La nouvelle menace ? : 08

 

  Après avoir fait connaissance avec son oncle et ses amis, Sawako dut retourner au lit à cause de la fièvre revenue. Il resta ainsi pendant plus d’une semaine. L’avantage chez Hisao était la présence d’un adulte à chaque heure. Dans la journée, Hisao se trouvait présent pendant qu’Emi travaillait et le soir, c’était l’inverse.

 Parfois, si ni l’un ni l’autre ne pouvaient être auprès du garçon, Eiji ou Nao prenait le relais. Sawako appréciait bien ce dernier. Il ne parlait pas souvent, mais lui lisait des histoires. Eiji, quant à lui, lui racontait des anecdotes amusantes, le faisant rire quelques fois. Il parlait beaucoup de son jeune fils, Ryuseï, de trois ans.

 Quand enfin, il put se lever tous les jours et put également se nourrir convenablement, il eut la visite de son grand-père, en compagnie de Toshio et d’Hanae. Les deux jeunes avaient fait des pieds et des mains liées pour accompagner Bunji. La jeune fille fut extrêmement triste quand voulant prendre Sawako dans ses bras, celui-ci s’était reculé.

 Hisao l’avait remarqué également. Le garçon ne supportait pas d’être touché, ni par une femme, ni par un homme d’ailleurs. Emi prit Hanae à part et la réconforta :

- Il faut juste lui laisser du temps, ma jolie.

- Mais, je ne comprends pas, Emi san. Je sais depuis peu que depuis trois ans, Umi onii san lui a fait du mal, mais jamais, il ne m’a repoussé. Pourquoi maintenant ?

- Parce que cette fois-ci, il a souffert plus qu’habituellement. Parce que la dernière personne à l’avoir fait du mal, était une femme.

 Hanae baissa la tête pour cacher ses larmes. La jeune Emi la prit dans ses bras et la cajola. Amèrement, Hanae songea que sa mère ne l’avait jamais prise ainsi. L’ironie, c’était qu’elle avait toujours envié Toshio pour ce privilège, qu’il rejetait avec violence maintenant. Quand il avait fini par apprendre la vérité sur son père, le garçon avait chaudement pleuré toutes les larmes de son corps. Chisa avait voulu réconforter son fils, mais celui-ci l’avait poussé et lui avait lancé des horreurs.

 Pour lui, il ne faisait aucun doute qu’elle devait se douter de ce qu’il se passait. Il lui en voulait d’avoir fermé les yeux, d’avoir été si faible. Depuis, il ne lui adressait même plus la parole. Chisa pleurait sans arrêt à rendre malade toute la maisonnée. Chisame ne l’a supporté plus. Bunji serrait les dents. Toshio et Hanae préféraient retarder le maximum pour rentrer dans la demeure familiale. Ils entrèrent tous deux dans un club. Hanae entra dans le club de tennis et Toshio, celui de base-ball.

 Cela leur permit d’avoir une excuse pour s’éloigner de la demeure. Bunji lui fut soulagé de savoir Sawako hors de cette maison. Il n’aurait certainement pas la même vitalité que celle qu’il avait maintenant. Bunji se trouvait dans le salon, buvant le thé servi par sa belle-fille. Le salon peint en blanc s’harmonisait avec le mobilier noir laqué et les fauteuils et le canapé rouge. Sur la table basse se trouvait une statuette de dragon jade au regard flamboyant.

 Sawako était entré dans la pièce silencieusement. Il avait enfilé un pantalon de toile kaki avec un chandail du même ton. Hisao avait réussi à lui brosser sa longue chevelure et l’avait natté comme la sienne. Grâce au soleil traversant la grande baie vitrée du salon, Bunji y aperçut les reflets bleutés d’Harumi dans le noir de jais. Son petit fils ressemblait de plus en plus à sa mère.

- Sumimasen, Ojii san.

 Le vieil homme leva les yeux vers son petit fils, très surpris.

- Pourquoi t’excuses-tu, mon garçon ?

