La visite-surprise : 36

 

  De petits coups de tête contre la sienne firent ouvrir les yeux à Shin. Il se retrouva devant le museau de son chat. Il se mit à bâiller. Il aurait bien aimé dormir encore un peu, mais apparemment mademoiselle la vipère en avait décidé autrement. Avec douceur pour ne pas réveiller son amant toujours endormi contre lui, Shin se redressa et sortit du lit.

 Il se sentait vidé, mais en même temps, il se sentait bien. Avoir parlé avec Sawako l’avait soulagé d’un grand poids. Il avait toujours eu peur de la réaction du japonais en apprenant le mal commis sur Ludwig. Il soupira. Machinalement, il attrapa des affaires et se rendit dans la salle de bain. Une bonne douche lui permettrait de se remettre en forme.

 Il resta un long moment sous l’eau chaude. Quand il fit le geste de sortir, il fut assailli aussitôt par un chaton bien réveillé, mais très agressif. En évitant de justesse de glisser dans le bac Shin se cogna le dos contre le mur et grogna sous le gloussement dudit chaton. Sawako se moula contre le corps nu de son amant afin de l’attiser.

 Shin ne se fit pas prier et passa ses bras autour de la taille. Il l’embrassa en pleine bouche tout en laissant vagabonder ses mains sur ce corps sexy en diable. Sawako ne voulait pas de préliminaire. Il voulait sentir Shin en lui, de suite, et il le fit bien sentir. Alors, l’homme obéit, même s’il prit le temps de le préparer sous les grognements du chaton.

 Shin songea que faire l’amour avec un chat sauvage n’était pas de tout repos, mais terriblement excitant aussi. Alors, il prit un véritable plaisir à le frustrer avant de lui donner la libération.

 Plus tard, Sawako s’amusa à relaver son homme et celui-ci fit pareil bien que le garçon finit par taper sur les mains de Shin, car il avait tendance à en vouloir plus encore une fois. Shin retira sa main en recevant une tape supplémentaire en gloussant. Il se pencha et déposa un baiser sur le bout du nez du chaton.

- La gourmandise est un très vilain défaut, Shin.

- Mmh ! C’est de ta faute. Tu n’as pas à être aussi sexy dès le matin.

 Sawako sentit ses joues surchauffées. Mince, il commençait à devenir comme son ami Luce à rougir sans raison. Le garçon sursauta à nouveau quand il sentit la main de l’homme vagabonder à nouveau sur une de ses cuisses. Alors pour calmer le chaud lapin, Sawako tourna le robinet et un jet froid leur tomba dessus, surtout sur Shin.

 Le japonais parvint à s’échapper hors de la douche en riant.

- Sawa ! Tu mériterais une bonne fessée.

- Pfft ! Si tu fais ça, tu peux toujours courir pour que je te fasse à manger.

 Sans un regard pour son amant, ne voulant pas avoir de nouvelle pensée lubrique, Sawako sortit de la salle de bain pour rejoindre sa chambre pour s’habiller. Quand il finit par descendre dans la cuisine, Shin s’y trouvait déjà donnant à manger à une demoiselle pas contente du tout d’avoir été obligé d’attendre que son maître daigne enfin s’occuper d’elle.

 Sawako se prépara son petit déjeuner silencieusement sous le regard vert de Shin, appuyé nonchalamment contre la fenêtre de la maison. Le garçon voulait poser une question, mais il n’osait pas. Il jeta un coup d’œil en direction de son amant. Celui-ci regardait les passants par la fenêtre. Il serait bientôt temps de vaquer à ses occupations. Le japonais se lança :

- Shin ? Hier, tu as parlé du mal que t’a fait Hans. Est-ce qu’Akira et tes amis le savent ?

 Le corps de Shin se tendit. Il ferma un instant les yeux pour effacer son cauchemar. D’un ton neutre, il avoua :

- Non. Je leur ai toujours caché. Je ne voulais pas les enquiquiner avec mes problèmes. J’avais peur également que Hans se détourne de moi si j’en parlais. C’est stupide, pas vrai ?

- Mais comment Akira n’a-t-il rien vu ? Tu vivais bien avec lui, non ?

- Oui, c’est vrai. Je crois qu’il se doutait de quelque chose, mais il ne voyait pas. Je lui jouais la comédie. J’ai fini par être très fort à ce jeu. Et puis, un moment donné, Akira a eu des problèmes avec Matt.

