Chapitre 14

 

 Deux années ont passé depuis ma venue dans ce nouveau continent. Nous avons accosté dans la ville de Balist de la contrée de Shamany. Un pays très étrange dont les représentants de l’ordre, la milice, sont élus par le peuple alors qu’à l’origine, un Roi gouvernait. Mais cet homme Asim, le narcissique, c’est ainsi qu’il était surnommé par son peuple, ne s’occupait absolument pas de son royaume. Comment arrivait-il à garder la Couronne dans ces cas-là ? Je ne comprenais pas, mais au moins, les habitants de Shamany ne semblaient pas trop souffrir.

 Pour pouvoir circuler tranquillement dans tout le pays, il nous fallut un laissez-passer. Il fallait donc demander cette autorisation au Capitaine de la Milice, le Capitaine Asgrave. Tout le long du chemin pour nous rendre à la demeure des Miliciens, je pus constater beaucoup de différence par rapport à la Terre du Milieu.

 Les habitants de Shamany s’habillaient tous de couleurs vives et joyeuses. Ils avaient pour la plupart un visage souriant et aimable même avec les étrangers. Mais la chose qui me surprit le plus, tout comme Balou vu son exclamation, c’était les couples.

 Le Capitaine du bateau nous avait déjà prévenus que nous serions surement surpris par ce continent et que nous serions assez vite pourquoi les hommes des Terres du milieu l’appelaient le continent interdit.

 En fait, le véritable titre serait plutôt le continent des interdits. Partout où mon regard s’était posé, je pouvais apercevoir des couples mixtes ou du même sexe. Assez étrange tout de même de voir ces couples qui se trouvaient rejetés et haïs dans la Terre du milieu. Je me suis souvent demandé comment réagirait mon père s’il apprenait un jour mon penchant pour le même sexe et pire encore mon penchant pour les démons humains.

 Ah ! Ma première rencontre avec le Capitaine Asgrave fut un vrai moment de pur bonheur. J’ai bien failli avoir un fou rire en apercevant sa tête d’ahuri et rougissante. Mortel ! Il semblait que je lui faisais un sacré effet. Même, ces hommes le remarquèrent et depuis plus de deux ans, ils le charriaient à tout bout de champ.

 Asgrave, un homme brun de taille moyenne et à la musculature des plus voyantes, devint à partir de ce jour un ami sincère et d’une aide précieuse, même si pour son malheur, il ne recevait aucunement une récompense de ma part. Certes, j’aimais les hommes, mais mon cœur appartenait déjà à quelqu’un dont le rire, je pouvais l’entendre des fois.

 La première fois que cela arriva, je pensais sérieusement être devenu fou jusqu’à que j’entende finalement sa voix. Souvent, cela arrivait le soir, il voulait me souhaiter une bonne nuit. Quand finalement, je lui demandais où il se trouvait, il riait juste en disant que cela ne me regardait pas. Il pouvait vraiment être agaçant des fois. Mais je ne m’en plaignais pas trop, car je ne me sentais plus abandonné par Sink. Même s’il se trouvait loin de moi, il restait tout de même à mes côtés. Sa faculté de communiquer par esprit se trouvait bien pratique, je trouve.

 Grâce à Asgrave nous avons pu trouver une auberge agréable à vivre. D'ailleurs, le nom de l’auberge me faisait toujours sourire. « Bienvenue au vol du faucon » appartenait à une femme au fort caractère, mais au sourire envoutant. Dès qu’elle nous vit, elle tomba sous le charme de Balou et depuis, elle essaie par tous les moyens de mettre le grappin dessus. Balou me foudroyait toujours du regard quand il s’apercevait que je me moquais gentiment de lui.

 La première chose que je fis dès que je fus bien installé dans ma chambre fut de déambuler dans toute la ville de Balist. Je pris plaisir de discuter avec les habitants tout en faisant attention à ma bourse. Du fait que le Roi ne faisait pas cas de son pays, le vol se trouvait le plus grand plaisir des enfants et adolescents.

 Balou se fit facilement avoir et il reçut un sermon de tous les diables par notre charmante aubergiste devant tous les clients. Qu'est-ce que j’ai ri ce jour-là ! Voir la tête rougissante de Balou, de le voir si embarrasser me fit l’effet d’une vraie bouée de sauvetage. Je me sentais seul. J’avais pris tellement l’habitude de discuter pendant des heures avec Sink que les jours venant, je commençais à déprimer. Mais ce jour-là, je redevins comme d’habitude.

 Les habitants me parlaient toujours avec respects comme s’ils s’adressaient à un noble. Je ne comprenais pas trop pourquoi ils agissaient ainsi. Asgrave m’expliqua que ma manière d’être faisait penser aux autres que je devais avoir du sang noble. Une chose qui se trouvait véridique, mais dont je ne pensais pas que cela se voyait si fortement.

