Chapitre 12

 

 Quelques mois plus tôt :

 

 Je suis arrivée en retard. Le village est déjà en flamme et je pouvais entendre le cri terrifiant des habitants du village qui se faisait massacré par les soldats du Roi Odrien. J’ai fait mon possible pour pouvoir sauver un maximum de personnes, mais je ne peux plus rien faire.

 La haine, je déteste de plus en plus ce territoire. Je viens du Grand Désert où les hommes respectent les femmes et ne cherchent pas à tout bout de champ à les mettre dans leur lit. Je suis allé dans différentes auberges jusqu’à mon arrivée ici et chaque fois, il a fallu que je me défende contre des abrutis. J’ai dû en castrer trois dans le lot. Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à se méfier et obéir quand je leur ai dit de me laisser tranquille.

 Je me trouvais sur une petite colline qui dominait le village Miridia. Un charmant village où il faisait bon de vivre. Maintenant ce n’était plus qu’un champ de cadavre dont le sang s’écoulait dans la neige.

 C’est la première fois que je vois de la neige, mais je pense que le seul souvenir que je retiendrais toujours ce serait le rouge du sang dans cette blancheur de début d’hivers.

 Mon regard fut attiré par de la fumée sortant de la forêt. Mon cœur faillit manquer un arrêt. Non, il ne fallait pas être en retard. Il fallait que je le sauve. Mère m’en voudrait beaucoup si j’échouais. Je suis très fière qu’elle m’ait choisi pour cette mission. Depuis très longtemps, j’attends impatiemment le jour où je pourrais enfin les rencontrer.

 Je tirais sur les rênes de mon cheval et d’un coup sur ces flancs, je le forçais à prendre le galop. Il partit comme une flèche. Il s’appelle Flash et il est d’une couleur brune alors que sa crinière et sa queue étaient plus pâles, presque blanches. Je l’avais trouvé sublime et pour mon plus grand bonheur, je l’ai eu pour une bouchée de pain.

 Une chose est sûre. Les marchands de la Terre du milieu sont vraiment trop nuls pour les marchandages. Si ce vieux grognon pensait arnaquer une gamine, il se trompait lourdement.

 La forêt apparut et je dus faire ralentir Flash. Hors de question qu’il se casse une patte. Je déteste être dans l’obligation d’abattre un animal blessé même si je n’ai pas le choix pour éviter qu’il souffre.

 Je pouvais entendre les voix d’hommes. Ils hurlaient des ordres de recherches. Apparemment, les habitants de la demeure de la forêt avaient pu s’évader avant que ces meurtriers n’arrivent. Je me sentais soulagée. J’aurais une chance de pouvoir les aider.

 Mon instinct me fit tourner vers ma droite à une intersection. J’ai toujours suivi mon instinct, il m’avait souvent sauvé la vie. Je débouchais sur une petite place près d’un lac. Ce petit coin était un pur paradis. À son centre se trouvait recroquevillé sur lui-même un jeune garçon brun. Il s’appuyait contre le tronc d’un arbre centenaire qui dominait de sa grandeur le lac.

 Je descendis de cheval et je m’approchais. Le garçon redressa sa tête. Il avait les yeux rougis par les larmes. À son expression de surprise, je sus qu’il se posait surement des questions à mon sujet. Ensuite, son regard changea en une expression terrifiante. Je compris à demi-mot. Vivement, je me retournai en faisant un arc de cercle à cent - quatre-vingts degrés tout en retirant mes deux Kriss.

 Avec ma souplesse de danseuse, en m’arquant au maximum vers l’avant puis vers l’arrière, je pus ainsi éviter la masse qui voulait me fracasser la tête. Mon demi-tour terminait, je me redressais et enfonçaient mes deux Kriss dans la colonne vertébrale de l’homme qui hurla. Tout en me retenant à elles toujours coincé sur cette masse d’hommes, je me tirais et me retrouva ainsi derrière lui. Il gesticulait en criant comme un dément.

 Un sourire mauvais m’étirait les lèvres. Il pouvait souffrir après tout le mal qu’il venait de faire dans un village qui ne pouvait pas se défendre. Je soulevais mes deux pieds vers ces fesses afin de prendre appui pour pouvoir me propulser plus loin, en récupérer mes deux lames. Je retombai ainsi sur mes deux pieds un peu plus loin et je pus regarder la dernière agonie du soldat. Il perdait tout son sang par la plaie béante dans son dos.

 Je m’approchais du cadavre et me penchais. J’essuyai mes lames sur le vêtement. Hors de question que mes Kriss restent tacher par le sang ennemi. Elles risqueraient d’y prendre goût et de devenir incontrôlables.

 Mon regard se porta à nouveau vers le gamin près de l’arbre. Il n’avait pas bougé d’un pouce, mais un autre homme l’avait rejoint. Un homme, pas très grand, mais bien bâti. Il avait les cheveux bruns et les yeux noisette. J’avais du mal à imaginer une seconde que cet homme avait été le mari de ma mère et qu’il était également mon père.

 Le gamin avec lui ressemblait plus à cet homme que moi. Cela me perturba un peu. Et mon frère, alors ? Serai-je aussi déçu par son apparence ? L’homme m’observait d’un regard étrange. Il semblait halluciner. Pourquoi ? Je m’approchais vers eux. Je vis un changement dans le regard noisette. Il était redevenu normal. Il me demanda :

 

- Qui es-tu ?

 

 J’allais répondre, mais le gamin se redressa et me fixait toujours. Lui aussi semblait un peu stupéfait. Il regarda l’adulte et s’exclama :

 

- On dirait Kadaj quand il avait mon âge. Pourquoi ?

