La fin des vacances à la campagne : 49

 

 Au bout de trois semaines entourées de ses meilleurs amis, Sawako avait vite fini par reconnaitre le caractère de chacun et leur manie. Comme Jeff Ashton, par exemple, il aimait tourmenter son petit ami. Le japonais plaignait beaucoup Quentin d’arriver à supporter ce suppôt de Satan, ainsi qu’il le surnommait. Son plus grand plaisir fut de voir Luce manipuler comme il se doit le grand et puissant héritier Miori. Un pur bonheur !

 Bien sûr, il y avait les indésirables comme Nathaniel dont les mains baladeuses s’égaraient toujours au grand désarroi de tout le monde et surtout pour Sawako, car l’homme avait décidé de lui en faire voir de tous les couleurs et les coups de poing ne semblaient pas vraiment marcher. Évidemment, Luka n’était pas vraiment une aide utile. Chaque fois, il lui disait de se débrouiller tout seul. Il avait depuis longtemps baissé les bras sur la bêtise de son homme.

 Les seuls endroits où il pouvait être tranquille étaient entre les bras de Shin ou entourés par les jumeaux. Mais, même avec ces satanés jumeaux, il fallait s’en méfier. Vincenzo se révélait parfois bien plus pénible que Nathaniel. Lui aussi avait des mains baladeuses, mais au moins était-il sauvé chaque fois par Juan. Sawako devait bien reconnaitre que les filles étaient les moins casse-pieds et puis il était content que l’une d’elles lui demande des renseignements sur la cuisine.

 Shin retrouvait souvent son chaton en compagnie d’Allison Miori dans la cuisine préparant tous deux, le repas et discutant de cuisine sans s’arrêter une seule seconde. À ces moments-là, Shin grimaçait et se sauvait pour rejoindre ses propres amis pour des parties de billard où il gagnait la plupart des paris.

 La dernière nuit fut surement la plus turbulente des vacances. La lubie de Luce fut que les cinq rois dorment dans la chambre individuelle ensemble. Jeff, Luka et les jumeaux acceptèrent sans faire d’histoire, mais Sawako refusa net. Hors de question pour lui de dormir ailleurs qu’entre les bras de Shin ! Évidemment, il n’eut d’autre choix que de se plier aux exigences de son ami.

 Erwan, Nathaniel et Quentin se mirent à le traquer comme une bête féroce. Mais, le garçon se dérobait à chaque fois. Finalement, Shin les aida un peu. Être loin de son chaton ne lui plaisait pas trop, mais le voir se hérisser de cette façon si charmante lui plaisait beaucoup trop. Le japonais le maudit de tous les maux de la terre sous le rire des filles qui observaient en silence. Sawako fut donc emmené comme un sac de pommes de terre dans la chambre individuelle par Erwan. Quand finalement la porte se referma sur les rois, Erwan put souffler un bon coup et grimaça en se massant les côtes. Le bougre lui avait donné des coups et pas en douceur. Ensuite, il rejoignit les autres pour une nouvelle partie de billard dont il était sûr de gagner cette fois-ci.

 Sawako, lui, regarda la porte en colère. Puis, il renifla et s’en détourna. Il jeta un regard noir à ses amis avant d’aller s’allonger à l’autre bout du lit, boudant. Ses amis se regardèrent avant d’éclater de rire. Luce sauta dans le lit et rejoignit son camarade boudeur.

- Allez ! Arrête de faire la tête, Sawa. Ce n’est que pour cette nuit. Et puis, on a déjà dormi ensemble, ce n’est pas nouveau.

- Je ne boude pas.

- Mais bien sûr ! S’exclama Vincenzo.

 Pour toute réponse, il reçut un oreiller en pleine figure.

- Je ne te permets pas de mettre ma parole en doute, baka.

 Vincenzo eut un sourire en coin et jeta l’oreiller à nouveau sur l’envoyeur. La réponse se fit aussitôt et embarqua les autres dans la foulée. Au bout d’un certain temps, ils s’écroulèrent tous dans le lit, essoufflé et riant comme des gamins. Luka se passa une main dans ses cheveux en bataille.

- Mon Dieu ! Je suis trop vieux pour jouer à une bataille d’oreiller.

- Haha ! Regardez-moi ce papy ! S’exclama Vincenzo.

- Dis donc sale garnement ! Respecte les plus vieux !

- Pourquoi donc ? Tu veux une canne peut-être ? S’écria Jeff, amusé.

