Chapitre 21

 

 Je pouvais les sentir. Je pouvais sentir les lèvres de mon Maître sur mon corps. Je n’aurais jamais pensé un jour apprécier cela de façon si intense. Je connais déjà l’étreinte d’un homme. Je l’ai subi pendant des années quand je vivais avec mon père humain. Il me haïssait au plus profond de son Être.

 Tout le monde pense que les Érinyes sont des monstres assoiffés de sang, mais en réalité tout est faux. Une Erinye ne désire féconder que tous les cinquante ans et le peu d’hommes qui disparaît, ne peut en aucun cas nuire à l’espèce humaine. Elles ne sont pas horribles et n’attaquent jamais un homme déjà uni à une femme.

 Majoritairement, les hommes disparus ne sont pas regrettés par les humains. Ces hommes enlevés sont des criminels notoires. Mon père violait les enfants et les tuait ensuite. Les humains allaient de toute façon le condamner. Mais malheureusement, je suis né à la place d’une fille. J’ai tué ma propre mère en naissant. Ma punition fut d’être liée à cet homme qui fut mon père. Je devais accepter tout ce qu’il me demandait jusqu’à sa mort sinon je subissais les pires tortures inimaginables. La douleur était tellement insupportable que ce qu’il me faisait semblait dérisoire.

 Et puis, en acceptant ces étreintes forcées, je l’empêchais ainsi de recommencer ces délits sur des enfants humains. Je ne pouvais pas le tuer, mais lui non plus. Il devait me supporter s’il voulait vivre. Quand son heure fut enfin venue, je ne serais dire la joie profonde que cela m’a procurée. Je fus ravi de l’emmener à travers Hokaru. Il voulait mourir dans la forêt. Je lui ai accordé ce privilège. J’aurais très bien pu le laisser mourir seul, mais je l’ai accompagné jusqu’à la grotte des Lynchens. Ces monstres, aux corps trapus, poilus et aux membres disproportionnés étaient des alliés des portes de Kréos. Ils lui obéissaient aveuglément.

 Je ne sais pas pourquoi mon père voulait mourir de cette façon. Peut-être que finalement, il voulait laver ces pêchés en mourant de façon horrible. Personnellement, j’aurais préféré le voir mourir dans un nid de Bisq. Sa mort aurait été plus lente et agonisante. Mais c’était de l’histoire ancienne depuis plus d’un siècle maintenant.

 J’ai fini par vivre avec les Érinyes. Je les ai protégés du mieux que j’ai pu, mais la race est en train de s’éteindre. Je suis un peu triste pour Belly, Nassy et Sassy, mais elles ne regrettaient pas leurs vies. Je suis le plus jeune et le dernier des Érinyes, après moi la race ne sera plus qu’une légende tout comme le grand serpent Moe du Grand Désert.

 Je sentis les lèvres de mon Maître sur le coin de ma bouche qui s’entre-ouvrit pour l’accepter. Je n’avais jamais été embrassé. Mon père ne prenait que mon corps, pas Maître Kadaj. Au début, j’avais toujours peur de le blesser à cause de mes canines plus pointues, mais mon Maître riait à chaque fois et recommençait de plus belle. Il le faisait souvent exprès d’ailleurs. Peut-être que le fait est qu’à chaque baiser, je sens le sang de mon Maître dans ma bouche et à vrai dire son goût est tellement délicieux que cela a tendance à m’exciter.

 Maintenant, je n’ai plus peur. Les blessures se referment aussitôt. Une particularité qu’il a reçue en cadeau de Sink, le Lyandrin aux yeux rouges. Je me suis toujours demandé pourquoi je pouvais l’entendre tout comme Maître Kadaj. En fait, je me suis retrouvé lié non seulement à mon Maître, mais aussi au Lyandrin sans le vouloir, tout cela à cause de ce sang si délicieux.

 Je sursautai en sentant une main vadrouilleuse glissée sur mon corps, s’infiltrer sous les draps et de prendre possession de mon sexe érigé et tendu à l’extrême. Je ne pus m’empêcher de gémir. Le rire de mon Maître s’entendit près de mon oreille.

 

- Tu te réveilles enfin, Sakio ?

 

- Ce n’est pas gentil de me réveiller de cette façon, Maître Kadaj.

 

 Il se mit à rire à nouveau. Il s’était légèrement redressé pour m’observer, un sourire malicieux aux lèvres. J’avais beaucoup de mal à rester présent. J’aimais beaucoup trop ses caresses. J’y prenais goût à chaque fois de plus en plus. Je ne m’en plaindrais jamais, d’ailleurs.

 

 

- Ah ! Non, pas là, Maître. Aaaaaah !

 

 Je me cambrai en sentant ses doigts agiles dans ma partie la plus intime. Il me fixait toujours en souriant bien que son regard argenté s’assombrissait de désir. Il prenait plaisir de me voir ainsi, le bougre. Il prenait chaque fois plaisir à me faire venir plus d’une fois avant de me prendre. Il aimait aussi me faire râler, me faire bouder aussi.

