Les révélations : 80

 

 Les journaux parlèrent pendant des jours de l’arrestation du fameux Dracula. Beaucoup furent surpris d’apprendre que le criminel était une femme, la police n’ayant pas révélé qu’à l’origine Saphira Folker avait été tout d’abord un homme. Baronny, d’ailleurs, fut agréablement surpris de s’apercevoir que les journalistes n’avaient pas trouvé le pot aux roses.

 Les journalistes ne parlèrent pas non plus des sept garçons responsables de son arrestation. Non pas qu’ils n’étaient pas au courant, mais ils leur avaient été explicitement interdit d’en parler. Rares les fois où le gouvernement mettait son grain de sel dans les histoires que pouvaient raconter les journalistes, mais cette fois-ci, ils le firent et se firent très bien comprendre.

 Certains songeaient à un gros scoop, mais étant donné que l’avertissement venait de tous les pays où Dracula avait agi, ils comprenaient aisément qu’ils s’attaqueraient à trop gros poisson. Baronny pensait que de toute façon, ce serait cherché une bête noire là où il n’y en a pas. Le gouvernement mondial agissait toujours comme il le voulait et personne n’arriverait à le faire changer. Tel était le monde et bien qu’il y avait de sérieux problèmes avec tous ces attentats ou ces guerres dans certains pays, il aimait tout de même vivre sur cette planète.

 Allan Harnett et Saphira Folker répondirent sans discuter à toutes les questions posées par les enquêteurs. Ils s’étaient bien amusés, mais la partie était terminée pour eux. Ils ne voyaient pas pourquoi ils cacheraient certaines choses. Allan avoua qu’avec quatre de ses anciens camarades de fac, ils avaient décidé de créer une race parfaite. Ils avaient imaginé de différentes manières de procéder, mais un jour lors d’une de leurs expériences, la drogue rouge, celle surnommée la drogue de Dragon, fut créée. L’un d’eux accepta de servir de cobaye. Ces amis lui injectèrent la drogue et lui demandèrent de faire certaines choses. L’un d’entre eux prenait des photos. Le lendemain, le cobaye ne se souvenait plus de rien, mais preuve à l’appui, il dut constater avec joie que cette drogue leur apporterait richesse avec facilité. Celui-ci en cachette des autres, la revendit à un trafiquant de drogue de Thaïlande. Elle arriva alors très vite sur le marché noir comme une nuée de sauterelles.

 En même temps que la drogue faisait surface, la grippe faisait des ravages sur les enfants dans le pays et dans d’autres également. Le gouvernement, pour essayer d’éradiquer le phénomène, envoya divers médecins dans toutes les écoles afin de vacciner tous les élèves. C’est en constatant la confiance absolue des élèves que l’idée de jouer avec eux commença à germer dans son esprit. Il en avait discuté avec ses amis et ils furent tous d’accord. Ainsi pendant plusieurs années, il s’amusa de temps en temps avec certains lycéens. Ses amis, eux aussi, le faisaient dans leur pays d’origine, l’Allemagne, Italie, l’Angleterre et le Japon.

 Baronny lui demanda alors pourquoi leur petit jeu avait atteint les États-Unis. Allan répondit simplement avoir séjourné là-bas pendant quelque temps. Un jour, il constata que certaines victimes étaient immunisées avec cette drogue. Il avait cherché la raison, mais rien n’indiquait le pourquoi du comment. Il arrêta donc son amusement pour trouver la réponse à ce phénomène. Il se servit pour l’occasion de son propre fils. Il espérait en faire un garçon parfait, mais ce fut un véritable échec. Alors, il se mit à observer de loin les enfants nés de ces expériences et là l’horreur !

 Ces enfants, certes, possédaient pour la plus grosse partie d’un potentiel intellectuel bien plus élevé que la normale. Ils étaient également très doués en sport et tombaient rarement malades. Leur immunité était des plus remarquable. Mais, ces enfants n’étaient en rien une race parfaite, pure. Ils avaient une tare, la même que celle de son stupide fils. Plus ils grandissaient et plus il constata son échec. Il décida alors de les supprimer de l’équation, ainsi que toutes les preuves. Ces amis furent d’accord et petit à petit, des meurtres commencèrent. Baronny demanda où se trouvaient ces amis maintenant.

