L’anniversaire de Charlie : 41

 

 Le printemps était bien parti pour être magnifique avec un soleil lumineux et un peu éblouissant. Les deux garçons profitèrent donc de se rendre au centre commercial à pied, tranquillement tout en discutant de tout et de rien. Ils ne furent pas les seuls à vouloir profiter du beau temps. Les habitants en repos ne se gênèrent pas pour squatter les terrasses des cafés ou d’envahir les parcs avec leurs enfants.

 Évidemment, le centre était bondé surtout que la galerie avait son toit ouvrant. Sur les bancs, les personnes âgées se prélassaient en papotant. Ou certains, surtout les messieurs, reluquaient sans vergogne les jeunes filles en mini-jupes. Buzz ne savait pas du tout quoi offrir à Charles Master. Charlie avait hérité de sa mère une sacrée fortune qui lui permettrait de vivre sans travailler si l’humeur lui en disait.

 Alors, savoir que son petit ami pouvait s’offrir tout ce qu’il désirait n’aidait pas vraiment le garçon. Sawako avait beau lui répéter que Charlie accepterait n’importe quel cadeau avec grand plaisir du moment que cela venait de son amoureux, mais rien ne pouvait le dérider. Le japonais mourait d’envie de le frapper tellement il l’exaspérait. Il devait reconnaitre avoir un peu de mal à comprendre Buzz. Lui non plus n’avait jamais manqué de rien. Son grand père lui avait payé tous ses caprices et Hisao avait fait exactement pareille. 

 Buzz lui avait vécu dans des familles d’accueil où il ne restait jamais très longtemps et la plupart semble-t-il lui avait fait bien sentir qu’il n’était qu’une merde de la société. Le seul endroit où il s’était vraiment senti chez lui était l’orphelinat. Mais, même là, Sawako apprit que l’endroit avait fermé ses portes, peu de temps avant qu’il ne vienne en France. Où se trouvaient les enfants, alors ? Buzz lui avoua qu’ils avaient été envoyés dans un autre orphelinat, plus religieux, mais en même temps déjà surpeuplés.

 D’après les dires de Buzz, le gouvernement accusait les orphelinats de leur coûté trop chers en maintenance. C’était de la pure hypocrisie d’après Sawako. Premièrement si les adoptions coûtaient moins chères et plus faciles d’accès pour tous les couples, les enfants pourraient ainsi avoir une vie plus décente et heureuse et le gouvernement arrêterait de se plaindre.

 Depuis sa venue en France, Buzz avait vite constaté que la plupart des personnes qu’il côtoyait, avait la manie de dire exactement ce qu’elles pensaient, même si cela ne plaisait pas. C’était nouveau pour lui et revigorant. Charlie n’arrêtait pas de le traiter d’empoté, il avait tout à fait raison.

 L’horreur ! Voilà les pensées de Buzz, deux heures plus tard ! Faire les magasins avec Charlie, c’était déjà très fatigant, mais avec le japonais, c’était pire que tout. En plus, il pouvait être très désagréable avec certains vendeurs surtout s’ils faisaient passer une personne avant lui alors que c’était son tour. Mais l’avantage, c’était son nom de famille. Même si les Sanada ne vivaient pas au pays, ils étaient tout de même une famille plutôt célèbre, surtout si la boutique appartenait à la Miori Corporation.

 Les vendeurs étaient instruits à reconnaitre les clients influents et Sawako ne passa pas inaperçu, loin de là. En tout cas, il fit passer son ami entre les mains expertes du patron de la boutique de vêtement afin de transformer le géant, en être humain plus respectable. Buzz voulait refuser. Il n’avait pas les moyens de s’offrir des fringues aussi chères, mais il n’eut pas son mot à dire. Le simple fait de croiser le regard marron pailleté de vert du japonais lui fit comprendre qu’il pouvait tempêter comme il voulait, il n’aurait pas le dernier mot. Il était devenu la marionnette de Sawako pour la journée.

