Discussion dans le salon : 22

 

 Carlin et Erwan réunirent les cinq étrangers pour leur parler de quelque chose d’important. Les garçons se demandèrent bien ce que cela pouvait être. Ils avaient peur d’être obligés de rentrer dans leur pays. Sawako attendait avec crainte un appel de son grand-père lui demandant de rentrer au pays. Il ne voulait pas. Il se sentait bien ici. Il avait des amis de différends d’âges et cela lui plaisait.

 Même, être de retour au lycée l’enchantait. Rendre service à Shin ne l’ennuyait pas non plus. Il avait l’impression d’être utile. Alors, la crainte de tout perdre le tenaillait chaque jour. Alors, il fut le plus surpris en entendant Carlin Oda leur demander s’ils désiraient rester en France.

 Ils se trouvaient tous les sept dans le salon buvant le thé ou le café servi par Renko. Les étrangers étaient installés dans les canapés face à un Carlin assis dans un fauteuil, et un Erwan juste derrière. Celui-ci ne disait rien pour le moment. Il observait plutôt les jeunes. Il essayait de déchiffrer leur expression. Les jumeaux s’exclamèrent qu’ils seraient ravis de pouvoir rester. Buzz et Charles se jetèrent un coup d’œil. Être en France leur permettrait de rester ensemble.

 Erwan esquissa un sourire moqueur. Ces deux-là faisaient croire qu’ils ne sortaient pas ensemble, mais il suffisait juste de les regarder pour le savoir. Son regard se tourna vers le plus silencieux, celui dont le regard semblait parfois à des milliers de lieues d’ici. Erwan se demandait sérieusement si ce n’était pas grave ces moments d’absences. Il devrait en parler à sa mère.

- Et toi, Sawako ? Interrogea Carlin qui avait également vu le regard absent.

 Le garçon sursauta et se mordit la lèvre.

- Euh ! Je voudrais bien rester encore un peu, mais je ne veux pas être une gêne.

- Idiot ! Si on vous le demande, c’est que vous n’êtes en aucun cas un problème pour nous. Alors, j’attends ? C’est oui ou c’est non ?

 Sawako sentit ses joues s’enflammer.

- Oui, souffla-t-il enfin.

- Bien ! Sachez tout de même qu’il y a une règle pour rester ici, expliqua Erwan. Premièrement, vous devrez continuer vos études jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Deuxièmement, le PDG de la Miori Corporation sera à partir de ce jour votre tuteur légal, enfin tant que vous resterez en France et sans travail. Tertio, si à la fin du diplôme, vous désirez continuer à vivre dans ce pays, il vous faudra un travail.

 Il les observa un moment en silence. Les jeunes hochèrent la tête pour montrer qu’ils avaient bien compris. Il reprit :

- Enfin, pour le tertio, vous aurez une possibilité de travailler pour la société de mon grand-père si cela vous plait. Personne ne vous forcera la main, mais je vous garantis maintenant pour vous rassurer. Si vous ne trouvez pas de travail, la compagnie vous en donnera.

 Sawako baissa la tête en soupirant. Il hésita, puis murmura :

- Je ne pense pas que grand-père acceptera. Sa compagnie est une de vos plus grandes rivales.

- C’est exact, Sawa. Mais, tu te trompes concernant ton grand-père.

 Surpris, le garçon ouvrit les yeux en grand et resta bouche bée.

- Je ne dis pas qu’il n’a pas fallu batailler pour lui faire entendre raison, mais ton grand-père n’a fait aucun souci. Il veut ton bonheur avant tout. Il a dit que c’était à toi de décider de ton destin. Le problème est venu de ton oncle Hisao. Une vraie tête de Turc, celui-là !

- Onii san ?

- Ah oui ! J’avais oublié que tu l’appelais grand frère. Oui, il a essayé de mettre le doute dans l’esprit de ton grand-père. Mais, finalement, tout s’est arrangé grâce à l’intervention de sa femme, raconta Erwan, avec un drôle de sourire. Je l’aime bien cette femme. On voit de suite qu’elle est une Oda ;

- Evidemment, les Oda sont les meilleurs, répliqua Carlin, les faisant rire.

- c’est génial si nous pouvons rester ici, s’exclama, Charles, enthousiasme.

 Il se gratta le crâne perturbé par quelque chose, puis il demanda :

- Tu as dit que le PDG de Miori corporation serait notre tuteur. Tu ne vas pas nous dire quand même que c’est toi ?

