Chapitre 24

 

  Je ne peux plus rester ici. Je sais bien que ce n’est pas très correct envers la Reine Mirnia qui nous a accueillis, mais je peux plus rester en arrière. Je suis peut-être très égoïste. Certains pourraient penser que je veux juste le rejoindre parce qu’il se trouve être notre porte de survie. C’est vrai qu’il est notre sauveur, dans un sens.

 Les ancêtres Sorciers qui à l’origine n’était encore que des hommes ordinaires, jouèrent avec des forces qui dépassaient leurs entendements, ainsi naquit la porte de Kréos. Elle fit naître la magie dans ce monde.

 Parmi les premiers Sorciers, il y en a un qui parvint à créer une autre porte menant sur un continent, très éloigné et très difficile d’accès par voie d’eau. Un continent où il faisait bon vivre. La porte fut ainsi appelée le Havre de chaleur.

 Ce Sorcier devint rapidement l’ami sincère du Peuple de Lyandre, tel était le nom de ce continent. Il était représenté en trois Pays et de deux races différentes qui s’entendaient très bien et se mélangeaient entre eux.

 Le Sorcier venait d’un petit pays appelé le Malkier et portait toujours à sa ceinture une épée à l’effigie du faucon. Pendant des siècles, les liens entre les deux continents se nouèrent en une solide amitié, mais un jour, à la disparition du dernier Sorcier faucon en date à l’époque, laissa sa place vacante et le Sorcier félin, l’homme qui portait l’épée Divine, prit sa place.

 Au début tout se passa pour le mieux, mais ce Sorcier acquit beaucoup trop de pouvoir et fut dévoré par celui-ci. Il devint un homme cruel et avide d’avoir encore plus de pouvoir. Il devint inhumain. Le Lyandre ne fut plus un continent de paix et de chaleur.

 Nous devînmes des esclaves et pour nous libérer, nous avions vendu une partie de notre âme à la Porte de Kréos. Nous sommes devenus des monstres presque aussi cruels que ce Sorcier. Nous étions devenus des Êtres presque immortels.

 Pendant quelques siècles, nous avons été chassés, traités de démons jusqu’à ma rencontre avec Kadaj, un Sorcier portant l’épée du faucon. Étrange ! L’histoire avait commencé avec un faucon et se terminerait également avec un faucon. C’était peut-être le destin.

 Je ne sais pas si Kadaj s’en est rendu compte. Apparemment, je ne le crois pas. Je peux lire dans son esprit comme dans un livre ouvert. Il a vraiment une grande confiance en moi et cela me touche plus que des mots. Il ne sait pas ou ne veut pas le savoir à quel point, il peut être très vulnérable.

 Si réellement, je voulais le faire souffrir de mille et une tortures, je pourrais le faire sans problème et sans être à ses côtés. Mais je ne pourrais pas le tuer, car depuis le jour où je l’ai soigné, que je lui ai fait boire de mon sang pour qu’il survive au poison, il est devenu comme moi, un demi-immortel, tout comme lui-même l’avait fait à Sakio en laissant l’Erinye boire son sang pour se soigner.

 Ils pouvaient récolter de graves blessures, ils n’en mourront pas. Ils doivent avoir la tête tranchée pour pouvoir mourir. Je veux juste être avec lui et avec son animal de compagnie. Depuis le jour où Sakio a fait son apparition dans la vie de Kadaj, je sus qu’il deviendrait aussi important que l’air que Kadaj respire.

 Je devrais me sentir jaloux, mais je ne le suis pas. Je ne peux pas, je n’en ai pas le droit, et puis, bien que ma passion pour Kadaj soit bien plus profonde, Sakio ne me laisse pas aussi indifférent. En tout cas, une chose est sûre ! J’aime, non plutôt j’adore l’ennuyer, le faire râler et le mettre en rage.

 Nous venions de finir de dîner. Un dîner fort agréable en soit avec beaucoup de bavardages, de plaisanteries. Mais à la fin, je préférais être seul alors je me rendis dans mes appartements. Je crois bien que la Reine sait que mon peuple et moi partirons bientôt. Je sais aussi que nous ne serions pas les seuls. D’autres veulent aussi rejoindre Kadaj.