 Allan expliqua qu’il les avait éliminés de l’équation. Il donna leurs noms afin que l’inspecteur vérifie auprès de la police des pays en question. Les personnes se trouvant dans les voitures folles, étaient des personnes qui les avaient aidés à un moment donné, comme Luis et Lou, les complices de Saphira. Ces personnes voulaient les quitter sans préavis, alors il avait ordonné à Saphira de les punir.

 En regardant l’inspecteur droit dans les yeux, il avoua ne rien regretter. Il avait adoré sa vie dans ce bas monde. Il avait réussi pendant des années à se jouer des humains et il en était fier. Son seul regret fut que son imbécile de fils n’ait pas réussi à éliminer les derniers insectes nuisibles et qu’il soit encore en vie.

 Par contre concernant la mort de David Ashton, il affirma sans fléchir de ne pas en être l’auteur. Il ne le connaissait pas. La seule personne qui l’avait intéressé dans cette famille était Ashley. Son fils ne comptait pas. C’était juste un déchet à éliminer. Alors, l’enquête fut ouverte à nouveau. Ils cherchèrent auprès des femmes que David Ashton fréquentait. La police interrogea la future ex-femme de Joris Chavigne. Eliéra accepta de répondre sans difficulté. Elle n’avait rien à se reprocher. Elle avoua donc sans une hésitation qu’elle avait bel et bien était la maîtresse du défunt, mais non, elle ne l’aurait pas tué. Elle n’en voyait pas l’intérêt. Pourquoi tuait un homme doué pour le sexe ? Elle leur avoua tout de même qu’une certaine personne n’avait pas du tout apprécié d’être jetée comme une malpropre. Son orgueil démesuré en aurait pris un sacré coup.

 Baronny ne chercha pas longtemps. D’après les dires d’Alexis Lepers, sa mère agissait bizarrement depuis quelque temps. Quand la police arriva au domicile des Lepers, elle rencontra le père Lepers dans tous ses états. Il venait juste de retrouver sa femme morte dans la baignoire. Elle se serait tailladé les veines.

 

 Chez les Oda Miori, la vie reprit son rythme habituel. Carlin manigança avec Erwan afin de pouvoir garder les jeunes étrangers dans le pays. Il se battit afin de pouvoir donner une meilleure vie à ses jeunes dont certains n’avaient pas eu une existence très heureuse depuis leur enfance. Il n’eut aucune difficulté avec les autorités italiennes et allemandes, mais le Japon et l’Angleterre se firent tirer les oreilles. Finalement au bout de plusieurs semaines de conciliabules, les papiers furent faits. La France acceptait sans aucun problème la présence de ces cinq jeunes à la seule condition de finir leur étude lycéenne, ensuite universitaire et d’avoir un travail aussitôt diplômé.

 Erwan remit tous les papiers requis par le gouvernement. La société Miori Corporation prenait en tutelle les cinq garçons. Ils pourront se perfectionner dans les matières qu’ils préféraient et déboucheraient dans un métier au sein de l’entreprise. Le plus heureux des cinq fut surement Sawako. Il ne savait pas par quel miracle Erwan avait réussi cet exploit, mais il aurait une dette éternelle envers lui.

 Carlin leur demanda de venir vivre avec eux faisant plaisir ainsi à Luce. Son fils, depuis l’arrestation de Saphira Folker, faisait souvent des cauchemars. Il se réveillait la nuit en hurlant comme un fou. Heureusement à chaque fois, Erwan était là pour le rassurer et le calmer, si celui-ci ne pouvait être présent, Carlin prenait sa place. Mili expliqua calmement à Carlin que son fils devrait rencontrer un psychologue. Bien sûr, cela mit en grande fureur Carlin. Son fils n’était pas fou et il ne voyait pas pourquoi il devrait aller voir un de ces malades.