 Il dut subir des séances d’essayage pendant plus d’une heure avant que le japonais donne son accord pour des vêtements. Quand il entendit le prix total, Buzz blanchit. Sawako se moqua ouvertement de lui le mettant mal à l’aise. Ensuite, le japonais l’invita dans un restaurant asiatique pour se restaurer. Sawako accepta que Buzz lui paye son repas. L’allemand se lamentait pour les sommes dépensées. Sawako y mit un terme en lui disant qu’il le rembourserait quand il aurait un vrai travail. Quand il deviendra vétérinaire, il aura alors les moyens de payer ses dettes sans intérêts.

 Après le repas, les deux garçons reprirent leur shopping. Enfin, Sawako éjecta Buzz chez un coiffeur, pendant que lui partit à la recherche de cadeau. Il s’arrêta dans une boutique d’animaux afin d’acheter des accessoires pour ses petits chatons. Il ne leur avait pas encore donné des noms, il laissait à Shin le soin d’en trouver. Puis, il rejoignit Buzz au salon de coiffure. Il resta un instant scotché. Il n’y avait pas à dire, mais parfois passer chez le coiffeur faisait un bien fou et pouvait vous changer l’apparence.

 Le coiffeur avait rasé l’Iroquoise, mais tout en laissant un peu de cheveux ayant repris leur couleur d’origine, un blond sablé, donnant une nouvelle clarté à son regard vert. Les côtés avaient été rasés de près. Habillé avec ses nouveaux vêtements, un pantalon à taille basse noir, une chemise blanche et une veste cuire marron foncé, lui donnait un air chic et classe. Sawako s’extasia du changement en affirmant haut et fort que Charlie allait en tomber encore plus amoureux. Il fit ainsi rougir l’allemand sous le rire des employés du salon.

 Il manquait plus que le cadeau. Ils allèrent donc dans une bijouterie. Sawako ne chercha pas et ordonna à voir les bagues avec leurs jumelles. Rouge comme un coquelicot, Buzz dut choisir parmi une dizaine d’entre elles. Pendant que l’allemand choisissait avec difficulté, le téléphone portable de Sawako retentit. Le garçon sortit de la boutique pour répondre. Il fut ravi d’entendre la voix de Shin.

 L’homme lui demanda pourquoi il semblait tout joyeux, alors le garçon s’amusa à lui raconter sa journée avec sa marionnette. Shin se mit à rire à ce surnom. Ils discutèrent ainsi pendant un long moment, puis quand Sawako raccrocha, il sursauta en voyant Buzz l’observer amuser.

- Il va falloir que tu décides un jour à accepter le fait que tu es également amoureux, Sawa.

- De quoi je me mêle ! Grogna le japonais.

- Désolé, Sawa.

 Le japonais donna un coup dans l’épaule de son ami et s’exclama :

- Pourquoi t’excuses-tu, abruti ? J’ai demandé à Shin. Il est d’accord.

- Hein ? De quoi, parles-tu ?

- Si tu me laissais finir, idiot. Tu vas venir avec Charlie à la maison ce soir. Je vais vous faire un bon repas pour tous deux. J’irais squatter chez Carlin. Shin va le prévenir.

- Mais pourquoi ?

- Mais tu es con ou tu le fais exprès ? La maison de Shin est à votre disposition jusqu’à demain après midi. Tu vas pouvoir offrir à Charlie un joli repas d’amoureux et une soirée de rêve, sans être gêné par quiconque. Bon, tu as la seule règle de donner à manger à la vipère et aux petits nouveaux. T’as pigé ou tu veux que je te fasse un dessin.

- Merci Sawako.

 Le japonais enfonça ses mains dans son jean, un peu mal à l’aise et bougonna :

- C’est fait pour ça les amis, non ?

