Une fin de journée des plus mouvementées : 29

 

 Le mois de mars arriva et avec lui commença à poindre le soleil et sa chaleur. Shin rentra chez lui sur les nerfs. Il était énervé et il ne savait pas pourquoi. Enfin si, il le savait. Depuis sa guérison, il était retourné travailler au garage auprès de Ludwig et de Renko. Celui-ci, d’ailleurs, lui confia la paperasse pour avoir la chance de rentrer plutôt pour rejoindre sa pile électrique.  

 Renko l’informa également qu’il voulait laisser la gestion entière à Ludwig, mais sachant bien que le neveu de son compagnon n’était pas très doué sur tout ce qui touchait l’administratif, annonça alors à Shin de s’en occuper. Shin en fut ému. Après tout, il n’était que le petit frère du meilleur ami de Carlin Oda. Alors, la confiance de Renko a son égard le toucher beaucoup.

 Mais, depuis peu, une cliente venait souvent au garage pour x raisons rien que pour le voir. Bien évidemment, Ludwig le charria surtout au début, mais maintenant lui aussi, s’inquiétait. Il ne voulait pas que cette femme un peu collante fasse fuir son meilleur ami. Il avait été heureux d’apprendre son retour définitif et encore plus, depuis qu’il travaillait ensemble. Alors, chaque fois qu’il la voyait venir, il prévenait Shin qui s’enfermait alors dans le bureau ou filait à l’anglaise par l’arrière, comme aujourd’hui.

 La vipère, en entendant son maître, vint le saluer en miaulant et en lui passant entre les jambes. L’affection de l’animal à son égard le dérida un peu et se pencha la pris dans ses bras. Aussitôt, l’animal se mit à ronronner. Shin soupira et lui gratta derrière les oreilles.

- Si seulement, l’autre chaton pouvait être aussi affectueux que toi, ma belle.

 Semblant comprendre de qui son maître parlait, la petite chatte feula et sauta après l’avoir légèrement griffé à la main. Shin se gratta la tête de surprise et observa l’animal assis sur la table basse, se léchant une patte. Il émit un petit rire.

- Ma parole, tu es une jalouse, la vipère.

 Riant toujours, il se laissa tomber sur le canapé, las. Qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir faire, maintenant ? Il se penchait pour prendre la télécommande sur la table de salon quand son regard se posa sur une enveloppe abandonnée. Il se troubla en la reconnaissant. Il la prit entre ses doigts et l’observa d’un mauvais œil et en même stupéfait.

 Sawako ne l’avait pas encore ouverte. Pourtant, trois jours étaient passés depuis qu’il l’avait reçu. L’aurait-il oublié ? Shin était bien tenté de la jeter, mais il ne le ferait pas. Non pas qu’il avait peur de la colère de son chaton s’il l’apprenait, mais il n’était pas aussi mesquin. Il pourrait l’ouvrir aussi. Shin secoua la tête, exaspérée d’être jaloux d’une simple lettre. Qu’est-ce qui lui prenait à la fin ? Il reposa l’enveloppe sur la table. Il chercha dans sa poche fébrilement et en sortit une sucette, puis se mit à regarder la télé, enfin plutôt s’amuser à zapper.

 Il en était à sa deuxième quand la porte s’ouvrit et claqua. Bientôt, il vit apparaitre le garçon de ses rêves. Sawako eut un temps d’arrêt en apercevant le jeune homme. Habituellement, il rentrait après lui. Que faisait-il déjà à la maison ?

- Qu’est-ce que vous fichez ici ?

- Ça ne se voit pas. Je regarde la télé. Ma présence te dérange, peut-être ?

 Sawako qui retirait ses baskets, releva la tête vers son colocataire étonné du ton grinçant. Le garçon secoua la tête. « Super l’ambiance, si Shin est de mauvaise humeur, songea-t-il. » Il s’approcha du canapé et s’y installa. Aussitôt, la vipère quitta la table basse pour venir squatter les genoux du garçon qui la salua avec plaisir. Shin jeta un coup d’œil et soupira.

- Mais qu’est-ce que vous avez ma parole ? Si c’est pour être pénible, vous auriez mieux fait d’aller ailleurs, grogna Sawako.