 Cela fait trois ans maintenant que je suis avec Maître Kadaj. Je ne le quitterais pour rien au monde. J’aimais être en sa présence. J’aimais le voir taquiner se chamailler gentiment avec Merry ou Shana. J’adorais le voir sermonner Balou quand celui-ci faisait sa tête de mule face à Aurélie.

 Je sais que je ne suis pas celui que Maître Kadaj aime le plus. Je sais que Sink Asgard est l’homme que mon Maître désire le plus. Il lui manque. Cela fait tellement d’années qu’ils ne se sont pas vus. Je trouve surprenant de voir l’amour qui existait entre eux malgré la distance et les cinq années passées. Mais je suis un peu égoïste, car chaque fois, que Maître Kadaj s’occupe de moi, je l’ai pour moi seul.

 Je ne suis pas jaloux. Je ne sais pas ce que ce mot signifie. Sink ne l’est pas non plus. J’aime bien discuter avec lui aussi. Il me fascine, même si parfois, non je devrais dire souvent il m’agace. Il aime trop me taquiner et dit souvent qu’il me dévorerait bien. Je ne sais pas trop comment le prendre.

 Je l’ai demandé une fois à Maître Kadaj. Il a ri sans répondre. Il a juste dit que je verrais bien quand je le rencontrerai. Le regard de mon Maître s’était attristé alors. Je n’ai plus parlé de cela ensuite. Je ne veux pas voir son regard s’attrister.

 J’eus un hoquet de surprise. Je sentais la langue chaude de Maître Kadaj sur mon sexe. Je perdais toute notion du temps, de l’heure, du lieu. Je laissais les émotions, les sensations m’envahirent dans tout mon être. Les plus intenses et les meilleurs étaient toujours quand il se trouvait en moi.

 Il ne quittait jamais mon regard tout le temps quand il se mettait à bouger. Je voyais son regard se voiler à son tour. Dès fois, à force de le fixer dans les yeux, je pouvais voir des petites touches de rouge dans l’argenté. C’était infime, mais bel et bien présent. La marque du Lyandrin.

 Je jouis presque en même temps que lui. Il se laissa retomber sur moi. Je l’entourais de mes bras. J’aimais sentir sa chaleur. Je ne m’en lasserais pas de sitôt. Il enfonçait sa tête dans le creux de mon cou et s’endormait.

 Avant, il discutait toujours, mais depuis quelque temps, Maître Kadaj se fatigue beaucoup trop vite. Il utilise ses pouvoirs trop souvent à mon goût. Non pas qu’il le veuille vraiment, mais la Reine Sifreda et les Sorcières venues du continent de la Terre du Milieu s’acharnaient à vouloir détruire le Limur.

 Maître Kadaj refuse que ce pays disparaisse comme le Malkier. Nous avons appris quand nous sommes arrivés là-bas que la plupart des habitants se trouvaient être des rescapés du pays de Bramelone et de Lan Mondragoran.

 En discutant avec eux, Maître Kadaj apprit que les survivants pensaient que le Prince héritier était mort comme ses parents. Mon Maître leur apprit alors que Lan Mondragoran était bel et bien vivant. Sink nous avait raconté sa rencontre avec le demi-frère de Maître Kadaj, ainsi que de Bram Meedon, d’Akira et de Kadajy.

 Mon Maître me raconta la promesse qu’il avait faite à son demi-frère et il comptait bien la tenir. Le Limur ne se trouvait pas être un grand pays, mais d’après les dire de ces habitants, il ressemblait beaucoup au Malkier. Ce pays n’avait pas de Roi, n’avait pas de représentant. Quand la Reine Sifreda l’attaqua, tous les habitants se défendirent dans un ensemble peu commun.

 Je n’avais encore jamais vu un pays entier s’entendre aussi bien. Quand mon Maître leur proposa son aide et celle des Amazones qui l’avaient suivi, ils l’acceptèrent avec bon cœur. Même, les enfants aidaient leurs parents comme ils le pouvaient. Je trouvais impressionnant et je me pris à aimer ce pays comme mon Maître, comme Merry, Shana ou Balou et même Aurélie. Eh oui, Aurélie ! Quand les Sorcières sont arrivées à Shamany, elles ont réussi à en prendre le commandement.

 Balou rejoignit Kadaj qui s’apprêtait à prendre la route pour les montagnes du Limur. Peu de temps ensuite, Aurélie arriva accompagnée d’Apis, l’herboriste et du Capitaine Asgrave. Contrairement aux deux autres, Aurélie ne suivait pas mon Maître, mais Balou. Il me faisait rire celui-là. Il raillait souvent que les femmes le fatiguaient. Qu’Aurélie était soulante ! Mais il l’adorait en vérité et il fut ravi de la voir abandonner toute sa vie pour le suivre, lui.

 Quand les attaques se calmèrent, les habitants du Limur proclamèrent sans lui demander son avis d’ailleurs, le Seigneur Faucon comme représentant de leur pays jusqu’à que le Roi légitime vint les rejoindre. Les Limuriens et tous les autres pays le connaissaient sur ce nom.

