La présentation : 01

 

 Les Sanada, une famille plutôt riche dont la petite entreprise familiale avait réussi à faire un long chemin avant de devenir une multinationale dont la préférence allait surtout à l’informatique. À la tête de cette société, un homme d’une cinquantaine d’années, du nom de Bunji Sanada. Un personnage dont l’apparence mince et fragile, aux cheveux noirs grisonnants et au visage banal, cachait en réalité un homme de caractère, qui avait du mordant, de l’ambition, mais surtout ne montrait aucunement un semblant d’expression.

 Ces employés comme sa famille n’arrivaient jamais à déchiffrer à quoi il pouvait penser. Ils ne savaient jamais s’il plaisantait ou s’il se moquait ouvertement d’eux, s’il était en colère ou juste déprimé. Rien dans son attitude ne permettait de le savoir.

 Même, sa première femme Homi, maintenant décédée à la suite d’une longue maladie, ne l’avait jamais compris et aimé d’ailleurs. Leur mariage avait été arrangé entre leurs deux familles. De ce mariage, trois enfants étaient nés. L’aîné Umi avait maintenant vingt-six ans. Il était marié depuis plus d’un an et demi avec la jeune et jolie Chisa Omari et venait d’être papa pour la première fois également, d’un petit garçon du nom de Toshio.

 Beaucoup affirmaient qu’il ressemblait à son père Bunji, mais au niveau caractère, ce n’était pas le cas. Umi avait été un gosse très calme et pourri par sa mère. Homi faisait en sorte que son fils déteste son père et elle y était presque parvenue. Mais Umi avait beaucoup d’ambition et c’était plutôt un avantage d’être l’aîné de la famille. Alors, mieux valait rester en bon terme avec le père, n’est-ce pas ?

 Ensuite venait Hisao, un jeune homme âgé de vingt ans maintenant. Il avait la manie de porter les cheveux longs et colorés de façon très voyante. En ce moment, la couleur orange prenait le relai au bleu. Dès qu’il avait atteint ses dix-huit ans, il avait quitté le domicile familial. Il aimait bien son père, mais n’avait pas vraiment d’atome crochu. Sa mère avait toujours eu une préférence très nette pour son frère aîné. Hisao n’appréciait pas du tout son frère. Hisao ne le supportait pas et c’était réciproque. Il vivait dans un petit appartement en ville et travaillait comme hôte dans une boîte branchée. Un métier faisant hurler son frère adoré, bien évidemment !

 La petite dernière était Harumi, quinze ans. Une jeune fille plutôt calme et douce. Elle était souvent classée parmi les meilleures élèves de son collège. Elle était également la coqueluche des garçons. Enfin, elle était ainsi avant le drame. Elle adorait son père même si celui-ci ne lui montrait jamais son affection. Elle avait été une des rares personnes à le comprendre. Le fait d’aimer son père était un crime selon sa mère. Homi ne pardonna jamais à sa fille de préféré son père plutôt qu’elle. Elle se trouvait maintenant en soin dans un hôpital psychiatrique privé.

 Cinq ans après la mort de sa femme Homi, Bunji se remaria avec une femme beaucoup plus jeune. Un mariage toujours de raison, mais Chisame n’en demandait pas plus. Elle voulait avoir une vie sans souci financier et elle eut ce qu’elle voulait en épousant cet homme riche. Mais, pour mieux se l’attachait, elle lui fit un enfant, bien évidemment. Elle mit au monde une petite fille, du nom d’Hanae.

 Chisame se fichait royalement de sa fille comme elle détestait le reste des enfants de son conjoint. La seule chose qu’elle adorait était sa propre personne. Enfin, elle appréciait une autre personne, mais c’était un secret. Pas sûr que son mari accepterait de savoir que sa femme couchait avec son frère, Yasuo Sanada.

 Yasuo Sanada, petit frère de Bunji de trois ans de différence. Yasuo travaillait sous les ordres de son frère et il n’aimait pas du tout ce fait. Il avait autant d’ambition qu’Umi. D’ailleurs, ces deux-là s’entendaient plutôt bien. Il devait tout de même reconnaitre que son frère était un redoutable homme d’affaires, intraitable. Plus d’un s’était mordu les doigts en essayant de le contraindre.

 Yasuo avait épousé sa petite amie de l’époque de l’université. Haneki n’avait pas vraiment de caractère. Elle se laissait porter par la vie. La seule chose qu’elle adorait était ses fleurs. Ils avaient eu deux enfants. Kinmochi, un jeune homme de vingt-deux ans, faisait des études de médecine et Mayu, dix-huit ans, préférait de loin les sorties en boîtes, les achats compulsifs de vêtements plutôt que les études.

 Et maintenant, une autre personne venait d’arriver au sein de cette famille. Le petit Sawako, âgé de quelques semaines, fut remis en main propre à Bunji Sanada. Il était le fils d’Harumi. La jeune fille, pour une raison inconnue, avait soudainement changé. Elle était devenue folle et avait tenté de poignarder son père. Elle fut ainsi internée dans un asile afin d’être soignée. C’est dans ce lieu que quelques semaines plus tard, les médecins constatèrent sa grossesse. Bunji refusa l’avortement recommandé par le médecin.

