsi s’occuper l’esprit. Il s’en voulait d’être inquiet, mais
il avait peur. Il n’avait pas l’habitude d’avoir la vie aussi merveilleuse tous
les jours, alors l’inquiétude le tenaillait sans arrêt depuis un moment, en
réalité depuis la venue du journal intime de Hans. Celui-ci ne le hantait plus
et l’homme en était soulagé, mais ce qui le perturbait le plus était surtout la
peur de perdre, encore une fois, une personne qu’il aimait comme un fou.
Mais
contrairement à sa première absence, cette fois-ci, le japonais l’appelait
régulièrement. Parfois, Shin pouvait entendre la voix de Luce ou des jumeaux ou
bien celles des autres amis, en bruit de fond. Dans ces moments là, il se
traitait de tous les noms pour douter un seul instant de son chaton. Après ces
petites vacances, ce fut au tour de Sawako de s’inquiéter. Shin mettait plus de
temps dans son enquête. Certes, ils s’appelaient à tour de rôle et ils
restaient toujours près d’une heure au téléphone. Aucun des deux ne voulait être
celui qui raccroche. Mais au bout deux semaines à rester seul dans cette
maison, Sawako avait l’impression d’être abandonné et de tourner en rond.
Le
voyant soupirer trop souvent, Luce en discuta avec Erwan. Celui-ci prit alors
les choses en main. Il rendit visite au japonais pour en discuter. Sawako
n’aimait pas vivre seul. Il lui fallait toujours une présence sinon il
s’angoissait même s’il faisait son possible pour le cacher. Pendant la semaine,
les jumeaux vinrent squatter la maison de Shin, acte faisant plaisir au
japonais. Il fit ainsi plus ample connaissance avec ses amis. Pendant cette
période, le garçon apprit également la vérité sur Imari, la femme qui lui avait
fait peur au restaurant.
Il
n’avait pas vraiment voulu le savoir, mais en se rendant à l’hôpital pour
rendre visite à Mili pour son bilan santé. Une demande faite par son
grand-père. Il avait croisé cette femme par accident. Sa surprise fut de la
voir dans un fauteuil roulant. Celle-ci ne l’avait pas vu et il en fut
réellement content. Il n’avait pas du tout envie de discuter avec cette femme.
Mais sa curiosité était-elle qu’il demanda la raison de sa présence dans cet
hôpital.
Mili
ne voulait pas lui en parler au début. Après tout, il y avait le secret
professionnel, même si elle l’oubliait parfois. Sawako alors lui révéla la
raison de sa demande. Mili songea alors que le destin se chargeait bel et bien
de punir la méchanceté de cette femme. Elle lui avoua que cette Imari était
atteinte d’un cancer généralisé très avancé et qu’il lui restait peu de temps
encore à vivre.
En
quittant l’hôpital, Sawako revit la femme dans le jardin fleuri. Le garçon
changea de direction pour ne pas être vu. C’est à cet instant qu’il se retrouva
devant une autre personne qu’il aurait bien voulu évité. L’homme le regarda de
ses yeux noirs sans aucune expression. Le japonais se sentit très mal à l’aise.
Il recula légèrement. Un sourire étrange apparut sur les lèvres de l’homme.
Pourtant, celui-ci parla plutôt d’une voix lasse et calme.
- N’ai pas peur. Je ne te ferais aucun
mal.
Sawako
lui jeta un regard sceptique. L’homme émit un petit rire sans joie.
- Je peux comprendre ta suspicion, mais
je dis la vérité.
Son
regard se porta vers le jardin, puis il regarda à nouveau l’ancienne victime de
sa maîtresse.
- Tu dois te réjouir de son malheur.
- Non, je suis sincèrement désolé pour
elle.
- Tu es un étrange garçon. Après tout le
mal qu’elle t’a fait, il serait logique que tu te réjouisses de son malheur.
Le
japonais secoua la tête et répliqua :
- Je ne lui pardonne pas, mais de là à me
repaitre de sa maladie, non. Personne ne mérite de souffrir.
L’homme
baissa son regard sur le sol avec insistance, puis il avoua :
- Depuis la première fois où elle t’a
rencontré, elle a été envoutée. Pour elle, tous les hommes sont pareils. La
seule chose qui les intéresse est de dominer et de rabaisser les êtres
inférieurs. Alors depuis, elle a décidé de détruire ces hommes avant qu’ils ne
deviennent adultes.
Sawako
cligna des yeux. Il ne put s’empêcher de murmurer.
- Elle est folle.
- Oui, surement. Mais, personne ne l’a
remarqué, ni sa famille, ni les médecins. Moi-même, j’ai mis du temps à m’en
rendre compte, mais il était déjà trop tard.
- Qui êtes-vous pour elle ?
- Son esclave, son chien, son amant, sa
chose.
Ce
dernier donna un long frisson glacial dans le dos du garçon. Ce mot, il l’avait
entendu autre part. Dans le journal intime de Hans Jordan, celui-ci traitait
Shin de cette façon.
- Et vous étiez prêt à faire tout ce
qu’elle vous demandait ?
- Oui, tout. Je suis stupide, pas
vrai ?
- Euh ! Non, je ne crois pas. Mais,
même si vous l’aimez, vous n’auriez pas dû accepter d’être son jouet. Vous ne
l’avez pas aidé ainsi.
L’homme
observa le jeune homme face à lui. Ce garçon n’était plus un enfant, mais un
adulte. Il était étonnant de revoir une ancienne victime et de constater à quel
point, son passé ne l’avait pas détruit, mais endurcit encore plus et mûri en
bien.
- Tu devrais te convertir en psychologie
ou en psychiatrie. Tu es plutôt doué.
Mal
à l’aise, Sawako se passa une main dans les cheveux. Puis, voulant couper
court, il s’exclama :
- Le passé est le passé. Personne ne peut
retourner en arrière.
- Oui, tu as raison. Je vais la
rejoindre. Elle doit déjà se demander où je suis passé.
- Euh !... Iway san ?
L’homme
se retourna, surpris.
- Restez auprès d’elle jusqu’à la fin. Je
suis sûr qu’elle pourra partir ainsi sereinement. Elle sera peut-être heureuse
d’une certaine façon de partir près de la personne qu’il l’a aimée sans arrière
pensée.
L’homme
secoua la tête, hallucinée. Ce garçon était vraiment très étrange. C’était la
première fois de sa vie qu’il rencontrait quelqu’un de pareil.
Sawako,
plus loin, se demandait bien ce qui lui avait pris de dire des choses
pareilles. Il devenait vraiment trop gentil. Il soupira. Pourtant, il ne
pouvait pas se tromper. Imari et Hans auraient pu se tenir la main. Ils se
ressemblaient beaucoup. Heureusement, Shin avait été sauvé à temps. Il ne
ressemblera pas à ce pathétique Iway san.
Le
vendredi arrivant, Sawako se rendit à la gare la plus proche. Il prit son
billet et monta dans le train en partance pour une certaine direction. Erwan
lui avait transféré les horaires et l’adresse de l’hôtel. Il changea de train
en cours de route et arriva à destination au bout de trois heures et demie. Il
appela un taxi et se rendit de suite à l’hôtel voulu. Il paniquait un peu.
Est-ce que Shin ne lui en voudrait pas d’arriver comme cela à l’improviste ?
Shin
soupira un bon coup. Enfin ! Il avait enfin fini. Jamais, il n’aurait
pensé que l’enquête mettrait autant de temps. Il lui avait fallu trois semaines
pour résoudre cette affaire. Erwan allait l’entendre. Il lui avait assuré
que ce serait pour une semaine. Il ne le croirait plus. Bon, ce n’était pas
tout à fait la faute de l’héritier, mais plutôt la sienne. Il avait eu un mal
fou à se concentrer sur son travail pendant la première semaine.
Maintenant,
il pouvait souffler. Il allait prendre un bon bain, puis il irait se coucher.
Non d’abord, il appellerait son chaton pour lui annoncer son retour dès demain.
Revigoré, il monta les marches jusqu’au deuxième étage pour rejoindre sa
chambre. Tout en ouvrant la porte, il songea qu’il devrait quand même attendre
avant d’appeler son amant. Celui-ci devait être au restaurant et ne serait
peut-être pas disponible de suite. Nouveau soupir avant d’avoir une exclamation
en trouvant un sac sur son lit qui ne lui appartenait pas.
Il
fut d’abord ébahi. Il s’en approcha tout en se posant une multitude de questions
diverse. Puis, il entendit du bruit venant de la salle de bain. Inquiet, il se
dirigea vers l’endroit et ouvrit la porte. Là, il resta figé de stupeur en
trouvant son chaton sagement prélassé dans la baignoire remplie de mousse.
Sawako tourna son regard vers l’arrivant et eut un sourire amusé face à la
stupéfaction de Shin. L’homme ne savait plus comment réagir tellement il était
surpris.
- Sawa ? Je ne suis pas en train de
rêver, hein ?
- Pfft ! Baka ! Je vais me
sentir vexer si tu ne réagis pas de sitôt.
