Juan et Vincenzo : 42

 

 Luce tenta tant bien que mal à garder une nuit supplémentaire le japonais chez eux, mais le garçon ne céda pas à la tentation. Il devait s’occuper des petits chats. Il en avait la responsabilité. Il devait tout de même admettre qu’il s’était bien amusé avec ses amis. Ils avaient fini par dormir tous sur le lit de Luce. Étant donné les douleurs dans les jambes et le dos en compote, ils allaient s’en souvenir encore longtemps de cette nuit.

 Heureusement pour eux que Charles et Buzz n’étaient pas là. Il ne manquait plus qu’eux et ils auraient été de la bouillie le matin, surtout avec le géant.

 Sawako se leva en même temps qu’Erwan et Juan. L’héritier les salua à peine. Il avait beau être du matin tant qu’il n’avait pas bu une tasse de café et avoir fait son jogging, il était d’une humeur massacrante. Cela n’empêcha pas les garçons de se moquer de lui au risque de se faire étriper. Après une bonne douche, ils rejoignirent Renko dans la cuisine.

 Celui-ci, toujours de bonne humeur et pleine forme, leur adressa un sourire de bienvenue et leur prépara leur petit-déjeuner comme à son habitude. Cela fit étrange à Sawako d’être servi, mais il ne s’empêcha pas de le dévorer pour autant.

- Alors Sawako ? Comment se passe ta colocation avec Shin ? Demanda Renko, assis en face du garçon.

 Le japonais s’agita un peu sur sa chaise. Il ne s’attendait pas à cette question.

- Bien, Shin n’est pas difficile à vivre.

- Ah bon ? Ce n’est pas ce que Lina me disait. Il est têtu, susceptible, grognon, capricieux et j’en passe.

 Le japonais haussa les épaules et répliqua :

- Ce n’est pas tout à fait faux. Il fait toujours ce dont il a envie et tant pis si cela ne plait pas à l’autre personne. Il n’en fait qu’à sa tête. En réalité, c’est un gosse dans le corps d’un adulte. Parfois, j’ai l’impression d’être plus vieux que lui. Ça fait un peu peur, non ?

 Renko gloussa.

- Tu n’en as pas l’air.

- Pfft ! C’est parce que je peux être pire que lui.

- Pour être têtu, tu l’aies sans aucun doute possible, Sawa ! S’exclama, alors, Juan.

- Tout comme toi, Juan, renchérit aussitôt le japonais, pour couper court.

- Je ne vois pas en quoi ? Reprit l’italien, d’une voix beaucoup plus basse et en détournant les yeux.

 Renko observa un instant les deux garçons, puis il se décida à s’éclipser, préférant laisser les deux garçons discuter seul à seul. Il se dirigea à l’étage pour aller réveiller sa marmotte, bien qu’il risque fort d’y rester pour un long moment. Bah ! Il n’allait pas s’en plaindre, n’est-ce pas ?

 Les deux garçons ne virent même pas l’hôte des lieux s’en aller. Chacun regardait son bol avec insistance. Juan finit par soupirer.

- Tu devrais être choqué.

- Pourquoi veux-tu que je le sois ? C’est votre vie, pas la mienne. Je connais déjà les sentiments de Vince à ton égard et tu dois le savoir aussi. Pas vrai ?

 Juan s’agita, mal à l’aise.

- Oui, je le sais depuis longtemps. Mais, n’est-ce pas immoral de ressentir quelque chose envers son propre frère ? J’ai toujours passé ma vie à le protéger. Il a une tendance à vouloir aider tout le monde et je suis celui qui doit réparer les pots cassés. Je ne sais plus le nombre de fois où j’ai reçu les coups à sa place. Ensuite, je le cajole parce qu’il vient s’excuser en pleurant comme une madeleine, parce qu’il s’en veut du mal qu’il m’a causé. Mais il est stupide, je ne l’aide pas parce qu’il est mon frère.

- Mais parce que tu l’aimes, répondit Sawako, à sa place.

 Juan repoussa son bol. L’appétit envolait. Il posa ses coudes sur la table et cacha son visage entre ses mains.

- Mon oncle avait deviné mes sentiments pour Vince, alors pendant tout le long de son vivant, il n’a pas arrêté de me bassiner les oreilles contre l’immoralité de ce pêcher. Je ne déteste pas cet homme. Il nous a élevés comme si nous étions ses fils, mais il était très croyant alors, s’apercevoir que je ressentais des choses pas catholiques pour mon propre frère lui faisait peur. 

