Le premier jour chez Shin : 25

 

 Comme prévu, Sawako emménagea chez le frère d’Akira dès le lendemain de la fête. Avant de partir, les jumeaux Cardoni lui demandèrent un coup de main pour enlever Luce. Ils avaient appris que leur ami allait partir en vacances avec Erwan. Ils voulaient les ennuyer. Sawako était bien tenté de les aider, mais préféra refuser. Renko le déposerait chez Shin en se rendant au travail. Il aimait bien parler avec le compagnon de Carlin Oda. Il pouvait parler de cuisine pendant des heures avec cet homme sans que cela ne l’ennuie.

 D’ailleurs la plupart du temps, c’était Renko qui lui demandait quelque astuce en cuisine pour améliorer ces repas. Il fallait bien nourrir son glouton. Finalement, ce fut Renko qui lui parla de son orientation professionnelle en premier. Ils étaient dans la voiture depuis cinq minutes en pleine heure de pointe évidemment. Une chose que détestait par-dessus tout Renko. Pour ne pas s’énerver pour un rien, il préféra discuter avec son jeune passager.

- Cela n’a pas été difficile de te lever plus tôt ?  

 Sawako haussa les épaules.

- Non, j’aime bien me lever avant tout le monde, mais chez vous, je n’arrive pas à vous battre. Chaque fois que je descends, vous êtes déjà levé et Erwan n’est jamais loin non plus.

- Je n’aime pas rester au lit. Et puis, avec Carlin, il vaut mieux ne pas rester sinon je ne me lèverais jamais.

- Vous épuise-t-il à ce point-là ?

- Mmmh ? Je ne vais pas débattre avec toi de mes relations avec ma pile électrique, mais tu ne peux pas savoir à quel point il peut être usant parfois.

 Sawako émit un petit rire.

- Il faut dire qu’avec toute l’énergie que vous lui donnez dans de bons repas, c’est normal ensuite qu’il doive tout dépenser, sinon il deviendrait énorme.

- Un Carlin énorme et dodu, mmh ! J’ai bien du mal à me l’imaginer, mais bon, il serait quand même toujours aussi craquant.

 Le garçon tourna son regard vers la route. Les rues étaient sans vie à part un chien ou un chat égaré.

- As-tu déjà une idée pour ton avenir, Sawako ?

 Le japonais sursauta. Il croisa ses bras comme s’il avait froid.

- Je ne sais pas trop encore. Je ne pensais pas pouvoir rester ici, alors je n’ai pas trop pensé, mais j’hésite un peu entre deux choses.

 Renko pesta en étant obligé de s’arrêter à un feu rouge. Pourquoi ses feux rouges existaient toujours ? Allez comprendre !

- Oui, lesquelles ?

- Je ne sais pas encore, mais j’hésite entre des études en hôtellerie ou en architecture.

- Ah ? Pourquoi l’architecture ?

- J’aime bien les constructions et surtout dessiner des plans. Je l’ai déjà fait pour Hisao onii san. C’était amusant, mais récemment, je prends plaisir à faire la cuisine aussi. Alors, je ne sais plus ce que je désire le plus.

 Avant de démarrer à nouveau, Renko ébouriffa les cheveux nattés du japonais. Sawako aimait bien l’habitude des parents de Luce à caresser la tête. Il trouvait cela très réconfortant et très agréable.

- Bah ! Tu as encore un peu de temps devant toi pour trouver ta voie. Pourquoi n’es-tu pas resté plus longtemps chez nous ? Tu aurais pu venir habiter chez Shin après les vacances.

- Non, c’est mieux ainsi. J’aime beaucoup être avec vous, mais votre maison est trop grande. Elle me donne de mauvais souvenirs.

- Tu es le contraire de Luce.

- Ah bon ?

- Oui, il ne supporte pas de vivre dans une maison trop petite. Il lui faut de l’espace sinon il se morfond. Enfin, je suis content d’apprendre que ce n’est pas à cause de nous que tu déménages.

 La voiture s’arrêta juste à côté de la maison de Shin Soba. Sawako sortit en même temps que Renko qui lui remit son sac de voyage. Renko regagna sa voiture et se tourna vers le japonais.

- Vous savez Renko, c’est Carlin qui a eu l’idée de ce déménagement. Vous n’étiez pas au courant ?

- J’aurais dû m’en douter, c’est bien son genre. Si tu as le moindre souci, tu sais où nous joindre. Amuse-toi bien !

 Sur ces bonnes paroles, Renko démarra et rejoignit son lieu de travail. Sawako suivit la voiture un moment avant d’inspirer un long moment. Puis, prenant son courage, il se dirigea vers la maison toujours silencieuse. Un sourire naquit sur ses lèvres. Le propriétaire des lieux devait être encore en train de dormir. Le garçon introduisit la clé sans problème. Le salon était dans le noir. Il laissa tomber son sac et attendit un instant afin que ses yeux s’habituent à la noirceur de la pièce.