- Sawa ! Tu as vu comment tes amis me parlent.

 Le japonais, ayant repris sa place initiale au bout du lit, murmura :

- Et alors ? Tu veux mon aide, peut-être ? Tu peux toujours courir. Tu ne m’as pas aidé quand ton stupide bonhomme m’ennuyait. Tu sais ce que l’on dit ? La vengeance est un plat qui se mange froid.

 Luka sourit malgré lui. Avec un garçon comme le japonais, Shin ne risquait surement pas de s’ennuyer.

- Tu es cruel, chaton.

- Tu sais ce qu’il te dit le chaton ?

- Non, vas-y ?

- Que si tu continues de l’appeler ainsi, il va finir par te castrer !

- Tu peux vraiment avoir une langue de vipère, Sawa. S’exclama Luce, près de son ami.

 Haussement des épaules. Jeff, entre Luce et Juan, reprit :

- Je devrais faire plus attention. Mon Quentin aime beaucoup trop les reptiles.

 Sawako enfouit son visage dans l’oreiller et s’exclama :

- Mais qu’est-ce que j’ai fait au monde pour être affublé par des amis pareils !

 

 Dormir avec ses amis ne l’avait pas trop gêné finalement, mais vers le petit matin se réveillant plus tôt que prévu, Sawako s’éclipsa sans bruit pour rejoindre une des chambres de groupe. Il rejoignit précisément le lit du fond. La forme endormie lui tournait le dos. Toujours sans bruit, le japonais s’enfouit dans les couvertures et se moula contre le dos du dormeur. Sa place était là et pas ailleurs.

 Shin se réveilla en douceur. Il fut un peu surpris d’être entre les bras de son chaton. Il se retourna et se noya dans le regard marron pailleté de vert du japonais. Il lui sourit. Pour toute réponse, Sawako scella ses lèvres à celle de Shin. Être réveillé de cette façon tous les matins, l’homme ne se plaindrait pas le moins du monde. Il chuchota :

- Bonjour, chaton.

- Ohayo !

- Ne dormais-tu pas avec les autres ?

- Grâce à qui ? Je viens de m’éclipser. Je préfère mille fois être là.

 Shin se troubla, non pas de peur, juste de joie et de plaisir. Sawako ne se gênait plus pour dire ce qu’il aimait ou pas. Shin n’en avait pas été habitué et chaque fois que le garçon le faisait, il l’aimait encore plus. Finalement, le destin avait bien eu raison de les mettre en présence.

 

 Quand il fut l’heure de repartir, tous les amis regardèrent la maison avec une certaine tristesse. Ils s’étaient tous tellement bien amusés dans cette maison qu’elle allait leur manquer. Bon, c’était juste un revoir, ils étaient tous d’accord pour y retourner l’année prochaine. Enfin, ils feront tout pour pouvoir y retourner, même si leur vie change en cours de route. Cette maison était devenue leur petit paradis.

 Nathaniel et Ludwig se chamaillèrent pour savoir qui conduirait. Pour les mettre d’accord, Reï prit les choses en main. Il piqua les clés avec l’aide de Luka et leur annonça être le conducteur et que le retardataire rentrerait à pied ! Les deux hommes se regardèrent en grimaçant. Pas question de rentrer à pied. Ils foncèrent dans la voiture sous le rire moqueur du japonais. Il se servit aisément de sa langue de vipère pour se moquer des deux hommes. Il était en sécurité avec Shin. Même Nathaniel se tenait à carreau face à son ami. Sawako avait vite remarqué que son homme était capable de faire mordre la poussière au grand viking comme il surnommait Nathaniel. Erwan était également venu en moto et Luce faisait son fier. Lui aussi adorait être le passager. Le troisième motard était tout simplement le meilleur ami de l’héritier, Ricky Olgado. Shin le connaissait bien maintenant puisque ce garçon travaillait au garage Le Bradly ».

 Le retour se fit sans encombre et dans la bonne humeur. Mais, Sawako dut reconnaitre d’être très content de rentrer dans cette maison qui était la sienne maintenant depuis cinq mois. Shin lui avait assuré qu’il avait discuté avec le propriétaire, un homme très âgé. Il avait tout simplement racheté la maison. Ainsi, les week-ends, pourront-ils revenir ici afin d’être plus proches de leur famille et ami.

