À l’hôpital : 75

 

 Malgré les problèmes de la veille, Luce et ses amis retournèrent tout de même au lycée. Luce aurait voulu aller à l’hôpital voir son père, mais Thalia n’avait rien voulu entendre. Au téléphone, Mili l’avait rassuré sur l’état de santé de leur père. Alors, son jeune frère pouvait très bien attendre la fin des cours pour rendre visite.

 Luce partit en trainant des pieds, mais ses amis parvinrent à lui faire oublier ses angoisses. Edward recommença à voler le cahier bleu afin de le faire réagir et cela marcha comme sur des roulettes. Évidemment, il se fit frapper, mais ce n’était rien pour avoir le droit à un sourire.

 Carlin, quant à lui, ne quitta pas une seule fois le chevet de son homme. L’infirmière en chef tenta bien de le raisonner, mais la seule chose qu’elle réussit de faire, fut de le mettre en colère. Elle dut faire appel au Docteur Miori pour le calmer. Pourtant une chose très facile à faire, sans l’aide d’un médecin comme l’affirma Mili, il suffisait juste de le laisser là où il se trouvait.

 Finalement, ce fut Akira qui parvint tout de même à le faire bouger le lendemain. Il insista tellement pour qu’il aille se restaurer que Carlin finit par accéder à sa demande, en compagnie de Mili, afin de le surveiller. Akira promit de rester au chevet de Renko tout le temps de son absence.

  Mili emmena son ami au self service de l’hôpital. Tout le long du chemin, elle se faisait arrêter par des patients ou par leurs familles. Ils voulaient prendre de ses nouvelles.

 Sa Mili adorée était très appréciée par ses collègues de travail et par ses patients, même son côté excentrique plaisait, surtout avec les enfants. Carlin pouvait s’avouer être très fier et admiratif de la carrière de sa meilleure amie, la seule femme dont il était amoureux, tout comme Akira.

 Un amour platonique, mais véridique ! Renko et Matt ne montrèrent jamais de jalousie envers Mili. Quant à Youji, le frère de Renko et le mari de la demoiselle, il avait dû accepter ce fait. Mili l’aimait énormément, mais dans son cœur, il devait accepter la présence de deux autres. Au fil du temps, il n’y songeait même plus et de plus, il devait la partager deux fois plus maintenant, avec ses enfants.

 Et puis, sa Mili sans Carlin et Akira dans les parages pendant trop longtemps, s’ennuyait mortellement et devenait invivable. Dans un sens, Youji Miori confirma bien que son jeune fils Erwan avait bel et bien hérité de ce caractère de sa mère.

 Carlin jeta un coup d’œil à sa meilleure amie discutant avec une vieille dame. Il n’y avait pas à dire, elle était toujours la plus belle femme du monde à ses yeux, enfin après sa mère Eryna évidemment. Carlin se mordit les lèvres. Il devrait l’appeler. Elle lui en voudrait s’il ne la prévenait pas pour Renko.

 Mili rejoignit son ami et le vit froncer les sourcils. Mauvais présage ! Elle lui tira le bras et l’emmena rapidement vers la cantine à moitié vide à l’heure actuelle. Elle en fut soulagée. Ils se servirent au comptoir, puis ils choisirent une table dans un coin tranquille.

 Dès la première bouchée, Carlin s’exclama :

- Ah ! Ce n’est pas bon !

 Mili lui jeta un coup d’œil et sourit en le voyant engloutir son repas.

- Cela ne t’empêche pas de dévorer ton assiette.

- J’ai juste faim alors je mangerais n’importe quoi ! Le cuistot devrait prendre des cours avec Ren. Au moins, ses repas sont de vrais délices.

- Mmmh ! Ren serait vraiment content d’apprendre que tu aimes sa nourriture.

 Carlin stoppa sa fourchette à quelques centimètres de sa bouche et regarda Mili, surpris.

- Ne sois pas si stupéfait ! Tu ne lui dis jamais rien.

- Mais… je mange tout ce qu’il me fait. Il devrait le savoir depuis tout ce temps.

- Bien sûr qu’il le sait, mais tu pourrais lui dire de temps en temps. C’est toujours plaisant d’entendre des compliments. Venant de toi, il les savourerait.

 Carlin se sentit rougir. Il tourna sa fourchette dans son assiette. Mili, l’observant, se mit à rire.

- Je n’y crois pas. A ton âge, tu continues de rougir comme un adolescent. Enfin, c’est plutôt mignon. Tu ressembles à Luce ainsi.

