La nouvelle attaque : 74

 

 D’après Mili Miori, Shin aurait eu beaucoup de chance. Quand Akira arriva à l’hôpital comme un fou en apprenant l’accident, songea également que son petit frère devait vraiment avoir une bonne étoile. Le grand frère ne put s’empêcher de sourire en voyant Shin se chamailler avec un adolescent têtu comme une mule.

 Mili, à son côté, soupirait et s’exclama :

- Depuis tout à l’heure, Shin essaie de convaincre Sawako qu’il n’est en rien responsable de l’accident. Mais rien à faire, le garçon ne démord pas.

- Quand tu m’as appelé, j’ai vraiment cru que c’était beaucoup plus grave, mais on dirait qu’il est en pleine forme.

 Mili jeta un coup amusé à son meilleur ami. Akira était et le serait toujours une vraie mère poule pour son frère, même s’il affirmait le contraire. Apercevant une ride au niveau du front, la jeune femme déposa un baiser sur la joue de son ami. Celui-ci, étonné, la regarda surpris.

- Arrête de te faire du mauvais sang, Aki. Il va bien. Il a juste une belle bosse et un bras cassé. Il a eu beaucoup de chance. Allez viens, je t’offre un horrible café.

 Akira jeta un autre coup d’œil à son frère qui sermonnait encore une fois le jeune japonais. Il soupira. Il n’y pouvait rien s’il s’inquiétait toujours autant pour son frère, mais c’était lui qui l’avait élevé quand ses parents étaient partis vivre à la campagne. Il se souvenait encore de la période de la mort de Hans Jordan. Il avait réellement cru perdre à jamais son petit frère. Pourtant, il avait fallu qu’il commette la pire chose pour s’en sortir.

 Akira se secoua un bon coup. Non, c’était le passé, il fallait oublier tout comme Shin devait reprendre sa vie en main. À l’époque, il aurait dû empêcher Shin et Lina de commettre la bêtise qu’ils avaient faite en se mariant. Tout le monde savait que ce mariage était voué à l’échec, mais personne n’avait osé s’en mêler. Les échecs permettaient de mûrir et de grandir.

 Mili emmena son ami dans son bureau. Akira se laissa tomber dans un des fauteuils et accepta avec une grimace le jus de café qu’elle lui offrait avec le sourire. Akira regarda autour de lui. La pièce était peinte en blanc cassé, les meubles à dossier posaient un peu partout dans la pièce regorgeaient de dossiers sur les patients. Certains tiroirs étaient grand ouverts. Le bureau très large était recouvert de multitude de papiers en tout genre. Akira se demandait comment son amie pouvait se reconnaitre dans tout ce fourbi.

- As-tu prévenu Carlin et Barrony ?

- Évidemment, je n’ai pas très envie de me faire incendier par mon adorable Carlin, Aki.

 Elle se laissa aller contre le siège et finit par raconter.

- Shin a précisé que la conductrice du véhicule était bel et bien cette Saphira Folker.

- Arg ! Pourquoi n’arrive-t-il pas l’arrêter ? Que fous la police !

- Il n’y a pas que cela Aki. Erwan aussi la vu aujourd’hui.

 Là voyant mal à l’aise, Akira fut intrigué. Il avait croisé Erwan en fin d’après-midi, et il se portait comme un charme, bien qu’il semblait contrarier.

- C’est-à-dire ?

- Il l’a vu sur la route le menant à la société. Elle l’a envoyé dans le décor. Mon Dieu, Akira ! Cette femme ou homme peu importe, elle s’amuse avec nous. Elle ne s’attaque pas aux gosses, elle s’en prend à nous. Elle veut les déstabiliser. Elle veut les rendre responsables des accidents sur les personnes qui sont proches d’eux.

 Akira se passa une main fébrile dans ses cheveux bruns. Ce Dracula y arrivait très bien. Il suffisait de voir le refus de Sawako. Le garçon se sentait responsable de l’accident. Si par malheur, Erwan avait eu quelques séquelles, Luce s’en serait voulu également.