 Sawako s’approcha et se tordit les doigts entre eux.

- De vous avoir donné du souci.

- Ne culpabilise pas, Sawako, gronda légèrement Bunji. Tu n’es pas responsable de ce qui est arrivé. Toute la faute en revient à Umi.

- Mais, si je vous avais appelé, si j’en avais parlé à d’autres personnes, au lieu de me taire. Peut-être que Toshio n’aurait pas toute sa famille éclatée par ma faute.

- Sawako ! s’exclama Toshio, en entrant dans la pièce.

 Il avait tout entendu. Il se planta devant son cousin.

- Ce n’est pas toi qui as éclaté ma famille. C’est Otou san et pas seulement pour ce qu’il t’a fait. Souviens-toi toutes les fois où il traitait Okaa san comme un chien. Toutes les fois où il me traitait de moins que rien. Il est le seul coupable. Alors, arrête de te faire du mal pour rien.

 Sawako baissa la tête. Il se mordait les lèvres pour ne pas pleurer. Il n’arrivait plus à tenir la promesse de ne plus pleurer. Il porta ses mains à son visage et essuya d’un geste de rage les larmes qui coulaient finalement sur les joues.

- Ah non ! Pleure pas, te plaît ! Je vais faire pareil et tu vas encore me traiter de pleurnichard sans cervelle !

 Tout en pleurant, Sawako ne put s’empêcher de rire en même temps.

- Sumimasen Toshio, je ne peux pas les arrêter, murmura-t-il, tout en reniflant.

 Emi et Hanae revinrent dans le salon et trouvèrent les deux garçons pleurants. La jeune tante secoua la tête et s’époumona les faisant sursauter.

- Haaaa ! La tête que vous avez tous les deux ! Horrible, on dirait que vous sortez tout droit d’un film d’horreur.

- Baka ! Balança Sawako, à l’attention d’Hanae.

 Par pure vengeance, elle lui donna un coup sur la tête. Il grimaça et lui jeta un regard noir. Les larmes furent oubliées. Il était revenu à lui. Le grand-père le remarqua. Sa fille avait le talent fou pour mettre le garçon hors de lui et lui faire oublier son chagrin.

- De quoi, je me mêle, Oba san.

- Mais, je vais t’arracher la tête si tu continues à m’appeler ainsi.

- Oba san, Oba san, Oba san.

- Haaaaaaaaaaa ! Sawa chan, je vais t’étriper et toi avec, par la même occasion.

- Hein ? Mais, je n’ai rien fait, moi ! S’indigna Toshio.

 Bunji se leva et sortit du salon en riant des chamailleries. Il se dirigea vers la cuisine où Hisao et sa femme se cachaient. Emi adressa un sourire à son beau père. Elle l’aimait bien même s’il cachait ses sentiments bien ancrés en lui. Elle l’invita à s’asseoir auprès de son conjoint.

- Tu es toujours d’accord pour le garder quelque temps, Hisao ?

 Le jeune homme posa ses coudes sur la table et observa son père. Celui-ci avait pris un petit coup de vieux. Enfin normal après quinze ans de silence ! D’ailleurs, Hisao n’en revenait toujours pas d’avoir son père dans sa cuisine. Il avait pensé ne plus jamais le revoir, mais heureusement, il avait eu tort.

- Oui, évidemment. Il a l’air d’être assez à l’aise ici. Il s’attend très bien avec Eiji et Nao. J’en suis presque jaloux.

 Bunji esquissa un sourire. Il se souvenait très bien des deux amis de son fils. Ils trainaient toujours ensemble à l’époque. Il semblerait que cela continuait.

- Je me souviens bien d’eux. Nao est un grand calme, toujours premier en classe d’ailleurs, tout le contraire d’Eiji et de toi. Enfin toi, c’était surtout parce que tu n’avais pas envie de faire un effort.

- Ha ! Ne m’en parle pas ! Nao aime bien nous le rappeler de temps en temps. Otou san ?