 Finalement, il céda face à son propre fils. Celui-ci réconforta de lui-même son père. Il allait juste parler avec cette personne. De plus, la visite se faisait à domicile et non au cabinet. À la première entrevue, Carlin ne voulut pas laisser son fils seul avec le psychologue. Celui-ci le comprit aisément et il fut même amusé du côté papa-poule.

 Petit à petit, Carlin n’y assista plus étant donné qu’il fut accaparé par ses nouveaux locataires. Il s’entendait très bien avec Charles. Le jeune Anglais se révélait être beaucoup plus remuant qu’il ne l’avait montré jusqu’alors. Il adorait par-dessus tout ennuyer le grand Buzz. L’allemand se trouvait être plutôt maladroit et timide, tout le contraire de Charlie l’asticot comme le surnommait Sawako. Les jumeaux furent ravis de pouvoir voir Asia Amory tous les jours. Ils purent ainsi recommencer leur manège.

 Jeff ne retourna pas vivre avec sa mère. Ashley ne lui en voulut pas le moins du monde. Il lui avait dit ses quatre volontés. Elle serait toujours sa mère et même si elle n’avait pas toujours été parfaite, il ne lui en voulait pas. Mais, il voulait qu’elle pense à son propre bien-être. Elle avait veillé sur lui pendant toutes ses années sans penser à elle. Il voulait que cela change. Il était grand maintenant, il avait des amis en cas de problème, alors elle pouvait faire ce qu’elle voulait.

 Elle accepta la recommandation de son fils, mais avant cela, elle discuta longuement avec Akira et Matt. Ceux-ci la rassurèrent en précisant qu’ils veilleront sincèrement au bien-être de son fils. Elle voulut également discuter avec Quentin. Elle lui confia qu’elle avait toujours deviné les sentiments de Jeff à son égard, mais comme elle jouait un mauvais rôle, elle n’avait rien laissé paraître. Elle annonça ensuite vouloir faire le tour du monde et dut promettre à son fils de l’appeler de temps en temps et de lui envoyer des cartes postales. Avant de s’en aller, elle se rendit au cimetière afin de faire ces adieux à David. Elle pleura même sur le sort de cet homme qu’elle avait épousé juste pour le faire sortir de la rue. Il n’avait jamais eu de famille, les foyers d’accueils avaient tous été horribles avec lui. Elle lui avait donné la chance de se remettre en selle, mais peut-être était-ce déjà trop tard pour lui à l’époque ?

 Luce se remit d’un coup après la nouvelle sur la mort de madame Lepers et de sa responsabilité sur le meurtre de David Lepers. Elle avait laissé une lettre expliquant qu’elle avait drogué le jeune homme avec un aphrodisiaque, mais qu’elle avait mal doser et David avait fait une overdose. Paniquant, elle s’était souvenue des meurtres et elle avait utilisé le pistolet qu’elle avait toujours dans son sac. Alexis en fut anéanti. Certes, il avait parlé de sa mère à l’inspecteur, mais jamais il n’avait vraiment imaginé qu’elle en était réellement la responsable. Au moins, le suicide de madame Lepers permit au père et au fils de se rapprocher.

 Luce, Edward, Jeff et Quentin vinrent soutenir leur ami, sans parler d’Ashanti. Elle n’aurait pas pu laisser son petit ami dans le désarroi. La plus grosse surprise d’Alexis fut peut-être la présence des cinq étrangers. Il ne les connaissait pas encore vraiment bien, même s’ils accompagnaient souvent Luce. Ils avaient toujours été tendance à rester entre eux, mais ils semblaient que l’expérience qu’ils avaient eue les avait légèrement transformés. Ils avaient finalement compris qu’ils étaient enfin libérés de leur passé.

 La langue de vipère du Japonais et les sarcasmes de Jeff le déridèrent rapidement. Il avait la chance d’avoir les meilleurs amis du monde. Il n’aurait pas pu rêver mieux. Sans parler du Démon quand celui-ci faisait son apparition sans prévenir. Celui-ci, d’ailleurs, en profita pour l’embarquer jusqu’à sa Société et le mettre entre les mains de sa secrétaire afin de le faire bosser.