 Quand il put enfin bouger, il se rendit compte que le canapé avait été ouvert. Les amis de Shin avaient apparemment squatté sa maison. Avec silence, il passa près du lit canapé. Il ne put s’empêcher de jeter un œil pour voir l’intrus. Il reconnut les longs cheveux bruns de Ludwig, sinon il était tellement emmitouflé dans la couette qu’il aurait été difficile de savoir qui c’était.

 Une bonne odeur de café le mena directement dans la cuisine. Reï se trouvait installé au comptoir et prenait son petit déjeuner. En entendant, le garçon entrait, il se retourna surpris. Il lui adressa un sourire.

- Bonjour, Sawako.

- Ohayo ! Je ne savais pas que vous seriez présent.

- Que veux-tu ? Quand ils sont ensemble, il est difficile de les séparer. Étant donné dans l’état où ils étaient hier, il valait mieux dormir ici.

 Sawako hocha la tête affirmativement. Puis, il rebroussa ses manches et s’exclama :

- Bon, étant donné que je suis la nounou de cette maison à partir d’aujourd’hui, je vais faire le grand nettoyage. Et en premier lieu, nous allons réveiller en fanfare les gros lourdauds.

 Reï jeta un coup d’œil surpris sur le japonais. Il ne l’avait jamais imaginé aussi démoniaque. Un sourire esquissa ses lèvres. Heureusement pour lui, il avait eu la bonne idée de se réveiller tôt. Alors, reprenant une tasse à café, il encouragea le garçon.

 Sawako ne se le fit pas dire deux fois. Il commença par le salon. Il ouvrit en grand les rideaux, puis les volets. Il se rendit près de la chaine hi fi et trouva la station qu’il désirait. Il monta le son assez fortement faisant ainsi sursauter comme pas possible l’homme allongé sur le lit canapé. Ludwig lança tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait sur l’imbécile qui l’avait réveillé. En réponse, il reçut un coup sur la tête. Tout en frottant son crâne, il suivit le garçon transformé en démon se diriger vers les escaliers tenant entre ses mains une boule de poil noir et blanc.

 Il rétrécit ses yeux. Rien qu’à le regarder, Ludwig eut pitié pour les prochaines victimes. Il haussa les épaules et sourit avec délectation. Bon, ce n’était pas tout, mais il était où son Reï chou, maintenant ?

 Sawako se dirigea directement vers la pièce qui devait lui servir de chambre. Sans aucune pudeur, il y entra et alluma. Les deux dormeurs se réveillèrent comme pris en faute. Attitude très plaisante pour le garçon ! Sans faire attention aux quatre yeux qui l’observaient d’un air mauvais, Sawako ouvrit la fenêtre pour ouvrir les volets. Un courant d’air pénétra dans la pièce faisant grelotter un des deux hommes.

- Bordel, Sawako ! Referme cette fenêtre, grogna Nathaniel, se recroquevillant un peu plus dans sa couette.

 Le garçon se tourna vers le couple, malicieusement, faisant exprès d’être le plus lent possible pour la refermer. Un éternuement de la part de Luka le fit sourire encore plus.

- Mince, il n’est même pas neuf heures. Tu es cruel. Tu aurais pu nous laisser dormir encore un peu plus.

- Hors de question ! Vous squattez ma chambre. Et vu l’odeur, va falloir la désinfecter.

 Nathaniel se demandait sérieusement s’il pouvait se permettre d’étrangler ce petit démon, très mignon soit dit en passant. Sawako se dirigea vers la porte et avant de disparaître, reprit :

- Veuillez retirer les draps et les déposer dans la buanderie avant de sortir, je vous prie.

 Le grand blond, loin d’obéir au japonais, commençait déjà à laisser vagabonder ses mains vers son compagnon qui tentait de le repousser sans grande conviction. La tête de Sawako refit son apparition dans l’encadrement de la porte. Les deux hommes sursautèrent pris en faute à nouveau pour le plus grand plaisir du garçon.

- Et je vous prierai d’arrêter de faire vos petites affaires dans mon lit. Compris ?

 Sawako s’éloigna ayant bien du mal à retenir son fou rire. La tête du couple pris sur le fait étant trop drôle. Il lui restait une seule pièce à faire. Mais, arrivé devant la dernière porte, il eut un temps d’arrêt. Sa main tremblait quand elle toucha la poignée. Pourquoi se sentait-il si gauche avec lui ? Il ne lui faisait pourtant pas peur, mais pourquoi son cœur battait-il la chamade dans ce cas-là ?

 Le garçon inspira un bon coup et ouvrit avec fracas. Son geste ne fit même pas réagir la personne endormie. Le japonais en fut surpris. Shin devait avoir le sommeil vraiment lourd. Il se dirigea vers la fenêtre et ouvrit les volets comme précédemment, mais rien ne se passa non plus. Étrange ! Habituellement, cela fonctionnait toujours. Même son jeune cousin Toshio, un gros dormeur se réveillait en sursaut chaque fois qui lui avait fait ce tour.