 Le garçon observa Shin, un moment avant de se pencher et de lui retirer la sucette. Il la regarda un instant avant de la garder pour lui.

- En y pensant, cela fait un moment que je ne vous ai pas vu avec une cigarette.

 Shin porta une main à son crâne avant d’émettre un rire sans joie. Sawako lui jeta un regard comme s’il était malade.

- Ça fait plus de deux semaines que j’essaie d’arrêter.

 Sawako se mordit la lèvre. Oups ! Il ne l’avait pas remarqué.

- Cela montre à quel point je t’intéresse, pas vrai ? Rétorqua Shin, un peu durement et tristement.

 Sawako sentit son cœur se serrer à lui faire mal. Il était vraiment idiot parfois. Shin reprit avant de se lever :

- N’oublie pas ta lettre sur la table, sinon elle risque de se retrouver à la poubelle par erreur.

 Sawako regarda la table en question et la vit. Elle lui était sortie de l’esprit. En entendant du bruit, il se retourna pour voir Shin enfiler sa veste. Alors, il se redressa vivement pour le stopper, mais quelque chose le retenait encore.

- Où allez-vous ?

 Shin haussa les épaules. Il fit le geste de partir sans rien dire, mais finalement, il avoua :

- Je vais squatter chez Nathaniel et Luka. Ma présente ne les dérangera pas au moins.

 Sawako sentit son poil se hérisser. Sans plus réfléchir, il fonça sur le jeune homme presque arrivé à la porte d’entrée. Il lui agrippa le bras et s’écria :

- Pourquoi êtes-vous cruel, aujourd’hui ? Qu’est-ce que je vous ai fait ? Je n’ai jamais dit que vous me dérangiez.

 Shin admira le visage du garçon en colère. Dieu ! Qu’est-ce qu’il était beau ainsi avec ses yeux brillants ! Le garçon s’arrêta d’un seul coup et baissa son regard sur sa main retenant Shin. Mais pourquoi l’avait-il arrêté ? Il posa son front sur le bras retenu. Il murmura :

- Vous m’intéressez plus que de raison. Tellement que j’en oublie de voir des petits détails.

 Shin fut interloqué. Il avait bien compris, n’est-ce pas ? Le jeune homme se tourna complètement et porta une main pour relever le visage du japonais. Il lui caressa la joue avec le pouce. Sawako ferma un peu les yeux et pencha la tête pour mieux accentuer la pression des doigts. Puis, sans prévenir, il se souleva sur la pointe des pieds et déposa ses lèvres sur celle de Shin.

 Avec un son inarticulé, mais presque animal, Shin entoura le corps du japonais entre ses bras et accentua le baiser forçant un peu le passage. Dans la violence de l’attaque, les deux hommes reculèrent et Sawako se retrouva accolé contre le mur du couloir. Il perdait tellement pied qu’il avait l’impression de tomber dans un trou noir. De peur, il s’agrippa à la veste en cuir, moulant des épaules carrées et solides. Les mains de Shin ne restèrent pas inertes très longtemps. L’une d’elles s’aventura sous le pull noir de Sawako et rencontra la peau douce. Rien que ressentir la chaleur de cette main, le garçon gémit et se serra un peu plus.

 La baladeuse glissa sur la peau avec une telle douceur qu’elle fit frissonner le corps mince. Impatient, Shin souleva l’encombrant vêtement et le retira coupant ainsi le long baiser échangé avec Sawako.

 Le japonais, le souffle court et le regard un peu flou se laissait aller sous les caresses envoutantes des grandes mains de Shin. Il avait l’impression que son corps s’embrasait de mille feux.

 En même temps, les lèvres s’amusèrent à taquiner celle du garçon avant de glisser vers une oreille qu’elles s’amusèrent à mordiller, puis elles se dirigèrent vers le cou délicat y laissant son empreinte à son passage. Gémissant, Sawako enfonçait ses doigts dans les cheveux bruns, tout en fermant les yeux pour mieux éprouver toutes les sensations reçues.

 Au bout d’un moment, Shin perdit sa veste et sa chemise fut ouverte également. Il dévorait le garçon qui ne quittait pas ses pensées, laissant sur son corps des marques de son passage. Il se redressa et s’empara à nouveau de ses lèvres pour un nouveau baiser fougueux.

