Chapitre 27

 

 Je lui jetais un regard étonné. Elle semblait amusée. Étrange ! Elle reprit alors et je sus pourquoi.

 

- Sur mon monde, je n’ai pas ce corps. Seul mon esprit est emprisonné. Mon corps lui vit toujours. Tu peux trouver cela étrange, mais je suis immortelle. Je suis un Dieu comme vous, humain, diriez.

 

- Mmh ? Pas un Dieu bienveillant alors.

 

- Tu me plais bien, Kadaj. Si les autres Dieux étaient comme toi, je ne me serais pas ennuyé et je n’aurais pas eu la curiosité de regarder ailleurs que mon monde. Dommage que je ne peux pas t’emmener. Vraiment dommage.

 

- Euh ! C’est gentil, mais sans façon ! La dernière fois, tu as dit que je devrais trouver le Havre de chaleur. Qu’est-ce donc ?

 

Les yeux jaunâtres pétillèrent. Je ne savais pas pourquoi. La membrane refit surface et vint de nouveau caresser mon visage. Je fermais les yeux, afin de ne plus voir cette chose répugnante. Un rire retentit de nouveau. Elle semblait bien s’amuser à mes dépens. La porte reprit la parole.

 

- Pour ta gouverne Kadaj, je suis un homme. Vous m’amusez à me parler au féminin.

 

- Ha ! Et bien tant mieux pour toi, m’exclamai-je. Je croyais plutôt que tu étais asexué.

 

 Le rire reprit de plus belle.

 

- Si tu me rejoignais dans mon monde, tu verrais que je suis bien mieux que ton Lyandrin ou ton petit chaton, très mignon, soit dit en passant.

 

- Tu l’as dit toi-même, Kréos.

 

- Quoi donc ?

 

- Que je ne me plairais pas sur ton monde !

 

- Oui, c’est vrai. Mais, il suffit que je t’empêche de voir ce qui s’y passe.

 

 Je serrai les dents. Cette conversation me mettait à rude épreuve et la Porte le savait. Elle s’amusait comme une folle.

 

- Le havre de paix ? Qu’est-ce donc ? insistai-je donc.

 

 Kréos soupira, enfin elle me donnait cette impression.

 

- Kadaj, Kadaj ! Laisse-moi un peu rêver, veux-tu ? Depuis notre rencontre, je sens mon esprit prendre plus de liberté. Je redeviens presque celui que je suis. Enfin, je ne suis pas un tendre. J’aime bien faire le mal autour de moi. Je n’y suis pour rien, alors ne me regarde pas avec ces yeux-là. C’est dans ma nature. Je vis grâce à ça. Je me délecte du malheur des autres. J’en jouirai presque.

 

 J’étais un peu choqué par ses paroles. Mais en même temps pas réellement surpris non plus. Tout à fait le genre que j’imaginais.

 

- Bon, je discute, je discute. Je n’ai pas parlé ainsi depuis si longtemps. Cela fait tout drôle enfin c’est tellement agréable avec une belle personne.

 

- Ça suffit ! M’énervai-je.

 

 Si cela continuait, Sakio se réveillerait et partirait à ma recherche. Je ne voulais pas le voir ici. Cela m’effrayait. La porte se mit à glousser. Elle pouvait lire dans mes pensées avec sa membrane qui continuait à me frôler le visage. Elle le faisait exprès.

 

- Le havre de chaleur est une porte comme celle-ci. Seul un Sorcier peut l’ouvrir. Les Lyandrins ne se souviennent plus où elle se trouve alors ils la recherchent depuis des siècles.

 

- Je suppose que tu sais où elle se trouve.

 

- Évidemment mon petit Kadaj, c’est moi qui la camoufle pour les ennuyer.

 

- Dis-moi où elle est.

 

- Bien joué, mais non. Je te le dirais un jour. Le jour où tu serais devant moi, devant la vraie porte.

 

- Où est-elle cette vraie porte ?

 

- Je ne peux pas te le dire, voyons. Ce serait trop facile. Je veux m’amuser encore avec toi. Je veux te voir chercher.

 

 Mon cerveau était en ébullition. Les questions se bousculaient dans tous les sens.

