Chapitre 16

 

 Hokaru, cette forêt surnommait la forêt aux mille dangers, regorgeait également de merveille. Depuis le jour où Shana et Merry acceptèrent de m’inviter chez eux parmi le clan des Amazones, je ne l’ai plus quitté seulement quelquefois pour rendre visite à Boris ou à Balou restait à Balist.

 Je suis tombé amoureux de cette forêt. Trouvez-vous cela étrange ? Moi, en tout cas, je le crois. La plus belle chose en venant dans cette partie de la forêt, un peu en hauteur, permettait également de voir les montagnes du Limur. Cette montagne qui permettrait de se rendre dans ce nouveau petit pays du même nom. Mais ce qui me fascinait le plus et qui m’émerveillait de les voir de si loin était les fameuses montagnes de Lyra. Les filles les appelaient les montagnes des neiges éternelles.

 Leurs immensités donnaient le vertige et donnaient largement l’envie d’aller les voir de plus près. Bien sûr, les filles se moquaient gentiment de mon envie. Le seul moyen de se rendre sans se casser le cou, mais tout aussi dangereux, serait de passer par la Contrée d’Orion et par le désert de Terre neutre ou encore de traverser toute la Contrée de Bozaly qui ne valait pas mieux.

 Tout pour m’ennuyer en fin de compte. J’avais l’impression que ce continent regorgeait beaucoup de trésors et de merveille, mais que pour pouvoir les avoir le seul moyen seraient de toujours jouer avec sa propre vie.

 Mon plus grand plaisir d’être parmi le clan Amazone se trouvait être le lieu. Un lieu assez éloigné de toute ville où si mon pouvoir prenait le dessus, je pourrais éviter assez facilement qu’il détruise tout sur son passage. Tous les ingrédients s’y trouvaient en grande quantité. Vous trouvez cela étrange de penser que cela atténuera les dégâts. Je ne peux pas dire pourquoi je le pensais, mais j’étais sûr que j’avais raison. Je n’ai pas suivi de formation auprès d’un Sorcier alors je suis le plus souvent mon instinct.

 Il se trouvait que la chef du clan se trouvait être Shana Al’Bur avec Merry comme adjointe. À elles deux, elles parvenaient à dominer toutes ces jeunes péronnelles aux différentes personnalités. Beaucoup d’entre elles connaissaient le malheur des maisons closes de Bozaly. Elles avaient fini par haïr tous les hommes, quels qu’ils soient.

 Quand je suis arrivé en compagnie de Shana et de Merry, certaines d’entre elles n’étaient pas d’accord, mais Shana les remit à leur place assez facilement et avec une certaine rudesse que je n’aurais pas crue possible.

 Maintenant, six mois plus tard, je les connaissais toutes par leur prénom et me parlais tout avec gentillesse et souvent avec quelques sous-entendus. Cela me faisait souvent rire, elles savaient depuis longtemps que je ne les toucherais jamais comme les Bozaliens. Qu’elle pût être les plus belles femmes, cela ne changerait pas pour autant !

 En tout cas, je sus que Sink était jaloux. Il était jaloux de mon amitié très fraternelle avec Merry. Au moins, pour une fois, je pouvais me moquer de lui. Cela changeait un peu les rôles. Je riais souvent de son attitude. C’était plutôt amusant de le sentir en train de bouder dans un coin de mon esprit.

 Il n’appréciait pas vraiment le changement de rôle. Il avait tout de même fallu que je parle de Sink à Merry, car bien même elle ne me traiterait jamais de fou de me voir sourire ou de rire sans prévenir, la déconcertait souvent. Il semblait bien que les Lyandrins aux yeux rouges fissent également fureur dans le coin. Tout comme dans le Grand Désert, mon pays d’origine, le désert Akon, les vénérait et quiconque s’attaquait à ces Lyandrins, se retrouvait à errer dans le désert profond sans nourriture et sans eau.

 J’appris aussi que le nouveau peuple existant dans le Limur était arrivé sur Bergamote accompagné par deux Lyandrins aux yeux rouges en forme humaine. C’est grâce à eux si le peuple avait pu traverser la Contrée d’Orion sans problème. La Reine Sifreda ne se risquerait pas de se mettre ces démons sur le dos et encore moins le Grand désert Akon.

 J’aimais beaucoup prendre l’air, assis sur les marches de l’immense demeure de bois. Quand je suis arrivé et adopté par les Amazones, la demeure se trouvait vide. À l’origine, elle appartenait d’office à la Chef, mais Shana ne s’y trouva pas très à l’aise, avait préféré rester dans les petites maisons qui l’entouraient. Le plus étrange, depuis que je vis dans cette immense demeure, j’ai bien l’impression d’avoir repris le rôle de Shana.