 À cet instant un coup à la porte retentit et une infirmière fit son apparition. Elle ne s’excusa pas du dérangement, elle expliqua aussitôt l’urgence.

- Docteur Miori venait vite ! Un nouveau patient vient d’être admis pour blessure par balle.

- Le Docteur Marco n’est-il pas de service ?

- Si docteur, mais c’est lui qui vous fait demandé. Il a dit que vous voudriez être celle qui s’en occupe.

 Intriguée, la doctoresse se leva rapidement et se rendit sur les lieux suivi d’Akira. En apercevant les accompagnateurs, Akira sentit son cœur s’arrêtait un instant. Il fonça vers la salle d’attente. Là, il reçut de plein fouet un corps en sanglot. Il le serra avec tendresse. Puis, il leva les yeux vers la grande silhouette de l’étudiant qui serrait un Luce bien étrangement silencieux.

- Que s’est-il passé ?

- Oncle Ren revenait des courses. Nous sommes allés le rejoindre pour l’aider et là, un coup de feu a retenti et oncle Ren s’est écroulé.

 Le corps contre lui tremblait. Akira resserra son étreinte. Carlin ne disait rien, il pleurait. Jamais, il ne l’avait vu ainsi. Habituellement, il s’agiterait, crierait qu’il retournerait ciel et terre pour retrouver celui ou celle qui avait fait ça, mais là, aucune réaction. Qu’arrivait-il à la boule électrique ?

- Il ne va pas mourir, hein Akira ? Ren ne va pas mourir.

- Mais non, triple andouille. Jamais, il ne te laisserait tout seul. Tu le sais bien.

 Luce s’éloigna d’Erwan et rejoignit Akira et son père. Il posa sa tête contre l’épaule de celui-ci et chuchota :

- Pardon papa. C’est à cause de moi si papa Ren a été blessé.

 Carlin se redressa et se tourna vers son fils. Pour la première fois, le père leva la main sur son fils. Akira et Erwan regardèrent la scène complètement hallucinée. Qu’est-ce qui lui prenait ? Luce, les yeux brillants de larmes, regarda son père sans comprendre. Pourquoi était-il si furieux ? La voix de Carlin froide et cinglante fit frissonner toutes les personnes qui l’entendirent.

- Ne redis plus jamais que c’est de ta faute. Je t’interdis même d’y penser une seule seconde. Tu crois que Ren en serait heureux si nous t’accusions ? Le seul fautif est ce criminel.

 Luce éclata enfin en sanglots et se jeta dans les bras de son père. Carlin le serra avec toute la tendresse dont il pouvait. Il essayait par tous les moyens de ne pas pleurer à nouveau, mais pas chose aisée n'est-ce pas ? Surtout que la vie de son compagnon était en jeu. De plus, il se sentait mal à l’aise. Il n’avait jamais aimé les hôpitaux. Du bruit retentit à l’entrée. Maeva, Reï, Thalia et Ludwig venaient de faire leur apparition. Ils rejoignirent leur père et leur Ange pour une très longue attente, avec les nerfs à vif assez rapidement avec leur père Carlin qui retrouvant sa hargne habituelle, redevint le pire cauchemar des infirmières.

 Finalement après une attente infernale, Mili réapparu les traits tirés, mais satisfaite. Elle s’approcha de Carlin aussitôt et le rassura sur l’état stationnaire de Renko. Celui-ci lui sauta dans les bras et elle eut droit à un baiser faisant rougir les plus pudiques d’entre eux.

 Bien sûr, ils voulaient rendre visite au blessé toujours dans le coma pour l’instant. Le seul problème en fait et ce qui perturbait toujours Carlin. L’infirmière du secteur de réanimation ne voulut rien entendre. Le blessé avait le droit à une seule visite. Étrangement, Carlin laissa sa place à son fils. Luce entra dans la chambre recouverte d’habits spéciaux. Apercevoir son père allongé, pâle comme la mort, avec des tuyaux, lui amena les larmes aux yeux. Son père Carlin avait beau lui dire qu’il n’était en rien responsable de la folie de ce Dracula, il ne pouvait s’empêcher de songer d’en être en partie coupable.

