À l’hôpital avec Shin : 19

 

 Les jours suivants passèrent à une vitesse hallucinante d’après Sawako. Il ne les avait pas vus passer. Le lendemain de leur arrivée, Luce les avait emmenés dans son lycée. Ils furent intégrés dans sa classe aussi. Ils rencontrèrent ces propres amis également. Ils durent également accepter de porter un émetteur afin que la police sache chaque heure où ils se trouvaient.

 Les garçons l’acceptèrent non sans mal, mais ils reconnaissaient que leur vie étant en jeu, ils devaient se protéger. Ils durent également accepter de sortir en ville toujours accompagner d’un adulte et il fut décidé que ce serait soit Ludwig, soit Shin.

 Dans le courant de la semaine, Sawako rencontra Akira Soba, le meilleur ami du père de Luce. Cet homme lui faisait penser à Eiji. Sa première impression fut celle d’un homme prévenant qui pensait d’abord aux autres avant lui. C’était aussi très amusant de le voir gronder Shin comme si celui-ci avait encore cinq ans et non trente-six.

 Ce Shin, Sawako se sentait mal à l’aise face à lui. Il l’intimidait pas autant que Nao, mais presque. Il l’horripilait également. Il avait toujours l’impression que cet homme se moquait de lui. De toute façon, c’était un emmerdeur de première. Il faisait exprès d’entrer dans les pièces où il savait y avoir des couples, juste pour le plaisir de les interrompre. Les seules personnes qu’il n’ennuyait presque jamais étaient Renko et Carlin. Il se demandait bien pourquoi ?

 Mais avec ses jours passant sans encombre, il était difficile de croire d’être réellement en danger. Pourtant mal le leur en prit de le penser. Sawako se souviendrait encore longtemps de la peur qu’il avait eue à cette fin d’après midi. Il avait fait un caprice comme il aimait le faire. Il avait forcé Shin Soba à sortir en ville pour faire les magasins alors que quelques heures plus tôt, il avait refusé d’y aller avec Charles.

 Il s’était amusé à jouer le client plus que désagréable. Il voulait voir jusqu’à quel point, Shin serait capable de le supporter. Mais, l’homme n’avait pour ainsi dire jamais bronché. Il se moqua même du garçon. Sawako en avait été déboussolé. La plupart du temps, les gens se détournaient de lui et ne s’en préoccupaient plus. Même, Hisao n’avait pas autant de patience. L’attitude de Shin troublait sérieusement Sawako et encore plus quand l’homme lui avait tenu le poignet.

 C’était bien la première fois qu’il ressentait comme une décharge dans le bras. Il n’arrivait même plus à suivre ce que Shin lui disait. Et puis, il y avait eu l’accident. Shin avait beaucoup de chance d’après les médecins. Il n’avait eu qu’un bras cassé et une petite bosse à la tête. Sawako, maintenant, s’en voulait. Il se sentait responsable de cet accident. Le blessé avait beau lui dire qu’il n’en était rien. Il ne voulait pas le croire.

 Sawako en avait assez. À chaque fois, c’était pareil. Pourquoi devait-il se sentir aussi mal ? Sa grand-mère, il était sûr qu’elle lui dirait que tout ceci était de sa faute, parce qu’il existait. Une existence tellement impure qu’elle ne devrait même pas vivre, car elle détruisait tout sur son passage, comme elle l’avait fait avec Umi ou les Yamamato.

 Shin et Akira essayaient de le raisonner. Mais le garçon ne voulait pas les écouter. Il apprit ensuite que l’assassin avait tiré sur Renko, le père de Luce. Sawako s’apitoya à nouveau. Ce criminel faisait tout pour les affaiblir. Il fallait arrêter. Il devait trouver une solution pour que le mal arrête ces forfaits. Avec l’aide de ses frères de sang, il allait arrêter la folie de ce meurtrier.

- Arrête de froncer les sourcils ! T’es moche sinon.

 Sawako sursauta. Il avait encore laissé son esprit vadrouiller. Il soupira. Il regarda l’homme allongé sur le lit d’hôpital. Celui-ci s’agitait et n’arrêtait pas de fourrager ses cheveux bruns aux reflets caramel. Deux mèches rebelles lui retombaient toujours sur le front. Il tournait et retournait entre ses mains le livre que le japonais lui avait amené sous ces ordres.

