La contre-attaque est proche : 76

 

 La journée de cours se passa sans la moindre anicroche. Le soir, accompagné de ses amis, il se rendit à l’hôpital. Il s’en voulait un peu. Pas en rapport avec son père, mais au sujet d’Erwan. Dans l’après-midi, à l’heure de la pause, Erwan l’avait appelé pour l’informer qu’il viendrait le chercher.

 Pour la première fois, Luce avait refusé. Et pendant toute la durée de la pause, il avait dû argumenter comme pas possible pour se faire entendre de l’étudiant. Luce craignait trop que l’assassin s’en prenne également à Erwan, également. Alors, le mieux était d’éviter d’être en sa présence en dehors de sa maison.

 Mais, le faire comprendre à une bourrique comme l’étudiant, c’était un vrai casse-tête. Finalement, Sawako avait piqué le portable des mains de Luce et s’était expliqué de façon pas très tendre avec Erwan. Le japonais n’y allait pas de main morte dans son langage. Et étant donné la réaction de Sawako, celui-ci avait réussi à avoir le dernier mot.

 Luce avait adoré l’expression du Japonais. Sa jubilité, quand enfin, il s’était rendu compte de son exploit, avait clairement détendu l’atmosphère lourde dans le groupe. Le garçon espérait sincèrement qu’Erwan ne lui en tiendrait pas trop rigueur pour l’avoir repoussé.

 Sur le chemin le conduisant, lui et ses frères de sang, vers l’hôpital, Luce aperçut au moins trois fois la silhouette de Saphira Folker. Celle-ci ou celui-ci, il ne savait pas vraiment comment le décrire, se montrait au groupe pour leur inciter une certaine frayeur et leur montrait qu’elle pouvait les trouver quand elle le voulait.

 Mais, ce que cet assassin ne savait pas, la peur ne les touchait en aucune façon. Ils étaient préparés à lui faire face un jour ou l’autre et le plus tôt serait le mieux. Par précaution, ils avaient également fait en sorte que leurs amis du lycée ne les accompagnent pas. Jeff avait eu un mal de chien à renvoyer son Quentin chez lui.

 Il l’avait menacé des pires représailles sans que cela ne l’atteigne. Finalement, ce fut grâce à Charles que Quentin accepta à rentrer chez lui avec une tête d’enterrement, évidemment. Charles refusa de dire ce qu’il avait dit au garçon.

 Arrivée enfin à l’hôpital, Jeff se sépara du groupe pour rendre visite à sa mère, Sawako lui alla voir Shin pour s’assurer qu’il se portait bien. Quant à Luce, il se rendit directement vers la chambre de son père. Il fut agréablement surpris et tout heureux de le voir réveiller.

 Il ne put empêcher ses larmes de couler et sanglota dans les bras de son père Renko. Celui-ci, attendri, caressait les cheveux de son fils. Carlin observait la scène avec un léger sourire sur les lèvres. Quand Luce releva la tête, Carlin l’attrapa et le serra contre lui. Il lui effaça les dernières traces de larmes.

- Allons, arrête de pleurer. Je n’ai pas envie de me faire remonter les bretelles par Erwan.

 Luce esquissa un sourire un peu triste.

- Il n’est pas là. Il doit même être en colère, d’ailleurs.

- Ah ! Qu’as-tu fait pour mettre mon neveu dans cet état ?

- J’ai refusé qu’il vienne me chercher et ensuite, il a discutaillé avec Sawako. C’est la première fois qu’il perd contre quelqu’un d’autre.

 Carlin émit un petit rire.

- Aurait-il trouvé plus fort que lui ?

- Sawako lui a juste dit qu’il devrait arrêter de jouer les chiens de garde pour me protéger parce que de cette façon, il m’affaiblissait encore plus. Il a dit aussi qu’il devrait aussi comprendre que s’il voulait me protéger, c’était mon cas également. Et pour finir, Sawako a répliqué ensuite qu’en agissant comme un abruti, il me faisait de la peine et m’angoisserait deux fois plus.

- Mmh ! Ce garçon n’a pas sa langue dans sa poche. J’adore, s’exclama Carlin.

- Et toi, Luce ? Qu’en penses-tu ? Demanda Renko.

 Luce posa son front sur le torse de son père Carlin.

- Je ne veux pas qu’il lui arrive aussi une bricole. Elle joue avec nous. Elle veut nous affaiblir, mais nous ne voulons pas être ses marionnettes. Sur la route, nous l’avons croisé trois fois. Elle ne fait rien. Elle nous observe avec un sourire. Mais, elle a tort de croire qu’elle nous fait peur. Plus, nous la voyons et plus, nous voulons que tout s’arrête. Pas parce que nous avons peur d’elle, mais pour arrêter sa folie.

- Tu as bien grandi, mon Luce, murmura Carlin, une petite tristesse dans la voix.

 Luce releva la tête vers son père et lui adressa un fin sourire.

- Peut-être bien. Mais, je serais toujours ton bébé, papa. Toujours, toujours.

 Carlin serra ses bras autour de son fils en criant doucement.

- Mon bébé d’amours, toujours, toujours.

 Renko émit un petit rire en les voyants, mais finit par grimacer. Il finit par grogner.

- Évitez de me faire rire, vous deux ! Ça fait mal.

 Les deux hommes de sa vie s’élancèrent vers le lit et chacun s’installa sur un coin de lit. Ils s’excusèrent d’une même voix. Renko se mordit la lèvre pour éviter de rire à nouveau. Il lâcha :

- Vous êtes des bakas !