 Sawako eut une exclamation.

- Il te battait et Vince ne l’a jamais su. Je me trompe ?

- Non, tu touches dans le vrai. Je ne voulais pas que mon frère le déteste. Mon oncle était un chic type. Il a même renoncé au mariage pour nous. Jamais, je ne lui jetterais la pierre. Sur son lit de mort, je lui ai promis que je ne céderais jamais à la tentation.

- C’est pour cela que tu as fait entrer Asia dans votre vie. Tu espérais qu’elle arriverait à détruire votre lien.

- C’est une fille de caractère, une fille bien pour mon frère.

- Baka !

 Juan esquissa un sourire. Il n’était pas surpris par cette exclamation.

- Vince a eu peur que ce soit toi qui t’éloignes de lui en prenant Asia comme petite amie. Et pour couper court, il a voulu faire ménage à trois.

- Haha ! Oui, il m’a pris par surprise, ce jour-là.

- Pourtant, tu as joué le jeu, non ?

- Ouais, mais Asia est loin d’être dupe. Cette fille est trop intelligente pour moi. Elle a saisi la manœuvre et elle a tout arrêté avant qu’il y ait des pots cassés.

- Mmmh ? Elle monte dans mon estime. Je sais bien qu’il est difficile de rompre une promesse faite sur un lit de mort, mais tu devrais arrêter de souffrir pour rien, Juan. Tu aimes Vince et c’est réciproque. C’est la seule chose de vrai dans l’histoire. Certes, votre relation devra être gardée secrète toute votre vie, mais si vous êtes heureux ainsi, ce n’est pas moi, ni nos amis ou encore les habitants de cette maison qui va vous jeter la pierre. Je dirais une seule chose, fonce ! Parce que je veux qu’on réalise tous les trois notre rêve.

 Juan secoua la tête en riant.

- Ok, je vais tenter le coup, qui vivra verra ! Pas vrai ? Eh oui, promis, dans quelques années, nous ouvrions un hôtel-restaurant avec toi comme chef cuisinier. 

- Il y a tout intérêt sinon je viendrais faire un gros scandale de tous les diables. 

 Les deux garçons se regardèrent et explosèrent de rire, sans vraiment de raison. Qu’est-ce que cela faisait un bien fou ! À cet instant, Luce et Vincenzo firent leur apparition. Ils les regardèrent tellement ébahis que le japonais et l’italien repartirent de plus belle.

- Qu’est-ce qui leur arrive à ces deux là ? Demanda Erwan, en entrant également dans la cuisine.

- Mmmh ! Surement la maladie du fou rire, s’exclama Luce, souriant à son tour.

 Les voir rire ainsi donnait une réelle envie de faire pareille. Après le petit déjeuner pris dans la bonne humeur et les rires, chacun partit vaquer à ses occupations. Juan, n’ayant rien à faire, s’enferma dans sa chambre. Il s’installa en plein milieu de son lit pour jouer à la console. Il avait toujours fait ainsi pour éviter de penser.

 Il voulait faire le vide dans son esprit, mais la conversation qu’il avait eue avec Sawako lui revenait sans arrêt en tête. Devait-il réellement céder comme le lui disait son ami ? Cela semblait si facile. La porte de sa chambre s’ouvrit sans qu’il ne le remarque. Alors, il sursauta comme un malade quand deux bras lui entourèrent le cou et vit apparaitre près de son visage celui de son frère.

- Qu’est-ce que tu fais tout seul, Juan ?

- Je jouais, ça ne se voit pas ?

- Si je te dérange, dis-le de suite ! s’exclama Vincenzo, en s’éloignant, un peu boudeur.

 Juan fourragea dans ses cheveux, les mettant en pagaille. Il se retourna vers son frère, nonchalamment appuyé contre le dossier du lit, les bras croisés.

- Qu’est-ce que tu as en ce moment, Juan ? Tu es grognon, ces temps-ci. Tu m’empêches même de venir te rejoindre la nuit. J’ai fait quelque chose pour te déplaire ?

- T’es lourd, Vince.

 Le garçon esquissa un petit sourire triste. Il se redressa prêt à se lever.

- Mouais, je crois que tu en as marre d’avoir ton frère sur le dos tous les jours. Je ne pensais pas que j’étais un tel fardeau pour toi.

- Merde, Vincenzo ! Parfois, tu peux être vraiment débile.

 Sans crier gare, l’italien sauta sur son frère et Juan se retrouva allongé avec Vincenzo le dominant, les poignets retenus de chaque côté solidement.