 Sawako prenait confiance aussi et ses mains ne tardèrent pas à s’aventurer également. Il aimait par-dessus tout caresser le torse un peu velu qui lui donnait des frissons de bien-être dans tout le corps. Il sursauta quand il sentit la caresse d’une main sur son entre-jambes. Shin s’acharna à décrocher la ceinture et à déboutonner le bouton gênant.

- Shin ?

 Le jeune homme déposa un tendre baiser sur les lèvres pour le rassurer en même temps. Il amena son front contre celui du japonais et fixa son regard à celui marron pailleté de vert. Sawako se perdit dans les paillettes d’or, envouté. Son pantalon glissa sur le sol. En fait, être dans le couloir n’étant pas vraiment pratique, Shin le souleva à bras le corps.

- Aaah ! Cria de surprise le garçon.

 Sawako entoura la taille de ses jambes et s’accrocha au cou tout en jouant avec ses lèvres et sa langue sur le menton et la bouche de Shin qui avait bien du mal à rester lucide assez longtemps pour arriver à destination. Au final, ils chavirèrent tous deux dans le canapé.

- Waaaaaah ! S’esclaffa le japonais, en se réceptionnant sur Shin.

 Sawako frotta son nez sur le torse, puis embrassa tendrement les lèvres. Shin avait fait exprès de changer les positions afin de ne pas faire du mal au garçon. Le japonais trouvait cela très mignon. Il s’installa à califourchon afin d’être plus à son aise et se redressa pour mieux observer son futur amant.

 Shin ne le quittait pas des yeux, la respiration saccadée. Le japonais fit glisser ses mains le long du torse et vit la contraction des muscles. Pendant ce temps, les mains posées sur les cuisses de Sawako, Shin les remonta afin de rejoindre la douceur des fesses bien dessinées. Le garçon gémit et bougea le bassin par réflexe. Shin grimaça. Ce garçon était beaucoup trop tentant. Il aurait du mal à garder son sang-froid encore très longtemps.

 Mais contre toute attente, Sawako prit les devants contre la volonté de Shin. Le garçon se pencha et piqueta les lèvres pendant que ses mains déboutonnaient le pantalon gênant afin de libérer le désir tendu. Rien que le fait de sentir les mains de Sawako sur lui chavira le cœur de Shin et un son étrange sortit de sa bouche.

 Shin essayait tant bien que mal à vouloir préparer le japonais, mais celui-ci n’attendit pas. Il se positionna au-dessus et fit pénétrer dans son puits intime le désir imposant.

- Sawa… aaah…tu n’es pas prêt.

- Ce n’est pas grave. Mon corps y est habitué.

 Shin porta ses mains entre chaque côté du visage de Sawako et l’approcha vers lui.

- Idiot ! Tu pleures maintenant.

 Il déposa une multitude de baisers sur le visage en larmes.

- Cette douleur n’est rien en comparaison à d'autres. Bouge, Shiiiiin !

 Shin fit ce que lui demandait le garçon. Il s’empara également de sa bouche pour un embrassement plus profond. Il bougea faisant crier Sawako comme jamais. Il l’attrapa à bras le corps et changea de nouveau les positions. Sawako, à quatre pattes, cachait son visage dans un oreiller et le mordant retenant ainsi ses gémissements. Il n’aurait jamais cru un jour ressentir un plaisir aussi puissant.

 Shin posa ses lèvres sur le dos cambré, les glissant sur la nuque. Il murmurait sans arrêt le nom du garçon. Sawako tourna un peu la tête et bougea un peu. Il voulait être embrassé de nouveau. Shin ne lui refusa pas ce plaisir. Ses mouvements de butoir se faisaient de plus en plus rapides les faisant haleter tous deux.

 Voulant voir l’expression du visage du japonais, Shin bougea à nouveau reprenant aussi vite ses assauts. Sawako s’agrippait à ses épaules risquant de laisser des marques visibles, la tête rejetée vers l’arrière et laissée ses gémissements s’échappaient ne les retenant plus. Quand la jouissance arriva, elle lui fit pousser une complainte de bien-être total rejoint assez vite par son amant.