- Mais non, crâne d’œufs ! Ne mets pas le vrai PDG à la retraite ou à la morgue, banane, s’exclama Sawako juste à côté.

- Crâne d’œuf ? Banane ? Mais, ce n’est pas vrai, tu vas arrêter de m’insulter à chaque fois, lança Charles, en sautant sur le japonais. Celui-ci, écroulé de rire, repoussait sans difficulté les coups de Charles.

 Dans son fauteuil, Carlin regardait les étrangers rire aux éclats. Les jumeaux pariaient pour savoir lequel gagnerait, pendant que Buzz essayait de les calmer. Mal lui en prit, car il se fit rabrouer par l’anglais avec Sawako qui en rajoutait, mettant de plus en plus mal l’allemand.

- Je préfère de loin les voir ainsi, chuchota Carlin à Erwan.

 Il était bien d’accord avec le compagnon de son oncle. Il se pencha un peu afin que l’homme soit le seul à l’entendre.

- Il faudra que je te dise un truc plus tard concernant Sawako.

- Je sais déjà de quoi il s’agit, mon chou. Tu voudrais que je demande à Shin de le garder chez lui. Erwan, je crois qu’il a confiance en toi, tu devrais lui demander s’il aimerait faire des études dans la cuisine.

- Dans la cuisine ? Pourquoi donc ? Et puis, tu ne peux pas lui demander toi-même ?

- Oh lalala ! Cela en fait des questions ! Bon, dans l’ordre, la cuisine, parce qu’Akira assure que ce garçon a un vrai talent en cuisine, bien meilleur que mon Ren donc il doit être très doué. Pourquoi ? Bin, parce qu’il serait logique de le perfectionner dans cette matière et pourquoi c’est toi à le faire, parce que je l’ai décidé. Voilà !

 Erwan se redressa en secouant la tête. Le père de son Ange ne changera jamais. Ah lalala ! Carlin devait le faire exprès. Il en était sur. Il serait encore obligé de parler en tête à tête avec le japonais et son Luce lui fera encore une scène de jalousie. Il esquissa un sourire. Bah ! Pourquoi graillait-il au faite ? Il adorait voir Luce jaloux, il devait bien le reconnaître. Bon, il s’en chargera après ses vacances avec son ange.

- Sawako ?

 Les garçons arrêtèrent leur chamaillerie pour se tourner vers le propriétaire des lieux. Carlin ne put empêcher un sourire apparaître sur ses lèvres. Il reprit :

- Sais-tu, quel jour nous sommes ?

- Euh ! Un jeudi ?

- Tu fais exprès de jouer à l’idiot ?

- Peut-être bien.

 Carlin pinça les lèvres. Il était agaçant ce mioche.

- Bon, puisque tu veux jouer à l’idiot, tu es interdit de sortir aujourd’hui.

 Sawako ouvrit la bouche, stupéfait. Il secoua la tête. Cet homme était vraiment étrange parfois. Il haussa les épaules et répondit :

- Si cela vous chante. De toute façon où voulez-vous que j’aille ?

 Buzz, Charles et les jumeaux demandèrent s’ils pouvaient s’éclipser. Carlin les regarda sans aller sur la pointe des pieds, amusé. Le japonais se laissa glisser sur le sol et reprit son visionnage des carnets à dessin de l’artiste.

- Ne dois-tu pas aller chez Shin, aujourd’hui ? Demanda Erwan.

 Il vit des rougeurs sur ses joues apparaître.

- À ton avis, pourquoi la vipère est ici ?

- Sawa ? Un de ces jours, tu risques fort d’avoir la fessée.

 La tête posée sur son bras, Sawako tournait les pages sans regarder les deux autres personnes de la pièce.

- Je dois avoir un problème avec mes fesses. Je ne sais pas quoi, mais elles ont vachement de succès.

 Carlin émit un petit rire en apercevant l’air contrarié ou surpris d’Erwan.

- Erwan ne serait pas le seul à vouloir t’en mettre une ? Demanda Carlin.

 Sawako releva la tête en haussant les épaules.

- Non, Shin m’a déjà fait cette réflexion et puis la manie de Nathaniel a toujours me mettre la main aux fesses. Enfin, je suis rassuré, je ne suis pas le seul. J’adore quand il le fait à Akira. C’est trop drôle !