- Des problèmes entre eux ? J’ai du mal à le croire.

- Pourtant, il y en a eu un peu. Parfois, mon frère peut être lourd. Enfin, je dis cela, mais je suis tout autant jaloux qu’il l’est. Il est également très possessif. Matt, un jour, en a eu assez. Il a eu l’impression d’étouffer. Il a juste voulu prendre de la distance.

- Ah ! Tu veux dire qu’ils se sont quittés ?

 Shin sourit et secoua la tête.

- Non, pas dans ce sens. Matt a eu une proposition pour faire des photos à l’étranger. Il devait partir pour trois mois. Akira lui en a voulu. Pourtant, tu peux être certain que Matt ne l’a jamais trompé. Il a Akira dans la peau. Mais les trois mois sont passés et Matt n’est pas entré. Son boulot devait durer plus longtemps que prévu. Il a demandé à Akira de le rejoindre, mais mon frère a refusé en boudant. Il a fallu que Carlin s’en mêle. Il est arrivé un jour et a balancé son poing dans la figure de mon frère.

- Tu charries ?

- Non, c’est vrai. C’est un peu embrouillé, car c’était dans la période où je me droguais. J’étais là quand c’est arrivé. Carlin lui a dit d’arrêter de jouer à l’imbécile s’il ne voulait pas perdre l’être qu’il aimait par-dessus tout. Je crois que j’ai pris cette phrase pour moi aussi. Je me suis rendu compte que peut-être si je n’avais pas cédé à tous les caprices de Hans….

 Shin sursauta quand la main de Sawako lui toucha le bras. Il ne l’avait pas entendu s’approcher. Le garçon posa son front sur le bras et murmura :

- Le passé est le passé et avec des si on pourrait refaire le monde en bien meilleur.

- Tu fais trop mûr pour ton âge, Sawa.

 Le garçon gloussa et s’exclama :

- Il faut bien puisque le plus vieux de la pièce est un grand gosse.

 Shin eut une exclamation et voulut attraper le japonais, mais celui-ci parvint à s’échapper. Il se dirigea dans la salle à manger pour récupérer son sac de cours. Il se rendit alors compte que le téléphone de la maison était débranché. Il repéra également la balle de la vipère. Il sut qui en était la responsable. À peine venait-il de le rebranché qu’il se mit à sonner. Le garçon décrocha et il entendit enfin la voix grincheuse du directeur du lycée.

 Sawako grimaça passant subir un éternel sermon, mais en fait, Tankeï lui signalait juste de ne pas venir en cours puisqu’il y avait eu un cambriolage et donc le lycée serait fermé pour les deux jours restant avant le week-end. Le garçon salua le directeur et raccrocha, pensif.

- Qui y a-t-il ?

- Euh ! Je n’ai pas cours. Le lycée a été cambriolé. Je ne comprends pas ce qu’ils ont pu voler dans ce bâtiment.

 Shin haussa les épaules, indifférent. Il aurait bien aimé tenir compagnie à son chaton pour le reste de la journée, mais malheureusement, il avait promis à Ludwig et à Renko de venir au garage, Ricky étant absent. Il était cloué au lit avec une bonne angine.

 Shin se rendait vers la sortie quand il se fit arrêter par le japonais. Il baissa son regard vers le garçon. Il le voyait hésitant, puis prendre une grande inspiration avant de demander :

- Est-ce qu’à moi tu me parleras un peu plus de Hans ?

- Pourquoi veux-tu savoir ?

- Pour… pour mieux te connaitre.

 Shin se pencha et déposa un tendre baiser qui devint plus fougueux quand Sawako enfouit ses mains dans les cheveux de Shin pour l’accentuer. La sonnette de la porte retentit séparant les deux amants.

- Si tu promets de m’en dire plus sur ton propre passé, Sawa.

 Le garçon se troubla, mais hocha la tête de consentement. Shin fronça les sourcils face à l’insistance de la sonnette. Il se dirigea vers la porte d’entrée et l’ouvrit un peu violemment.

- Ce n’est pas un peu fini, oui ! Grogna-t-il.

 La jeune fille se trouvant devant lui sursauta et rougit. Shin surpris détailla la jeune Japonaise, un joli brin de fille, au visage ovale sans l’ombre d’un défaut, le regard noir montrant tout du même un certain caractère et une ombre d’intelligence. Un mouvement sur le côté lui fit tourner la tête vers la gauche et y aperçut un garçon de l’âge de Sawako de la même nationalité, ressemblant par certain trait à la jeune fille, puis un homme d’âge mûr, les cheveux grisonnants. Il soupira et jeta un rapide coup d’œil derrière lui. Sans dire un mot, il ouvrit la porte plus grande.

