Chapitre 1 :

 

           Quelque chose ne tournait pas rond chez lui ! Qu’est-ce qui n’allait pas ? Était-il devenu tellement blasé qu’il ne pouvait même plus réagir face à ça ? Daisuke rentrait tranquillement chez lui après deux semaines d’absences pour le travail, il était exténué, le dos douloureux. Il avait attendu ce retour avec impatience et voilà le résultat !

 

            La première chose qu'il fit en entrant dans son appartement fut de se déchausser et de jeter sa veste sur le canapé. Il fut tout d’abord surpris de l’absence de son compagnon avec qui il vivait depuis huit mois maintenant. Il se dirigea vers la cuisine, en soupirant. Il avait pourtant envoyé un message pour le prévenir de son retour.

 

            Son regard tomba sur l’évier. Samuel avait encore oublié de faire la vaisselle avant de sortir. Daisuke fronça les sourcils. Pourquoi y avait-il deux couverts ? À l’instant, un bruit retentit. Daisuke fit demi-tour. Il se dirigea en grande enjambée, vers le couloir menant à la chambre. Sur le chemin, il trouva quelques vêtements. Il pinça les lèvres.

 

            Arrivé devant la chambre, il inspira un bon coup et l’ouvrit avec fracas faisant ainsi sursauter les deux protagonistes prenant leur pied dans SON lit. Les deux coupables se camouflèrent rapidement sous le regard de braise du géant. Daisuke mesurait un mètre quatre-vingt-dix-huit. Il avait la corpulence d’une armoire à glace. Les deux amants coupables ne savaient plus où se mettre. Le jeune homme ne savait pas s’il devait rire de la situation ou en pleurer.

 

            Il pourrait éventuellement se mettre en colère, mais il n’en voyait même pas l’intérêt. Il était juste dégouté encore une fois. Décidément, sa vie amoureuse n’était en rien comparable avec son succès au travail. Son compagnon tenta de se justifier en bafouillant, mais Daisuke n’écoutait déjà plus.

 

            Daisuke fourragea ses cheveux brun coupé court. Toujours silencieux, il fit demi-tour. Il reprit sa veste sur le canapé et se rechaussa. Finalement, il se tourna vers son compagnon qui l'avait rejoint. Il s'exclama d’une voix très calme, mais aussi froide qu'un glaçon.

 

— Quand je rentrerai, je veux que tu aies disparu de cet appartement. N'y remets plus jamais les pieds. Me suis-je bien fait comprendre ?

           

            Sans attendre de réponse, Daisuke sortit en claquant la porte. Il inspira un bon coup et descendit les trois étages par les escaliers afin de calmer ses nerfs. Non pas qu’il était violent. Ses connaissances savaient très bien qu’il en était incapable. Il détestait par-dessus tout les arts de combat, bien qu’il était ceinture noire de karaté. Il travaillait également dans la police secrète.

 

            Il se dirigea vers le parking afin de gagner sa Mercédès rose fuchsia. Il était vingt heures passées, mais il faisait toujours une chaleur étouffante. Il soupira fataliste. Il se rendit dans le seul endroit où il se sentait chez lui enfin seulement quand sa jeune cousine n’avait pas de petit ami. Il fallait toujours qu’elle se choisisse des imbéciles et des homophobes.

 

            Elle habitait dans un petit appartement avec une seule chambre depuis l’arrestation de son ex-mari. Elle y vivait tranquillement avec son jeune fils. Elle lui avait laissé la chambre et elle dormait dans un clic-clac dans la pièce principale. Se trouvant au chômage, elle vivait grâce aux allocations familiales. Daisuke avait bien essayé de l’aider, mais celle-ci ne voulait rien entendre. Une vraie tête de mule.

 

            Son arrivée si tard ne troubla aucunement la jeune femme, tellement elle était habituée à le voir arriver souvent à l’improviste. Elle l’invita à pénétrer dans son modeste appartement et l’invita à s’asseoir dans un fauteuil. Eryna se dirigea vers la petite cuisine attenante et prépara du café. Daisuke observa autour de lui. Tous les meubles présents étaient de la récupération. Les murs étaient garnis de dessins en tout genre. Le jeune homme sourit. Le fils de sa cousine était un vrai petit génie. Il repéra quelques nouveaux dessins.

 

            Eryna déposa une tasse devant son cousin et s’installa face à lui. Celui-ci la remercia. Il se sentait bien ici. C’était plus chaleureux que chez lui et bien plus vivant.

 

— Où est le microbe ?

 

            Eryna sourit. Daisuke adorait son fils, bien qu’à une certaine époque, il avait bien du mal à le voir à cause de son ex-mari.

 

— Il prend un bain.

 

— Et ton petit ami actuel ?

 

            Eryna perdit le sourire. Daisuke se mordit la lèvre. Oups !