 Heureusement pour nous, les Sorcières du Jars se sont trouvé une nouvelle victime. Une victime plus coriace que prévu, qui par la même occasion a réussi à s’allier avec Noorden et le fils du Roi de Zuiden. Un homme bien plus fiable que son père. Le Grand-Désert accepte même d’aider le Royaume du Western, tout en restant libre de leur action.

 Une guerre due par une mort. Un jeune homme du nom d’Aimerie, le jeune fils du Roi du Western, Aldéric, s’est révélé positif pour être un nouveau Sorcier. Il devait juste avoir dix-huit ans comme Kadaj à l’époque.

 Marianne du Jars avait promis au Roi de lui rendre son fils en parfaite santé. Il revint du Jars, mais ce n’était plus le garçon joyeux, toujours souriant et boute-en-train que son père adorait.

 J’ai mal au cœur rien que d’imaginer que Kadaj aurait pu finir ainsi. Aimeric se suicida une semaine après son retour sous le regard horrifié de sa mère. Marianne du Jars avait voulu jouer avec le feu, elle venait de se brûler les doigts.

 Rien de pire comme ennemi qu’une femme en colère d’avoir perdu son fils. Je le vois tous les jours en observant Amaïs. Heureusement, que la petite Mona est présente, elle empêchait sa mère de commettre des erreurs.

 Je me laissais tomber à la renverse sur le lit en soupirant. Un bras au dessus de mes yeux fatigué, je laissais mon esprit vadrouiller. Je sentais la présence de Kadaj et celle de Sakio. Ils se reposaient tous deux. Ils en avaient grand besoin après la nuit qu’ils venaient de passer avec la Porte et le Roi Amos pour l’un et l’assassin pour l’autre.

 Qui en voulait à ce point à l’Erinye ? Qui avait prémédité cet assassinat ? Heureusement que Kadaj m’avait ordonné de veiller sur le sommeil de l’Erinye. Sakio l’avait senti, mais avait failli ne pas réagir assez vite. J’avais dû lui hurler dans son crâne de moineau pour l’activer. Il m’avait insulté de tous les noms et gros mots qu’il connût. Je souris légèrement à ce souvenir.

 Je les frôlais doucement. Je ne voulais pas les réveiller, mais ainsi je pus constater qu’ils étaient en parfaite santé, juste fatigués. Je sentis le sommeil me gagner. Je soupirais à nouveau. Je crois vraiment qu’il est grand temps de les rejoindre, mais avant cela, il va falloir que je me débarrasse du gêneur.

 J’ouvris les yeux, juste à temps, pour voir l’épée qui s’abattait sur moi. Je l’arrêtais en l’attrapant de chaque côté avec le plat de mes mains. Il luttait pour me faire lâcher prise, mais je lui balançais une de mes jambes vers la taille de l’homme, habillé de cuir noir, au crâne rasé et d’une énorme cicatrice sur toute la surface du visage.

 Il ressemblait à s’y méprendre à l’assassin de Sakio, même si je savais bien que ce n’était pas le cas. Il avait perdu la tête, tranchée par l’épée Divine, mais celle-ci avait rebondi et était passée par-dessus le balcon.

 Le coup reçu envoya l’assassin valsé à travers la chambre dans un bruit de fracas. Il semblerait que je n’y avais pas été de main morte. L’assassin se retrouva empalé avec le pied d’une chaise. J’en fus assez surpris, je dois le dire. Ces assassins n’étaient plus ce qu’ils étaient.

 Un mauvais pressentiment me tenaillait. Je sortis hors de la chambre. Je traversais le couloir pour rejoindre la salle à manger, quand la porte devant moi explosa. Je vis passer un assassin qui vint se fracasser la nuque contre le pilier.

 Je vis un bout de femme châtain, légèrement enrobé dut à sa grossesse, s’approchait du cadavre pour lui donner un coup de pied.