La
phrase fit bouger aussitôt Shin. Il s’approcha de la baignoire et sans faire
plus attention à ses vêtements, il attrapa le garçon dans ses bras pour sceller
ses lèvres aux siennes. Quand finalement, il revint sur terre. Il se trouvait
lui aussi dans la baignoire, nu, tenant entre ses jambes le corps mince du
japonais dont la tête reposait sur son torse. Shin finit par s’exclamer ;
- Tu as de la chance qu’il n’y avait plus
de train sinon on se serait loupé.
- Ha ! Tu as enfin fini tant mieux.
Je commençais à m’ennuyer tout seul à la maison.
Shin
se trouvait stupide de sourire comme un idiot, mais il ne pouvait plus s’en
empêcher. Heureux, il l’était et il comptait le rester encore très longtemps.
Sawako finit par prendre la parole.
- Shin ? Voudras-tu m’accompagner
chez grand-père ?
L’homme
serra la taille, un peu plus fort. Il posa ses lèvres sur les cheveux noirs
bleutés, pensifs.
- Quand veux-tu y aller ?
- Euh ! Je comptais m’y rendre pendant
les grandes vacances. Moi aussi, je dois arrêter de fuir mon pays. Cela te
pose-t-il un problème ? Demanda le garçon, inquiet.
- Non, répondit Shin. De toute façon, il
était hors de question que je te laisse y aller tout seul. Je veux garder un
œil sur toi.
Sawako
fronça les sourcils et grognes :
- Ne me fais-tu pas confiance ?
Shin
fit glisser ses lèvres vers une oreille qu’il se mit à mordre avec douceur. Le
garçon s’agita un peu, attisant leur désir mutuel.
- Je n’ai pas confiance aux autres,
chaton. Et puis, je dois bien rencontrer ta famille un jour, non ?
Sawako
sentit ses joues surchauffées et pas seulement à cause de la phrase, mais
également à cause des mains vadrouilleuses qui semblaient vouloir prendre
possession de tout son corps. Avant de perdre la raison, le garçon s’exclama
vouloir continuer dans le lit. Shin gloussa, mais obéit aux ordres de son
chaton. Sans le moindre effort, il le souleva et sortit hors de la baignoire.
Il se mit ensuite en devoir de l’essuyer tout en s’amusant à le faire chanter.
Puis, il le souleva à nouveau et le déposa avec tendresse sur le lit pour
reprendre son exploration de ce corps séduisant. Sawako se cambrait de désir.
Il avait perdu toute notion de la réalité. La seule chose qui restait était les
sensations extraordinaires que lui donnait son partenaire.
Quand
enfin, leurs deux corps se reposèrent après plusieurs rounds, Sawako se
redressa un peu et repoussa une mèche brune devant les yeux de son amant. Shin
lui sourit avec tendresse.
- Je t’aime, Shin.
Les
yeux de l’homme pétillèrent de joie et d’amour, intimidant un peu le garçon.
- Je t’aime aussi, chaton.
- Pour la vie ? Demanda le japonais,
très sérieusement.
- Pour la vie, répondit Shin, tout aussi
sérieux.
Rassuré
légèrement, le garçon déposa sa tête aux creux de l’épaule. Il reprit :
- Réussiras-tu à me supporter avec mes
sautes d'humeur ? À ma jalousie ? À mon sale caractère ?
- Tiens, tu admets avoir des défauts.
Par
vengeance pour cette moquerie, Sawako glissa sa main le long du torse, de la
hanche pour finir sur la cuisse qu’elle s’amusa à pincer fortement. Shin
grimaça et bascula le garçon sur lui. Il le menaça du doigt.
- Ce n’est pas gentil, chaton. Tu mérites
une bonne fessée.
Sa
main glissa le long du corps pour finir sur une fesse et lui donna une clique.
- Aïe ! Cria le garçon en se
débattant.
Les
deux hommes se chamaillèrent pendant un bon moment, tout en riant. L’un d’eux
finit par tomber du lit sur les fesses. Le japonais se releva et se massa le
derrière tout en râlant. Shin lui était plié en deux, riant à gorge déployée.
Sawako se jeta sur lui pour le frapper de se moquer de sa chute. Mais, il se
retrouva vite fait sur le dos avec Shin le dominant avec un sourire de
gourmandise.
L'indomptable Sawako : 48
Les vacances à la campagne : 48
Un
nouveau problème germa quelques semaines plus tard. Les jumeaux et Sawako étaient
allés s’inscrire à la fameuse école hôtellerie restauration. Ils remarquèrent
très vite que le trajet pour y aller était plutôt long et un vrai casse-tête.
La meilleure des manières serait d’entrer en internat et revenir le week-end
chez eux.
Mais
voilà, cette solution rationnelle ne plaisait pas à Shin du tout. Hors de
question que son chaton reste la semaine dans cette école. Il refusait
catégoriquement. Sawako essaya bien de lui faire entendre raison, mais l’homme
se braqua. La colère gagna très vite le garçon, plutôt pas patient et surtout
que c’était son avenir à lui et non pas celle de Shin, en jeu.
Tabitha
ne comprenait pas le problème entre eux. La seule chose qu’elle remarquait
était que son jeune employé était d’une humeur massacrante et que Shin ne
venait plus depuis un moment. Elle trouvait cela très étrange, mais en
observant ses amis comme les jumeaux italiens ou encore Ludwig et Reï quand ils
venaient au restaurant, ceux-ci ne semblaient pas le moins du monde perturber
par ce froid entre Shin et Sawako.
Lina lui donna la réponse. Il ne fallait pas s’en faire pour eux.
C’était juste une dispute sans conséquence. Ce serait vite oublié. Ils étaient
trop têtus et entiers, mais aussi très amoureux. C’était nouveau pour le
japonais, alors parfois, il faisait des erreurs et ne comprenait pas où il
avait fauté. Quant à Shin, il avait peur de perdre le garçon, alors il ne
supportait pas d’être trop longtemps loin de lui.
Finalement,
leur grognement et leur bouderie durèrent deux jours avant d’être mis aux
oublies. Shin avait trouvé la solution idéale. Après tout, la plupart du temps,
il travaillait chez lui alors il pouvait aisément bouger. Il avait déjà négocié
avec le propriétaire d’ailleurs bien avant d’en discuter avec son chaton.
Ensuite, il emmena ledit chaton en balade et lui montra la maison louée à une
vingtaine de minutes à pied de son école. Bien évidemment, Sawako grogna en
disant qu’il aurait pu lui en parler d’abord, mais il était trop content pour
râler très longtemps.
Shin
avoua également que la maison était assez grande pour loger deux autres
personnes puisqu’elle comportait quatre chambres. Si le japonais l’acceptait,
les jumeaux pourraient également s’installer dans cette maison tout en payant
leur part de loyer. Sawako sauta dans les bras de Shin trop heureux de cette
nouvelle.
Ensuite,
Shin demanda à Sawako s’il voulait partir en vacance avec lui, au mois de
juillet. Ils avaient décidé d’aller au Japon au mois d’aout. Le garçon fut sur
son petit nuage pour tout le reste du mois de juin. Il avait grande hâte de
partir avec Shin en voyage. Mais, parce qu’il y avait un mais évidemment, une
nouvelle dispute se fit le jour même du départ.
Sawako
fit un gros scandale parce que finalement il ne partait pas seul avec Shin,
mais avec Nathaniel, Luka, Ludwig et Reï. Les quatre hommes les attendaient
dehors et pouvaient très bien entendre le garçon lancer qu’il ne viendrait plus,
il n’en avait plus du tout envie. Nathaniel s’en voulait un peu. Quand il avait
appris que son ami partait en voyage avec le chaton, il s’était incrusté avec
les autres. Devait-il annuler ?
Shin
finit par sortir de la maison, seul. Il avait son sac avec lui. Il le déposa
dans le coffre de la voiture de Ludwig. Ses amis le suivaient du regard sans
broncher, juste inquiet. Ils étaient même assez surpris. Leur ami semblait très
serein, malgré la dispute qui venait d’avoir lieu. Étrange !
Shin
s’approcha de sa moto, sortit pour l’occasion et s’installa. Il déposa ses
coudes sur le guidon et attendit. Les quatre amis se regardèrent en silence,
puis Nathaniel finit par demander :
- Euh ! Tu es sûr que nous pouvons
partir, Shin ?
- Évidemment !
- Alors, qu’est-ce que tu attends ?
- Mon chaton, bien sûr ! Tu en poses
de drôle de question aujourd’hui, Nathan.
Le
grand blond se gratta la tête, ébahie. Mais, Sawako avait crié, non plutôt
hurlé, qu’il ne viendrait pas. Il n’était pas encore sourd, ni sénile pourtant.
Il jeta un coup d’œil à son compagnon. Celui-ci haussa les épaules fatalistes
avant qu’une voix cassée le fit sursauter.
- Bouge tes fesses, Nathaniel ! Tu
me gênes.
L’homme
se retourna et se retrouva devant le chaton de son ami. Celui-ci, portant jean,
basket, tenait un sac de voyage d’une main. Éberlué, Nathaniel s’exclama :
- Je croyais que tu ne venais pas.