 Shin se laissa retomber dans les bras du japonais qui les refermèrent sur eux. Il se sentait bien ainsi bercé par la respiration devenue beaucoup plus calme du garçon, tout en ayant droit à des caresses par les doigts apaisants jouant avec ses cheveux. À vrai dire, il n’osait pas bouger de peur de briser la magie du moment.

- Shin ?

- Mmmmh ? Marmonna-t-il, cachant encore plus son visage dans le cou de Sawako.

 Celui-ci émit un petit rire charmant encore plus le jeune homme. Shin finit par redresser la tête craignant un peu de voir l’expression du garçon, mais fut soulagé de n’y voir qu’un regard amusé. Amusé ? Pourquoi donc ?

- Tu n’as pas répondu à ma question de la dernière fois.

- Ah ? Laquelle ?

 Sawako fixa son regard dans celui de Shin et eut un sourire amusé.

- Serais-tu jaloux d’une simple lettre ?

 Aussitôt troublé, le jeune homme sentit ses joues s’empourprer sous le rire du japonais.

- Aaaah ! Ne te moque pas, Sawa !

 Shin se lova à nouveau dans les bras du garçon. il soupira et avoua :

- Je suis désolé d’être ainsi. Je ne peux pas m’empêcher d’être dévoré par la jalousie. Il m’a rendu ainsi.

 Sawako sentit le corps de son amant, tremblé. Il s’en voulut tout à coup. Il n’avait pas pensé que c’était plus grave que prévu. Il se mordit la lèvre, puis se jeta à l’eau.

- Ce « il », ne s’appellerait-il pas Hans ?

 Shin se redressa pour s’asseoir. Sawako regretta sa curiosité en perdant la chaleur du corps du jeune homme. Shin se passa une main devant le visage, puis se tourna vers le garçon toujours allongé comme un pacha. Il amena une main vers le visage et le frôla de ses doigts en y faisant le contour.

- Tu devrais te lever et t’habiller, répondit finalement Shin au lieu de répondre.

 Sawako fronça les sourcils devant la fuite évidente de Shin. Alors, boudant, le garçon se redressa et se leva. Il se dirigea vers la cuisine.

- Tes vêtements ne sont pas dans cette direction.

- J’ai la flemme d’aller les ramasser, alors je vais faire la cuisine en tenu d’Adam. Si cela te dérange, tu peux toujours aller faire la chandelle chez Nathaniel.

 Shin fut estomaqué. Il observa le garçon, halluciné. Puis, avec un petit cri, il fonça vers le japonais qui s’échappa derrière la table de la salle à manger. Ils bataillèrent un long moment autour de la table avant que Sawako parvienne à s’échapper vers les escaliers suivis de près par Shin. Il fermait la porte de la salle de bain quand celui-ci arriva devant.

 Sawako posa son front contre la porte, essoufflé. Shin tambourinait et lui demandait d’ouvrir immédiatement. Pourquoi ferait-il une chose pareille ? Le garçon s’exclama alors :

- Je te laisserais entrer à une seule condition.

 Shin observa la porte d’un mauvais œil. Il savait bien qu’elle était cette condition. Il savait qu’il devrait un jour ou l’autre parler de Hans, mais pourquoi maintenant ?

- Vas-y, je t’écoute.

- Je ne te forcerais pas à me raconter tes secrets parce que je sais que tu ne le feras pas pour moi non plus. Mais, dis-moi juste deux choses. Est-ce bien ce Hans qui t’a rendu si jaloux ?

- Oui, c’est bien lui.

- Alors, pourquoi as-tu donné son prénom à un de tes fils ?

 Shin hésita un long moment, puis avoua :

- Parce que malgré tout le mal qu’il a pu me faire, je l’aimais comme un fou.

 La porte de la salle de bain s’ouvrit et Shin reçut le garçon dans ses bras avant de chavirer sur les fesses.

- Aïeeeeeee ! Bordel que ça fait mal.

 Sawako posa son front sur l’épaule de Shin tout en entourant le cou de ses bras.

- Je suis désolé. Je ne te poserais plus aucune question. Je ferais mieux de me taire parfois.

 Shin soupira et soulevant le menton de Sawako, il lui expliqua avant de s’emparer de ses lèvres :

- J’ai un excellent remède pour t’empêcher de parler jusqu’à demain.