- Mais, tu as fini. Voilà que tu recommences ! S’exclama Shin en secouant la tête.

  Il tendit un bras et donna une pichenette sur le front du japonais qui grogna.

- Aïe ! Ça ne va pas, ça fait mal. Vous êtes lourd. Vous devriez me remercier que je vienne vous tenir compagnie.

- Pfft ! Tu n’es pas mignon du tout. Je t’ai déjà demandé de me tutoyer.

- Je n’en ai pas envie. Et puis, je n’ai pas à vous plaire.

 Des bruits de pas retentirent derrière eux. Shin tourna son regard vers la porte et aperçut le reste du groupe. Il leur fit signe d’entrer. Les jumeaux s’approchèrent et sans aucun scrupule, Vincenzo entoura le cou de Sawako. Aussitôt, le garçon l’envoya boulet comme un malpropre. Shin hésitait à décrire le japonais. Parfois, il ressemblait à un adorable chaton prêt à sortir ses griffes et ses crocs et d’autre fois, à un serpent prêt à l’attaque. Il eut un petit sourire. Luce lui avait gentiment demandé s’il voulait bien prendre un de ses chatons. Maintenant qu’il avait son propre appartement, il avait fini par accepter. Il avait choisi le noir et blanc et l’avait appelé « La Vipère ».

 Évidemment, Akira s’était insurgé devant un prénom pareil, mais le jeune homme n’en démordait pas. Il observa les jeunes autour de lui. Les jumeaux taquinaient Sawako, pendant que Charles et Buzz discutaient à voix basse. Shin était sûr qu’il y avait anguille sous roche entre ces deux-là. Il avait parié avec Ludwig et Lina, d’ailleurs. Il avait toujours eu de la chance dans les paris, il était certain de gagner. Les autres, tant pis pour eux, ils devront donner le flouze.

 Quelque chose n’allait pas aujourd’hui. Il avait un mauvais pressentiment. Ces jeunes avaient beau être comme d’habitude, il se doutait que ce n’était qu’un masque. Ils avaient mijoté quelque chose entre eux. Il ne pouvait rien faire de toute façon. Carlin et les autres devaient le sentir également.

 Quand les jeunes décidèrent de partir, Shin les regarda sortir un par un avec inquiétude. Le dernier à partir fut Sawako. Il se retourna vers le blessé en arrivant à la porte.

- Prenez bien soin de vous, Shin-san.

- Demain, je sors, alors tu as tout intérêt à venir chez moi me faire la cuisine.

- Vous pouvez toujours crever.

 Shin gloussa, mais reprit son sérieux. Il lança :

- N’oublie pas de rester en vie. Je veux un steak tartare, demain.

 Sawako sursauta. Comment avait-il deviné celui-là ? Le garçon haussa les épaules et rejoignit ses amis qui attendaient à l’entrée de l’hôpital. Ils attendaient le dernier. Il ne tarda pas à arriver. Alors dans un bel ensemble, ils se mirent en route vers leur destin.

 Une demie - heure plus tard, Akira entra dans la chambre de son frère. Il vit celui-ci à moitié debout. Quand il le vit chanceler, il courut l’aider tout en rouspétant. Shin s’assit un instant sur le bord du lit pour reprendre son souffle. Que c’était agaçant d’avoir un bras dans le plâtre !

- Qu’est-ce que tu fabriques, Shin ?

- Je veux quitter cet hôpital.

- Mais enfin, tu sors demain. Tu ne peux pas attendre.

- Aki ! Ces gosses vont tout droit dans les pattes de cette folle. Tu peux rester tranquille en attendant des nouvelles de Jeff et des autres ? Où tu préfères savoir où ils se rendent ?

 Akira se troubla. Il aurait dû se douter. Jeff lui avait adressé un petit sourire triste tout à l’heure. Qu’est-ce qu’ils essayaient de faire, ces mioches ? Akira se passa une main dans les cheveux avant de se décider à amener les affaires de son frère et de l’aider à s’habiller.

- Euh ! Tu peux me dire comment tu vas deviner où ils sont.

- Grâce à nous, Aki chou !

 Akira grimaça à ce surnom. Il se retourna vers la porte et aperçut deux hommes de l’âge de son frère. Le premier Nathaniel Facter, un grand blond aux yeux gris et aux corps d’athlète était le fils d’une ancienne inspectrice de la Police et une amie, Gabriella Facter, quant au deuxième homme, Luka, tout aussi grand que le premier, mais dont la longue chevelure était d’un roux flamboyant, des yeux verts lumineux et un corps tellement mince et lisse que beaucoup le prenait pour une femme de dos était le petit frère de Mira Martin, une amie de lycée.