- Ah ? Quand est-ce que j’ai dit
ça ?
- Hein ? Mais… mais il y a à peine
dix minutes.
Ludwig
et Luka avaient bien du mal à ne pas éclater de rire. Quant à Reï, il secoua la
tête, très amusé de la situation.
- Oh ! Je dis souvent n’importe quoi
quand je suis en colère.
Sans
plus faire cas du grand blond, toujours dans le chou, Sawako se rapprocha de Shin
et s’exclama :
- Hein ? Tu sais conduire cet
engin ?
- Évidemment.
- Pourquoi ne pas me l’avoir dit ?
- Je voulais te faire la surprise.
- Si tu me l’avais dit, il n’y aurait pas
eu de dispute.
Shin
tendit un casque au japonais et laissa échapper :
- Mais bien sûr ! Tu aurais trouvé
autre chose. Je te connais maintenant.
Sawako
fronça les sourcils, un peu boudeurs. Puis, il demanda :
- Quelle autre surprise vais- je encore
avoir ?
- Mmmh ! Erwan et compagnie nous attend
déjà à la maison de campagne.
- C’est vrai ? Trop cool.
Nathaniel
secoua la tête complètement paumée. Mais comment Shin arrivait-il à suivre ce
garçon ? Il changeait son caractère comme il changeait de chemise. Luka
finit par prendre le bras de son homme et murmura :
- Ne cherche pas à comprendre, Nat. Tu risques
de nous faire une syncope sinon.
Après
quelques instants, ils se mirent enfin en route. Sawako serrait la taille de
Shin. Il avait l’impression de rêver. Il adorait être sur une moto, mais si en
plus, c’était avec son homme, de quoi rêver de plus ? La première étape
fut de se rendre chez Akira pour déposer un jeu de clé afin que le frère de
Shin puisse aller nourrir les chats pendant leur absence.
Évidemment,
ils repartirent une heure plus tard à cause de Kaigan et de Hans. Les deux
chenapans acceptant de relâcher le japonais à la seule condition qu’il les aide
à faire un gâteau. Sawako ne s’était pas fait prier, bien qu’il doive prendre
une rapide douche, car il fut attaqué à coup de farine par le petit diable de
Kaigan.
La
deuxième étape fut le cimetière où reposait Hans Jordan. La première fois que
Shin était venu, il n’avait pas pu faire ses adieux définitifs à Hans à cause
de la présence de la famille Jordan. Cette fois-ci, il les fit. Il resta un
petit quart d’heure seul face à la tombe. Il se mit à parler et s’excusa de
n’avoir pas été assez solide pour l’aider correctement. Il déposa également une
petite boite en bois faite à la main, imperméable et scellée. Dessus y était
gravé le nom du défunt avec la date de naissance et de décès et en signature étaient
inscrits juste ces mots « Repose en paix ». À l’intérieur de cette
boite, Shin y avait mis le journal intime. Il ne voulait pas le garder. Il ne
lui appartenait pas, alors il préférait le rendre à son propriétaire.
Quand
il rejoignit sa moitié, il ne dit pas un mot, mais déposa un tendre baiser sur
les lèvres du japonais. Il savait bien que le garçon n’avait pas été rassuré
pendant ce temps. Pour Shin, l’histoire Hans Jordan était terminée. Son défunt
ami ne l’empêcherait plus de vivre sa vie maintenant. Sawako était devenu la
personne la plus importante pour lui. Il allait passer le reste de sa vie à
s’occuper de ce garçon.
Pour
être à la campagne, il était bel et bien à la campagne. Aucun réseau
téléphonique ne passait, mais aucun des vacanciers ne s’en plaignit, surtout
que certains le savaient déjà, étant donné qu’ils étaient venus pendant les
vacances de la Toussaint.
La
maison cauchemardesque avait beaucoup changé. Elle était beaucoup plus
habitable qu’auparavant. Mais bien évidemment, le premier soir, ils eurent
comme la première fois, un jeu pour savoir qui aurait le droit de dormir dans
la chambre individuelle. Ils acceptèrent tous de jouer au trip puant. Les
filles, Ashanti, Allison, Maddie et Rulika ne se plaignirent pas le moins du
monde. Elles étaient même aux anges. Eh oui, il y avait une majorité de garçons
et les voir à moitié nu, quel plaisir pour les yeux.
Elles
ne se gênèrent pas le moins du monde à faire quelques commentaires d’ailleurs.
Elles finirent même par décider de faire un défilé et elle voterait pour le
plus beau d’entre eux. Sawako trouvait ce jeu complètement débile, mais accepta
d’y jouer comme les autres. Après tout, si cela leur faisait plaisir.
Les
filles durent se rendre à l’évidence que la tâche était plutôt ardue. Il n’y
avait pas à dire, mais il n’y avait que de beaux spécimens face à elle et de
tout âge, sans parler de leurs petits amis. Comment choisir entre Luce et ses
yeux mordorés, Erwan et ses deux perles bleues ou encore Buzz et sa timidité
qui les faisait craquer ? Ou le beau blond aux yeux vert qui jouait du
piano comme personne ou mieux encore, ce chaton lunatique, mais un cuisinier
hors pair ? Il y avait aussi Nathaniel, le grand blond au physique de
viking, mais aux mains baladeuses, Ludwig, le tatoué et ses piercings, Shin et
son sourire envoutant ? Et tous les autres également, qui valait le coup
d’œil ?
Après
un long conciliabule qui dura pendant le dîner, les filles finirent par se
mettre d’accord et tant pis, si leurs petits amis se vexaient ensuite. Elles
rendirent leur verdict après le dessert, dans le salon. Elles nommèrent les
cinq premiers seulement. Maddie, celle qui avait moins sa langue dans la poche,
prit la parole.
- Alors, voilà, le jury a voté. Je vais
vous annoncer les cinq gagnants.
- Eh ma poule ! Qu’est-ce qu’ils
gagnent ? demanda Nathaniel.
- Eh bien ! Ils n’auront rien à
faire pendant la durée des vacances et on peut dire qu’ils seront les rois
également.
- Chouette, le pied ! S’exclama
Luce, entre les bras d’Erwan.
- Ne t’excite pas comme ça, Luce. Il
faudrait déjà que tu sois parmi les cinq, s’écria Quentin.
- Pfft ! S’il ne l’est pas, c’est
que ces filles sont tombées sur la tête, répliqua Erwan.
Maddie
jeta un coup d’œil à son frère et secoua la tête, amusée. Certes, Luce était
tout à fait mignon. Elle ne pouvait pas en douter, mais maintenant il avait de
la concurrence. Elle lui tira la langue. L’héritier la menaça du doigt avec un
étrange sourire. Il adorait toujours ennuyer ses petites sœurs adorées.
Sawako,
assis sur les genoux de Shin, se fichait royalement d’être parmi les premiers.
Il discutait avec les jumeaux et Jeff Ashton. Ces vacances étaient plutôt
agréables. Cela allait permettre de connaitre les autres garçons qu’il ne
connaissait pas encore très bien, comme Edward, Alexis, Jeff et Quentin. Maddie
toussota pour attirer l’attention sur elle et annonça enfin.
- Nous commencerons par le cinquième.
Nous avons jugé que Luka méritait cette place.
L’homme
fit une courbette en remerciement et un clin d’œil à son homme. Nathaniel
songea que Luka allait lui en faire voir des vertes et des pas mûres pendant
ses vacances.
- En quatrième position, ils sont deux.
Bah oui, comment savoir lequel est mieux par rapport à l’autre, alors qu’ils se
ressemblent comme deux gouttes d’eau. Donc vous avez deviné, il s’agit de
Vincenzo et Juan.
Vincenzo
sauta de joie faisant rire l’assemblée. Juan secoua juste la tête, désolé par
la bêtise de son frère.
- Pour le troisième et deuxième, nous
avons eu quelques différents avant de nous mettre d’accord. Ce n’était pas
facile, je dois avouer. Alors, la troisième marche revient à notre Ange, Luce
et la deuxième à Sawako.
Le
japonais sursauta. Il ne s’y attendait pas et finalement, il devait bien
s’avouer être plutôt content. Il avait battu Luce. Trop cool ! Shin déposa
ses lèvres sur la nuque en une caresse et émit un petit rire.
- Je croyais que tu t’en fichais.
Pour
toute réponse, il eut un grognement le faisant rire encore plus. Shin lui,
aurait donné la première place à son chaton. Ces filles avaient mauvaise vue,
bien qu’il ne fut pas étonné d’apprendre qui était le premier. Ce garçon
n’était pas mannequin pour du beurre. Jeff Ashton gagna donc la première place.
- C’est une telle évidence,
s’exclama-t-il, amusé quand les sifflements retentirent après sa réplique.
- Moi la seule chose que j’ai comprise,
c’est que pendant trois semaines, je ne vais pas faire la cuisine. Ça, c’est le
pied et de véritable vacance en perspective, s’écria alors le japonais.
- Arg ! Ce n’est pas juste !
Qui va me faire mon petit déjeuner le matin, maintenant ? Bouda Shin.