 Je me renseignai également sur les autres pays. Ainsi, j’appris grâce à Aurélie, la charmante aubergiste que le continent se trouvait constituer de neuf contrées. Shamany se trouvait au sud-sud-est, ensuite aux Sud et Sud-ouest le désert Akon y dominait de toute sa splendeur. Elle me parla également d’Adiemus, la ville de l’art. Elle affirmait que la plus grande bibliothèque s’y trouvait et qu’une école de magie y avait été créée par une ancienne Sorcière des Terres du milieu. Mmmh ! Un endroit où je ne devrais peut-être pas trop y mettre les pieds. Je préférais ne pas tenter le diable non plus. Bozaly, une contrée que je déteste. Le Roi est un pur sadique et un goujat surtout envers les femmes qu’il prend en esclavages. Les femmes non aucune autorité, doivent se taire et acceptaient ce que les hommes leur fasse subir. Un pays où les maisons closes poussaient comme de petits pains.

 La Contrée d’Orion au centre ne valait pas mieux que Bozaly. Une femme la dirigeait, mais elle ne pensait qu’à ces mines de pierres précieuses. Il était très dangereux pour les étrangers de traverser ce pays au risque de disparaître pour être enfermé à vie dans une des mines.

 Aurélie me raconta également la venue d’un autre petit pays. Un pays où il faisait bon vivre, mais difficile d’accès. Il se nommait le Limur comme les montagnes qui le dominaient. Le seul moyen facile pour s’y rendre serait de traverser la contrée d’Orion, donc très dangereux ou alors il fallait traverser la plus grande forêt que je n’avais encore jamais vue.

 Cette forêt Hokaru de son nom se faisait surnommer la forêt aux mille dangers. Le repaire principal d’un clan de femmes surnommait les Amazones, mais également de différents monstres, démons en tout genre. En gros, elle me déconseillait vertement d’essayer, même d’y penser à vouloir la traverser.

 Je ne pensais pas le faire de suite. Il fallait m’habituer à ce nouveau pays tout d’abord. Mes pouvoirs, je pouvais les sentir devenir plus puissants chaque jour qui passe. Ma plus grande peur serait de perdre le contrôle et de saccager ne serait-ce qu’un peu la ville. Pour moi, il était primordial de trouver un autre endroit pour vivre où je n’aurais pas peur de me perdre.

 Je ne voulais pas que les habitants de Balist me détestent. J’appris à les aimer, à rire avec eux, à les aider quand je le pouvais. Personne ne me regardait avec méfiance ou avec terreur même s’ils étaient tous au courant de mes pouvoirs.

 Bien que je vive le plus souvent à Balist, je me rendais souvent dans les autres villes. Je voulais tout connaître. La ville Acorda se trouvait la plus proche de la forêt et arrivait souvent que des monstres et des démons venaient y mettre leur grain de sel. Ils venaient détruire les récoltes, mettre le feu à certaines demeures. Rare les fois où les monstres venaient réellement pour tuer. Mais une race de démon appelait Érinyes, se chargeait de dépeupler la ville de ces hommes de tout âge, enfin du moment qu’ils étaient adultes.

 Les Érinyes, des créatures femelles d’une très grande beauté, charmaient les hommes pour les faire venir dans leur repaire. Personne ne savait vraiment ce qui se passait ensuite. Mon père m’avait raconté que les Érinyes séduisaient les hommes seulement quand elle voulait enfanter. Mais il ne put me dire ce qui arrivait ensuite à ces hommes qui ne revenaient jamais.

 A Acorda, j’appris par un vieil homme qu’un siècle plus tôt, un homme enlevé par une Érinye survécut. Il revint dans sa ville natale accompagnée par un jeune enfant qui ne ressemblait pas vraiment à un être humain. Cet homme expliqua qu’il avait eu la vie sauve grâce à son fils. Quand les femmes Érinyes mettaient au monde un enfant, majoritairement, une fille, elle se nourrissait ensuite en suçant le sang de l’homme kidnappé jusqu’à le vider. Mais il arrivait parfois, ce qui se trouvait être très rare que l’enfant qui nait est en fait un garçon, le plus grand malheur des Érinyes. La naissance d’un garçon tuait aussitôt la mère dans d’horribles souffrances. Les autres Érinyes ne cherchaient aucunement à venger cette mort inattendue. Elles disaient que la voix divine parlait dans cette naissance. L’homme fut donc relâché à la seule condition d’élever l’enfant jusqu’à sa mort.

Je me trouvais fasciné par cette histoire et j’aurais bien voulu en parler encore plus. Surtout pour savoir ce qui était advenu de cet enfant. Mais une attaque soudaine de Lyandrin aux yeux marron me fit changer ma priorité. Je maudissais ces monstres, car ils me rappelaient trop bien que les humains confondaient toujours les vrais des faux. Et puis, malgré que je sache bien qu’ils n’avaient aucune relation avec Sink, le simple fait d’en tuer me faisait très mal.