Chapitre 11

 

 Les limbes du sommeil commençaient à s’estomper. Je pouvais sentir sur mon visage un rayon du soleil. C’était très agréable. Il donnait l’impression de recharger mon énergie complètement à sèche. Une douleur à mon épaule droite me rappela la bataille contre des monstres de Kréos.

 Le souvenir d’un grognement et d’un cri me fit me redresser. Je me mis à crier sous la douleur à mon épaule, amenant des larmes. Je regardais autour de moi pour m’apercevoir que nous n’étions plus dans la forêt, mais dans une chambre d’auberge. Où étions-nous ? Et pourquoi ?

 Je me laissais retomber doucement sur le lit afin d’atténuer au maximum la douleur. La porte s’ouvrit sur un homme dont la seule chose que je vis était ses yeux rouges. Je ne savais pas pourquoi, mais de le voir me fit sentir soulager et heureux de voir qu’il n’avait semble-t-il aucune blessure.

 Il me vit réveiller et s’approcha du lit. Il sourit. Son visage marqué et dur s’adoucit un peu.

 

« - Enfin, réveiller Marmotte ! »

 

« - Ai-je été inconscient longtemps ? »

 

 Sink s’installa sur mon lit et posa sa grande main sur mon front. Elle était calleuse, mais agréable et chaude.

 

« - Tu n’as plus de fièvre. L’attaque remonte à trois jours, Kadaj. Tu as reçu la dague jaune en pleine épaule. Elle est empoisonnée. Je suis impressionné. »

 

« - Pourquoi ? »

 

« - Elle est enduite d’un poison mortel et instantané. Même juste frôlé, tu serais mort, Kadaj. Mais, tu vis. Ton organisme a rejeté le poison avec une telle violence que tu ne pouvais le supporter. Tu as eu beaucoup de fièvre. Tu nous as fait vraiment peur, tu sais. »

 

 La main de Sink se trouvait toujours sur mon front. Elle glissa pour se positionner sur ma joue. Du pouce, il recueillit une larme qui s’échappait.

 

« - Tu as mal, Kadaj ? »

 

« - Oui, à l’épaule droite. Mais pourquoi n’ai-je pas de blessure apparente ? Si tu dis que cette créature m’a planté l’arme dans l’épaule ? »

 

 Sink tourna son regard vers la fenêtre. J’avais l’impression qu’il me cachait quelque chose. Mon épaule droite me faisait bien mal, mais aucune cicatrice ne s’y trouvait. C’était à n’y rien comprendre. J’entendis Sink soupirer et baissais la tête du genre coupable.

 

« - C’est moi qui t’aie soigné, Kadaj. Balou et Baben n’en pouvaient vraiment plus et devaient soigner leurs propres blessures. Je…. Je t’ai soigné comme… bin… j’aurais soigné un des miens. Je veux dire comme ceux de ma race. »

 

 Je parvins sans trop de difficulté à me redresser sans me faire de nouveau mal. Sink, même s’il évitait de me regarder dans les yeux, remonta un oreiller derrière mon dos. Une vraie mère poule ! C’était mignon de voir cela sur un grand gaillard dans son genre. La seule chose que je pouvais retenir dans sa phrase était qu’il m’avait soigné. La manière dont il l’avait fait m’importer le moins du monde, mais cela semblait sérieusement le préoccuper.

 

« - Pourquoi ai-je l’impression que tu te sens coupable, Sink ? T’en veux-tu de m’avoir soigné ? Aurais-tu préféré que je garde à jamais une horrible cicatrice ? »

 

 Sink se tourna enfin vers moi. Je pouvais voir différentes expressions dans son regard. Ses yeux rouges étaient très expressifs.

 

« - Je me sens coupable, peut-être, mais pas pour t’avoir soigné, Kadaj. C’est juste que j’aurai dû avoir ton accord avant de le faire. »

 

« - Arrête de parler par énigme, Sink et avoue. »

 

« - Nous autres, peuple Lyandrin, nous avons la particularité que nos blessures se referment d’elles-mêmes. Notre sang nous soigne et nous sommes immunisés contre tous les poisons existants. »

 

« - Mmmh ! C’est bien pratique ! Et tu as utilisé ton propre sang sur moi, pour me soigner. Je ne vois pas pourquoi je t’en voudrais. »

 

« - Mais… mais je suis un démon, Kadaj. Je ne suis plus humain comme je l’ai été avant. »

 

 De ma main gauche, je l’attrapais par sa chemise noire et je le tirais vers moi. Son visage se retrouva à quelques centimètres du mien. Je pouvais voir son regard essayer de fuir le mien. C’était amusant de voir sa tentative de fuite impossible.

 

« Démon ou humain, nous sommes tous pareils, idiot. Il y a des bons et des méchants. C’est la valeur du bien et du mal. Il ne peut exister un monde sans ces deux contraires. Il y a juste quelques imbéciles qui servent à faire en sorte que ces deux contradictoires restent toujours en parfaits équilibres. »

 

 Je dois quand même dire un grand merci à Lan sans qui je n’aurais jamais osé être aussi intrépide avec un autre homme. Je devrais avoir honte, car depuis un moment déjà j’oubliais Akira. Je suis sûr que dans un futur proche, je le reverrais, mais mes sentiments à son égard auraient changé. J’aurais découvert un Nouveau Monde et j’aurais surement mûri.

 Je tirais à nouveau sur la chemise et mes lèvres effleurèrent celles de Sink. Il semblait électrifié. Son regard s’était finalement arrêté et se noyait dans le mien. J’allais perdre pied dans ce lac de sang. Je suis sûr que Sink me cachait d’autres choses le concernant et sur la façon dont il m’avait soigné. Peut-être avait-il peur des conséquences de cet acte ? Je ne sais et pour le moment, à vrai dire, je m’en fichais.