- Tu le feras tout seul comme un grand,
répliqua Charles.
- Tais-toi, Charlie ! Je ferais une
exception pour toi, répondit le japonais.
- Eh ! C’est du favoritisme,
s’indigna Ludwig.
- Et alors ? Tu me cherches,
baka ? Si tu es jaloux, tu n’as qu’à pleurer dans le giron de ton Reï
chou.
- Mais, il me cherche le chaton. Tu vas
voir qu’est-ce que je fais au chaton dans ton genre.
- Haha ! Vas-y, je t’attends.
La
soirée dura jusqu’au matin avec les piques, le venin sarcastique d’un chaton
volubile, des bouderies de Ludwig, des chamailleries de tourtereaux comme Buzz
et Charles, des espiègleries des jumeaux, etc.
Les
jours suivants furent exactement pareils. Les journées passaient bien trop vite
au goût des vacanciers tellement ils s’amusaient comme des fous. Ils se
chamaillaient, discutaient de tout et de rien, riaient beaucoup. Ils partaient
également à la recherche des couples qui s’éclipsaient pour s’isoler. Sawako se
souviendrait longtemps de ses vacances. Il ne s’était jamais autant amusé. Ses
amis le rassurèrent en lui annonçant que d’autres vacances de ce genre, il y en
aura bien d’autres.
Nash Dailey, le terrien
Chapitre 1
Année 2101 :
Le sapin s’illuminait de toutes ses guirlandes de lumières.
Les petits enfants s’émerveillèrent devant la multitude de cadeaux au pied de
celui-ci. Leurs parents les observaient, installés à la table de la salle à
manger, riant de leur joie si communicative.
Le plus jeune couple avait le regard fixé sur un magnifique
petit garçon de cinq ans, mais qui paraissait bien plus jeune à cause de son
aspect chétif, menu. C’était leur fils, le seul et l’unique. Lavinia Dailey
l’avait mis au monde à cinq mois et avec des complications. Les médecins lui annoncèrent
alors qu’elle ne pourrait plus enfanter.
Ils ne savaient pas non plus si l’enfant survivrait et si
c’était le cas, il pourrait être retardé mental. La jeune mère avait prié des
jours et des jours avec son époux pour sa survie. Leurs vœux furent exaucés.
Aujourd’hui était un jour plus spécial. Non seulement,
c’était Noël, mais également l’anniversaire de leur trésor. Calvin Dailey,
informaticien dans une grande firme de renom, âgé de vingt-sept ans, adorait sa
femme et son fils. Il vivait pour eux. Ils étaient sa raison d’être. Il passa
une main sous la table et serra celle de sa femme sur son genou.
Nash regardait son cadeau, plutôt encombrant, sous toutes
les coutures. Il n’était pas comme ses cousins, cousines. Ceux-ci déchiraient
rapidement le papier pour savoir ce qu’il y avait à l’intérieure. Nash, lui
trouvait plus amusant d’essayer de deviner ce que ses parents lui avaient acheté.
À un cri de joie sur sa gauche, le garçon releva la tête.
Une de ses cousines s’émerveillait devant son jouet, une poupée Barbie. Elle
s’extasiait à grand cri.
- Maman ! Maman !
Regarde ce que m’a offert le père Noël, cette année.
Nash secoua la tête, exaspéré de la stupidité de sa cousine.
« Le père Noël ? N’importe quoi ! Il n’existe pas, bécasse. Ce
sont les parents qui nous achètent les cadeaux. » Songeait-il, amusé.
Consciencieusement, il déballa son cadeau, en faisant
attention de ne pas déchirer son papier. Il entrouvrit le carton. Il hésita un
instant à ouvrir les pans. Il leva les yeux vers sa mère. Elle lui adressa un
sourire lumineux. Son regard s’émerveilla en regardant à l’intérieur. Un
ordinateur portable avec une imprimante incrustée, le pied ! Un petit cri
de ravissement lui échappa. Ses cousins l’entendirent et s’approchèrent de lui.
Ils jetèrent un œil à l’intérieur du carton et l’un d’eux s’écria :
- Hein ! P’Pa, ce n’est
pas juste. Nash a eu un ordinateur.
Robert Palmer, le frère de Lavinia regarda son fils, très
surpris. Le reste de la famille était dans le même état. Madame Rosie Palmer se
tourna vers sa benjamine.
- Mais, enfin, ma chérie, ce
n’est pas un cadeau pour un enfant de cinq ans. Il est beaucoup trop jeune.
Le petit garçon s’étant approché doucement se positionna
près de son père. Ses lèvres tremblaient. Le père le prit sur ses genoux. Nash
demanda d’une toute petite voix.
- Vous n’allez pas reprendre le
cadeau. Hein ?
Calvin jeta un regard noir à sa belle mère. Qu’elle s’occupe
de ces oignons, celle-là !
- Bien sûr que non, mon garçon.
Le sourire réapparut sur les lèvres de Nash. Amélie, une
autre de ses cousines, vint le chercher pour venir jouer avec eux, mais le
garçon refusa. Il préférait la compagnie de ses parents.
La petite famille Dailey ne s’attarda pas plus longtemps
chez les Palmer. Ils avaient un peu peur que des mots regrettables ne sortent
trop vite et ne fassent beaucoup de mal. Rosie Palmer observa sa fille
disparaitre dans la voiture de son mari. Après cinq ans et demi, elle
regrettait toujours d’avoir consenti à sa fille d’épouser cet informaticien.
Pourtant, ils avaient tout fait pour les séparer. Personne dans la famille
Palmer n’appréciait beaucoup Calvin Dailey.
Par la vitre de la voiture, elle aperçut la frimousse du
petit Nash. Un frisson la traversa. De ses six petits enfants, celui que Rosie
n’avait jamais hâte de revoir, était bel et bien le fils de sa fille Lavinia.
Nash l’effrayait, car il semblait ne pas être comme tous les autres enfants.
Elle savait également que sous cette carapace chétive, se cachait un monstre
d’une puissance à faire peur. Pour elle, son petit fils n’était pas humain.
Calvin démarra très rapidement. Dès qu’il perdit la maison
de vue, il respira beaucoup mieux. Il s’en voulait, mais il n’aimait pas du
tout la famille de sa femme. Il se tourna vers elle. Elle regardait par la
fenêtre. Elle était belle avec ses cheveux noirs et ses yeux bleus, pétillants
d’amour.
- Je suis désolé, ma chérie.
J’aurais tant aimé que pour une fois…
Lavinia posa une main sur la sienne et l’interrompit.
- Ce n’est pas grave. La seule
chose qui compte pour moi, c’est notre fils et toi.
Elle jeta un regard vers l’arrière et aperçut son petit
garçon allongé, sur la banquette, endormie. Elle sourit attendrie.
« Désert de Simpson,
territoire du nord, Australie. »
Le président de la fédération pénétra dans la salle de
réunion où tous les généraux s’y trouvaient déjà installés. Jeff Hikory était
un homme de grande taille, plutôt bien bâti, au visage anguleux et aux yeux un
peu bridés d’un vert lumineux. Il était classé dans la catégorie eurasienne. Il
était président de la fédération depuis un an à peine. L’ancien avait été
assassiné dans un attentat.
Il avait la charge de veiller sur le bien-être de ses
semblables sur tous les continents. En gros, il était le président de tous les
présidents à travers le monde. C’était un travail harassant et empêcher
également d’avoir une famille. Il le regrettait beaucoup d’ailleurs.
Il salua ces hommes et leur demanda la raison de cette
réunion la veille de Noël. Un homme, le général Bernio, expliqua :
- Nos satellites ont repéré
dans l’espace un objet volant non identifié, monsieur le Président.
Jeff leva un sourcil, fort surpris.
- Vous plaisantez ? Je
croyais qu’il n’y avait pas d’autre vie autre que la nôtre dans cette galaxie.
Enfin, c’est l’avis de nos experts.
Un autre homme prit la parole.
- Monsieur le Président,
l’univers est immense et il peut exister d’autres galaxies que la nôtre.
- Je n’en doute pas.
Premièrement où se trouve ce vaisseau ?
- Euh ! Le vaisseau se
trouve exactement près de la lune, monsieur le Président.
- Quoi ? Et ce n’est que
maintenant que vous m’en informez ?
Des pas précipités retentirent derrière la porte. Elle
s’ouvrit sur un vieil homme à la longue barbe grise.
- Bonsoir, Monsieur le
Président.
- Oui, oui, bonsoir Barclay.
Il fit un geste à ses hommes de main de le laisser passer.
- Monsieur le Président, de nos
écrans, nous avons constaté un changement avec le grand vaisseau. Il semblerait
que des vaisseaux plus petits viennent d’apparaitre. L’un d’eux vient même de
passer notre atmosphère.
- Quoi ? Mais, que
faites-vous donc ? Je suis affublé d’incapable ma parole. Où se
dirige-t-il ?
Barclay fut agité et répondit d’une voix un peu tremblante.
- Il vient de se matérialiser
juste au-dessus de la ville la plus proche d’ici.
- Vous ne pouviez pas le dire
tout de suite !