 Maintenant, nous nous trouvons dans le désert Akon. Le Roi Amos nous a invités dans son pays. Une trêve a été installée afin que le Seigneur Faucon puisse traverser sans problème la contrée d’Orion. La Reine Sifreda ne voulait pas se mettre les Hommes du désert à dos.

 Akarly est une très belle ville, mais je n’aime pas son Roi. Il nous regarde de façon trop étrange. Il a quelque chose de louche en lui. Même, Sink peut le ressentir à des milliers de kilomètres. Je ne sais pas si Maître Kadaj le ressent aussi. Il ne dit jamais rien ou très peu. Par contre, j’appréciais beaucoup le Prince héritier Amosis. Il est sympathique et les employés du Palais l’aiment beaucoup cela se voit à leur façon d’être en sa présence.

 La fraîcheur de la nuit s’aventura dans la chambre me faisant frissonner. Je sentis les bras de Maître Kadaj se resserrait autour de moi. Sa chaleur me réchauffa. Je l’aimais vraiment trop bien cette chaleur. Il n’y avait pas que celle de mon Maître. Je pouvais aussi sentir celle de Sink. Il pouvait être à des milliers de kilomètres, cela ne l’empêchait aucunement d’être très présent dans l’esprit de mon Maître ou dans le mien. Je suis toujours très surpris qu’il m’accepte aussi facilement.

 

« - C’est pour mieux te dévorer ensuite, microbe. »

 

« - Méfie-toi, Sink ! Les plus petits sont les plus voraces. »

 

« - J’attends de voir ça de près. … Sakio ? Pourquoi Kadaj semble-t-il si fatigué ? »

 

« - Parce que ce n’est qu’un homme, pas un dieu. Il use trop d’énergie pour protéger tout le monde. Nous lui disons de se calmer, mais il n’en fait qu’à sa tête. Il n’obéit à personne. »

 

« - Je vais le sermonner de se ménager quand il se réveillera. »

 

« - Bon, courage ! »

 

« - J’ai raconté à Lan que tu avais l’épée Divine, Sakio. Il m’a demandé si tu l’avais vu comme Kadaj l’avait vu, il y a quelques années. Je ne vois pas de quoi il parle. Est-ce en rapport avec le tatouage dans son dos ? »

 

« - Tu pourras lui dire que je l’ai rencontré le jour même où j’ai décidé que ma vie appartenait à Maître Kadaj. J’ai un tatouage sur la clavicule gauche. C’est un œil de félidé. Il semble que les épées du Faucon et Divine sont toujours ensemble. L’épée Divine est le serviteur dévoué du Faucon qui lui est celui du Malkier. »

 

« - Où as-tu réussi à trouver cette épée ? »

 

« - Je ne sais plus trop. Cela remonte à loin. Mmmh ! Je crois dans une grotte de Lynchens. Oui, je m’en souviens. Quand j’ai emmené mon père à son triste sort, j’ai trouvé cette épée plantée dans le sol près d’une arche détruite. Près d’elle se trouvait le cadavre d’une femme morte depuis très longtemps. »

 

« - Cette femme devait être liée à l’épée Divine et l’arche une porte de Kréos. Elle a réussi à la détruire avant de mourir à son tour, je suppose. Merci de ses renseignements, mon chaton. »

 

« - Mon chaton ? Je ne suis pas un animal, Lyandrin à la noix. »

 

« - Mais oui, mais oui ! Ah ! Oui ! J’oubliais. Tu es très mignon quand tu prends ton pied, Sakio. Miam, miam ! Haha ! »

 

 Je rougis comme un coquelicot. Il adorait me mettre mal à l’aise, le bougre. Il pouvait être pire que Maître Kadaj ou Merry. Quelque chose avait changé. J’ouvris les yeux et je croisai le regard argenté. Il brillait moqueusement. Je me mordis les lèvres et je rougis de plus belle. Il se mit à rire.

 

- Alors, il parait que tu es mignon quand tu prends ton pied, Sakio ?

 

 Et voilà, je devais être aussi rouge que le sang lui-même maintenant. Maudit soit ce Lyandrin ! Était-il obligé de le dire à Maître Kadaj ? Le rire se fit à nouveau. Il se moquait de moi.

 

- Je vais être obligé de vérifier.

 

 La main de Maître Kadaj glissa en frôlant mon ventre pour glisser à nouveau sous la couverture. Je frissonnais et laissai échapper un gémissement.

 

- Maître Kadaj ? Nous ne sommes pas venus ici pour jouer.

 

- Je sais, je sais. Demain, cette nuit, je te dévore encore et encore.

 

- Si le maître le dit, alors je n’ai plus rien à dire.

 

 Il se mit à rire à nouveau. Il posa ses lèvres sur le coin de mes paupières avant de les faire glisser vers ma bouche. Il chuchota :

 

- Oui, tais-toi maintenant.