Chapitre 9

 

 Moi qui n’étais jamais sorti de mon village, me voilà en train de traverser presque tout le continent de la Terre du Milieu. Cela me fait vraiment un drôle d’effet. J’essaie souvent d’éviter de penser à Miridia, mon village détruit par son Roi disjoncté. Pourquoi Odrien voulait-il tant la jeunesse éternelle ? Je ne comprenais pas. Garder éternellement sa jeunesse, c’était quelque chose d’aberrant à mon humble avis. Les humains devaient vieillir, c’est tout. La nature avait décidé ainsi. Pourquoi vouloir tout changer ?

 Les humains étaient beaucoup trop avides. Ils voulaient trop de choses, avoir plus de pouvoir, voulaient dominer un monde qui en réalité ne leur appartenait même pas. Nous appartenions à la Terre et pas le contraire. J’aimais beaucoup discuter ainsi avec Sink, transformé à nouveau en simple Lyandrin.

 Nous avions compris la différence qu’il existait entre les deux races de Lyandrin. Il y avait les yeux rouges, le clan de Sink. Ils avaient tous la particularité de pouvoir devenir des hommes ou des femmes. D’après Sink, son peuple cherchait un endroit où ils pourront vivre éternellement en paix. Je retenais le mot « éternellement ». Que voulait-il dire par ce mot ? Était-il possible que les Lyandrins nobles, c’est ainsi que je les surnommais, étaient immortels ? Je n’osais pas demander confirmation à Sink. Peut-être avais-je peur de la réponse ?

 L’autre race ressemblait beaucoup plus à des chiens dont la peau avait été arrachée, c’était vraiment horrible. Ils avaient les yeux marron. C’était ces créatures qui nous avaient attaqués quand j’avais utilisé pour la première fois mes pouvoirs. Rien qu’à ce souvenir, je repensais à mon frère Lan. J’espère qu’il allait bien, ainsi qu’Anissa et Manny. Ils me manquaient, tous les trois.

 Nous continuâmes notre chemin à travers la route la plus facile et la plus droite possible pour la ville d’Amondrail. Nous savions aussi que ce n’était pas très prudent de notre part, mais Balou trouvait que plus vite nous quitterions la Terre du Milieu, mieux se serait. Sink affirmait que Balou avait raison. Baben, lui restait toujours silencieux. Il avait tendance à avoir toujours l’esprit ailleurs. Dès fois, en l’observant, j’avais l’impression que Baben pouvait voir des choses que lui seul pouvait voir. Il arriva souvent que Sink fixât l’homme corpulent comme s’il désirait discuter avec lui sans pouvoir. Cela semblait l’agacer. Il secouait sa tête en forme de chien en grognant de frustration.

 Les jours de grandes pluies finirent par arriver. C’était une vraie horreur. Je ne connaissais pas ce genre de phénomène. Miridia se trouvait plus vers le Nord. À cette période de l’année, il neigeait. Je me souvenais toutes les fois où nous faisions les fous Manny, Anissa, Akira et moi. Nous aimions jeter des boules de neige sur les adultes pour les faire râler au possible. Souvent, la mère d’Akira nous pourchassait ensuite à travers tout le village avec un rouleau de pâtisserie. Nous finissions par rire aux éclats et elle nous invitait pour le repas.

 Voilà, je redevenais nostalgique. Cela m’arrivait souvent ces derniers jours. Alors, lors de l’arrêt du soir, dans un abri fait de bois dans les forêts où nous campions, Sink venait souvent poser sa tête de chien sur mes genoux. Je lui caressais la tête. Il me parlait de la Terre du Milieu ou du Désert. Il disait que ces informations devaient m’être connues. Il me parla également de Bergamote.

 La Terre du Milieu était constituée de quatre Royaumes distincts. Le premier m’informa-t-il, était le Noorden, le Royaume dont Miridia, mon village faisait partie. Il a longtemps été gouverné par la famille d’Odrien, mais maintenant celui-ci étant mort, cela, je le savais puisqu’Anissa l’avait achevé avec mon épée, une dispute royale se préparait pour le trône vacant. Odrien n’avait laissé aucun héritier mâle derrière lui et étant donné que sa seule fille avait été sacrifiée pour sa lubie ! Je me trouvais un peu triste d’apprendre tout de même cette nouvelle. Le Noorden avait été ma patrie depuis mes cinq ans.