 La jeune fille et le garçon n’attendirent pas d’être invités pour pénétrer dans la maison en vitesse et en poussant un cri. Shin entendit un bruit de chute et la voix de son chaton se hérissait.

- Bande de débiles ! Vous ne pouvez pas arriver comme tout le monde sans faire de tapage !

- Oh ! Sawa ! Arrête de hurler et montre-nous plutôt que tu es ravi de nous voir.

- Jamais de la vie !

 Shin esquissa un sourire avant de se tourner vers le plus âgé. Bunji fixait l’homme depuis le début, en silence. Il se souvenait bien de ce jeune homme. C’était grâce à lui s’il avait pu sauver les emplois d’une de ses sociétés américaines. Il avait pu discuter avec lui également. Il avait quand même été surpris d’apprendre que son petit fils habitait chez cet homme.

 - Je suis désolé pour l’irrespect de ma fille et de mon petit-fils.

 Shin haussa les épaules et invita le vieil homme à entrer. Dans le salon, Sawako se chamaillait avec Hanae. Bunji secoua la tête, mais ravi aussi. Les entendre se disputer montrait clairement qu’ils ne s’ignoraient pas et que Sawako leur avait bien manqué.

 Les jeunes se turent à leur arrivée. Sawako était bien content de les revoir, mais en même temps, il ne savait plus comment agir avec Shin. Il fut sauvé par celui-ci qui s’excusa, mais il devait les quitter pour aller travailler. Avant de partir, les yeux des deux amants se croisèrent en silence. Bunji remarqua l’échange, mais il n’en fit pas état pour le moment.

 Bunji, de toute façon, n’eut pas le temps de trop y réfléchir, car il reçut son petit fils dans les bras. Il avait toujours été surpris par la facilité de Sawako à le prendre au dépourvu. Il s’aperçut aussi qu’il avait encore grandi, car le garçon le dépassait de quelques centimètres maintenant.

- Tu as l’air d’être forme, mon garçon.

- Toi aussi, Ojii-san. Pourquoi n’avez-vous pas prévenu ?

- Parce que ça sonnait sans arrêt occuper. Tu aurais pu nous dire que tu ne vivais plus chez les Oda, rouspéta Hanae, assise sur le canapé et jouant avec la vipère.

 Le garçon se sentit pris en faute. Il est vrai qu’il avait omis de leur dire. Il se mordit la lèvre. Bunji fut agréablement surpris du changement. Il pouvait voir toutes les expressions sur le visage de son petit fils. C’était tout bonnement extraordinaire pour lui. Jamais, il n’avait pu imaginer qu’il verrait un tel changement dans l’attitude de Sawako. Certes, il l’avait eu de temps en temps au téléphone et il avait pu constater qu’il était plus volubile qu’auparavant, mais là être face à ce changement, il était sidéré.

 Hisao ne le croirait jamais. Le garçon apeuré et craintif n’était plus présent. Comment ces personnes avaient-elles réussi là où sa propre famille avait échoué depuis des années ? Sawako se laissa tomber juste à côté de son cousin et s’exclama :

- Alors, Toshio, as-tu fini par avoir un peu plus de cervelle ?

 Ledit Toshio s’offusqua et bouda en croisant ses bras.

- Tu es toujours aussi cruel avec moi, Sawa.

- Bah quoi ? Un cerveau vide restera toujours un cerveau vide.

- Aaaaaaaah ! Mais, arrêteeeeee ! J’ai eu mon diplôme, je te ferais dire. Je fais une prépa pour devenir instituteur en maternelle.

- Moi, je vais à l’université en suivant un cursus commercial entreprise afin d’ensuite entrer dans l’entreprise familiale.

- Waouh ! C’est génial.

- Et toi, mon garçon ? Que vas-tu faire après la fin du lycée ? Comptes-tu rentrer au Japon ?

 Bunji fixant son petit fils vit le changement. Sawako se referma et se recroquevilla contre le canapé. Il avait fait exprès de parler du pays. Le garçon ne semblait pas encore prêt à rentrer apparemment. Sawako joua avec un bout de fil dépassant de sa poche de pantalon. Il finit par lâcher.

- Je… J’aimerais faire des études plus approfondies en cuisine.