 

 Comme prévu, Sawako prépara le repas pour les deux amoureux et les laissa en tête à tête, quand Charles Master fit son apparition chez Shin. Il prit le bus pour se rendre à la grande demeure Oda Miori. Cela lui fit tout drôle d’y retourner après deux mois. En y entrant, il constata que rien n’avait changé. Renko se trouvait dans la cuisine discutant avec Cody Amory, Carlin était bien installé dans un canapé et veillait joyeusement sur les jeunes Amory avec en plus les jumeaux Soba.

 En montant à l’étage pour déposer son sac pour la nuit dans la chambre lui appartenant au début de son arrivée, il entendit le cri caractéristique de Luce. Erwan devait encore l’ennuyer. Sawako eut un sourire sadique. Puisqu’il était là autant allé faire son petit casse-pied auprès de ses amis. Alors, sans aucun scrupule, il se rendit vers la chambre de Luce et l’ouvrit en grand sans frapper.

 Il fut un peu déçu, les deux garçons ne faisaient pas de cochonnerie. Quel dommage ! Luce devait essayer d’écrire, mais Erwan l’empêchait en lui piquant son stylo. Le garçon avait fini par sauter sur son petit ami pour essayer de le récupérer. S’ensuivit une bataille en règle. Les deux protagonistes sursautèrent en entendant la porte s’ouvrir et s’arrêtèrent net.

- Sawa ? Ne connais-tu pas la politesse ? Il faut frapper avant d’entrer, s’exclama Erwan.

 Luce se dégagea en poussant son compagnon pour se remettre debout. Il rejoignit le japonais.

- Alors, papa avait raison quand il a dit que tu passerais la nuit ici. C’est cool !

- Ça n’a pas l’air d’être de l’avis du grand manitou !

 Luce eut un sourire espiègle et s’exclama en prenant le bras de son camarade pour le faire entrer.

- Cela me fait une belle jambe. Nous allons bien nous amuser, tous les trois.

 Une autre voix retentit alors :

- Tous les cinq, tu veux dire Luce. Tu nous as oubliés, s’exclama Vincenzo, en compagnie de Juan, tout souriant.

 Les jumeaux foncèrent sur les deux garçons et les éjectèrent sur le lit. Les deux garçons tombèrent sur Erwan. Celui-ci les garda prisonniers entre ses bras. Sawako grogna :

- Bande de débiles !

- Oui, oui, nous aussi on t’aime Sawa, gloussa Juan.

 

 Charlie regarda la table préparée, rien que pour lui. Pour la première fois de sa vie, il était intimidé. Sa mère s’était souvent amusée à lui faire des cadeaux-surprises, mais depuis son décès, il avait toujours pensé qu’il n’en aurait plus. Il jeta un regard vers son ami. Buzz lui semblait différent par rapport à d’habitude.

 Avant il avait un look de voyou et il était déjà impressionnant, mais maintenant, il faisait plus mûr, plus adulte. Charlie pouvait pourtant voir que son côté timide et gauche était toujours présent, mais si maintenant lui aussi se trouvait trop coincé, comment la soirée allait débuter ?

 Finalement, Buzz se décida à bouger. Après tout, il voulait offrir une bonne soirée à ce garçon, alors il devait assumer. Il servit un verre de jus de fruit à Charles. L’anglais n’aimait pas du tout l’alcool. Il tombait facilement malade ensuite. Le fait de boire redonna la parole au garçon.

 Il reprit son côté excentrique et volubile. Si Buzz parlait peu, il était compensé par Charlie qui était un vrai pipelet. Quand ils s’installèrent pour le repas, ils dévorèrent avec délectation la nourriture, faite des mains même de Sawako.

 Comme promis, l’allemand n’oublia pas de s’occuper des chatons sous le regard amusé de Charlie. Buzz s’était installé à l’indienne et caressait chaque petite boule de poil. Charlie se mit à l’arrière et entoura le cou de l’allemand et regardait par-dessus son épaule.

- J’avais oublié à quel point j’aimais m’occuper des animaux. Pourtant, ils sont les seuls à m’avoir donné de la chaleur.

