Chapitre 17

 

 Je pénétrai dans la chambre. Une pièce très spacieuse dont la première chose que l’on pouvait apercevoir se trouvait face à la porte. Un immense bureau de chêne massif peint en rouge aux reflets noirs se tenait fièrement au centre de la pièce, recouvert de papier en tout genre. Juste devant des fauteuils de velours rouge sur un tapis noir.

 Sur les murs se trouvaient accrochées différentes peintures faites par des artistes d’Adiemus. Vers l’arrière, caché par un paravent au dessin tribal toujours de couleur rouge et noir, se tenait le lit un immense lit en baldaquin sur le même ton que le reste de la pièce.

 Le plus silencieusement, je me rendis vers ce qui me servait de chambre. Dès que je passais le paravent, je pus voir la baignoire de bois. Il y avait une source chaude dans le clan, mais je préférais prendre mon bain dans ma chambre, non pas que cela me gênerait de les voir venir dans la source, mais je ne voulais pas tenter le diable, non plus.

 Mon regard se tourna vers la fenêtre. Les rideaux se retrouvaient relevés. Je me tournais vers le lit, plus à ma droite où se trouvait la commode et je le vis. Qui était-ce ? Me demandai-je. Un homme se tenait près du lit, un homme un peu en dessous de la taille moyenne de chez les hommes de Bergamote. Il se tenait droit dans un corps très mince et souple. Il revêtait des cheveux argentés mi-longs jusqu’aux épaules, dont deux mèches rejetées derrière les oreilles, des oreilles se terminant en pointe, d’ailleurs. Son visage semblait aussi lisse que celui d’une adolescente, d’une couleur dorée. Des yeux en forme d’amande dont l’iris brillait comme le plus brillant des malachites, une pierre précieuse de couleur vert intense et vibrante dont elle prenait aussi le nom de Vert-de-gris. Il portait un pantalon de cuir brun avec des bottes montantes jusqu’aux genoux, sur le haut, une chemise de même couleur. Je constatai qu’il tenait entre ses mains fines aux ongles acérés, l’épée du faucon. Me trouvant dans le camp, je ne pensais pas du tout en avoir besoin et encore moins qu’elle risquait de se faire voler. Mon regard se reporta vers le visage magnifique de la créature. Il souriait et j’aperçus les deux canines un peu plus allongées que la normale.

 Je le vis serrer l’arme plus fortement et fonçait avec une rapidité assez impressionnante vers la fenêtre avec un petit gloussement. J’hallucinai. Cette créature venait simplement de me voler l’épée sous mes yeux. Sans plus réfléchir à ce que je faisais, je le suivis en sautant par-dessus la fenêtre.

 Je me mis à le courser bien qu’il courait bien plus vite que moi. Hors de question qu’il s’en aille avec la seule chose qui me venait de mon père. De loin, j’entendis la voix de Merry qui me criait de ne pas aller dans la forêt en pleine nuit.

 Je ne l’écoutai pas. Je n’entendais rien même pas la voix de Sink qui me conseillait d’arrêter la poursuite. Je ne pouvais pas les entendre. Je ne suis pas stupide sans savoir que cette forêt regorgeait de pièges en tout genre.

 Je pouvais le voir rien qu’en observant la course de cette étrange créature. Je devais l’énerver un peu de pouvoir ainsi le suivre. Je pouvais le voir dans ses réactions et surtout qu’il jetait souvent un regard derrière lui. Je ne savais pas s’il regardait pour voir si je suivais toujours ou s’il m’arrivait quelque chose. Je ne serais dire pourquoi, mais je ne pensais pas qu’il me voulait du mal.

 Mon regard se posa à nouveau sur le sol recouvert d’herbes, de mousse, de branches. Je courais comme cela ne m’était plus arrivé depuis très longtemps. Mais la forêt pouvait regorger autant de piège qu’elle pouvait inventer, je n’en avais aucune peur.

 Mon père m’avait appris à vivre avec mon instinct, à vivre en harmonie ave la nature. Ne jamais renier ce que la nature peut vous offrir ou vous retirer d’ailleurs. Mon regard fouilla dans ce sol. Il fallait les voir rapidement avant qu’il ne soit trop tard. Même en pleine nuit, sans lune, pour y voir quoi que ce soit, il était facilement repérable de trouver ces nids. Ces nids mortels en une fraction de seconde se nommaient des nids de Bisqs. Ces petites créatures qui ressemblaient seulement à des asticots se nourrissaient de tout ce qui tombait dans leur nid.

 Juste devant moi à trois pas, je vis la terre recouverte de mousse d’un vert plus foncé que la normale, remuait légèrement. Je sus et quand j’arrivais dessus, j’allongeais mon pas en espérant avoir bien calculé la taille. Quand mon pied retoucha le sol ferme, je me sentis soulagé.

 En levant les yeux face à moi, je vis que la créature s’était arrêtée, mais elle reprit sa route de plus belle quand elle s’aperçut que je l’avais vu. Je portais une main à mes côtes. Un point se formait. Je n’avais plus l’habitude de courir autant et surtout dans une forêt sans lumière.

 Je lâchais toute une série de jurons quand je reçus en pleine figure une branche fine que je n’avais point vue. Que cela faisait mal, nom d’un chien ! J’entendis deux rires. L’un se trouvait au fond de mon esprit suivi d’un « baka » habituel, l’autre se trouvait un peu plus avant, plus léger et envoûtant.