 

- Parce que ce Kadaj est mon frère.

 

 L’homme sursauta tout comme le gamin. Le regard de l’homme s’attrista.

 

- Alors, tu es né après que je sois parti du Grand Désert.

 

- Oui, c’est ce que ma mère m’a dit. Elle m’a raconté que mon frère possédait des pouvoirs et que la loi du Désert était la sentence de mort. Pour les gens du pays, Kadaj est bel et bien mort sous les dents du Grand Moa et que fou de douleur, vous êtes reparti dans votre patrie d’origine.

 

 L’homme sourit.

 

- Je savais bien que Mirnia trouverait une explication pour notre disparition. Elle n’est pas Reine pour rien.

 

 Je souris aussi. Le garçon me fixait toujours. En fait, il était un peu plus grand que je le crusse. Il me dépassait même de quelques centimètres.

 

- Tu pourrais nous dire qui tu es ? Finit-il par me lancer.

 

- Présente-toi d’abord ! Je n’ai pas d’ordre à recevoir d’un marmot qui n’est pas capable de se défendre tout seul.

 

- D’abord, je ne t’avais rien demandé.

 

- Je te présente Akira Nomura. Kadaj était présent quand Akira est né. Et d’ailleurs, c’est grâce à lui si Akira a pu vivre avec sa mère enfin jusqu’à maintenant.

 

 Je vis le garçon détourner son regard. Sa précieuse mère devait être morte maintenant. J’étais triste pour lui bien que perdre un être proche je ne savais pas trop ce que l’on pouvait ressentir. Je soupirais.

 

- Je m’appelle Kadajy. Ma mère a fait exprès de me donner le prénom féminin de mon frère afin d’être proche de lui sans l’être.

 

- Tu as peut-être son nom et tu lui ressembles beaucoup, mais une chose est sûre, tu n’as pas son caractère, répliqua Akira.

 

- Mouais ! Je ne sais pas comment mon frère a pu te supporter pendant tout ce temps. Tu ressembles à un crétin.

 

 J’observai les joutes verbales des deux enfants. Je trouvai amusant de les voir se chamailler alors qu’ils étaient encore en grand danger. Akira avait tort. J’observai ma fille, puisque telle était le cas. Physiquement, Kadajy ressemblait bien à Kadaj. La même couleur de peau, la même finesse du corps, c’était bien comme mon fils. Même, les traits du visage se ressemblaient. Je me souvenais que certains voyageurs à l’époque pensaient toujours que Kadaj était une fille.

 Cela le faisait toujours rire. Il en abusait même. Mon fils était un petit fripon qui savait utiliser ses charmes quand il le fallait. Cela, il le tenait indéniablement de sa mère. Mais là où Akira avait tort, c’était au niveau du caractère. Il est vrai que pour tout caprice d’Akira, Kadaj cédait facilement. Mais sinon, il avait le caractère franc, il ne mâchait pas ses mots et adorait jouer les gamins insupportables.

 Je me sentis nostalgique d’un coup. J’aimerais revoir mon fils. J’espérais sincèrement de n’avoir pas fait d’erreur de jugement en ce qui concernait Lan, mon premier fils.

 

- Nous devrions parti d’ici, finis-je par lancer, afin de calmer les deux jeunes.

 

 La jeune fille releva la tête vers moi et sourit. Elle avait également hérité de son sourire. J’avais plus l’impression qu’elle était sa sœur jumelle que sa petite sœur.

 

- C’est vrai, nous devrions partir. Je vais vous ramener au Grand Désert. Mère me l’a extrêmement ordonné. Elle m’a également dit de vous rassurer au sujet de mon frère. D’après les cartes, il allait être marqué par les yeux rouges. Je ne vois pas ce que cela veut dire, mais vu la réaction de Mère !

 

- Tu dis les yeux rouges ? Ce sont des Êtres mi-homme, mi-démon. Les hommes du désert les prient souvent pour sortir indemnes d’une bataille des plus féroces. Certains affirment qu’ils sont des demi-dieux. Je ne sais pas si c’est réellement véridique, mais si seulement une partie est vraie alors oui, nous pouvons dire qu’il a beaucoup de chance.

 

 La jeune fille sauta de joie en riant et tapant des mains. Elle me fit sourire et je vis Akira secouait la tête exaspérée. Je savais qu’il en voulait à mon fils d’être parti sans lui dire au revoir. Je sais aussi qu’Akira avait entendu les soldats d’Odrien dire que la destruction du village en revenait à Kadaj.

 J’espérais sincèrement qu’il n’en croyait pas un mot. Il ne me disait rien depuis qu’il avait vu un de ces hommes éventrer sa mère. Je suis arrivé juste à temps pour empêcher cet homme de s’en prendre également à lui. Depuis, il n’avait fait que pleureur jusqu’à ce que Kadajy arrive.

 

- Kadajy ? demanda finalement Akira, plus calme.

 

- Oui ?

 

- Est-ce que les hommes du désert m’apprendront le combat ?

 

 Ma fille sourit et pencha la tête. Elle mit le garçon mal à l'aise, car elle le détailla de la tête aux pieds. Elle semblait prendre un certain plaisir à le mettre mal à l’aise. Je soupirais triste. Une autre manie que mon fils avait souvent. Une manie que presque tous les habitants du Grand Désert avaient d’ailleurs.

 

- Tu devras demander l’autorisation à Mère, mais tu sembles assez costaud pour supporter l’entraînement. Nous allons faire de toi un Homme du désert, Akira.