 

- Espèce de malotru ! Tu croyais que je ne serais pas capable de me défendre. Quelle bande d’idiots, ces hommes !

 

 Je ne pus m’empêcher de sourire. Anissa, la meilleure amie de Kadaj et femme de Lan Mondragoran depuis un an, avait la langue bien pendu et un sacré caractère. Même, Lan ne savait pas du tout où se mettre quand elle commençait à grogner. Un sacré phénomène, cette femme !

 Elle leva ses yeux noisette dans ma direction. Elle soupira.

 

- Maître Sink ? N’allez surtout pas raconter à Lan ce que vous avez vu. Je ne veux pas d’un sermon interminable, s’il vous plaît.

 

 Je souris à nouveau avant de reprendre le sérieux.

 

- Où sont les autres ?

 

- Lan, Akira, Manny et la Reine sont toujours en bas. Kadajy est montée elle aussi. Amaïs est reparti avec vos hommes. Et Bram, bin, à vrai dire, je n’en sais rien.

 

- Où est située sa chambre ?

 

- Un peu plus loin de la vôtre.

 

 Je fis demi-tour en courant plus qu’en marchant. Je pouvais entendre les pas d’Anissa derrière moi. Je ne tentais même pas de lui faire changer d’avis. Pour cela, elle ressemblait assez à Kadaj. Elle n’en ferait qu’à sa tête.

 Nous arrivions enfin devant la porte que j’ouvris sans frapper. Mon geste bouscula l’homme derrière qui chavira vers l’avant et s’empala sur l’épée tenue fermement dans la main de Bram Meedon.

 Le vieil homme regarda l’assassin s’écrouler sur le sol mort, stupéfait. Nous devions vraiment avoir une drôle de tête. C’était quoi ces assassins ? La poisse devait les habités ou une malédiction. C’était le troisième qui mourrait beaucoup trop facilement, sans grand effort.

 Anissa ne put empêcher un fou rire d’éclater. Elle riait tellement qu’elle se tenait les côtes tellement cela devait lui faire mal. Elle posa également sa tête contre mon bras. Je ne pus m’empêcher de sourire, tout comme Bram.

 Lan, Akira, Kadajy et Manny arrivèrent en courant et trouvâmes la jeune femme secouée de rire.

 

- Je vois que vous allez tous bien, s’exclama Lan, soulagé.

 

 Il observait sa femme, un peu fataliste, tout en secouant sa tête. Je finis par prendre la parole.

 

- J’ai bien l’impression que le voyage jusqu’à Bergamote ne va pas être triste en votre compagnie.

 

- Ah ! Comment savez-vous que nous allions venir avec vous ? Nous pensions que vous refuseriez notre compagnie, s’exclama Kadajy.

 

 J’en fus surpris.

 

- Pourquoi le pensez-vous ?

 

- Et bien ! Vous êtes plutôt impressionnant et intimidant. Vous semblez nous côtoyer juste par respect pour la Reine Mirnia, et non pas pure amitié.

 

 Je portais une main à mon front, pensif. Je baissais mon regard vers les yeux argentés, ses yeux qui ressemblaient à ceux de Kadaj.

 

- Je suis désolé si vous l’avez pensé. Je peux communiquer avec vous que depuis quelques années, alors que mon existence est bien plus longue. J’ai perdu l’habitude d’avoir des amis.

 

- Bah ! Ce n’est pas grave. Nous allons t’apprendre à nouveau ce que ce mot veut dire.

 

- Pour revenir à ces assassins, quelqu’un aurait une idée de qui est l’instigateur ?

 

- Il ne faut pas aller chercher loin, s’exclama Bram Meedon. Marianne du Jars peut très bien nous les avoir envoyés.

 

- Possible ! Mais pourquoi ces assassins ressemblent-ils à celui qui a attaqué Sakio qui se trouve sur l’autre continent ? Demandai-je.

 

- À mon avis, Marianne veut se rendre là-bas. Peut-être, est-ce en rapport avec la Porte ?