 Je finis par me retrouver devant un choix à faire. Le chemin se coupait en deux chemins distincts, l’un partait plus vers l’ouest, l’autre vers le nord. Comment savoir lequel serait le bon ?

 Enfin grâce à cela, je pus reprendre mon souffle ensuite, je suivis le conseil de mon père. « Concentre-toi ! Vide ton esprit de tout chose, bruit, son, image, amour, haine, colère et tu verras que ton chemin apparaîtra tout seul. » Ce vieil adage lui venait des Hommes du désert dont aucune route n’indiquait le chemin pour se rendre de telle ville à une autre.

 Quand finalement, je me retrouvais serein, je rouvris les yeux et mon regard fut automatiquement attiré par l’ouest. Sans plus d’hésitation, je m’y rendis, plus lentement cette fois-ci.

 Je ne savais pas pourquoi, mais je savais que j’arrivais à destination. Bientôt j’entendis des voix, des voix d’hommes. Que faisaient ces hommes dans cette forêt ? Je me déplaçai le plus silencieusement possible. Enfin étant donné tout le boucan qu’ils faisaient, je ne risquai pas de me faire remarquer. Je m’approchai un maximum possible et me cachait derrière un des troncs d’arbre le plus gros en vue. Je bénissais d’avoir eu l’idée de m’habiller de noir.

 Je pouvais voir un petit camp avec un feu allumé à son centre. Sur ma gauche, j’aperçus le corps de trois femmes qui ne semblait pas tout à fait humain. Les oreilles en pointe le montraient assez clairement et leur beauté beaucoup trop envoûtante également. Des Érinyes ? D’après toutes les choses que je pouvais entendre de ces démones, seraient qu’elles étaient cruelles. Mais quand je les voyais attachés et gémissants, je ne voyais pas en quoi elles étaient cruelles.

 Mon regard se tourna plus vers la droite. Devant moi se tenaient trois hommes taillés comme des bœufs, très grands, mais pas aussi immenses que Sink. Un quatrième s’acharnait à coup de pied contre un corps recroquevillé sur le sol. Je me mordis la lèvre pour éviter qu’un son n’y sorte par erreur.

 La rage commençait à me gagner. Une colère noire montait au plus profond de moi. Le corps allongé et battu se trouvait être mon petit voleur. Il ne cherchait pas à se défendre juste à essayer sans vraiment de résultat à encaisser les coups en hurlant sous la douleur.

 L’épée du faucon se trouvait plantée dans le sol en compagnie d’une autre d’un blanc tout aussi translucide. Je me demandai sérieusement si j’avais la berlue. Il me semblait entrevoir la tête d’un félidé sur la garde de cette nouvelle épée. En tout cas, les deux épées brillaient d’un éclat d’une pureté comme celle d’un Diamant, à faire mal aux yeux. Elles donnaient l’impression d’être heureuse de s’être retrouvées.

 

- C’est gentil, vermine, de nous avoir ramené cette épée, s’exclama l’homme qui tabassait la créature.

 

 Celle-ci répliqua d’une voix plutôt chantante et claire :

 

- J’ai fait ce que vous m’aviez demandé, alors relâchez-les !

 

 Les quatre hommes se mirent à rire. Je compris alors. Ces hommes retenaient prisonnières les Érinyes et avaient ordonné à mon petit voleur de voler l’épée.

 

- Tu rêves, petit démon. Ces créatures feront bien l’affaire au Roi de Bozaly pour son Zoo. Après tout, n’est-ce pas des créatures en voient de disparition ? Ricana de nouveau celui qui semblait être le Chef.

 

 La petite créature se releva avec difficulté et sauta sur la jambe de l’homme pour le mordre. L’homme hurla et ordonna à ses hommes d’éloigner le démon de lui. Il attrapa son couteau et s’écria :

 

- Vermine, tu vas mourir.

- Non, hurlai-je.

 

 Je sortis de la cachette où je me trouvais. Les quatre hommes se retournèrent vers moi, surpris. L’un d’eux se mit à rire et me demanda si je n’étais fou de venir en pleine nuit dans une forêt dangereuse et sans arme.

 Je souris, très à l’aise. Ces hommes ne me faisaient pas du tout peur. Pourquoi aurai-je peur d’ailleurs ? Ne suis-je pas un Sorcier ? Ne suis-je pas le Seigneur Faucon ?

 Je tendis la main et devant le regard, éberlué et effrayé en même temps, l’épée du faucon trembla pour finalement venir entre mes mains. Tout en s’amenant à moi, elle changea sa configuration et redevint les deux épées que j’appréciais le plus. Devant la stupeur de mes ennemis, j’agrandis mon sourire.

 Derrière les hommes, le petit démon se traînait comme il le pouvait vers la deuxième épée. Ils ne virent rien et tout comme moi, dès qu’elle se retrouva à peine touchée par la main aux ongles pointus, elle se transforma en deux petits Kriss, deux petites lames ondulantes et très coupantes.

 La créature ne chercha pas midi à quatorze heures, dès qu’il fut assez près d’un des hommes. Il frappa violemment sur une cheville qui fut entaillée suffisamment pour faire hurler à mort l’homme en question.

 Ce cri signala l’attaque. Deux hommes me foncèrent dessus, pendant l’autre s’occupait de la créature. Du coin de l’œil, je pouvais voir les Érinyes se débattre pour se libérer, effrayer. Je trouvai très étrange leur attitude alors que peu de temps auparavant, elles semblaient bien trop résigner de leur sort.