 Une enquête fut mise en place pour savoir ce qui avait bien pu arriver à Harumi. La police en enquêtant, dans le lycée Sakura, apprit des faits très étranges. Ils apprirent ainsi le suicide d’un élève et retrouvèrent un de ces professeurs assassinés. Bunji demanda un prélèvement ADN et ils apprirent ainsi que le professeur en question était le père biologique du petit Sawako.

 Sawako ? Bunji décida de l’appeler ainsi. Il n’expliqua pas la raison pour avoir donné le prénom d’une fille à son petit-fils, mais il n’en démordit pas. Alors, le petit garçon fut appelé Sawako Sanada. Il ordonna ensuite à sa femme de s’occuper de l’enfant jusqu’à nouvel ordre.

 Chisame en fut horrifié. Lui demandait à elle de s’occuper de ce marmot, était hors de question. Elle n’élevait déjà pas sa propre fille, elle ne voyait pas pourquoi elle ferait une exception pour ce… ce… déchet. À peine arrivée dans leur grande maison, elle éjecta pour ainsi dire le nourrisson dans les bras de la nourrice.

 Celle-ci, Akina devait déjà s’occuper de la petite Hanae. Elle fit donc la grimace en se voyant obliger de prendre soin également de cet enfant. Mais, bien sûr, elle ne répliqua pas et fit le geste d’accepter cet honneur. Une chambre dut être transformée en chambre d’enfant. Bunji décida de transformer celle près de la chambre de sa fille. Étant donné l’ordre, Chisame fit le nécessaire en serrant les dents.

 Elle ne comprenait pas pourquoi son époux offrait à ce marmot une aussi belle chambre, mais elle n’osa pas poser la question. Elle se plaignit simplement auprès de son amant. Celui-ci essaya tant bien que mal de la réconforter. Son frère agissait toujours à sa façon et personne ne pouvait le comprendre.

 Sawako grandit ainsi doucement dans cette demeure où sa grand-mère invitait beaucoup de monde les week-ends. Les enfants n’y étaient pas les bienvenus et devaient rester dans leur chambre ou dans la salle de jeu. Chisame emmenait de temps en temps sa fille afin de la montrer à ses proches amies, laissant le jeune garçon seul dans la salle de jeu, sans surveillance.

 Elle avait peut-être toujours espéré qu’il arrive quelque chose à Sawako, mais malheureusement pour elle, en grandissant, Sawako se révélait être un garçon calme et silencieux. Non pas qu’il ne savait pas parler, mais il sentait bien qu’il n’était pas aimé. Même, sa nourrice ne le supportait pas. Elle lui faisait sentir ce rejet de différentes manières.

 Hanae se révélait être une vraie petite peste tout comme sa mère. Il lui arrivait de faire de petits coups en douce afin de faire accuser ensuite Sawako. Elle avait beau avoir seulement un an de plus que lui, elle avait très bien compris que les adultes ne l’aimaient pas. Mais, elle se méfiait aussi. Elle avait bien remarqué parfois que son père jetait des coups d’œil sur Sawako. Alors, parfois, elle s’amusait à minauder afin d’attendrir le cœur de son père et surtout pour qu’il ne regarde qu’elle. Bunji ne se laissait pas attendrir pour autant.

 Parfois, elle entendait sa mère raconter que Bunji se rendait à l’hôpital psychiatrique pour voir sa sœur Harumi. Hanae ne savait pas du tout qui était cette Harumi. Elle ne se souvenait pas l’avoir déjà vu et pourtant tout le monde disait qu’elle était sa demi-sœur. Pourquoi ? Qui était-elle ? Et pourquoi sa mère semblait horrifiée en parlant de cet hôpital ?

 Elle n’avait jamais rencontré son frère Hisao, non plus. Mais, d’après sa mère, ce garçon était un déchet tout comme Sawako. Un déchet ? Que voulait dire ce mot ? Mais, bon, elle avait compris quand même qu’Hisao était détesté par sa mère et son oncle Umi comme l’était son camarade de jeu ou son souffre-douleur.

 Sawako lui aussi écoutait certaines conversations. En grandissant, il avait vite compris que savoir déchiffrer certains commentaires ou expressions lui permettrait de sortir de certaines situations sans problème. La plupart du temps, il se faisait oublier, surtout si sa grand-mère était dans les parages. Elle criait sans arrêt. Elle lui donnait mal à la tête à force.

 Il aimait bien la mettre mal à l’aise aussi. Quand il se trouvait dans la même pièce qu’elle, pas souvent cela dit, il s’amusait à la suivre du regard. Elle n’aimait pas du tout cela. Elle criait ensuite sur Akina afin que celle-ci lui enlève ce déchet de sa vue. C’était le surnom que lui donnait sa grand-mère. Encore trop petit pour savoir réellement ce que cela voulait dire, mais comprenait aisément que ce n’était pas quelque chose de très joli.

 Parfois, il enviait un peu Hanae, même si l’envie de la frapper lui venait un peu trop souvent ces derniers temps. Au moins, sa jeune tante avait une maman. Il avait encore un peu de mal à imaginer que Hanae était en fait sa tante. Pfft ! C’était bien dommage que les enfants ne pussent choisir leurs parents. La vie était vraiment mal faite.