 Les chatons leur firent la fête comme pas possible. Shin râla de la bêtise de ses animaux, mais en fait, il souriait d’être ainsi accueilli. Sawako se moqua de lui avant de partir à la recherche de la seule qui manquait. La vipère squattait leur lit sans vergogne et tourna le dos au garçon quand elle le vit. Le japonais secoua la tête. Qui disait que les animaux n’avaient pas de temps en temps les manies des humains ? Peut-être qu’à force de les fréquenter, ils apprenaient certaines de leur attitude ?

 Le garçon s’allongea sur le lit près d’elle et se mit à lui parler dans sa langue maternelle. Cela faisait longtemps qu’il ne le faisait pas et il avait peur de la perdre. La petite chatte finit par ronronner et vint se coucher contre Sawako qui finit par s’endormir. Shin les observa attendrie, puis il redescendit. Akira ne tarda pas à arriver accompagner par les deux terreurs. Kaigan commença à peine arrivé à pourchasser les chatons. Hans finit par faire de même. Shin invita son frère dans la cuisine et lui servit une tasse de café.

- Alors ses vacances ?

- Agréable. Être entouré par ses amis faits du bien de temps en temps.

- Pourquoi Lina n’est-elle pas venue également ? Après tout, n’est-elle pas ta meilleure amie ?

- Elle est également mon ex-femme, Akira. Elle n’est pas venue par respect pour Sawako. Elle ne voulait pas le mettre mal à l’aise.

- Non ? C’est bien la première fois qu’elle fait attention à ne pas nuire à quelqu’un, même si elle ne le faisait jamais exprès.

 Shin appuya ses coudes sur la table, la tête entre ses mains. Il murmura :

- Elle vieillit. La sagesse est peut-être parvenue jusqu’à son cerveau ?

 Akira faillit s’étouffer avec son café. Il jeta un coup d’œil à son frère dont le regard brillait d’amusement.

- Tu as fini de te moquer d’une personne non présente pour se défendre.

- Oui, grand frère.

- Pfft ! Tu es aussi terrible que ces deux diablotins. Au moins, je sais de qui ils tiennent. Tu aurais pu éviter d’en faire des petits démons comme toi.

 Akira but une gorgée de café avant de reposer sa tasse. Il tendit un album à son frère.

- J’ai retrouvé cet album en faisant un peu de ménage. J’avais oublié à quelque point tu ressemblais à un ange capricieux enfant. Hans te ressemble beaucoup.

- Des photos de Shin enfant ? Je veux les voir, s’exclama alors une voix derrière eux.

 Les deux hommes se retournèrent et aperçurent le japonais, bien réveillé.

- Konnichi wa, Akira.

- Oui, moi aussi konni machin Sawako.

 Le garçon secoua la tête, moqueur. Sawako s’approcha du comptoir et s’installa près de Shin. Celui-ci poussa l’album jusqu’au garçon. Il l’ouvrit à la première page. Celle-ci montrait un homme d’âge moyen tenant sa femme par le bras entouré par deux garçons. L’un plus grand se tenait bien droit tenant par la main un plus jeune qui devait avoir dans les deux ans à peine.

- Pour ainsi dire, la dernière photo que nous avons faite avec nos parents. Un an après, ils partaient vivre à la campagne. Ils m’ont laissé la garde de Shin.

- Pourquoi ? D’après cette photo, vous semblez à peine sorti de l’adolescence.

- Ils ont dit qu’ils ne voulaient pas perturber Shin en lui faisant changer d’école. Du jour au lendemain, Shin a refusé de les traiter comme ses parents. Au fil des ans, ils sont devenus des étrangers pour lui.

- C’est triste.

- Je leur en voulais, Sawa. Certes, j’étais très heureux avec Akira et Matt, mais en même temps, j’aurais aimé être avec eux. Ils ne m’ont pas demandé mon avis. Et puis, quand j’allais les voir, ma mère agissait comme une étrangère. J’ai fini par ne plus aller les voir du tout.

- Je savais bien qu’ils avaient fait une belle erreur en ayant un autre enfant sur le tard, lança Akira. Enfin, c’est le passé.

 Sawako caressa la photo. Il trouvait cette histoire très triste. Shin posa une main rassurante sur la cuisse du japonais. Celui-ci leva les yeux.

- Ne t’inquiète pas Sawako. Ta mère ne réagira pas de la même manière que la mienne.

- Comment peux-tu le savoir ? Je ne l’ai jamais vu. Et puis, étant donné comment je suis né, se serait logique qu’elle me déteste.