 Sawako se rapprocha un peu du grand lit. Il eut du mal à déglutiner en apercevant le torse musclé et légèrement velu de Shin. Il avait gardé un léger hâle. Sans se rendre compte sur le moment, son regard glissa le long du torse pour s’arrêter à la lisière du drap qui cachait le reste du corps. Le reste devait être aussi séduisant que le haut. Sawako se secoua. Voilà qu’il laissait à nouveau son esprit vagabonder ! Un petit gémissement lui fit remarquer qu’il tenait toujours la vipère. Il lâcha l’animal qui sauta sur le lit droit sur le ventre de son propriétaire. Celui-ci se réveilla en grognant des incantations peu catholiques pour des oreilles sensibles.

Dans son geste pour repousser l’animal, le drap glissa un peu plus laissant voir plus de son anatomie. Shin sermonna la petite chatte qui n’en avait cure puisqu’elle préféra se lécher les pattes. Le jeune homme fronça alors les sourcils. Comment la vipère pouvait être ici ? Il tourna alors son regard vers la fenêtre et y aperçut le garçon qui se trouvait dans ses pensées depuis un bon moment.

Sawako avait le regard baissé et les joues rouges. Shin se demanda bien pourquoi avant de s’apercevoir que son drap avait glissé. Il le remit un peu en place avant de se pencher pour attraper le bras du garçon pour le faire chavirer sur lui. Le japonais poussa un petit cri de surprise. Il tomba dans les bras de Shin et ne parvint pas à se remettre debout de suite. Le jeune homme l’en empêcha en scellant sa bouche à celle du japonais.

Sentir à nouveau cette bouche lui donna le tournis. Dans un sens, Sawako voulait la repousser et en même temps, il voulait l’accueillir un peu plus. Ne sachant pas dans quel pied dansait, il laissa l’homme faire ce qu’il voulait. Shin ne se fit pas prier. Il insinua sa langue et titilla celle inerte du garçon. Il le poussait dans ses retranchements. Il prenait goût à ce puits sucré et inépuisable et quand la réponse se fit timidement, il l’appréciât encore plus enfin, jusqu’à que Sawako reprenne ses esprits et, ne le repousse en lui donnant un coup dans l’estomac.

Le garçon se redressa et s’éloigna le plus loin possible de l’individu dangereux. Il avait un peu de mal à reprendre son souffle et ses joues surchauffaient. Ses mains ressentaient toujours le toucher de la peau chaude de Shin. Elles tremblaient tellement qu’il les enfournât dans les poches de son jean. Pourquoi l’avait-il laissé faire ? Il n’avait jamais voulu que quelqu’un l’embrasse auparavant. Gaku avait toujours reçu des coups chaque fois où il avait essayé. Pourquoi était-ce différent avec Shin ? Qu’avait-il de plus ? Quand il le vit se lever nu, Sawako vira coquelicot et se détourna en grognant ce qui fit juste rire l’homme.

 Sawako préféra prendre la fuite et se retrouva devant Luka sortant de la salle de bain. En voyant les joues rouges du garçon, celui-ci ne put s’empêcher de s’exclamer.

- Aurais-tu vu le grand méchant loup ?

 Sans répondre, le japonais lui lança un regard furax et s’échappa vers le rez-de-chaussée. Luka émit un rire et pénétra dans la chambre de son ami qui s’habillait du mieux qu’il pouvait avec une vipère qui voulait s’amuser.

- Et bien ! Te voilà avec deux chatons, Shin. Vas-tu tenir le coup ?

- Avec cette demoiselle sans problème, mais l’autre loustic, mon petit cœur va finir par éclater. Luka ? Peux-tu me dire pourquoi je m’intéresse à ce gamin ?

- Je ne peux pas répondre à ton problème, Shin. Mais, je dois reconnaître que ce garçon a quelque chose qui attire. Il donne envie de le protéger et de le chérir, même si cette idée le hérisse au plus haut point.

- Haha ! Tu l’as remarqué aussi. Il a dû bien souffrir pour ne pas vouloir s’accrocher à quelqu’un.

- Mmmh ! Qui sait, peut-être arriverez-vous à soigner vos plaies ensemble ? Mais bon, pour cela il faut déjà que tu arrives à dompter ce chaton aux griffes acérées.

 Ils entendirent un grand bruit venant de la cuisine. Puis, la voix grondante de Sawako s’écriait mille et une incantations contre Nathaniel. Les deux amis se regardèrent avant d’éclater de rire. Luka reprenant son sérieux répliqua :

- Bon, j’y vais. Je vais ramener mon homme à la maison avant que ton chaton en fasse de la pâtée pour la vipère.

 Shin se laissa tomber contre le matelas en soupirant. Il porta une main à ses lèvres, rêveur. Il ne savait pas du tout où il allait, mais une chose était certaine, il désirait Sawako comme un fou et cela l’effrayait. La seule fois où il avait vraiment aimé quelqu’un de la même manière, il avait bien failli se détruire.