« Mesdames, Messieurs, ici Karen Miller de ABC Cooper,
veuillez nous excuser d’arrêter vos émissions de noël pour un flash
d’information. Mais, une chose incroyable vient de se produire ce soir. Depuis
plus d’une heure, un vaisseau extra-terrestre est apparu subitement au-dessus
de la ville d’Alice Springs. Les militaires essaient tant bien que mal à calmer
certains habitants hystériques, mais…. Oh ! Mon Dieu ! Que se
passe-t-il ?
Le caméraman se retourna. Une lumière bleutée sortait du
vaisseau. Sous les yeux horrifiés de millions voire même de milliards de téléspectateurs,
la lumière souleva une voiture occupée, à un mètre du sol. Un éclair vert traversa la luminosité et fit
un trou sur le toit du véhicule. La forme verte remonta vers le vaisseau en entortillant
un jeune enfant.
La lumière bleue relâcha alors sa pression sur la voiture.
Celle-ci retomba dans un bruit sec. Un couple en sortit en rampant. La femme se
releva et tendit ses bras vers le ciel et hurlait le nom de son fils. Son mari
la prit dans les bras. Elle éclata en larmes. D’autres cris retentirent
ensuite. La caméra fit le tour de la
place où d’autres personnes disparaissaient dans le vaisseau. Il se tourna vers
sa collègue et s’aperçut qu’elle s’élevait à son tour.
Personnes ne pouvaient bouger. Ils avaient les jambes
lourdes et dans leur esprit, ils ressentaient la présence d’un intrus. Une voix
alors retentit, les faisant se plier en deux sous la souffrance et de l’impact
dans leur cerveau, pas habituer à ce phénomène.
- « Dans tous les pays de
cette planète, des hommes, des femmes, des enfants sont enlevés. Ils seront nos
esclaves jusqu’à leur mort. Ah ! Ah ! Ah!... Mais ne croyez pas être
à l’abri, terrien ! Je suis Katnos, chef suprême de l’empire Mandralore.
Nous avons choisi votre planète pour installer une garnison. Vous allez
gentiment nous servir comme de bons loyaux serviteurs. Ne pensez pas nous
résister. Toutes vos armes ont été annihilées comme toutes les bases
militaires. Vos présidents sont avec nous. Ils deviendront nos esclaves ou
serviront de repas pour nos créatures. Ah ! Ahahaha !
Un faisceau lumineux entoura le vaisseau et disparut comme
par magie, laissant les survivants dans le plus grand désarroi, dans la peur et
dans le flou la plus totale.
L'indomptable Sawako : 49
La fin des vacances à la campagne : 49
Au
bout de trois semaines entourées de ses meilleurs amis, Sawako avait vite fini
par reconnaitre le caractère de chacun et leur manie. Comme Jeff Ashton, par
exemple, il aimait tourmenter son petit ami. Le japonais plaignait beaucoup
Quentin d’arriver à supporter ce suppôt de Satan, ainsi qu’il le surnommait.
Son plus grand plaisir fut de voir Luce manipuler comme il se doit le grand et
puissant héritier Miori. Un pur bonheur !
Bien
sûr, il y avait les indésirables comme Nathaniel dont les mains baladeuses
s’égaraient toujours au grand désarroi de tout le monde et surtout pour Sawako,
car l’homme avait décidé de lui en faire voir de tous les couleurs et les coups
de poing ne semblaient pas vraiment marcher. Évidemment, Luka n’était pas
vraiment une aide utile. Chaque fois, il lui disait de se débrouiller tout
seul. Il avait depuis longtemps baissé les bras sur la bêtise de son homme.
Les
seuls endroits où il pouvait être tranquille étaient entre les bras de Shin ou entourés
par les jumeaux. Mais, même avec ces satanés jumeaux, il fallait s’en méfier.
Vincenzo se révélait parfois bien plus pénible que Nathaniel. Lui aussi avait
des mains baladeuses, mais au moins était-il sauvé chaque fois par Juan. Sawako
devait bien reconnaitre que les filles étaient les moins casse-pieds et puis il
était content que l’une d’elles lui demande des renseignements sur la cuisine.
Shin
retrouvait souvent son chaton en compagnie d’Allison Miori dans la cuisine
préparant tous deux, le repas et discutant de cuisine sans s’arrêter une seule
seconde. À ces moments-là, Shin grimaçait et se sauvait pour rejoindre ses
propres amis pour des parties de billard où il gagnait la plupart des paris.
La
dernière nuit fut surement la plus turbulente des vacances. La lubie de Luce
fut que les cinq rois dorment dans la chambre individuelle ensemble. Jeff, Luka
et les jumeaux acceptèrent sans faire d’histoire, mais Sawako refusa net. Hors
de question pour lui de dormir ailleurs qu’entre les bras de Shin ! Évidemment,
il n’eut d’autre choix que de se plier aux exigences de son ami.
Erwan,
Nathaniel et Quentin se mirent à le traquer comme une bête féroce. Mais, le
garçon se dérobait à chaque fois. Finalement, Shin les aida un peu. Être loin
de son chaton ne lui plaisait pas trop, mais le voir se hérisser de cette façon
si charmante lui plaisait beaucoup trop. Le japonais le maudit de tous les maux
de la terre sous le rire des filles qui observaient en silence. Sawako fut donc
emmené comme un sac de pommes de terre dans la chambre individuelle par Erwan.
Quand finalement la porte se referma sur les rois, Erwan put souffler un bon
coup et grimaça en se massant les côtes. Le bougre lui avait donné des coups et
pas en douceur. Ensuite, il rejoignit les autres pour une nouvelle partie de
billard dont il était sûr de gagner cette fois-ci.
Sawako,
lui, regarda la porte en colère. Puis, il renifla et s’en détourna. Il jeta un
regard noir à ses amis avant d’aller s’allonger à l’autre bout du lit, boudant.
Ses amis se regardèrent avant d’éclater de rire. Luce sauta dans le lit et
rejoignit son camarade boudeur.
- Allez ! Arrête de faire la tête,
Sawa. Ce n’est que pour cette nuit. Et puis, on a déjà dormi ensemble, ce n’est
pas nouveau.
- Je ne boude pas.
- Mais bien sûr ! S’exclama
Vincenzo.
Pour
toute réponse, il reçut un oreiller en pleine figure.
- Je ne te permets pas de mettre ma
parole en doute, baka.
Vincenzo
eut un sourire en coin et jeta l’oreiller à nouveau sur l’envoyeur. La réponse
se fit aussitôt et embarqua les autres dans la foulée. Au bout d’un certain
temps, ils s’écroulèrent tous dans le lit, essoufflé et riant comme des gamins.
Luka se passa une main dans ses cheveux en bataille.
- Mon Dieu ! Je suis trop vieux pour
jouer à une bataille d’oreiller.
- Haha ! Regardez-moi ce papy !
S’exclama Vincenzo.
- Dis donc sale garnement ! Respecte
les plus vieux !
- Pourquoi donc ? Tu veux une canne
peut-être ? S’écria Jeff, amusé.
- Sawa ! Tu as vu comment tes amis
me parlent.
Le
japonais, ayant repris sa place initiale au bout du lit, murmura :
- Et alors ? Tu veux mon aide,
peut-être ? Tu peux toujours courir. Tu ne m’as pas aidé quand ton stupide
bonhomme m’ennuyait. Tu sais ce que l’on dit ? La vengeance est un plat
qui se mange froid.
Luka
sourit malgré lui. Avec un garçon comme le japonais, Shin ne risquait surement
pas de s’ennuyer.
- Tu es cruel, chaton.
- Tu sais ce qu’il te dit le
chaton ?
- Non, vas-y ?
- Que si tu continues de l’appeler ainsi,
il va finir par te castrer !
- Tu peux vraiment avoir une langue de
vipère, Sawa. S’exclama Luce, près de son ami.
Haussement
des épaules. Jeff, entre Luce et Juan, reprit :
- Je devrais faire plus attention. Mon
Quentin aime beaucoup trop les reptiles.
Sawako
enfouit son visage dans l’oreiller et s’exclama :
- Mais qu’est-ce que j’ai fait au monde
pour être affublé par des amis pareils !
Dormir
avec ses amis ne l’avait pas trop gêné finalement, mais vers le petit matin se
réveillant plus tôt que prévu, Sawako s’éclipsa sans bruit pour rejoindre une
des chambres de groupe. Il rejoignit précisément le lit du fond. La forme
endormie lui tournait le dos. Toujours sans bruit, le japonais s’enfouit dans
les couvertures et se moula contre le dos du dormeur. Sa place était là et pas
ailleurs.
Shin
se réveilla en douceur. Il fut un peu surpris d’être entre les bras de son
chaton. Il se retourna et se noya dans le regard marron pailleté de vert du
japonais. Il lui sourit. Pour toute réponse, Sawako scella ses lèvres à celle
de Shin. Être réveillé de cette façon tous les matins, l’homme ne se plaindrait
pas le moins du monde. Il chuchota :
- Bonjour, chaton.
- Ohayo !
- Ne dormais-tu pas avec les
autres ?