 Sink finit enfin par agir. Il avait mis du temps avant de céder. Je ne voulais pas faire le premier pas. C’était lui qui se traitait de démon, pas moi. Il était à mes yeux bien plus humains que la plupart de ce que j’avais jusqu’alors rencontré.

 Il embrassait beaucoup trop bien. Sa bouche pleine s’était emparée de la mienne et la fouillait dans chaque recoin. Il avait porté une de ses mains derrière ma nuque afin d’accentuer le baiser. Ma main avait relâché la chemise noire et elle s’enfonçait dans les cheveux chocolat touffus. Ils étaient doux et soyeux en même temps. Tout en lui semblait fait de contraste. J’aimais bien cela.

 Je me vis à nouveau rallonger sur le lit et Sink avait jeté plus loin la couverture qui me couvrait. Je ne portais qu’un pantalon qui fut lui aussi envoyé à travers la pièce. Il fit cela sans jamais quitter une seule fois ma bouche. Lan m’avait embrassé aussi et j’avais bien aimé, mais avec Sink, c’était différent. C’était plus intense, plus profond. J’avais le cœur qui battait la chamade. Le simple fait d’être embrassé par lui mettait mon corps en feu. Il pouvait le sentir, car ses mains se baladaient sur toute la peau qu’elles rencontraient.

 Il finit par quitter ma bouche pour s’évader sur mes joues, mon cou. J’eus une petite plainte quand elles me quittèrent un instant. Il s’était juste redressé pour enlever ses propres vêtements. Ensuite, il revint et je perdis tout sens de la réalité. C’était fou les sensations nouvelles que je pouvais ressentir. Partout où ses mains ou ses lèvres se posaient, je me cambrais de plaisir plus intensément et de plus en plus, fortement. Je finis par le sentir en moi. Il était bien plus imposant que Lan. Je ne devrais pas faire ce genre de comparaison. Mais, peut-être le fait que mes sentiments n’étaient pas pareils pour eux deux, je ne ressentais pas le même plaisir. Je savais que Lan était mon demi-frère. Tout le long du chemin pour le Jars, j’avais appris à le connaître, mais je ne ressentais pas aussi intensément qu’avec Sink. Qu’avait-il de plus exceptionnel ? Je n’en savais rien. Juste que je me sentais en sécurité, que j’aimais discuter et rire avec lui et plein d’autres choses aussi comme ce que nous faisons maintenant !

 Je n’arrivais plus à penser correctement. À chaque mouvement, il m’envoyait dans un plaisir incommensurable qui n’y avait aucun mot pour le décrire. Quand le désir atteint son apogée, je me laissais retomber vers l’arrière pour me contenter encore un moment de cette félicité toute nouvelle.

 Sink se laissa à son tour tomber sur moi et j’entourais sa taille de mon bras valide. Il avait enfoui son visage contre mon cou. Je pouvais sentir son souffle sur ma peau. Je crois bien que je ne m’en lasserais pas. Je ne savais pas pourquoi, mais Sink semblait triste. Je ne saurais dire comment je pouvais le deviner, mais j’en étais sûr. Je n’osais pas lui demander la raison. J’avais trop peur de la réponse, bien trop peur.

 

« - Tu ne devrais pas t’attacher à moi, Kadaj. »

 

 Je glissais ma main dans sa longue chevelure. Je lui caressais la tête comme à celle d’un enfant.

 

« - Pour cela, il est déjà trop tard, Sink. Il était déjà trop tard le soir même où on s’est rencontré. »

 

 Sink se serra un peu plus. Il était lourd, mais je ne dis rien afin de le garder encore contre moi. Il gémissait. Il finit par avouer.

 

« - Je devais juste te surveiller, Kadaj. Tu es le premier Sorcier que nous croisons depuis des années. Nous voulions savoir si tu méritais de vivre. Nous ne voulions plus voir d’autres sorciers comme celui qui nous a faits esclaves. »

 

« - Que va-t-il se passer maintenant ? »

 

« - Rien. Tu vivras longtemps, Kadaj. »

 

 J’arrêtais ma main. Une pensée horrible me trottait depuis un moment.

 

« - Sink ? Tu ne resteras pas avec moi, pas vrai ? »

 

« - Je ne peux pas rester avec toi, Kadaj. Tu dois grandir et devenir plus fort. Je serais une gêne pour ton apprentissage de la vie. Tu dois le faire sans moi. »

 

 Je sentais les larmes couler le long de mes joues. Sink se redressa et les essuya avec la langue. Il me baisa ensuite les lèvres.

 

« - Ne pleure pas Kadaj. Ce n’est juste qu’un au revoir. Nous nous reverrons soit en sûr. Loin de moi, l’idée que tu m’oublies aussi vite. Le jour où tu comprendras que tu ne peux plus rien faire pour aider ce monde, alors nos chemins se retrouveront. Enfin, bien sûr si tu me choisis. »

 

 Il avait un petit sourire triste en disant cela. Le destin était cruel. J’allais encore être séparé d’une personne qui m’était chère. Pourquoi ? Pourquoi devrai-je faire ce chemin tout seul ? Certes, je le reverrais. Je le croyais comme j’avais cru sur parole Lan quand il m’assurait que je le reverrais dans quelques années. Tout comme j’étais certain que mon père et Akira étaient toujours vivants. M’endurcir ? Ce n’était pas une mauvaise chose finalement. Souffrir à chaque départ, à chaque perte d’un ami, me faisait un mal pire que les plus violentes tortures inimaginables.