- Ne sois pas stupide, Sawako. Si c’était le cas, ton grand-père n’aurait jamais organisé une rencontre entre vous deux, expliqua Akira.

 Le japonais fronça les sourcils quand le frère de Shin le traita de stupide, mais il devait bien reconnaitre qu’il avait raison. Pour changer de sujet, il tourna les pages de l’album. Il se retrouva alors devant l’une représentant Shin avec ses amis. Shin, au centre, était reconnaissable avec ses cheveux bruns et ses yeux verts pailletés d’or. Derrière lui se tenait un grand garçon blond. Sawako se douta aisément qu’il devait s’agir de Nathaniel avec près de lui, Luka et son air boudeur et colérique. De l’autre côté de Nathaniel se tenait une jeune fille brune, à la coupe très longue et aux yeux d’un bleu saphir, la marque de fabrique des Miori. Les deux garçons de chaque côté de Shin, Sawako en connaissait un seul. Celui aux cheveux longs et aux yeux gris bleu. Même s’il n’avait pas encore tous ses piercings, Ludwig était tout de même reconnaissable. L’autre garçon était plus grand que Shin, il avait les cheveux blond cendré coupé très court. Son regard bleu ciel semblait trouble sur la photo. Sawako jeta un coup d’œil à son amant. Celui-ci avait repris sa discussion avec son frère. De l’autre pièce, il pouvait entendre les jumeaux se chamailler. Hans finirait par venir voir Akira en se plaignant que son frère l’avait encore frappé.

 Sawako rebaissa son regard sur ce garçon blond. Il savait qui était ce garçon. C’était Hans Jordan, le premier amour de Shin. Le japonais tourna la page. Ce Hans était de l’histoire ancienne maintenant. Il s’amusa à regarder les autres pages avant de le refermer. Il lança :

- T’étais vraiment minuscule adolescent, Shin ! J’étais plus grand que toi à cet âge.

- Tu n’es pas obligé de te moquer, Sawa.

 Le garçon gloussa, puis s’exclama :

- Bon, tu étais peut-être minuscule, mais très mignon.

 Shin faillit rougir. Akira éclata de rire en voyant la tête de son frère.

- Tu as trouvé ton maître, Shin. Tu n’es plus le seul à mettre les gens mal à l’aise.

 Sawako laissant les deux frères ensemble, se chamaillant comme des gosses, il rejoignit les jumeaux dans le salon et lança :

- Dis donc les asticots, vous étiez vraiment mignon tout plein quand vous étiez bébé. Vous voulez voir ?

 Kaigan et Hans s’arrêtèrent net de se battre, fort surpris. Intrigués, ils rejoignirent le japonais, assis dans le canapé. Sawako avait trouvé la photo à la fin de l’album. Akira avait dû faire exprès.

- C’est vraiment nous sur la photo ? Demanda Kaigan, après l’avoir détaillé sur toutes les coutures.

- Non, c’est le pape. Évidemment, crétin.

- Sawako, ce n’est pas gentil de nous parler ainsi. C’est malpoli, répliqua Hans, fier de lui d’avoir osé répliquer à un grand.

- Tu me fais la morale, l’asticot ? Que vais-je faire de toi, alors ? Je devrais peut-être te découper en rondelle et te faire cuire à point. Je mettrais quelques oignons et personne ne fera la différence.

 Hans regarda le japonais avec des yeux prêts à pleurer. Il ne savait pas s’il devait le croire ou non. Son frère se moqua de lui.

- T’es nul, Hans. Ne crois pas tout ce que raconte Sawako. Il dit la plupart du temps n’importe quoi. C’est juste pour nous faire peur. Mais, il peut toujours courir. Moi, il ne me fera jamais peur.

 Hans leva les yeux vers le japonais.

- C’est vrai ?

- Évidemment banane. Bon et si vous m’appreniez à jouer aux jeux vidéo.

 Kaigan le regarda bizarrement, puis il demanda :

- Ne viens-tu pas du pays des jeux vidéo ?

- Fort possible, mais cela ne veut pas dire que j’y jouais. Alors, on joue oui ou non ?

- Trop cool ! Ce sera facile alors de te mettre une raclée.

- J’apprends vite, mon chou. Je vais vite te faire mordre la poussière, Kaigan Soba.

- Je suis avec toi, Sawako, s’exclama Hans, oubliant sa peur précédente, trop content de voir quelqu’un capable de pouvoir battre son frère sur son terrain de jeu.