- Grâce à qui ? Je viens de
m’éclipser. Je préfère mille fois être là.
Shin
se troubla, non pas de peur, juste de joie et de plaisir. Sawako ne se gênait
plus pour dire ce qu’il aimait ou pas. Shin n’en avait pas été habitué et
chaque fois que le garçon le faisait, il l’aimait encore plus. Finalement, le
destin avait bien eu raison de les mettre en présence.
Quand
il fut l’heure de repartir, tous les amis regardèrent la maison avec une
certaine tristesse. Ils s’étaient tous tellement bien amusés dans cette maison
qu’elle allait leur manquer. Bon, c’était juste un revoir, ils étaient tous
d’accord pour y retourner l’année prochaine. Enfin, ils feront tout pour
pouvoir y retourner, même si leur vie change en cours de route. Cette maison
était devenue leur petit paradis.
Nathaniel
et Ludwig se chamaillèrent pour savoir qui conduirait. Pour les mettre d’accord,
Reï prit les choses en main. Il piqua les clés avec l’aide de Luka et leur
annonça être le conducteur et que le retardataire rentrerait à pied ! Les
deux hommes se regardèrent en grimaçant. Pas question de rentrer à pied. Ils
foncèrent dans la voiture sous le rire moqueur du japonais. Il se servit
aisément de sa langue de vipère pour se moquer des deux hommes. Il était en
sécurité avec Shin. Même Nathaniel se tenait à carreau face à son ami. Sawako
avait vite remarqué que son homme était capable de faire mordre la poussière au
grand viking comme il surnommait Nathaniel. Erwan était également venu en moto
et Luce faisait son fier. Lui aussi adorait être le passager. Le troisième
motard était tout simplement le meilleur ami de l’héritier, Ricky Olgado. Shin
le connaissait bien maintenant puisque ce garçon travaillait au garage Le
Bradly ».
Le
retour se fit sans encombre et dans la bonne humeur. Mais, Sawako dut
reconnaitre d’être très content de rentrer dans cette maison qui était la
sienne maintenant depuis cinq mois. Shin lui avait assuré qu’il avait discuté
avec le propriétaire, un homme très âgé. Il avait tout simplement racheté la
maison. Ainsi, les week-ends, pourront-ils revenir ici afin d’être plus proches
de leur famille et ami.
Les
chatons leur firent la fête comme pas possible. Shin râla de la bêtise de ses
animaux, mais en fait, il souriait d’être ainsi accueilli. Sawako se moqua de
lui avant de partir à la recherche de la seule qui manquait. La vipère
squattait leur lit sans vergogne et tourna le dos au garçon quand elle le vit.
Le japonais secoua la tête. Qui disait que les animaux n’avaient pas de temps
en temps les manies des humains ? Peut-être qu’à force de les fréquenter,
ils apprenaient certaines de leur attitude ?
Le
garçon s’allongea sur le lit près d’elle et se mit à lui parler dans sa langue
maternelle. Cela faisait longtemps qu’il ne le faisait pas et il avait peur de
la perdre. La petite chatte finit par ronronner et vint se coucher contre
Sawako qui finit par s’endormir. Shin les observa attendrie, puis il
redescendit. Akira ne tarda pas à arriver accompagner par les deux terreurs.
Kaigan commença à peine arrivé à pourchasser les chatons. Hans finit par faire
de même. Shin invita son frère dans la cuisine et lui servit une tasse de café.
- Alors ses vacances ?
- Agréable. Être entouré par ses amis
faits du bien de temps en temps.
- Pourquoi Lina n’est-elle pas venue
également ? Après tout, n’est-elle pas ta meilleure amie ?
- Elle est également mon ex-femme, Akira.
Elle n’est pas venue par respect pour Sawako. Elle ne voulait pas le mettre mal
à l’aise.
- Non ? C’est bien la première fois
qu’elle fait attention à ne pas nuire à quelqu’un, même si elle ne le faisait
jamais exprès.
Shin
appuya ses coudes sur la table, la tête entre ses mains. Il murmura :
- Elle vieillit. La sagesse est peut-être
parvenue jusqu’à son cerveau ?
Akira
faillit s’étouffer avec son café. Il jeta un coup d’œil à son frère dont le
regard brillait d’amusement.
- Tu as fini de te moquer d’une personne non
présente pour se défendre.
- Oui, grand frère.
- Pfft ! Tu es aussi terrible que
ces deux diablotins. Au moins, je sais de qui ils tiennent. Tu aurais pu éviter
d’en faire des petits démons comme toi.
Akira
but une gorgée de café avant de reposer sa tasse. Il tendit un album à son
frère.
- J’ai retrouvé cet album en faisant un
peu de ménage. J’avais oublié à quelque point tu ressemblais à un ange
capricieux enfant. Hans te ressemble beaucoup.
- Des photos de Shin enfant ? Je
veux les voir, s’exclama alors une voix derrière eux.
Les
deux hommes se retournèrent et aperçurent le japonais, bien réveillé.
- Konnichi wa, Akira.
- Oui, moi aussi konni machin Sawako.
Le
garçon secoua la tête, moqueur. Sawako s’approcha du comptoir et s’installa
près de Shin. Celui-ci poussa l’album jusqu’au garçon. Il l’ouvrit à la
première page. Celle-ci montrait un homme d’âge moyen tenant sa femme par le
bras entouré par deux garçons. L’un plus grand se tenait bien droit tenant par
la main un plus jeune qui devait avoir dans les deux ans à peine.
- Pour ainsi dire, la dernière photo que
nous avons faite avec nos parents. Un an après, ils partaient vivre à la
campagne. Ils m’ont laissé la garde de Shin.
- Pourquoi ? D’après cette photo,
vous semblez à peine sorti de l’adolescence.
- Ils ont dit qu’ils ne voulaient pas
perturber Shin en lui faisant changer d’école. Du jour au lendemain, Shin a
refusé de les traiter comme ses parents. Au fil des ans, ils sont devenus des
étrangers pour lui.
- C’est triste.
- Je leur en voulais, Sawa. Certes,
j’étais très heureux avec Akira et Matt, mais en même temps, j’aurais aimé être
avec eux. Ils ne m’ont pas demandé mon avis. Et puis, quand j’allais les voir,
ma mère agissait comme une étrangère. J’ai fini par ne plus aller les voir du tout.
- Je savais bien qu’ils avaient fait une
belle erreur en ayant un autre enfant sur le tard, lança Akira. Enfin, c’est le
passé.
Sawako
caressa la photo. Il trouvait cette histoire très triste. Shin posa une main
rassurante sur la cuisse du japonais. Celui-ci leva les yeux.
- Ne t’inquiète pas Sawako. Ta mère ne
réagira pas de la même manière que la mienne.
- Comment peux-tu le savoir ? Je ne
l’ai jamais vu. Et puis, étant donné comment je suis né, se serait logique
qu’elle me déteste.
- Ne sois pas stupide, Sawako. Si c’était
le cas, ton grand-père n’aurait jamais organisé une rencontre entre vous deux,
expliqua Akira.
Le
japonais fronça les sourcils quand le frère de Shin le traita de stupide, mais
il devait bien reconnaitre qu’il avait raison. Pour changer de sujet, il tourna
les pages de l’album. Il se retrouva alors devant l’une représentant Shin avec
ses amis. Shin, au centre, était reconnaissable avec ses cheveux bruns et ses
yeux verts pailletés d’or. Derrière lui se tenait un grand garçon blond. Sawako
se douta aisément qu’il devait s’agir de Nathaniel avec près de lui, Luka et
son air boudeur et colérique. De l’autre côté de Nathaniel se tenait une jeune
fille brune, à la coupe très longue et aux yeux d’un bleu saphir, la marque de
fabrique des Miori. Les deux garçons de chaque côté de Shin, Sawako en
connaissait un seul. Celui aux cheveux longs et aux yeux gris bleu. Même s’il
n’avait pas encore tous ses piercings, Ludwig était tout de même
reconnaissable. L’autre garçon était plus grand que Shin, il avait les cheveux
blond cendré coupé très court. Son regard bleu ciel semblait trouble sur la
photo. Sawako jeta un coup d’œil à son amant. Celui-ci avait repris sa
discussion avec son frère. De l’autre pièce, il pouvait entendre les jumeaux se
chamailler. Hans finirait par venir voir Akira en se plaignant que son frère
l’avait encore frappé.
Sawako
rebaissa son regard sur ce garçon blond. Il savait qui était ce garçon. C’était
Hans Jordan, le premier amour de Shin. Le japonais tourna la page. Ce Hans était
de l’histoire ancienne maintenant. Il s’amusa à regarder les autres pages avant
de le refermer. Il lança :
- T’étais vraiment minuscule adolescent,
Shin ! J’étais plus grand que toi à cet âge.
- Tu n’es pas obligé de te moquer, Sawa.
Le
garçon gloussa, puis s’exclama :
- Bon, tu étais peut-être minuscule, mais
très mignon.
Shin
faillit rougir. Akira éclata de rire en voyant la tête de son frère.