- Oui.

- Yamamoto sensei, le médecin qui a pris des prélèvements de sang à Sawako, nous a signalé que dans son sang, il y avait des traces de poudre rouge. Est-ce qu’Umi utilisait cette drogue sur Sawako ?

- Non, il utilisait un aphrodisiaque que tu peux te procurer facilement et il prenait de la cocaïne pour lui. Hisao, Sawako détient cette drogue dans le sang par Harumi. Même après toutes ses années, sa dernière analyse montrait encore quelques traces de la drogue du dragon. J’ai fait des recherches et son existence a été stoppée, il y a quelques années maintenant. Je ne sais pas comment ce professeur a réussi à s’en procurer, mais apparemment, il ne l’aurait pas utilisé que pour Harumi.

 Emi et Hisao se regardèrent stupéfait.

- Que veux-tu dire ?

- D’après les recherches, d’autres enfants sont nés avec cette drogue dans le sang. Et toujours d’après mes sources, ils sont tous nés soit par un viol, soit par un inceste.

- Oh ! Mon Dieu ! S’écria Emi, en portant une main à sa bouche. C’est horrible.

 Apercevant une ombre passait dans le regard de son père, Hisao demanda :

- Il n’y a pas que cela, n’est-ce pas ?

- Non, il semble qu’un assassin s’acharne à retrouver ces enfants et les tue en les vidant de leur sang.

- Kuso ! Tu veux dire que Sawako n’est pas encore libre. Il est encore en danger. Kuso ! Ne peut-on pas lui foutre la paix, à ce gosse ?

- Hisao Onii san ? Quelque chose ne va pas ?

 Les trois adultes se retournèrent en sursaut vers l’entrée de la cuisine. Sawako s’y tenait bien droit et observait chaque protagoniste. Il mordait les lèvres. Il était sûr qu’ils parlaient de lui, mais à voir leur tête, ils ne lui diront rien. Hisao esquissa un petit sourire avec un énorme effort. Il allait devoir demander à Nao et à Eiji pour l’aidé à veiller sur ce gamin qu’il avait fini par bien apprécier.

- Non, il n’y a rien de particulier, Sawa kun.

- C’est vrai ? Ce n’est pas un mensonge, hein ?

 Bunji songea que son petit fils était plutôt intelligent. Devait-il le mettre au courant ? Il jeta un coup d’œil à son fils, puis il se décida. Il fit un geste au garçon de le rejoindre à table et lui raconta tout en détail. Sawako frissonna en apprenant les meurtres. Il hochait la tête, puis il demanda :

- Ojii san ? Crois-tu qu’il sera possible de rencontrer quelques-uns de ces enfants ? J’aimerai rencontrer l’un d’eux. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que cela me ferait du bien. Enfin, c’est ce que je pense.

- Eh bien ! Je me renseignerais, mon garçon. Mais toi fais très attention et obéis à Hisao et à Emi chan.

- Ojii san ! Je ne suis pas un gosse de cinq ans. Je sais me tenir, pas comme Hisao Onii san.

- Hé ! Sale garnement ! Tu insinues quoi, là ?

- Une simple vérité, mon chéri, répliqua Emi en adressant un clin d’œil au garçon.

- Eh en plus, tu es d’accord avec lui ! Ouiiiiiiiiiiiiin ! Je vais me plaindre auprès d’Oda san.

- Ah non ! Ne va pas pleurer dans le giron de mon père, je n’ai pas fini d’entendre le sermon !

- Héhé ! Juste solidarité masculine, mon chou !

- Eh voilà ! Tu vois, Ojii san, ce n’est pas moi le gosse dans cette famille.

- Sawako ! S’offusqua Hisao, faisant les gros yeux.

 Tous les protagonistes de la cuisine éclatèrent de rire de bon cœur. Bunji pensa alors avoir eu raison de laisser le garçon entre les mains de son fils. Le voir rire ainsi réchauffait sérieusement son cœur mis à rude épreuve depuis quelque temps.