- Ah ! Je ne savais pas. Comment se fait-il que je ne sois pas au courant de ce fait ? S’indigna Carlin, presque vexé de ne pas être au courant.

- Ce n’est pas quelque chose qu’Akira aimerait crier sur les toits. Le plus marrant, c’est quand Matt est dans les parages.

- Mais euh ! Je veux voir !

 Erwan secoua la tête, en riant. Carlin ne changera vraiment pas. La porte du salon s’ouvrit violemment les faisant sursauter. Une tornade brune apparut. Elle s’élança vers le garçon toujours installé à la table basse. Contrairement à ce que les deux autres pensaient, elle ne toucha pas le garçon, mais celui-ci lui adressa un grand sourire. Erwan et Carlin se jetèrent un regard stupéfait. Le japonais pouvait facilement sourire, certes, mais un sourire aussi chaleureux était vraiment rare de sa part.

- Mon petit Sawa, je viens d’apprendre l’horrible nouvelle. Shin a eu l’audace de t’abandonner le jour même de ton anniversaire.

 Sawako grimaça. Il voulait oublier que ce jour-là était son anniversaire.

- Li chan ? Il ne m’a pas abandonné puisque de toute façon, il ne savait pas que c’était ma fête aujourd’hui.

- Ah bon ? Et pourquoi ne le cries-tu pas sur les toits ?

- Lina Miori ? La moindre des politesses serait que tu salues quand on rentre chez les gens.

 La jeune femme se tourna vers le compagnon de son frère et répondit :

- Ah ! Tu es là Carlin ? Je ne t’avais pas vu.

 Pour se faire pardonner, elle se releva pour le rejoindre et lui donna un rapide baisé sur la joue. Elle fit de même pour son neveu. Puis, elle se tourna à nouveau vers Sawako. Celui-ci était reparti à regarder le carnet à dessin. Elle fronça les sourcils. Il le faisait exprès celui-là !

- Sawa ! grogna-t-elle.

- Li chan, tu es aussi pénible que ton ex-mari !

- Ah ! Ne me compare pas à Shin, je te pris. Alors ? Il est où cet abruti ?

- Mais enfin, je ne suis pas sa nounou !

- Si tu l’es !

- Eh ! Vous allez arrêter de vous chamailler.

 Lina jeta un coup d’œil à Carlin et renifla. L’homme en fut estomaqué.

- On ne t’a pas sonné. Alors, Sawa ? Il est où pour que je l’étripe ?

 Sawako soupira avant de refermer le carnet et de le rendre à son propriétaire.

- J’aime beaucoup vos dessins, Carlin.

- Moi, j’aimerai bien que tu me tutoies.

- Nada. Pas envie, répliqua le japonais esquissant un sourire. Il savait bien que cela énervait l’artiste.

- Sawako ? Grogna de nouveau la jeune femme.

 Erwan observait en silence. Le japonais s’amusait aux dépens de Lina. C’était agréable de le voir ainsi aussi.

- Tu m’ennuies, Li chan.

- Mmmh ! Je comprends pourquoi on a envie de t’étrangler parfois.

 Nouveau sourire chaleureux.

- Bon, ce n’est pas tout ça, mais moi, je dois aller ennuyer mon homme. Il doit préparer deux gâteaux pour ce soir.

- Deux gâteaux ? Ah ! C’est vrai que c’est aussi ton anniversaire, Erwan.

- Franchement Lina ! Tu as vraiment le cerveau ramolli.

- Pfft ! Il n’est pas ramolli son cerveau, il est inexistant.

- Ah ! Mais… Aaaaaaaah ! Sawaaaa !

 Lina fonça à nouveau sur le japonais, mais cette fois-ci l’attrapa par le cou comme pour l’étrangler. Celui-ci n’arrivait plus à s’arrêter de rire. Avant de partir, Carlin s’exclama alors :

- Ah ! J’allais oublier. Si tu veux voir Shin, Lina, il sera là ce soir. Je l’ai invité pour l’anniversaire d’Erwan et celui de cet idiot !

- Je ne veux pas de fête ! s’exclama Sawako. De toute façon, je ne viendrais pas. Hors de question !

- Tu viendras même si je dois t’emmener par la peau des fesses, susurra Carlin en accentuant sur le dernier mot.

- Bordel ! Vous allez arrêter avec mes fesses, oui ! S’emporta, aussitôt, Sawako, le poil hérissé sous les éclats de rire d’Erwan et de Lina.