- Débile ? Hein ? Comment veux-tu que j’agisse avec toi, Juan ? Je ne sais jamais comment je dois agir avec toi.

 Vincenzo posa son front sur le torse de Juan et chuchota tristement :

- Je suis désolé d’être ton frère, d’être un poids lourd pour toi.

 Juan détourna les yeux vers la fenêtre. Que devait-il faire ? Il se sentait vraiment las.

- Tu n’as jamais été un poids, Vince. Même si tu n’étais pas mon frère, je n’aurais jamais lâché ta main.

 Vincenzo redressa la tête et l’approcha de celle de son frère. Tout le monde disait qu’ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Mais, pour Vince, son frère ne lui ressemblait pas. Le regard de Juan avait toujours été le plus sérieux. Il fronçait souvent les sourcils aussi. Ses yeux ne s’allumaient pas souvent, même quand il riait. Il avait été vraiment très surpris d’y avoir vu des étincelles de joies dans les pupilles noires, ce matin quand Juan riait avec Sawako. Il en avait ressenti de la jalousie.

 Juan accrocha son regard à celui de son frère. Leurs bouches étaient quelques centimètres l’une de l’autre. Juan s’exclama alors :

- J’espère pour toi que tu sais où tu vas, Vincenzo. Il n’y aura pas de machine arrière. Tu devras vivre dans ce péché toute ta vie. Cacher tes sentiments en public et surtout…

 Vincenzo eut un regard interrogatif avant d’être éjecté par son frère qui changea les positions. Juan prit le pouvoir. Il se retrouva dominant Vincenzo qui le regardait stupéfait. Cet idiot avait juste oublié que Juan avait toujours été plus fort que lui. Celui-ci reprit, légèrement amusé :

- Et surtout, il est hors de question que ce soit moi qui prends la place de la fille. C’est ok ?

 Vincenzo ouvrit la bouche en grand pour protester. Pourquoi est-ce lui qui devrait prendre cette place ? Mais, en croisant le regard de Juan, il comprit clairement qu’il n’avait pas le choix. C’était soit il acceptait les conditions, soit il pouvait aller au diable. Bah ! Il avait déjà eu des relations avec des hommes, alors il savait bien ce qui allait l’attendre.

 Juan n’entendit pas que son frère réponde pour l’embrasser en pleine bouche. Vincenzo sentit son corps surchauffer d’un seul coup comme jamais il ne l’avait eu. Il se laissa chavirer dans le monde la luxure sans le moindre scrupule. Quand ils furent nus tous les deux, Vincenzo s’exclama alors :

- Merde, nous sommes jumeaux. Comment peux-tu expliquer que tu en as une plus grosse que la mienne ?

- C’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ?

 Vincenzo mordit l’oreiller quand le sexe de Juan le pénétra en douceur. Le passage était un peu délicat. Il parvint tout de même à répondre après quelques secondes.

- Désolé, mais je n’ai jamais eu l’idée de regarder ce détail auparavant.

- Et bien, tu devras t’y habituer.

- Très drôle ! Je vais faire comment tout à l’heure au restaurant ?

 Pour toute réponse, Juan gloussa avant de bouger. Vincenzo grogna, puis se laissant emporter par l’ouragan jusqu’à apothéose. Il se laissa retomber en haletant. Complètement HS ! Juan bougea et s’installa juste à côté sur le ventre. Vincenzo se redressa un peu en grimaçant. Il laissa son regard glisser sur le dos de son frère. Un frisson le traversa en remarquant les marques sur tout le dos. Il frôla quelques cicatrices d’un doigt.

- Est-ce que tu me diras un jour qui t’a fait ça ?

- Non, je ne te le dirais jamais. Ça fait partie du passé et il est enterré depuis longtemps.

- Tu dis cela, mais je suis sûr que tu les as reçus à cause de moi, chuchota, tristement, Vincenzo.

 Juan se leva et tendit une main à son frère. Puis, il le tira un bon coup pour le faire bouger.

- Et vas-y mollo ! J’ai mal aux fesses.

- Pauvre chochotte ! Dépêche-toi, nous devons prendre une douche et partit au boulot. Sawa doit nous attendre et il va être de mauvaise humeur si nous le faisons attendre trop longtemps.

- Quoi ! Mais, il doit savoir ce que c’est, non ?

- T’es idiot ou quoi ? Tu crois que cela ferait une différence. Que tu aies mal ou non, il s’en contrefiche. Il n’aime pas attendre, c’est tout !