Chapitre 6

 

 « Mes pas m’amenèrent vers le balcon de la chambre. Le vent du soir commençait à se lever et s’engouffrait sous ma capuche. La journée, il faisait une telle chaleur qu’il fallait à tout prix porter des vêtements de la tête aux pieds pour se protéger. D’un mouvement du poignet, je détachai la lanière et la cape tomba à mes pieds révélant un pantalon noir souple et une simple chemise blanche. Je passai une main lasse dans ma chevelure auburn. Comme Lan Mondragoran l’avait prédit quelques années plus tôt, j’avais encore grandi et mes cheveux avaient poussé, poussé et encore poussé. Le nombre de fois où il avait fallu les couper dépassait même l’imagination. Mais depuis un an maintenant, c’était stabilisé et c’était temps mieux.

 Je tendis mon corps vers l’arrière et étira mes bras. J’étais fatigué, mais en même temps en pleine forme. Posant mes mains sur le balcon, je laissais mon regard s’égarer dans l’infini désert qui se trouvait sous mes yeux. Depuis plus d’une semaine, je me trouvais dans le Grand Désert Akon, plus précisément dans une de ces villes mères du nom d’Akarly. Le Roi Amos, m’ayant invité, je me voyais mal refuser bien que tous ceux qui vivaient sur le continent Bergamote savaient que le Seigneur Faucon n’obéissait qu’à lui-même.

 Le Seigneur Faucon ? Oui, c’est mon nom actuel sur ce continent. Seuls mes véritables amis avaient le droit de m’appeler par mon prénom et en gros, ils étaient pour ainsi dire aussi les seuls à le connaître.

Cinq années étaient passées depuis que j’avais quitté Lan et ces maudites Sorcières. Poussant un soupir, je tournai le dos au désert et regardai à l’intérieure de la pièce. Le Roi m’avait offert une de ces plus belles chambres. Sur un coin de mur se trouvait un meuble bas noir avec des gravures d’animaux sauvages tout en or. Vers le centre, une table ronde entourée de chaises garnir de coussins dorés et confortables, embellissait un peu plus et plus intéressant tout de même, se trouvait à l’opposé, un immense lit en baldaquin noir. Les draps soyeux à souhait, eux aussi, de couleur doré scintillaient au clair de lune. Mais mon regard se fichait royalement de toute cette splendeur, car ce qui me plaisait le plus se trouvait plutôt entre les draps. Un corps mince, longiligne, aux muscles fins, d’une taille moyenne comme celle d’un adolescent de douze, treize ans, s’étalait de tout son long sur le lit. Tout étranger pénétrant dans la chambre croirait voir un enfant endormi, mais ce serait la plus belle erreur de leur vie. Un sourire étira mes lèvres. Un rayon de lune éclaira la surface du lit et je vis clairement que mon petit animal domestique venait de se réveiller. Je me rendis vers lui en souriant. »

 

 Que s’était-il passé pendant ces cinq années ? Après avoir parlé avec Lan Mondragoran dans la chambre, il m’avait montré un passage secret qui me permettrait de rejoindre la ville de Jars. Il m’annonça également qu’il ne pouvait plus m’aider à partir de ce moment bien qu’il le regrettait. Je ne m’offusquais pas trop, car je l’avais déjà présumé. Je savais que je devais quitter la ville et le pays, devais-je lui dire qu’il était mon frère ?

Le doute et une certaine peur me tenaillaient toujours, mais je me disais que je lui devais au moins cette vérité. Alors, je me confessais d’une voix un peu tremblante, mais contre toute attente, j’eus le droit à un baiser léger comme pour m’interrompre. Il me sourit et m’avoua à son tour :

 

- Je le sais déjà, Kadaj ! Depuis le jour de notre première rencontre, je connaissais déjà la vérité et c’est seulement pour cette raison que ton père… euh ! Je veux dire notre père à accepter que tu viennes avec nous.

 

- Pourquoi ne m’as-tu rien dit avant ?

 

Lan caressa ma joue et eut un léger sourire.

 

- Parce que de cette façon, je pouvais t’avoir. J’avais peur que si tu apprenais la vérité, tu me repousses. Kadaj, ta vie t’appartient de droit, ne la gâche pas. Vis comme tu le désires et fais ce que tu désires le plus. Mais, c’est un conseil de ton frère, de ton ami et ton ancien amant, tu dois t’endurcir, te faire un maximum d’allié, car bien même tu peux fuir au-delà de l’horizon, ces femmes te chasseront.