 Charles en fut stupéfait. Buzz ne parlait jamais de lui. Il serra ses bras un peu plus forts et déposa sa tête contre l’épaule. Cela voulait dire qu’il lui faisait confiance, non ?

- J’ai toujours eu l’impression d’être un moins que rien. Les gens autour de moi disaient que je ne valais pas toute la nourriture qu’ils me donnaient. Enfant, j’avais mal. Je me demandais pour quelle raison j’existais. Ensuite, c’était tellement venu une habitude d’entendre ces phrases-là que je n’y faisais plus attention. Les seuls endroits où je me sentais vivant étaient auprès des animaux de l’orphelinat.

 L’allemand déposa le petit chat sur l’oreiller avec tendresse. Puis, il se retourna et prit l’anglais dans ses bras. Le garçon s’y moula comme une seconde peau, toujours silencieux. Buzz baissa son regard vers les cheveux bouclés d’un blond cendré.

- Maintenant, c’est différent. Je ne pourrais jamais remercier assez Carlin Oda de m’avoir fait venir ici. Grâce à lui, j’ai trouvé une chose que j’aimerais choyer toute ma vie, même si parfois il est fatigant, légèrement excentrique sur les bords et qu’il m’en fait voir de toutes les couleurs.

 Charlie se redressa les yeux légèrement humides et s’exclama, boudant un peu :

- Comment ça, je t’en fais voir de toutes les couleurs ? C’est toi qui es juste un empoté !

 Buzz se mit à rire et déposa un petit bisou sur le nez mutin, recouvert de tache de son.

- Cet empoté, il t’aime comme un fou.

 Charlie en resta coi. Il leva ses yeux bleus ciel vers ceux de l’allemand avant de se mettre à pleurer comme une madeleine. Buzz ne put s’empêcher de rire aux dépens de son petit ami. Celui-ci, pas content du tout, lui donna des coups de poings sur le torse. Buzz se redressa et souleva le garçon sans effort. Il l’emmena dans la chambre d’ami, celle qui appartenait à Sawako à son arrivée dans cette maison.

 Il déposa sa charge avec douceur sur le lit, puis il lui essuya les yeux mouillés avec tendresse. Il déposa ses lèvres sur les tempes pour les glisser avec lenteur jusqu’aux lèvres charnues. Charlie gémit et éjecta ses bras autour du cou et chavira le géant sur lui. L’anglais n’aimait pas se laisser dévorer sans en faire autant.

 Alors, les deux garçons furent vites nus comme des vers. Charlie avait vite remarqué que son empoté se changeait en bête de sexe dans les moments très intimes. Et il était fier d’avoir été le premier à le voir ainsi et il ferait aussi en sorte d’être également le seul et l’unique.

 Le lendemain, quand la lumière du soleil déjà bien haut placé le réveilla, Charlie constata en grimaçant un peu que son empoté avait été très en forme. À l’instant où après un très long effort, il parvient à se redresser qu’il aperçut la bague à son doigt. Une simple bague en argent avec juste un petit filet d’or autour.

 Le garçon en oublia instantanément ses douleurs fessières. Il se leva et se passa rapidement son pantalon. Il descendit les escaliers tellement rapidement qu’il se rata les dernières marches et tomba à l’avant. Il fut recueilli par deux bras solides comme le roc.

- Charlie ne court pas ainsi.

- Mais, mais… bredouilla l’anglais, encore sur le choc, non pas de sa chute, mais de son cadeau.

 Buzz attrapa la main avec la bague et donna un baiser à l’annulaire. Charlie rougit et eut une exclamation en apercevant la jumelle à la sienne au doigt de l’allemand. Les larmes coulèrent à nouveau. Il murmura :

- C’est le plus bel anniversaire que je n’ai jamais eu.

- Ce ne sera pas le dernier, Charlie. Je t’en fais la promesse.

 Le garçon sauta au cou de son compagnon et lui chuchota :

- Moi aussi, je t’aime mon empoté.