Chapitre 4

 

 Depuis combien de temps étais-je enfermé dans ce cachot ? Je ne m’en souvenais pas. Les seules personnes que je voyais depuis peu, c’était juste une Sorcière maigrichonne et râleuse, accompagnée par son petit chien de Garde aussi aimable qu’un manche à balai. Ils venaient juste pour m’apporter à manger.

C’était un peu étrange ! Ces femmes voulaient ma mort, mais me nourrissaient comme un petit prince. Bizarre ! Mais la raison exacte de cette bonne nourriture, je finis par la comprendre tout seul. De la drogue ! Ces femmes se permettaient de me droguer afin que je sois docile. Mon corps ne réagissait plus tout à fait correctement. J’avais toujours envie de dormir. Je les maudissais et je me maudissais ! J’aurais dû comprendre plus tôt ! Je me demandais comment me débarrasser de cette nourriture sans que cette Sorcière s’en rende compte. Je la trouvais grâce à Anissa. Celle-ci apparut devant moi un soir. Elle avait les yeux rougis de chagrin.

 

- Kadaj ? Est-ce que tu vas bien ?

 

- J’ai sommeille. Je ne veux plus manger.

 

- Je sais, la cuisinière met une poudre rouge dans ta nourriture avant qu’on te l’apporte.

 

Elle s’approcha un peu plus de la cage. La grille n’était plus électrifiée. Il semblerait que je ne représentais plus un grand danger. Mon amie me tendit un sac.

 

- Il y a du pain et du fromage. Je les ai cachés pendant le repas pour te l’apporter, ensuite jette le reste de ta gamelle dedans. Ni vu ni connu !

 

J’exécutai sagement ces conseils et je grignotais le pain. Je sentis tout de suite une différence.

 

- Merci Anissa ! Comment es-tu arrivé ici ?

 

Je la vis rougir. Ce qui m’intrigua, mais en même temps, je compris.

 

- J’ai demandé au Seigneur Lan. J’ai dû le supplier pour qu’il accepte. J’essaierai de venir tous les soirs Kadaj.

 

Elle se sauva avant que je lui pose d’autres questions. Je soupirais. Anissa avait des vues sur Lan. Je devrais me sentir jaloux ou autres, mais non. Je ressentais que du vide. Tous les soirs comme promis, elle vint. Elle me parlait de ces cours et des Sorcières en général. Apparemment, Marianne de Jars n’était pas très aimée de ces condisciples. Elle m’apportait toujours à manger et mon état s’améliorait petit à petit, mais je me sentais toujours aussi faible. Je commençais vraiment à me demander si je retrouverais un jour la liberté ou si j’allais finalement mourir.

 Ce devait être la quatrième visite d’Anissa quand Marianne de Jars revint me voir en compagnie de cinq de ces condisciples et d’un homme. En l’entendant arriver, avant de les voir, j’ordonnais à Anissa de se cacher.

 

- Quoi que tu voies que tu entends, ne te montre surtout pas. Cette femme te tuera sans le moindre remords Anissa. Je ne veux pas avoir ça sur la conscience !

 

Je me tournais vers les arrivants. Marianne avait un sourire mauvais affiché sur son visage terne. Ça ne présageait rien de bon ! Mon regard croisa celui noir de l’homme qui les accompagnait. Une sueur froide me parcourra de toute l’échine. Une peur ténue me serra la poitrine. C’était la première fois que j’avais si peur. Pourquoi ?

 

- Le jugement a été rendu, petite vermine. Demain, tu ne seras plus qu’une poupée vide. Mais ne t’inquiète pas, nous t’avons déjà trouvé un nouveau travail.

 

La peur me serra à nouveau le cœur. Je sentis à nouveau les liens invisibles me serrer les poignets qui me forcèrent à rester allongé. J’entendis le rire de

la Sorcière.

 

- Sa Majesté Odrien est venue en personne pour te voir. Il a même une chose importante à t’annoncer. Mais je crois que d’abord il aimerait goûter à la marchandise.