- Ah non ! Pas vous !

 Le grand roux s’approcha et s’assit à côté de Shin avant de le prendre dans ses bras.

- Mon Shin, pourquoi as-tu été embrasser le bitume ?

- Je voulais essayer pour voir.

- Mais enfin, si tu voulais embrasser quelqu’un, tu aurais pu venir nous voir.

 Akira porta une main à sa tête. Un mal de crâne approchait à grands pas. Il poussa un petit cri quand il sentit une main sur ses fesses. Il s’éjecta le plus loin possible du blond. Celui-ci souriait de voir le grand frère de son ami d’enfance rouge comme une écrevisse.

- Comment vont tes amours, Aki chou ?

- Bordel ! Tu vas arrêter de m’appeler ainsi !

- Aki chou ! Akiiiiiii chooouuu !

 Shin, malgré son inquiétude pour les garçons, ne put s’empêcher de rire de voir son frère mis à mal. Nathaniel avait toujours adoré ennuyer Akira et à le taquiner. En plus, il ne se gênait pas le moins du monde à lui faire des avances ou des sous-entendus devant Matt. Akira détestait ça et plus il détestait et plus Nathaniel continuait pour le plus grand plaisir de Shin.

- Luka ! Tu ne peux pas attacher ton chien en chaleur.

- Pourquoi ? N’est-il pas mignon ainsi ?

- S’il te plait, Luka ! Supplia Akira, rouge d’embarras.

 Luka porta une main à sa bouche comme pour réfléchir. Puis, il lança :

- Au pied, Nathan !

 Le bond se tourna vers son compagnon et fronça les sourcils. Le roux eut un petit sourire. Le blond haussa les épaules et arrêta son manège en se laissant tomber sur un siège. Akira respira beaucoup mieux et lança un regard noir à son frère.

- Alors, comment allez-vous savoir où se trouvent les garçons ?

- Facile avec leurs émetteurs, évidemment.

- Mais comment ? Vous n’êtes plus dans la police, je vous ferais dire.

- Aki chou ! Nous sommes des pros, voyons. Et puis, tu sais bien qui est notre tante. Où l’aurais-tu oublié ?

 Akira ouvrit la bouche de surprise. Il avait oublié. Quel idiot ! Nathaniel était le neveu de Justine Facter, la commissaire chargée de l’enquête avec Barrony.

- L’avantage d’être son neveu préféré, c’est qu’elle ne sait pas me dire non.

- De toute façon, il n’y a pas vraiment besoin de ses émetteurs. Cette femme, si elle veut exécuter ses victimes, doit se trouver un lieu loin des habitations où elle pourra faire ce qu’elle veut sans être dérangée. Si tu regardes cette ville, il n’y a qu’un seul endroit où elle pourrait être.

- Les entrepôts en dehors de la ville, près de la voie ferrée. Oui, c’est logique. C’est le seul endroit que la Miori corporation n’a pas encore réussi à mettre la main dessus, renchérit Shin.

- Alors ? Par quoi nous commençons ?

- On appelle Carlin sinon il va m’en faire voir des vertes et des pas mûres si nous le mettons de côté.

- Je serais là pour défendre tes jolies fesses, Aki chou.

- Occupe-toi de ceux de Luka, pas des miennes.

 Nathaniel émit un petit rire. Que c’était amusant de le mettre en boîte ! Il reçut un coup sur la tête. Il grimaça et grogna sur le coupable.

- Pourquoi me frappes-tu, Shin mon chou ?

- Arrête d’ennuyer mon frère, il va me faire une syncope et je devrais dire quoi après à Matt ?

- Bin, que son petit cœur a lâché à cause de mon éblouissante beauté.

 Ca y est son mal de crâne était arrivé. Pourquoi est-ce que tous les amis de son frère ou son ex-femme d’ailleurs, étaient-ils infernales, agaçants et casse-pieds professionnel ? Il voudrait bien le savoir pour s’immuniser. Il devra songer à surveiller de près les amis de Hans et de Kaigan. Son cœur n’en supporterait pas d’autre comme eux.

- Allez, on sort en douce, lança Shin, finalement.