Chapitre 5

 

 Une lumière vive transperça mes paupières et me força à ouvrir légèrement les yeux. Petit à petit, mon esprit reprenait des droits et je me souvins de ce qui s’était produit. J’étais allongé sur un lit et non sur le sol. Cela c’était nouveau. Vu que je tournais le dos au reste de la pièce, ma première vue fut le mur blanc. J’allais me retourner quand j’entendis la conversation dans la pièce. Une dispute ?

 

- Ça suffit Lan ! Tu sais bien que nous devons le faire pour son bien !

 

- Pour son Bien ? Fais-moi rire, Mailène ! Tu viens de t’apercevoir qu’il est plus dangereux que tu ne le croyais et cela te met en rage, pas vraie ? Tu ne pourras pas le dompter comme tu le voulais !

 

Un claquement retentit. Je supposais que Lan venait de recevoir une paire de claques. Je me mordis les lèvres pour ne pas répliquer et je continuais à écouter.

 

- Je ne suis pas comme Marianne ! Mais Bon Dieu ! Ouvre les yeux, Lan ! Je t’avais prévenu de ne pas t’attacher à lui de cette façon !

 

- Fais chier ! Je m’attache à qui je veux ! Ça n’a rien à voir !

 

Le lit remua un peu. Lan venait de s’asseoir dessus. Il reprit la parole d’une voix lasse :

 

- Quoi que tu dises ou fasses, tu ne toucheras pas un seul de ses cheveux tant que j’aurais un souffle de vie. Et tu sais très bien ce qui arriverait si par malheur, il m’arrivait quelque chose.

 

Mailène semblait vraiment énervée, car elle tapait du pied et marchait de long en large faisant un maximum de bruit. J’avais l’impression qu’elle le faisait exprès.

 

- Imbécile ! Tu crois réellement que je serais assez stupide pour faire du mal à mon garde du corps préféré, bien que pour l’instant, il protège un sale gamin.

 

Un coup à la porte retentit et s’ouvrit sans entendre qu’on l’invite. Une voix reconnaissable annonça :

 

- Vous pouvez vous calmer Mailène. Plus aucune de vos consœurs ne se trouve dans les parages. Manny a réussi à faire une telle diversion que même moi, j’en suis épatée. Je ne l’aurais jamais cru capable de jouer aussi bien la comédie.

 

- Bien bien, mais c’est plutôt à toi de te calmer, Anissa.

 

- Pardon, pardon.

 

Le silence s’installa un moment, puis d’une toute petite voix, Anissa reprit :

 

- Vous n’allez pas lui faire du mal, n’est-ce pas Mailène ?

 

- Tu crois réellement que je suis de taille contre ce gamin ? D’ailleurs en parlant de gamin, ce serait bien qu’il montre qu’il est réveillé. Ce serait gentil !

 

Je poussais un soupir. Avec un petit effort, je parvins à me redresser et reposa mon dos contre le mur. J’observais les protagonistes de la pièce. Lan leva une main et m’ébouriffa ma longue tignasse.

 

- Mailène a raison sur une chose.

 

Surpris, je le regardais dans les yeux, mais aucune méchanceté ou de peur, ne se reflétait dans son regard.

 

- Tu es un sale gamin !

 

Je souris. J’avais l’impression que cela faisait longtemps que je n’avais pas souri. Anissa s’approcha et me déposa du linge propre sur les jambes. J’allais me lever, mais la voyant se retournait vivement, je sus que j’étais nu dessous les draps. J’eus un petit rire. Pour cela, je reçus un coup sur la tête de la part de Lan qui lui ne se détournait pas le moins du monde tout comme Mailène d’ailleurs. Elle avait un léger sourire sur les lèvres. Elle pensait surement que cela me gênerait, mais c’était loin de me connaître. Une particularité que je tenais du peuple du désert où j’étais né. C’était de ne pas être pudique ! Cela avait toujours gêné mon père par contre. J’aimais bien le narguer, mais je ne pourrais plus. Mon cœur se serra à ce souvenir. Était-il réellement mort, lui qui avait défié tous les assassins du monde ? Je finis de m’habiller et je me tournais vers mes trois camarades.

 

- Bien, maintenant, tu vas devoir te débrouiller tout seul mon garçon. Si j’étais toi, je quitterais

la Terre

du milieu pour le continent Bergamote. Tu y seras plus en sécurité. Les Sorcières n’ont pas de résidence là-bas, bien qu’il y en ait quelques-unes, m’expliqua Mailène de son ton tranquille.

 

Je hochais la tête en silence. Mailène me fit un simple signe, avant de s’éclipser de la pièce. Anissa s’approcha de moi et me serra contre elle.

 

- Prend bien soin de toi Kadaj.

 

Je lui caressais la joue. Je l’aimais bien cette fille comme une sœur.

 

- Tu le savais n'est-ce pas Anissa ?

 

- Pardon ? De quoi ?

 

- Pour Miridia ! Tu le savais quand tu es venu me voir au cachot, pas vrai ?

 

Elle baissa la tête. Je lui pris son visage à deux mains et je la fonçai à me regarder.

 

- Je ne t’en veux pas de me l’avoir caché. Regarde dans l’état où cela m’a mis et ce que j’ai fait.

 

- Je m’en veux, Kadaj. Je sais que tu adorais Akira et pourquoi tu as fini par venir avec nous, je me doute de la raison. Mais avais-je le droit de te le cacher ?

 

- Bah ! Dis-toi que tu t’es fait pardonner quand tu as tué le Roi Odrien pour me sauver.

 

Je la vis frissonner.

 

- Cet homme, il dégageait quelque chose de malsain. Je ne sais pas quoi, mais cela me retournait l’estomac.

 

- C’est le goût de la porte, répliqua Lan, silencieux depuis un moment. Souviens-toi Kadaj, la fois où tu as fait une chute de cheval et l’attaque des Lyandrins.

 

Je hochais la tête signifiant que je m’en souvenais. C’était la première fois où j’utilisais mes pouvoirs. Je ne pouvais que m’en souvenir. Ce jour-là, ce n’était pas une pleine lune, mais mon mal de tête était apparu sans prévenir.

 

- Odrien a sacrifié sa précieuse fille pour goûter à la jeunesse éternelle.

 

L’horreur ! Et cet homme prétendait que sa fille lui était précieuse ? C’était quoi cette stupidité ! Jamais je ne pourrais sacrifier un être qui m’est trop cher ! Et bien que tout le monde semble penser que mon père et Akira avaient dû succomber aux mains des hommes d’Odrien, moi, le doute me rongeait. J’avais du mal à imaginer que Bram Meedon se laisserait mourir si facilement et jamais il n’aurait laissé quelqu’un faire du mal à l’enfant qu’il avait aidé à naître. Jamais ! Je ne chercherais pas après eux, mais je savais que si le destin se décidait à les mettre sur ma route, je serais surement le plus heureux des hommes de pouvoir les côtoyer à nouveau. Pour l’instant, la seule chose que je pouvais faire, c’était de vivre en apprenant à me servir de mes pouvoirs afin que je ne blesse personne d’innocent.