 

- Mais, si je me retrouve devant toi, je devrais te faire disparaître, comment ferais-je pour leur ouvrir la porte alors ?

 

- Je ne puis répondre à ta place, Kadaj. Mais, c’est la règle. Je ne changerais pas d’avis. Il te faudra venir à moi, seul sinon je tuerais sans la moindre hésitation les deux Êtres qui te sont le plus chers.

 

 Mon cœur se serra. La membrane retourna dans la gueule de Kréos. Il reprit :

 

- Toute personne qui t’accompagnera pour le Limur, j’accepterai de les faire passer avec toi. Tu as ma parole d’honneur.

 

 Je fixais la porte avec sérieux et attentive. Je pouvais sentir au fond de moi, l’agitation de Sink. Il devait se rendre compte de mes plans, mais il ne pouvait m’en empêcher. Je savais que je donnais ma confiance et ma vie à un monstre de la pire espèce, mais je savais, je ne savais pas pourquoi, que la porte tiendrait toujours ses promesses qu’elle m’offrirait.

 

- Bien, je vais de ce pas en parler au Roi. 

 

- Tu n’es pas obligé de te presser aussi vite, Kadaj. Tu es un puissant Sorcier, le plus puissant depuis fort longtemps. Tu peux m’invoquer quand tu veux et sans sacrifier quelqu’un. Bien dommage, d’ailleurs !

 

 Elle gloussa à nouveau quand je la foudroyai du regard. Elle remua à nouveau comme au début. Quelque chose semblait l’énerver au plus haut point.

 

-Kadaj ? Ta dette pour ce passage…

 

 Elle se tut un instant, tourmenté à nouveau. Mon cœur battait la chamade. Je savais depuis le début qu’elle me demanderait quelque chose en échange de son aide. Mais, je fus agréablement surpris de sa demande.

 

- Détruits Marianne du jars ! Je hais cette femme. Certes, mon cœur est noir et cruel, mais je ne la supporte pas. Je suis un veilleur des ténèbres. Le plus haut dans la hiérarchie des enfers ancestraux, je ne peux pas admettre que cette femme ait la volonté de prendre ma place.

 

 La porte disparue aussitôt me laissant abasourdie. Je sentais la faiblesse de mon corps. Je me laissais tomber sur les genoux. Mon Dieu ! La peur me quittait enfin, mais il me restait presque plus d’énergie. Deux bras fins m’entourèrent le cou. Je redressais la tête et mon regard croisa deux malachites envoûtantes.

 

- Maître Kadaj, êtes-vous fou pour pactiser avec la Porte ?

 

- Je ne suis pas cinglé, Sakio, m’exclamai-je. Je n’avais pas le choix. Ils ne tiendront pas longtemps. Il faut les aider, Sakio. Nous le devons.

 

- Je le sais, Maître. Mais de là à lier amitié avec cette chose ! Sink ne sera pas content, alors pas du tout.

 

 Fatigué, je posais ma tête contre son épaule. Sakio s’inquiéta de mon état. Je le rassurai du mieux que je pouvais. Je serrais son corps contre le mien. Il me faisait ainsi oublier le toucher de la membrane. Je soupirai.

 

- Elle veut juste rentrer chez elle comme Sink veut retrouver son chez lui.

 

- Bon, je suppose que nous n’avons pas le choix. Mais la prochaine fois, ne me laissez pas derrière. J’étais très inquiet et Sa Majesté m’empêchait par tous les moyens de venir vous rejoindre.

 

- Haha ! Comment as-tu réussi à le semer ?

 

- Je suis très malin et je cours très vite. L’avez-vous oublié ?

 

 Je me mis à rire. Je ne pourrai jamais oublier notre première rencontre, tout comme je ne pourrais le faire pour Sink. Je sentais son soulagement dans mon crâne.

 

- Non, je ne pourrai jamais oublier Sakio. Peux-tu m’aider à me ramener jusqu’à notre chambre ? Il faut reprendre des forces avant notre départ.

 

- Une collation vous attend déjà dans la suite. Vous aurez intérêt à tout manger si vous voulez que je vous bichonne.

 

- Tu n’as pas le droit de me faire du chantage.

 

- Bien sûr que si, j’en ai le droit ! Cela vous apprendra, vous êtes prévenus.