 Ensuite, il me parla du Royaume Oosten. Ce Royaume n’existait plus sur ce nom, me raconta-t-il. Quand les Sorcières bâtirent la Tour blanche, elles décidèrent également que le Royaume leur appartenait et que désormais, il se nommerait le Jars comme la ville mère.

 Pendant cette discussion, Baben et Balou étaient partis chasser. Ils râlaient souvent en disant que mon animal de compagnie pourrait chasser à leur place. Mais chaque fois que Sink se décidait finalement à le faire, il ne ramenait que de la nourriture pour deux personnes, pour lui et pour moi. Il se retransformait en humain afin de les préparer et à chaque fois, il me donnait la part la plus grosse. J’avais bien l’impression que Sink aimait beaucoup taquiner les deux hommes. Il ne pouvait pas communiquer avec eux, mais ceux-ci comprenaient très bien. Heureusement, ils le prenaient plutôt bien avec beaucoup d’humour. J’aimais bien ses deux hommes. Ils ne se prenaient pas la tête, ne posaient pas trop de questions qui pourraient gêner.

 Mon regard les avait suivis quand ils étaient partis et j’espérais à chaque fois qu’ils ne leur arrivent rien de grave.

 

« - Tu es une vraie mère poule, Kadaj. »

 

« - Ne te moque pas, Sink. Je ne veux pas perdre des amis qui me sont chers. »

 

« - Serais-tu triste s’il m’arrivait quelque chose ? »

 

 Je me sentis étrange sur le moment. Imaginer rien qu’un peu de perdre mon nouvel ami me serrait le cœur. Mon père me reprochait souvent de m’attacher beaucoup trop vite aux gens, ce qui me faisait, souvent pleurer petit quand ceux-ci devaient s’en aller.

 

« - Bien sûr que je serais triste, idiot. »

 

« - Eh ! C’est toi le baka, pas moi. Mais je vois que cela te perturbe. Je reprends mon résumé sur les Royaumes, tu veux ? »

 

 Je hochais juste la tête. Que je le veuille ou pas, j’étais sure que j’aurais droit à son résumé. Pour cela, il pouvait être énervant des fois, le Sink. Il reprit donc la suite de son histoire. Il me parla ensuite du Western. Comme son nom l’indiquait, c’était à l’ouest dans la direction même où nous nous rendions. C’était plutôt un grand Royaume, gouvernait par une main de maître par un homme qui n’était ni bon, ni méchant. Il faisait de son mieux pour gérer un royaume qui lui était tombé dessus sans prévenir. À l’origine, le Roi Aldéric se trouvait être le troisième fils et ne devait donc pas hériter du Royaume, mais voilà son père et ses deux frères furent tués lors d’un grave accident alors qu’ils rentraient au palais. Il y avait eu une enquête afin de savoir si par malheur, cet accident se trouvait être criminel, mais ce ne fut pas le cas. Rien ne pouvait affirmer un acte criminel. Tout le pays se retrouva donc en deuil et Aldéric avait dû abréger son voyage à travers tout le continent pour prendre les règnes laissés vacants. Depuis plus de quinze ans maintenant, il s’occupait de ce Royaume avec efficacité.

 J’admirais un tel courage. Prendre ainsi le pouvoir d’un Royaume aussi grand que le Western, c’était beaucoup de travail et de nuit blanche. Il restait ensuite le Zuiden, le Royaume du sud, le plus petit, car il se trouvait juste un peu avant le Grand Désert. Il était gouverné par un homme froid et cruel. Il traitait les faibles comme des moins que rien. C’était le pays des voleurs et des assassins en tout genre.

 

« - Mon père m’en a déjà parlé de ce pays. Il avait dû le traverser pour pouvoir pénétrer dans le Grand Désert. Il disait qu’il devait dormir d’un œil de peur de finir égorgé dans son sommeil. »

 

« - Oui, ton père avait raison. »

 

« - Sink ? Je me demandais puisque tu sais beaucoup de choses. Est-ce que tu connaîtrais le Malkier ?

 

 Sink se redressa et pour une raison qu’il ne me donna pas, il se transforma en humain. C’est la première fois qu’il fait sa transformation devant autrui. C’est étrange de voir les poils se retiraient, de voir la gueule de chien se raplatir et de voir les muscles s’étirait dans tous les sens afin de prendre la forme d’un visage. Un visage qui me plaisait beaucoup trop.