- Tu as trouvé ton maître, Shin. Tu n’es
plus le seul à mettre les gens mal à l’aise.
Sawako
laissant les deux frères ensemble, se chamaillant comme des gosses, il
rejoignit les jumeaux dans le salon et lança :
- Dis donc les asticots, vous étiez
vraiment mignon tout plein quand vous étiez bébé. Vous voulez voir ?
Kaigan
et Hans s’arrêtèrent net de se battre, fort surpris. Intrigués, ils
rejoignirent le japonais, assis dans le canapé. Sawako avait trouvé la photo à
la fin de l’album. Akira avait dû faire exprès.
- C’est vraiment nous sur la photo ?
Demanda Kaigan, après l’avoir détaillé sur toutes les coutures.
- Non, c’est le pape. Évidemment, crétin.
- Sawako, ce n’est pas gentil de nous
parler ainsi. C’est malpoli, répliqua Hans, fier de lui d’avoir osé répliquer à
un grand.
- Tu me fais la morale, l’asticot ?
Que vais-je faire de toi, alors ? Je devrais peut-être te découper en
rondelle et te faire cuire à point. Je mettrais quelques oignons et personne ne
fera la différence.
Hans
regarda le japonais avec des yeux prêts à pleurer. Il ne savait pas s’il devait
le croire ou non. Son frère se moqua de lui.
- T’es nul, Hans. Ne crois pas tout ce
que raconte Sawako. Il dit la plupart du temps n’importe quoi. C’est juste pour
nous faire peur. Mais, il peut toujours courir. Moi, il ne me fera jamais peur.
Hans
leva les yeux vers le japonais.
- C’est vrai ?
- Évidemment banane. Bon et si vous
m’appreniez à jouer aux jeux vidéo.
Kaigan
le regarda bizarrement, puis il demanda :
- Ne viens-tu pas du pays des jeux vidéo ?
- Fort possible, mais cela ne veut pas
dire que j’y jouais. Alors, on joue oui ou non ?
- Trop cool ! Ce sera facile alors de
te mettre une raclée.
- J’apprends vite, mon chou. Je vais vite
te faire mordre la poussière, Kaigan Soba.
- Je suis avec toi, Sawako, s’exclama Hans,
oubliant sa peur précédente, trop content de voir quelqu’un capable de pouvoir battre
son frère sur son terrain de jeu.
Dessin de Tamir
Dessin de Tamir
Bonjour, bonjour ^^
Je souhaite à tous ceux qui liront ce petit message un très beau réveillon de noël qui j'espère sera remplit de joie et de bonne humeur et surtout de cadeaux quel qu'il soit. ^^
Pour ma part, je vous embrasse tous et à bientôt.
L'indomptable Sawako : 50
L’arrivée au Japon : 50
Au
dernier étage d’un immense immeuble de la grande ville de Tokyo endormi, un
homme n’arrivait pas à trouver le repos. Il finit par se lever sans faire de
bruit afin de ne pas ennuyer son épouse. Il se passa une main lasse sur le
visage et s’étira. Il gagna la salle de bain et prit une douche rapide avant de
rejoindre la cuisine pour préparer du café. Il en avait grand besoin.
Tout
en observant les gouttes tombées dans la cafetière, il se mit à songer à son
manque de sommeil. Il en connaissait la raison. Il n’était pas stupide. Il
était excité comme un gosse qui attendait après le père Noël, malgré son âge.
Il ne l’avait pas vu depuis un peu plus de sept mois seulement, mais pour lui,
c’était une éternité. Depuis qu’il l’avait arraché aux mains de son ignoble
frère, il s’était attaché à ce garçon comme s’il était son fils. Il avait même
espéré pendant longtemps à parvenir à se faire accepter comme tel, mais il
avait échoué.
Le
garçon avait juste accepté de le considérer comme un grand frère et encore, pas
tout à fait. Où avait-il échoué ? Avait-il fauté quelque part ? Une
question qui le tenaillait depuis des années, mais il n’avait jamais su la
réponse. Son père avait été le voir en France en avril. Hisao aurait aimé
pouvoir y aller également, mais le travail l’en avait empêché. Sa petite sœur
Hanae lui avait raconté son séjour. Il avait beaucoup de mal à croire que de
parfaits étrangers avaient réussi là où il avait échoué. Pourtant, son propre
père le lui confirma.
Comment
était-ce possible ? Et pourquoi ? N’était-il pas bien ? Il s’en
voulait d’être si égoïste. Il avait également appris, toujours par Hanae, que
son neveu vivait avec un homme. Elle l’avait fait exprès de le lui dire, juste
pour l’énerver. Elle adorait l’ennuyer. Cette petite avait, elle aussi, une
langue de vipère, quand elle le voulait. Elle savait bien que cela le mettrait
dans tous ses états. Maintenant, il ne faisait que se posaient des questions
sur cet homme ? Était-il quelqu’un de bien ? Prenait-il soin de son
neveu ? Il avait assailli de questions sa sœur et la seule chose qu’elle
lui avait rétorquée, était qu’il le verrait quand Sawako viendrait en vacances.
Il
aurait voulu l’étrangler cette friponne. Il s’était tourné vers son père et
Toshio, mais il n’eut aucune réponse de leur part, juste qu’il verrait bien.
Pourquoi toutes ses cachoteries ? Ce n’était vraiment pas amusant du tout.
Et puis, depuis peu, il avait appris une autre nouvelle. Comment avait-il fait
pour ne pas s’en rendre compte ? Eiji, son meilleur ami, tournait autour
de sa petite sœur Hanae. Il était en état de choc. En fait, non, il devrait
dire l’envers. C’était plutôt Hanae qui tournait autour d’Eiji. Non pas que
cela le dérangeait beaucoup. Il ne voulait que le bonheur de son ami. Celui-ci
avait beaucoup souffert de son divorce, mais c’était surtout à cause de la
différence d’âge entre les deux. Eiji lui avait clairement dit qu’il ne voulait
pas faire le moindre mal à Hanae. Il n’avait pas cherché à tomber amoureux
d’une adolescente.
Hisao
avait eu pitié de son ami qui essayait de se justifier. Il n’en avait pas
besoin. Il était son meilleur ami. Il le connaissait par cœur. Eiji était un
homme bon et généreux, d’une patience d’ange. Hanae, malgré son caractère assez
capricieux, était une fille bien dans sa tête, plutôt intelligente, et pas
frivole du tout. Elle n’était la digne héritière des entreprises Sanada pour
rien. Il soupira.
Un
bruit de pas le fit se retourner et aperçut son petit garçon. Kazuaki avait
trois ans à peine et lui ressemblait déjà beaucoup. Mais il avait hérité du
sourire et du charme de sa mère. Il se frottait les yeux. Hisao secoua la tête
et vint s’agenouiller devant lui.
- Que fais-tu déjà debout,
chenapan ?
- Je n’arrive plus à dormir.
- Ah ! Mais si tu ne dors pas, tu
seras vite fatigué dans la journée.
Le
petit garçon se laissa aller dans les bras de son père et murmura :
- Si tu viens faire dodo avec moi, j’y
arriverais peut-être.
Hisao
émit un petit rire et souleva sans effort son garçon. Kazuaki était un peu
jaloux, ces derniers temps. Il n’allait plus avoir sa mère pour lui tout seul,
il devra la partager avec une petite sœur. Il avait un peu peur aussi.
Sera-t-il un grand frère exemplaire ? Hisao rejoignit la chambre de son
fils et s’allongea avec lui. il se mit à lui caresser les cheveux tout en lui
racontant une histoire. Le petit finit par bâiller, mais se retenant à grande
peine pour ne pas s’endormir, il demanda :
- Otou-san ?
- Oui, mon bébé.
- Onii-san arrive bien aujourd’hui,
hein ?
- Ah ! Je me disais bien aussi que
ton petit manque de sommeil devait être en rapport avec Sawako. Oui, il arrive
aujourd’hui.
- C’est toujours mon onii-san ?
- Plus que jamais.
Le
petit rasséréné, se moula un peu plus contre son père et s’endormit le sourire
aux lèvres, sous le regard attendri d’Hisao. Le lendemain, quand Emi se leva.
Elle se rendit directement dans la chambre de son fils comme elle le faisait
tous les jours. Elle esquissa un sourire en apercevant le joli tableau, le père
et le fils profondément endormi. Quand elle se rendit enfin dans la cuisine,
elle ne fut même pas le moins du monde surprise d’y trouver deux énergumènes
sagement installer à table buvant du café.
La
plupart des gens s’offusqueraient de voir des personnes entrées dans une maison
dont les habitants dormaient encore, mais Emi n’était pas n’importe qui et la
présence d’Eiji et Nao était tellement habituelle, qu’ils faisaient partie du
tableau familial.
- Coucou, Emi chou, s’exclama joyeusement
Eiji.
- Vous êtes bien matinale, vous deux.
Hiroshi n’est pas là ?
- Non, il devait se rendre au boulot. Il
a précisé qu’il devait donner exemple à ses élèves. Pfft ! Rétorqua Nao.
- Haha ! Voilà un travailleur, au
moins.