 Cette friponne m’avait refilé d’un seul coup sans prévenir son travail. J’étais devenu leur Chef et je devais l’assumer. Mais de quelle manière ? Je les aimais bien ses filles. Elles étaient devenues au fil des jours mes amies. Comment devrai-je réagir quand je devais perdre l’une d’elles ?

 Sink me grondait souvent et m’interdisait de m’attendrir. Tout Chef aime ses hommes, mais il devait aussi accepter le fait que lors des combats, tout le monde ne pouvait en sortir vivant. Je ne devais pas les considérer comme plus faibles parce que c’était des femmes, loin de là. Je risquais fort de les vexer et de leur faire plus de mal ainsi.

 Depuis quelque temps, je ressentais un regard sur moi. Il se trouvait dans la forêt, dans les alentours, mais je ne savais pas trop où il pouvait être. Je ne ressentais aucune haine dans ce regard, juste de la curiosité, je crois. Une autre chose qui devait m’intriguer.

 J’entendis des pas derrière moi et deux bras fins m’entourèrent le cou. Je pouvais sentir la chaleur du corps fin de la jeune femme. J’aimais bien cette chaleur. Je ne me souviens plus la chaleur de celle d’une mère, alors je pouvais bien profiter de celle-ci même si nous avions le même âge.

 

- À quoi penses-tu, Kadaj ?

 

- À ma venue ici. Où as-tu mis Shana, Merry ?

 

- Haha ! Je l’ai noyé dans son bain. Elle est fatigante, des fois.

 

 Je me mis à rire. Je crois que Sink et Shana s’entendraient vraiment très bien. Aussi pervers l’un comme l’autre, ils feraient vraiment la paire. J’entendis un grognement dans mon esprit.

 

« - Ne me confonds pas avec cette folle hystérique ! »

 

« - Pourtant à y voir de plus près, vous vous ressemblez assez. »

 

 Je ressentis comme une morsure à ma cuisse. Je ne pus laisser échapper un petit cri de douleur en me frottant ma jambe. Merry se mit à rire.

 

- Tu as encore dit quelque chose qu’il ne fallait pas. Tu devrais le savoir depuis le temps.

 

- Oui, je sais. Mais ce n’est pas de ma faute si je trouve que Shana lui ressemble au niveau caractère. Aïe ! Mais c’est qu’il est pénible ce soir.

 

 Merry riait de bon cœur. Elle se tenait les côtes tellement elle riait.

 

- Tu n’as pas un peu fini de te moquer. Je voudrais bien t’y voir.

 

- Ah lalala ! Que se passe-t-il ici ? Je ne peux pas vous laisser seul un instant tous les deux sans que vous fassiez un boucan pas possible, s’exclama alors la grande blonde.

 

- Dis plutôt que tu es jalouse d’être mise à l’écart, Shana, répliquai-je.

 

- Tu insinues quoi, Banane ? Tu veux un coup de pied dans tes fesses délicates ?

 

- Essaie pour voir, dis-je en la défiant d’un sourire.

 

 Elle me fonça dessus, mais mal lui en prit. À la fin ce fut elle qui se retrouva sur mes genoux et qui lui donnait la fessée sous le fou rire de Merry.

 

- Aïe, Aïeeee ! Pitié Kadaj ? S’il te plaît ?

 

 Je la relâchais. Elle se releva du mieux qu’elle put rouge comme une tomate. Elle me lança un regard boudeur.

 

- Je t’aurais un jour, Kadaj. Je t’aurais.

 

- C’est cela ! Dans tes rêves !

 

 Je la voyais se frotter les fesses. Je souris et j’eus droit à un autre regard boudeur.

 

- Tu es un monstre. Tu m’as fait mal, sale brute.

 

- Chochotte !

 

- Mais enfin Merry ! Fais quelque chose ?

 

- Ah ! Non alors ! C’est toi qui as commencé, débrouille-toi toute seule.

 

- Magnifique la solidarité féminine ! Enfin, passons ! Ton bain est tout prêt, mon beau. Tu peux aller nettoyer ta cervelle, Banane.

 

- Ah ! Merci mon ange, c’est gentil.

 

 Je me relevais et je me dirigeais vers l’entrée de la demeure.

 

- Tu veux qu’on vienne te laver le dos ?

 

 Je me mis à rire. J’y avais droit tous les jours et avec toutes les filles. J’allais répondre, mais je sentis à nouveau le regard sur moi. Je tournais mon regard vers les plus hautes branches, les plus près de nous. Je fronçais les sourcils. Je suis sûr d’y avoir aperçu un mouvement.

 

- Il y a quelque chose qui ne va pas, Kadaj ? me demanda alors Shana.

 

- Non, ce n’est rien.

 

 Je leur souris et je pénétrais dans la maison. Je longeais le couloir menant jusqu’à ma chambre qui servait également de bureau. J’allais ouvrir quand la voix de Sink retentit.

 

« - Reste sur tes gardes, Kadaj. »