- Chouette, je ne suis plus le seul de la famille, s’exclama, alors Ludwig en pénétrant dans la chambre, en compagnie de Reï et du jeune Ashula.

- Qu’est-ce que vous fichez là ?

- Papa Ren, comment tu nous parles ? s’exclama Reï, en s’approchant du lit à son tour. Dès que l’on a appris ce qu’il s’était passé, nous sommes revenus.

- Mince, en laissant le boulot de baby-sitting à Shin, je n’aurais jamais imaginé qu’il aurait un accident. Je voulais juste lui faire changer les idées.

 Luce se redressa et s’approcha vers le neveu de son père Carlin. Il leva les yeux vers la grande silhouette.

- Tu es un idiot Lud. Mais, en même temps, tu as eu une bonne idée.

- Microbe ? Ne me traite pas d’idiot ! Je deviens un vrai génie quand je veux.

- Ne rêve pas. Tu ne pourras jamais arriver à ma cheville, répliqua, aussitôt, Carlin.

 Il se leva et se rendit vers le petit garçon en fauteuil roulant. Il se pencha et donna un baiser sur le front. Ashula lui adressa un magnifique sourire en récompense.

- Carlin ? Tu pourras me lire une nouvelle histoire pour m’endormir ce soir.

 Les adultes attendaient la réponse. Reï et Lud avaient appris que Carlin n’était pas rentré chez lui depuis la veille. Les sourcils de son père étaient froissés. Luce le savait contrarié. Il hésitait.

- Papa ? Tu peux rentrer maintenant. Papa Ren va bien. Il a besoin de calme pour reprendre des forces. Il sera plus tranquille s’il te sait à la maison.

 Carlin se tourna vers son fils adoré pour répliquer, mais son regard se porta sur le lit. Ren lui souriait. Carlin soupira. Il avait compris.

- Promis, Ashula. Je te raconterais une nouvelle histoire. Voyons, peut-être celle d’un idiot et de son musicien. Qu’en dis-tu ?

 Ludwig et Reï se regardèrent, hallucinés. De quelle histoire parlait-il là ?

 

 Quand ce fut la fin des visites, Carlin accepta avec une légère réticence de rentrer avec Ludwig. Luce lui refusa catégoriquement. Il rentrait en compagnie de ses amis. Buzz, Charles et les jumeaux avaient rejoint Sawako dans la chambre de Shin. En les retrouvant, il les entendit éclater de rire.

 Shin savait leur parler comme s’ils étaient égaux à lui. La différence d’âge ne se voyait plus. Luce l’avait toujours constaté avec les amis de son père. Même, tante Mili avait tendance à leur parler de la même manière qu’avec des adultes. Elle les jugeait déjà adulte responsable. Peut-être est-ce dû à Erwan ? L’étudiant avait grandi plus vite que ceux de son âge.

 Luce soupira. Il se mordit les lèvres. Il n’aimait pas être en froid avec Erwan. Il sentit deux bras lui entourer le cou. En levant les yeux, il croisa deux paires d’yeux marron foncé.

- Que t’arrive-t-il, mon chou ? Demanda Juan.

- Bah ! Connaissant Luce, il doit se morfondre de n’être pas avec son démon préféré, renchérit Vincenzo. Je me trompe ?

 Luce hocha la tête. Il soupira de nouveau.

- Bah ! Ce n’est pas comme si tu ne le revois plus. Baka ! s’exclama Sawako. Mais, au moins, pour le moment, il n’est plus dans nos pattes.

- Tu es cruel, Sawako, lança Charles, les rejoignant en compagnie de Buzz, toujours silencieux.

 Sawako attrapa la tête du plus petit du groupe et lui fit un shampooing de ses poings. Charles cria et se débattait, mais sans succès.

- Charlie, Charlie ! Si tu me cherches, tu vas me trouver.

- Sawako ! Si tu continues, son cerveau va ressembler à de la bouillie, murmura, alors Buzz, de sa voix plutôt grave.

 Le japonais finit par relâcher l’anglais décoiffé. Celui-ci tira la langue à son ami avant de se tourner vers le géant à ses côtés et lui donna un coup de pied dans le tibia. L’allemand grimaça sous le coup et baissa son regard vert vers la petite chose.

- Des Anglais dans ton genre, je les écrase.

- Mais, bien sûr ! Ce n’est pas parce que tu es grand et taillé comme un ours que tu me fais peur.

 Luce les observa un instant en silence. Pourquoi aimaient-ils se chamailler entre eux ?

- Bon, on fait quoi maintenant ? demanda Jeff, les rejoignant en dernier.

- Bien, nous passons à l’attaque, je suppose, répondit Juan.

- Et on fait comment ? Interrogea Charles.

- Nous allons à sa rencontre. C’est évident, reprit Luce.

- Nous devons trouver le lieu idéal, murmura Sawako.

- Dans un parc, proposa Jeff. Il y en a un pas très loin d’ici. À cette heure, il devrait y avoir moins de monde.

- Bon, ok ! Alors en avant. Espérons de réussir à faire déjouer les plans de cette folle. Même si ma vie jusqu’à maintenant, n’était vraiment pas joyeuse, et que peut-être devrais-je retourner dans mon enfer quotidien, je ne veux pas mourir maintenant, répliqua Sawako.