- Hein ? En cuisine ? S’écria Hanae.

 Elle ne se souvenait pas que son neveu sache cuisiner. Toshio s’exclama alors :

- C’est vrai, je me souviens. Tu aimais bien regarder Okaa-san faire à manger et tu lui posais toujours plein de questions.

 Sawako adressa un sourire éblouissant à son cousin. Toshio fut content d’avoir un souvenir commun avec lui.

- Tu pourrais très bien apprendre au pays. Nous avons plusieurs écoles spécialisées aussi.

- Non, renchérit aussitôt le garçon. Je veux rester ici. Je me sens chez moi dans ce pays. J’y ai trouvé ma place. Je suis désolé Ojii-san.

 Sawako baissa la tête, mais la releva en sentant la main de son grand-père.

- Sawako, nous ne voulons que ton bonheur. Si tu te sens vivant ici, alors nous accédons à ton désir.

- Ojii-san a raison, Sawa. La seule chose que nous te demandons, c’est de ne pas nous renier, reprit Hanae, sérieusement. Nous t’aimons beaucoup et nous voulons rester ta famille. Est-ce que cela t’est trop dur de nous accepter comme tel ?

 Les larmes s’écoulèrent sur les joues du japonais. Il ne chercha pas à les essuyer. Il finit par dire de sa voix cassée :

- De toute façon, vous vous êtes imposés dans ma vie alors que je ne voulais pas. Comme vous risqueriez de m’ennuyer encore éternellement, je préfère vous accepter maintenant pour avoir la paix.

 Toshio et Hanae poussèrent un cri de joie et lui sautèrent dessus. Les larmes furent oubliées dans un éclat de rire. Bunji se sentit très émue face à ses trois jeunes. Ils étaient sa raison de vie maintenant. Il espérait juste qu’un jour, Sawako n’appréhende plus de venir au Japon, car là-bas, il y avait une personne qui désirait le rencontrer.

 À l’heure du déjeuner, Sawako montra ses talents de cuisinier et eut un véritable succès. Il reçut un appel de Shin lui annonçant qu’il rentrerait tard, étant de nouveau invité par Ludwig et Reï. Dans l’après-midi, ils sortirent se promener en visitant la ville. Au début, Hanae et Toshio restèrent avec Bunji et Sawako, mais la jeune fille dut deviner que son père désirait parler seul à seul avec le garçon qu’elle embarqua son neveu pour du lèche-vitrine.

 Sawako marchait tranquillement, les mains dans les poches avec anxiété. Il se demandait ce dont son grand-père voulait lui parler. Quand finalement, Bunji parla, il ne fut pourtant pas très surpris du dialogue.

- Pourquoi vis-tu chez cet homme ?

- Shin a eu un accident. Je m’en suis senti fautif. J’ai voulu l’aider.

- Mais, pourquoi continuer maintenant ?

 Bunji voyait le garçon mal à l’aise. Il finit par demander.

- Est-ce que tu veux vraiment être avec lui, Sawako ?

 Un frisson parcourut l’échine du japonais. Il finit par dire.

- Ma relation avec Shin ne regarde que moi, Ojii-san.

- Je le sais, Sawa. Je ne mettrais pas mon nez dans tes histoires amoureuses. Je ne l’ai jamais fait auparavant, je ne risque pas de commencer. Je connais cet homme, il a travaillé pour moi un temps.

- Je sais, Shin me l’a dit.

- Bien, mais avant de l’engager, j’ai enquêté sur lui.

- N’en dit pas plus, Ojii-san. Je connais une partie de son passé. Je le sais depuis peu et je m’en fiche. J’ai souffert par la faute d’Umi et je sais que Shin a souffert à cause de son ex. Peut-être, pourrons-nous panser nos blessures ensemble ? Je n’en sais rien. Comme je ne sais pas si notre histoire durera dans le temps.

- Tu as bien grandi, mon garçon. Je suis le premier ravi. Je n’ai pas toujours été présent et je vous ai laissé souvent de côté. Alors quand je vois à quel point vous êtes devenu magnifique, je m’en réjouis et j’en suis fier.

- Ojii-san, tu vas finir par me faire rougir.

 Entendre le rire de son petit-fils lui réchauffa le cœur. Sawako apercevant alors sa jeune tante devant une boutique de lingerie la rejoignit.

- Mmh ! Tu aimes ce genre de chose, Oba-san ?