 

Son regard s’était endurci pendant ces paroles. Je pris son visage entre mes mains et j’embrassais tendrement ses lèvres fermes. Ensuite, je commençais à m’éloigner tout en marchant en arrière.

 

- Ne te fais pas tant de soucis pour moi, Lan ! Notre père m’a appris beaucoup de choses et j’ai, dans mes veines, le sang d’un des plus grands peuples de guerriers et surtout celui d’une Reine, craint par les Sorcières. Prends soin de toi, car je suis sure que dans quelques années, nous nous reverrons.

 

Je lui fis un signe et lui criait à nouveau :

 

- N’oublie pas ma promesse ! Je te dois un Royaume !

 

 Le passage secret, c’était un vrai labyrinthe, mais au bout d’une heure, j’avais réussi à atteindre la sortie et je me retrouvais dans la ville de Jars. Lan m’avait offert une cape d’un vert kaki. Je la mis et relevai la capuche pour cacher mon visage aux passants et aux gardes. Je marchais le plus rapidement sans trop regarder autour de moi. L’immense porte de sortie était toujours gardée par des gardes qui demandaient le laissez-passer. Heureusement, Mailène y avait songé. Ma main sera l’objet en question, mais je ne savais pas trop pourquoi, j’avais un mauvais pressentiment.

Il me semblait que je risquais beaucoup à rester seul. Mon regard erra autour de moi et j’aperçus l’enseigne d’une taverne. Je m’y rendis. Je fis un rapide tour d’horizon et je repérais assez vite les deux lascars qu’il me fallait. L’un ressemblait à un gros nounours avec son poids trop disproportionné, l’autre aussi maigrichon qu’un fil de fer. Sous le regard des autres buveurs, je me dirigeai donc vers eux. Le mince se tourna vers moi et me détailla. Par respect, je laissais tomber ma capuche.

 

- Waouh ! Comment un homme peut être aussi beau ?

 

Un sourire étira mes lèvres. C’était un homme de franchise. J’avais bien choisi. Mon instinct ne me trompait que très rarement.

 

- Puis-je me joindre à vous ?

 

- Bien sûr, Messire !

 

Je m’installai donc avec eux et je commandais du vin. Sans attendre, je me lançais

 

- Je suis à la recherche de Gardes du corps. Je dois faire un long voyage et comme vous devez le savoir, un voyageur solitaire amène souvent le malheur sur lui.

 

Gros nounours savourait en silence son vin et laissait son camarade parler à sa place. Mais j’étais sure qu’il ne perdait rien de cette conversation.

 

- Oui, vous avez raison. Personnellement, cette ville commence à m’ennuyer alors je pourrais vous louer mes services et je suis sure que mon ami serait enchanté également.

 

Je bus une gorgée du vin que l’on venait de me servir. Il avait un goût horrible. Je le reposai assez vite. Mon pressentiment de tout à l’heure me serrait la poitrine. C’était étrange, mais dès que mes lèvres avaient touché le vin, j’avais compris qu’il était empoisonné. Étrange ! Je vis gros nounours, prendre le pichet pour se servir un nouveau verre. Je posais ma main sur son bras et je secouais la tête.

 

- À mon avis, vous feriez mieux d’éviter de le boire.

 

Sans rien me demander de plus, il reposa le pichet. J’en fus très surpris. Le mince émit un petit rire et avoua :

 

- Dès que vous êtes entré dans cette auberge, nous avons décidé que nous ferions tout ce que vous nous demanderez, Messire.

 

- Pourquoi feriez-vous cela ?

 

- Nous ne savons pas nous-mêmes ! Mais depuis que nous sommes petits, mon frère et moi savons ce qui est le mieux pour nous. Bref, on peut juste dire que c’est un don ou notre instinct qui nous guide. Bon, je me présente, Balou Morris.

 

Gros nounours baissa enfin son regard vers moi. Il avait de très beaux yeux vairons, l’un bleu comme le ciel et l’autre marron presque noir. D’une voix un peu cassée, il s’annonça :

 

- Moi, je suis Baben Morris

 

- Enchanté Balou, enchanté Bigben !

 

Gros nounours eut un hoquet et grogna :

 

- Baben, pas Bigben !

 

J’eus un petit rire. Je l’avais fait exprès et cela m’amusa de voir sa réaction.

 

- Et vous, Messire ? Quel est votre nom ?

 

- Kadaj Meedon, Seigneur Faucon. Mais, je vous donne mon accord pour juste m’appeler Kadaj