Le corps subissait le même cheminement. Cela ne prit pas très longtemps, tout au moins une minute. La chose la plus étrange, c’était que la peau d’animal avec ses poils se transformait en habit. Je me disais aussi que Lan m’avait donné son côté pervers. Il m’avait offert un monde que je ne connaissais pas, mais dont j’y avais pris goût. Alors, je trouvais injuste de ne pouvoir voir Sink, dans son plus simple appareil.

 Sink s’installa de nouveau près de moi en tailleur. Il me regardait avec un léger sourire aux lèvres. Je me demandais s’il ne savait pas pour mes pensées perverses. En tout cas, il reprit juste la conversation où elle avait été interrompue sans faire cas de mon trouble. Je soupirais ce qui le fit rire. Il avait un rire grave et chantant à la fois. C’était un vrai contraste qui me perturbait beaucoup trop.

 

« - Je connais le Malkier. Le Roi et la Reine ont été assassinés. D’après les rumeurs, ce serait le frère le coupable.»

 

 Il dut voir la fureur dans mon regard, car il reprit aussitôt.

 

« - Ce ne sont que, des rumeurs lançaient par les Sorcières, Kadaj. Pas que cela soit la vérité bien que je ne vois pas pourquoi cela te blesse.»

 

« - Parce que le frère en question, c’est mon père, Sink. Je sais tout cela. Mon père a dû fuir pendant des années en abandonnant un de ses fils à l’arrière.»

 

« - Alors, tu es le propre frère du Roi sans royaume ? Je n’en suis pas surpris. Je me disais bien que tu ne devais pas avoir une famille comme les autres. Le Malkier était un petit Royaume qui se situait dans le Nord-Est. Maintenant, il ne reste que des ruines et il est devenu une part entière du Royaume Noorden. Le Malkier a longtemps vécu en paix, pendant plusieurs siècles.»

 

« - Existait-il déjà quand ton peuple était encore libre ?»

 

« - Oui, Kadaj. Mon peuple vivait dans les montagnes enneigées. Nous créions pour vivre un havre de chaleur où seuls les admis peuvent le voir. Nous avons pu vivre ainsi en paix pendant des années. Je sais par mes aïeux que les Rois Malkériens étaient souvent invités dans notre village pour une longue fête qui durait quatre jours.»

 

« - Cela devait être fabuleux. J’aurais aimé voir cela de mes propres yeux, murmurai-je tristement.»

 

« - Un jour, tu pourras le voir toi aussi, Kadaj. Le jour où je pourrai rejoindre enfin de nouveau ce havre de chaleur.»

 

 Je redressais la tête vers lui, mais il regardait vers la gauche. C’est à cet instant que Balou et Baben revinrent de la chasse. Étant donné, tout le gibier qu’ils avaient attrapé nous aurons de la nourriture pour un certain temps.

 

- Puisque tu as la gentillesse de nous montrer ta belle bouille, Sink. Tu vas nous aider à préparer le repas, s’exclama joyeusement Balou.

 

 Sink se redressa et se dirigea vers l’humain. Il choisit lui-même sa nourriture et se mit à le dépecer. Baben se mit à rire. Il finit par lancer à un Balou qui fixait le Lyandrin exaspéré.

 

- Laisse tomber Balou. Tu n’auras jamais le dernier mot avec lui. Il a décidé que seul Kadaj méritait de son attention.

 

 La moue de Balou me fit sourire et finalement, je finis par avouer.

 

- Sink dit que si un jour, vous arriviez à l’entendre, alors seulement, il acceptera de vous nourrir également.

 

- Eh ! Mais, je n’y crois pas ! Il y va au chantage, le bougre, bougonna Balou qui se mit en devoir de préparer sa propre nourriture.

 

 Sink releva un peu la tête et lui sourit en montrant ses dents. Il se moquait gentiment de Balou. Celui-ci lui balança un morceau de bois qu’il avait ramassé juste à côté de lui.

 

- Kadaj ! Rappelle à ce bougre d’âne que les jeunes devraient être plus aimables avec les personnes âgées.

 

 Je vins les rejoindre près du feu que j’attisais un peu plus. Je me mis à rire avec celui de Sink dans ma tête.

 

- Mais Balou ! Entre lui et toi, c’est lui le plus âgé. L’aurais-tu oublié ?

 

 Nous partîmes tous d’un fou rire devant la tête d’ahurie de Balou. Il avait complètement oublié ce détail. C’était vraiment trop drôle.