 Il savait bien que c’était stupide. Il savait aussi que Saphira jouait avec eux, mais cela devait cesser. Shin, maintenant papa Ren qui sera le suivant ? Luce se pencha et donna un léger baiser sur la joue de son père, puis il sortit. Sans un mot, il se jeta dans les bras d’Erwan. Celui-ci le souleva et Luce serra ses jambes autour de lui, enfouissant sa tête dans le creux de son cou, pour pleurer en silence. Ils restèrent ainsi un petit moment jusqu’à que l’infirmière en chef vint les remettre en ordre et leur ordonnait de rentrer chez eux. C’est ainsi qu’elle se rendit compte qu’il manquait une personne.

 Elle eut une exclamation et se rendit dans la chambre du blessé par balle. Elle le retrouva là assis sur une chaise, serrant la main du malade, la tête sur le drap, endormi. Elle fronça les sourcils, pas très contente, mais elle ne put s’empêcher de s’attendrir en même temps.

 

 Akira se chargea de ramener les jeunes à leur domicile. Sawako et Luce restaient silencieux, beaucoup trop au goût d’Erwan. Il s’en inquiétait et vu les regards dans le rétroviseur d’Akira, il l’était tout autant. Ils rentrèrent dans la grande demeure Miori Oda. Les jumeaux, Charles et Buzz les attendaient sagement dans le salon. Il s’excusa de ne pouvoir rester plus longtemps. Il devait rentrer chez lui. Matt, étant absent quelques jours, il avait dû laisser les jumeaux avec une baby-sitter, mais les connaissant, ils étaient surement en train de faire de la vie de la jeune fille un enfer.

 Sa réplique permit de dérider un peu les jeunes. À leur départ, Erwan reçut un coup de téléphone de son grand-père. Celui-ci voulait des nouvelles fraiches. L’étudiant s’éloigna jusqu’à la cuisine pour discuter tranquillement, tout en préparant des encas.

 Luce se laissa tomber dans un des canapés. Les jumeaux vinrent s’installer autour de lui. Ils savaient ce que c’était de perdre quelqu’un de proche. Leur oncle, l’homme qui les avait élevés jusqu’à leur seize ans, était mort suite à un infarctus. Luce les rassura sur l’état de son père.

- Nous serons demain si son état est stable ou pas.

- Tu nous vois rassurer, renchérit Charles. Nous devons faire quelque chose. Nous ne pouvons laisser les choses continuer de cette façon.

- Oui, Charlie a raison. Si cela continue, il y aura un mort. Je ne veux plus me sentir coupable, s’emporta Sawako.

- Que pouvons-nous faire ? Demanda Buzz, observant ses amis. Les adultes nous empêcheront de faire quoi que ce soit. Et puis, nous devons en discuter avec Jeff aussi. Il aura peut-être une idée.

- Des appâts. Nous sommes les appâts. De toute façon, tant qu’il ou elle ne nous aura pas, elle continuera à s’attaquer à nos amis. Qui sera le prochain sur sa liste ? Erwan ? Nos amis du lycée ? Une des sœurs de Luce ? Ou alors pire, un des enfants d’Akira ou de Maeva ? Les enfants Amory ? Ces personnes nous donnent toutes l’affection que nous n’avons jamais reçue de la part de notre propre famille, alors je ne veux plus qu’il leur arrive encore quelque chose. Nous devons agir et vite, reprit Sawako. Elle nous veut alors elle nous aura. Luce ?

- Je suis avec toi, Sawako. Je suis sûr que Jeff sera d’accord, également. Vincenzo, Juan, Buzz, Charles ? Êtes-vous avec nous ? Si vous ne voulez pas, je comprendrais et je ne vous en voudrais pas.