 La jeune fille sursauta et porta une main à sa poitrine.

- Tu m’as fait peur, abruti. Et ne m’appelle pas Oba-san !

- Sawako ? Appela une voix un peu plus loin.

 Le garçon se tourna dans la direction et aperçut les jumeaux en compagnie d’Asia. Il remarqua les cernes sous les yeux de la fille. Il fronça les sourcils. Il jeta un coup d’œil vers les garçons. Ils semblaient très mal à l’aise. Finalement, les nouveaux arrivants les rejoignirent et Sawako fit les présentations. Toshio ne parvint pas à reconnaitre les jumeaux et il se fit charrié par son cousin.

 Bunji, amusé et ravi d’être entouré par ses jeunes gens, les invita au restaurant. Les jeunes ne se firent pas prier. Les jumeaux et Asia furent assez intimidés en entrant dans un restaurant luxueux. Aucun d’eux ne bouda les plats commandés. Leur table fut la plus bruyante avec les chamailleries habituelles entre la tante et le neveu. Ensuite, ils décidèrent de se promener à nouveau. Ils se rendirent tranquillement jusqu’au parc le moins loin de chez Shin. Hanae se prit d’affection pour l’autre jeune fille et finit par l’embarquer un peu plus loin pour parler seule à seule.

- Je sais que nous nous connaissions que depuis peu, mais si tu veux parler de tes problèmes, je suis de bonnes écoutes.

 Asia fut très surprise et rougit un peu de honte.

- Je ne veux pas t’ennuyer, Hanae. Tu es très gentille de te faire du souci pour moi.

- Les amis de Sawa deviennent mes amis.

- Tu l’aimes beaucoup.

- Oui, Toshio et Sawako sont comme mes frères même si je suis en réalité leur tante. Parfois, je me dis que la vie a été cruelle. J’aurais voulu être né garçon. Je pense que j’aurais pu ainsi être bien plus proche d’eux.

- Je suis comme toi. Je suis tombée amoureuse des jumeaux. Mais, depuis peu, je m’aperçois que je suis l’intruse entre eux. Je ne me sens pas à l’aise. Je les aime, mais leur lien est beaucoup plus puissant que mon propre amour pour eux.

- Alors, rompt avant d’y laisser ton âme. Je suis sûr qu’ils veulent ton bonheur. Le peu que j’ai pu voir, ils sont plutôt bien comme garçons, mais même moi, j’ai pu sentit leur lien.

- As-tu quelqu’un dans ta vie, Hanae ?

 La jeune japonaise se mit à rougir.

- Oui, j’aime quelqu’un, mais il me pose pas mal de problème. C’est une personne qui a l’âge d’être mon père. Mais, je n’y peux rien. Je suis tombée bêtement amoureuse de ce lourdaud.

 Deux bras lui entourèrent le cou et la jeune fille poussa un hurlement de surprise. Le coupable éclata de rire. Hanae se retourna et donna un coup de pied à Sawako qui se moquait ouvertement d’elle. Il finit par reprendre son sérieux et s’exclama sans préambule :

- Ce lourdaud en question, ce ne serait pas Eiji, par hasard ?

 La jeune fille en resta bouche bée. Sawako esquissa un sourire, amusé.

- Comment peux-tu savoir ça, toi ?

- Peut-être parce que je suis un génie. La prochaine fois que tu vois Eiji, dis-lui qu’il a mon consentement.

- Ça ne va pas ! Jamais, je n’oserais lui dire ça.

- Bah, ce n’est pas grave, je lui téléphonerais et je lui dirais qu’il arrête d’être stupide. Refuser une nana comme toi, il faut être complètement à côté de la plaque, s’exclama-t-il avant de retourner voir les garçons.

 Hanae, les joues en feu, baissa le regard. Mince, avoir un compliment de Sawako était un vrai miracle. Elle avait bien du mal à ne pas afficher un sourire stupide, maintenant. Asia se mit à rire.

- Il est trop, celui-là. Il fait exprès de nous mettre toujours dans l’embarras.

 La Japonaise se redressa et prenant la main de jeune Française, elle s’exclama alors :

- Bon, maintenant je suis revigorée. Viens, je vais te présenter un gentil garçon. Bon, il est un peu stupide, mais il a un cœur en or.

 Asia observa la jeune tante de Sawako avec stupeur. De qui parlait-elle ? Elle le sut de suite quand elles s’approchèrent de Toshio plaisantant avec Sawako.