 

— Nous avons rompu. Je ne sais plus quoi faire, Dai ! Carlin devient infernal et les fait fuir comme la peste.

 

            Daisuke haussa les épaules.

 

— Que veux-tu que je te dise, Eryna ? Tu sais très bien ce que j’en pensais de ton petit ami.

 

— Daisuke ! On ne va pas remettre ça sur le plateau. Tu les détestes parce qu'ils sont homophobes.  Et ce n’est pas parce qu’ils le sont qu’ils seront comme Oscar !

 

— Mmmh ! Ah ? Et que feras-tu si ton fils a réellement un penchant pour les hommes ? Comment réagiront tes petits amis ? A-t-on avis ? Leur étroitesse d'esprit lui rappelle des souvenirs qu'il aimerait oublier.

 

            Eryna baissa la tête en soupirant. Elle allait répliquer à nouveau quand la porte de la salle de bain claqua. Peu de temps après, une petite boule d’énergie arriva en courant et cria le nom de son grand cousin.

 

— Daisuke !

 

            Le jeune fils d’Eryna sauta dans les bras du grand gaillard. Daisuke serra contre lui son jeune cousin qu’il adorait. Carlin, du haut de ses huit ans, se mit à rire tout content, et s’installa d’office sur les longues jambes. Eryna sourit malgré elle. Elle aimait bien voir son fils rire pour un rien. Depuis deux ans, elle le voyait rarement sourire ou rire. Il le faisait le plus souvent quand Daisuke était présent.

 

            Eryna en était légèrement jalouse de ce lien entre eux deux. Elle se sentait exclue. Elle avait souvent peur que Daisuke ne lui vole son fils. Elle ne pourrait plus jamais en avoir à cause de son ex-mari. Et elle avait bien failli le perdre aussi.  

 

— Alors, Daisuke ? Qu’est-ce qui t’amène dans notre demeure ?

 

— Pfft ! Maman, le Dai, il s’est fait encore jeter.

 

            Daisuke sursauta avant d’éclater de rire.

 

— Sale petit fripon !

 

            Carlin se tortilla comme un asticot en se faisant assaillir par les chatouilles tout en pouffant.

 

— Je ne me fais pas jeter, c’est moi qui jette.

 

— Trop nul, le Daisuke ! Continua de plus belle le gamin.

 

— Petit garnement !

 

            Carlin hoqueta de rire avant de se calmer et de se serrer un peu plus dans les bras du géant. Il se sentait bien là. Il se sentait en sécurité. Daisuke lui enlevait toujours ses cauchemars. 

 

— Encore ! S’exclama Eryna.

 

— Quoi encore ! Je m’en vais deux semaines et me voilà cocu !

 

            Eryna grimaça et se mordit la lèvre pour ne pas rire devant la mimique de son fils qui se moquait ouvertement de la tête de son cousin. Daisuke s’en rendait compte et pour se venger, lui faisait le coup du shampooing.

 

— Arrête Daisuke ! Tu vas me décoiffer !

 

            Eryna regarda l’heure et s’exclama :

 

— Carlin, il est temps d’aller te coucher.

 

— Na ! Je ne veux pas.

 

— Carlin !

 

            Le garçon tourna ses yeux vers sa mère et comme d’habitude depuis plus de deux ans, la jeune femme eut un geste de recul. Carlin avait hérité des yeux noirs comme des abysses de son père, un homme violent et criminel. Non, seulement il avait battu sa femme, mais il avait également poignardé son jeune fils de trois coups de couteau et tuait une pauvre fleuriste. Depuis, Eryna avait peur de ses yeux.

 

            Daisuke le savait, mais sa cousine ne remarquait pas que son attitude blessait beaucoup son fils. L'enfant ne comprenait pas encore la raison du geste de recul de sa mère. Carlin leva les yeux vers son cousin. Celui-ci lui adressa un sourire rassurant.

 

— Daisuke ? Tu veux bien faire dodo avec moi ?

 

— Carlin ne fait pas l’enfant ! S’exclama sa mère.

 

            Le garçon se leva, les yeux larmoyant. Il se dirigea vers sa chambre en trainant des pieds. Daisuke se leva et suivit son cousin. Eryna eut une exclamation et lança :

 

— Dai ! Arrête d’accéder à tous ses désirs, il est intenable après.

 

            Le jeune homme s’approcha de sa cousine et lui donna un baiser sur la joue.

 

— Laisse-le faire des caprices autant qu’il veut, Eryna. Il demande juste de l’attention et du réconfort.

 

— Pourquoi ne me le demande-t-il pas à moi ? Je suis sa mère.

 

            Daisuke se releva et haussa les épaules.

 

— Tu le sais très bien, mais comme je te connais, tu le nieras pendant très longtemps. Espère juste qu’il ne finisse pas par te détester.