 L’anglais se redressa et s’approcha du canapé où se trouvait Luce Oda. Il lui tendit la main. Luce le regarda surpris, mais serra la main dans la sienne.

- Je suis avec vous. Les frères doivent s’entraider. Pas vrai ?

 Luce adressa un sourire ravi. Les jumeaux lui entourèrent le cou et s’exclamèrent de la même façon. Buzz lui ne faisait que hocher la tête affirmativement. Erwan pénétra de nouveau dans le salon et s’assombrit en voyant les jumeaux accrochés au cou de son Luce. Mais il ne répliqua pas, par contre il sentait dans l’air une certaine conspiration. Qu’avaient-ils bien pu imaginer comme forfait pendant son absence ?

 Il porta son regard vers le japonais. Celui-ci ne broncha pas et parvint à soutenir le regard intrigué de l’étudiant. Sawako songeait réellement avoir eu un sacré cran pour avoir réussi un tel miracle. Erwan Miori l’intimidait toujours et en même temps, il était une autre chose dont il enviait Luce. Il se demandait si un jour il rencontrerait quelqu’un qui l’aimerait autant que l’étudiant aimait son ami.

 Luce vira les jumeaux d’un coup d’épaule et rejoignit son ami toujours à la porte du salon.

- Comment va grand-père ?

- Il va beaucoup mieux. Bien que sa tension est montée d’un cran en apprenant la nouvelle pour oncle Ren. Debbie veille sur lui et le chouchoute.

 Luce hocha la tête et la baissa pour regarder ses chaussures. Erwan soupira, puis prenant sa main dans la sienne, s’exclama :

- C’est l’heure d’aller se coucher. Allez oust !

 Les jumeaux graillèrent, Buzz et Charles obéirent sans discuter, et Sawako jeta un regard noir à l’étudiant. Erwan lui adressa un sourire moqueur et lui chuchota :

- Tu sais, Sawako, je sens bien que tu vas être de corvée de veiller sur la bonne santé de Shin. Après tout, si tu te sens responsable de son accident, ce serait la moindre des choses que tu t’occupes de lui, jusqu’à qu’il puisse à nouveau se servir de son bras droit.

- Quoi ? Et pourquoi ferais-je un truc pareil ?

- Parce que tu crois que nous te laissons le choix ?

 Sawako serra les dents en fureur et s’échappa dans sa chambre. Voilà, il recevait encore des ordres. Luce avait observé l’échange en silence, puis demanda :

- Pourquoi vous vous acharnez sur Sawako ? Il a horreur qu’on lui dicte sa conduite. Pourquoi vous vous amusez à le mettre toujours hors de lui.

 Erwan baissa son regard vers les yeux mordorés. Il frôla ses doigts sur les joues et la bouche. Luce frissonna. L’étudiant sourit.

- Parce que c’est amusant de dresser les poils d’un chat sauvage ! Et que son caractère de chien ira très bien à Shin. Akira, Ludwig et même tante Lina disent qu’il faut lui changer les idées, surtout pendant cette période. Et puis, d’après ce que je sais sur la vie de Sawako, Shin pourrait également l’aider.

 Luce se perdit dans ses pensées. Il fronça les sourcils. Il avait un peu de mal à réfléchir, car une des mains d’Erwan s’aventurer vers le bas, vers ses fesses. Puis, sans prévenir, il jeta ses bras autour du cou d’Erwan et entoura sa taille de ses jambes. Erwan le soutient par les cuisses. Luce fixa ses yeux dans les saphirs, sa bouche à quelques centimètres de celle d’Erwan. L’étudiant déglutit avec difficulté. Son Luce était trop désirable.

- Mouais, Aki et toi vous êtes pire que papa Carlin. Vous adorez vous mêler de la vie d’autrui.

- Mmh ! Je prends cela pour un compliment. Bon, maintenant, je vais te dévorer toute la nuit, mon ange.

 Luce serra ses bras plus forts et enfouit son visage dans le d’Erwan et chuchota :

- Oui, fais-moi oublier jusqu’à mon nom.