- Hé ! Tu insinues quoi là ?
S’offusqua Nao, en lui tirant la langue.
La
jeune femme se prépara un bon petit déjeuner et s’installa à table auprès des
amis de son mari.
- Alors, vous aussi, vous n’arriviez pas
à dormir, mes chatons ?
- Évidemment ! Comment veux-tu que
nous dormions quand notre chat sauvage vient nous rendre visite ?
S’exclama Eiji, aussi exciter que Hisao l’était quelques heures plus tôt. J’ai
eu un mal fou à le mettre à l’école. Il m’a fait un scandale de tous les
diables. Ahahhh ! J’ai trop hâte de le revoir ce môme.
Emi
hocha la tête, même si le fait d’appeler Sawako le môme la fit sourire. À
dix-neuf ans, Sawako n’était certes plus un enfant, mais elle pouvait bien
comprendre cette envie de le revoir. Elle en avait les symptômes.
Ces
hommes ne tenaient plus en place. Emi ne savait plus comment les gérer, de
vrais gosses. Les gens, aux alentours, souriaient de voir ces adultes se faire
houspiller par cette femme enceinte. Cela les réconfortait également à cause du
retard de la plupart des avions.
Mais
enfin, au bout d’une heure de retard, l’avion temps attendu arriva. Hisao
tenait le bras de sa femme à lui faire mal. Il se sentait vraiment stupide et
enfantin, mais il n’y pouvait rien. Les portes s’ouvrirent enfin et un flot continu
de passagers fit son apparition. L’homme fouilla du regard cette foule pour le
trouver. Hanae lui avait montré des photos. Il savait à quel point Sawako avait
changé physiquement surtout à cause de sa coupe de cheveux. Il l’avait trouvé
magnifique et resplendissant de santé, mais quand son regard finit par le
retrouver dans cette cohue, il mit un temps avant de comprendre que c’était
bien son neveu.
Pour
changer, il avait bien changé. Les photos ne respectaient pas la beauté féline
du garçon. Il fut d’autant plus surpris de le voir si souriant et joyeux. Le
visage n’était plus empreint de colère retenue, ni de violence et de tristesse.
Hisao avait bien du mal à détacher son regard de son neveu. Celui-ci les repéra
et se dirigea vers eux en tirant quelqu’un derrière lui. Hisao regarda alors
l’homme accompagnant son neveu. Il fut surpris tout d’abord. Hanae, Toshio ou son
père n’avaient pas voulu lui parler du petit ami de Sawako. Il devait avoir à
peu près le même âge. Est-ce pour cette raison qu’ils ne lui avaient pas parlé
de lui ? Avaient-ils eu peur qu’il soit choqué ? Il ne l’avait pas
été de beaucoup pour Eiji et Hanae. Sa plus grande surprise en fait était le sans-gêne
de son neveu. Celui-ci ne se gênait pas le moins du monde à montrer sa
préférence sexuelle. Ils avaient leurs doigts liés et tant pis si cela pouvait
choquer.
Sawako
s’arrêta à quelques pas de sa famille de telle façon que Shin faillit lui
rentrer dedans. Celui-ci leva les yeux au ciel. Son chaton faisait d’un coup
son timide. Shin jeta un rapide coup d’œil à toute la troupe face à eux. La
première chose qu’il se fit en apercevant les trois hommes fut la ressemblance
avec son amitié avec Nathaniel, Luka et Ludwig. Il pouvait bel et bien sentir
le même lien. Un petit bout de femme se tenait entre eux. Elle ressemblait un
peu à Eryna Oda, la mère de Carlin Oda. C’était assez étrange.
Emi
se sentit observer et leva les yeux vers ceux verts de l’étranger. Elle lui
adressa un sourire de bienvenue. Sawako alors, s’exclama de sa voix toujours
aussi cassée.
- Eh ! Arrête de faire les yeux doux
à ma tante.
- Chaton, je ne fais pas les yeux doux.
- Mais bien sûr comme si tu ne l’avais
pas fait aussi à ces trois hôtesses de l’air, s’exclama Sawa, pas jaloux pour
un sou.
Hisao
regarda son neveu se chamailler avec son compagnon. Il n’en revenait pas. Il ne
l’avait jamais vu ainsi, c’était assez déstabilisant. Sawako finit par se
tourner vers sa famille et s’écria :
- Eh bien ! Qu’est-ce qui t’arrive,
onii-san ? T’as vu un fantôme ? Il t’a coupé le sifflet ?
Hisao
sursauta. Son neveu n’avait pas perdu sa langue de vipère apparemment. Il finit
par lâcher.
- Peut-être bien ! J’ai encore un
peu de mal à croire que tu te trouves devant moi.
Sawako
éclata de rire. Il fonça sur son oncle qu’il considérait comme un grand frère
et lui sauta dans les bras. Hisao recula avant de serrer le garçon dans ses
bras, suivi de près par Eiji et Nao trop heureux aussi de voir de nouveau ce
chaton. Ensuite, Sawako se dégagea en grognant, et prit Emi dans ses bras pour
l’embrasser sur chaque joue.
- Tu ressembles encore à une grosse
baleine, E.-chan.
- Petit chenapan ! Comment tu me
parles !
- Mais c’est un compliment, E.-chan. Où
est Kazu ?
- À la maison avec Ryusei, otou-san,
Hanae et Toshio. Et si tu nous présentais ?
Sawako
sourit à son oncle, amusé. Puis, il lia à nouveau ses doigts à ceux de son
compagnon avant de faire les présentations.
- Je vous présente Shin Soba, mon
amoureux. Shin, voici ma famille. Ils sont un peu idiots, mais bon, tu as
l’habitude des idiots, pas vraie ?
- Sawa ! S’offusqua Hisao, lui
faisant les gros yeux.
- Je vois de quoi tu veux parler, chaton.
La
petite troupe étant venue en deux voitures, Shin laissa Sawako monter dans
celle de son oncle. Il monta dans celle de Nao avec qui il se mit à discuter
sans difficulté. Nao s’exclama :
- J’ai eu un mal fou à le reconnaitre. Il
a beaucoup changé depuis ses sept mois d’absence. C’est incroyable !
- Il avait besoin d’avoir des amis de son
âge et qui pouvaient le comprendre.
Nao
jeta un coup d’œil au français.
- Vous êtes pour quelque chose aussi. Il
est épanoui.
- Mmh ! Disons que nous avons soigné
nos plais ensembles.
- Et bien, c’est une réussite. Cela
faisait bien longtemps que je ne l’avais pas vu aussi souriant et joyeux.
Le
silence se fit à nouveau. Ils arrivèrent à peu près en même temps que l’autre
voiture. Le premier groupe ne les attendit pas pour monter au dernier étage.
Quand Shin fut intégré dans l’appartement des Sanada. Il entendit les cris surexcités
d’Hanae et de Toshio, ainsi que la voix de deux jeunes garçons. Il salua Bunji
Sanada. Celui-ci lui adressa un sourire et le rejoignit.
- Avez-vous fait bon voyage ?
- Oui, merci. Il était très amusant.
- Amusant ? Demanda, surpris le
vieil homme.
- Oui, c’est toujours agréable un chaton
jaloux.
Bunji,
un instant interdit, se mit à rire finalement. Sawako, entendant la phrase,
s’écria tenant dans ses bras le petit Kazuaki qui ne voulait pas le lâcher
depuis son arrivé.
- Je n’étais pas jaloux du tout.
- Si, tu l’étais. Tu grognais chaque fois
que j’adressais la parole à une hôtesse de l’air.
- Ce n’est même pas vrai, râla le garçon de
plus belle, sous le rire moqueur de son cousin. Et toi, si tu dis quelque
chose, je t’étripe.
Toshio
se sauva en riant de plus belle.
- Chaton ? Que fais-tu avec un
asticot ?
- Je ne suis pas un asticot, chuis un
enfant, s’exclama le petit Kazuaki.
- Mouais, c’est bien ce que je dis, un
autre asticot.
- Onii san ? Ton ami ne m’aime pas.
- Bah ! Ne fais pas attention à lui.
Il dit que des bêtises.
Sawako
quitta son compagnon pour rejoindre le salon, tout en discutant avec le petit.
Shin se sentit un peu perdu au milieu de cette famille. Il se demandait
réellement s’il avait eu raison d’accompagner le garçon. Il en était là de ses
pensées, quand la voix de son chaton le fit sursauter.
- Qu’est-ce que tu fiches tout seul dans
ton coin ? Amène-toi, baka !
Shin
attrapa la main tendue de son chaton et le tira vers lui. Sawako lui tomba dans
les bras. Le garçon leva les yeux et croisa un regard rempli d’amour. Il
sourit. Il se dressa légèrement et embrassa les lèvres minces du français avant
de le tirer pour rejoindre les autres dans le salon. Son grand-père lui avait
annoncé qu’il pouvait prendre son temps pour rencontrer sa mère. Il ne voulait
en aucun cas le forcer. Sawako lui en était reconnaissant, mais il se promit de
lui rendre visite d’ici peu, ainsi qu’à une autre personne.