- Je prends cela pour un compliment.

 Il se tut un instant avant de reprendre sur un autre ton.

- Je m’en veux, Mili.

- Ah ! C’est nouveau ! Et pourquoi ?

- Je m’en veux d’avoir giflé Luce hier.

- Mmmh ! C’est vrai que pour ce coup là, tu nous as épatés.

 Carlin posa sa tête entre ses mains et gémit.

- Mais ! Je m’en veux.

- Pourquoi donc ? Luce ne va pas en mourir et puis, toutes les fois dans le passé où il aurait bien mérité une fessée.

- Hein ? Mon Luce est un Ange, Mili. Il est parfait !

 Mili éclata de rire.

- Mais bien sûr ! Aucun gosse n’est parfait, Carlin.

- Si mon fils ! Sinon ton fils ne l’aurait pas choisi.

- N’importe quoi ! Qu'est-ce que tu peux en sortir des âneries parfois ! Carlin, j’ai peur qu’il arrive quelques choses à ses jeunes. J’ai vu le regard de Sawako hier ainsi que celui de ton fils. Ils vont faire quelque chose de dangereux. Je le sens.

 Carlin baissa la tête. Il se mordait les lèvres. Il soupira.

- Je le sais, Mili. À leur place, je ferais quelque chose aussi. Mais devons-nous les arrêter ? Avons-nous le droit ? J’ai peur aussi, très peur d’ailleurs. Mais, je ne peux pas empêcher mon fils de faire ce qu’il doit faire. Je me rends compte à quel point il a grandi. Nous ne ferions que les braquer et cela pourrait leur causer plus de tort.

- Mais enfin Carlin, tu envoies ton fils à l’abattoir.

- Ne dis pas ça, Mili ! Je prendrais sa place s’il le fallait, mais je ne peux pas. Comme je ne peux pas prendre la place de Renko sur ce lit d’hôpital. Je ne suis pas sans cœur, j’aime mon fils et tu le sais très bien. Mais, c’est son choix. Que crois-tu que cela lui fait de voir cet assassin s’attaquer à sa famille, à ses amis ? Comment réagirait-il si par malheur cet assassin s’en prenait à Erwan ?

 Mili sentit son cœur se serrer. Erwan lui avait déjà dit que cet assassin l’avait envoyé dans le décor et qu’il n’en avait pas parlé à Luce. Elle comprenait très bien pourquoi. Elle était même d’accord avec ce que Carlin lui disait, mais elle ne pouvait l’admettre.

- Je dois faire confiance à mon fils et aux garçons. Je ne veux pas qu’ils leur arrivent quoique se soit.

 À cet instant une infirmière fit son apparition et fit un signe à la doctoresse. Mili s’excusa auprès de son ami et se rendit auprès d’elle. Carlin soupira et regarda son dessert. Il hésitait, mais le repoussa. Sa faim était partie depuis belle lurette. Il porta une main à sa tête. Un mal de crâne commençait à se former. Il allait se passer quelque chose, il le sentait. Que devait-il faire ?

 Il en était là de ses angoisses quand il sentit une main sur son épaule. Il leva les yeux vers Mili. Elle lui souriait.

- Tu peux retourner dans la chambre. Il t’attend.

 Les yeux noirs se mirent à briller et comme un fou, il s’échappa de la cantine sans un regard en arrière. Mili secoua la tête, exaspérée et fataliste. Un véritable ouragan celui-là, mais pour rien au monde, elle ne voudrait le changer.

 Renko ouvrit aussitôt les yeux en entendant la porte s’ouvrir à nouveau. Il les tourna et se retrouva engloutir par les deux perles noires qu’ils aimaient par-dessus tout. Il adressa un pauvre sourire et murmura d’une voix un peu pâteuse.

- Désolé de t’avoir fait une peur bleue.

 Carlin posa son front sur le bras de son homme et s’exclama :

- Baka ! Pourquoi tu t’excuses ? Baka ! Baka !

 Renko pouvait sentir les larmes couler sur son bras.

- Arrête de pleurer, je vais bien.

- D’abord, je ne pleure pas, s’exclama Carlin, en reniflant.

 Renko esquissa un sourire, amusé.

- Comment va Luce, Carlin ?

- Bien, aux dernières nouvelles, il est en cours. Je l’ai giflé, Ren.

- Ah ! Et tu t’en veux maintenant. Toi aussi mon ange, tu es baka.

 Carlin se redressa et observa Ren. Il avait repris des couleurs. Carlin esquissa un sourire.

- Non, moi je suis un génie.