 

La porte de la grille s’ouvrit et je vis l’homme en question y pénétrer. Je me débattais comme un beau diable pour me libérer. Les liens ne faisaient que se resserraient de plus en plus. Des larmes de douleur coulèrent sur mes joues. Le Roi se pencha vers moi. Il avait un rictus sur ces grosses lèvres. J’avais la nausée. Je ne voulais pas que cet homme me touche. Il posa une main sur mon pantalon pour me le retirer, mais je réussis à l’éloigner avec mes jambes. Il se mit à rire et je reçus un poing dans la figure. Je sentis du sang dans ma bouche. Je m’étais mordu. Ça faisait mal, mais mon esprit se remettait à agir doucement. L’homme refit une tentative, mais je m’agitai encore une fois. Son regard durcit, apparemment, il n’aimait pas la rébellion. Il me frappa à nouveau, mais dans l’estomac. Cela me coupa le souffle un moment. Il continua de frapper un peu partout. Je ne pouvais pas faire autrement que de hurler et de pleurer. J’avais honte. Je ne voulais pas me montrer faible. Le Roi semblait prendre un grand plaisir à me faire souffrir. Mais ce qu’il ne savait pas, c’est que ces coups me réveillaient et je commençais à ressentir la douleur d’un mal de crâne. Ce devait être une nuit de pleine lune.

 

- Marianne ! Ne m’avez-vous pas assuré qu’il serait docile comme un agneau ?

 

- Si je vous l’avais assuré. Nous le droguions depuis le début. Cela fait déjà plus d’un mois.

 

L’homme me dominait de toute sa taille. Ce n’était pas qu’il était grand, mais vu que je fusse couché. Il me regardait toujours de son regard froid.

 

- Tu es un garçon plutôt courageux pour me tenir tête. Mais j’ai décidé que tu seras mon jouet, alors tu ferais mieux de rester tranquille. Ce serait dommage que tu me mettes en colère, je risquerais de te faire subir la même chose qu’à ces stupides villageois qui ont osé me tenir tête.

 

Villageois ? Pourquoi cela me faisait-il réagir ? Je sentais un mauvais pressentiment. Il dut voir mon intérêt, car il rajouta :

 

- Personne ne t’a prévenu ? Ton cher village Miridia n’existe plus, car je l’ai détruit avec tous ces habitants.

 

Il riait en disant cela, alors que la nouvelle se forgeait un chemin jusqu’à mon cerveau. Il s’était à nouveau penché sur moi et recommençait à me toucher. La nausée monta d’un cran et une colère noire grimpa du fond de mon âme. Jamais je n’avais ressenti à ce point le désespoir. Mon village détruit ? Mon père et Akira mort ? Je ne pouvais le tolérer. J’avais quitté mon village justement pour que cela ne se produise pas. Ils avaient osé !

Un hurlement sortit de ma gorge et la terre se mit à trembler. Mes mains se libérèrent et des cris de douleur s’entendirent. Je me redressais et attrapai la gorge du roi et d’un coup violent je l’envoyais valser plus loin. Je me redressais avec un peu de difficulté. Que m’arrivait-il ? Mon corps agissait presque de lui-même. Mais en réalité, je savais bien ce qu’il se passait. Ils avaient osé toucher à ce que j’avais de plus précieux. Ils ne méritaient qu’une chose.

 

 La terre tremblait toujours. Mes pas se dirigèrent aussitôt devant Marianne qui me regardait avec terreur. Elle me suppliait de la laisser vivre. Elle disait qu’elle me laisserait partir sans m’arrêter. Avait-elle eu pitié des innocents qui étaient morts à cause d’elle, même indirectement ? Non, alors je ne voyais pas pourquoi moi, j’en aurais.

Ma main se posa sur son visage sans âge. Elle tremblait de tout son être. Je la fixai droit dans les yeux. La peur se lisait dans son regard, une peur effrayante où la folie s’y trouvait. Je sentis une chaleur traverser mon crâne, descendre le long de mon cou, longeant mon bras tendu et se terminant sur ma main. Une giclée de sang s’éjecta sur mon corps et sur mon visage. Ma main rouge de sang relâcha le reste du visage de Marianne du Jars. Le corps sans vie s’écroula dans un bruit mat.

Les cinq disciples me regardaient de leur regard de terreur. Aucune ne pouvait plus bouger depuis que j’avais rompu les liens qui me tenaient. Un sourire étira mes lèvres. Maintenant, c’était moi qui les liais. Elles étaient à ma merci et elles le savaient. J’avais leur vie entre les mains. Devais-je les abattre comme cette chienne de Marianne ? Mes pas s’approchèrent d’elles et elles se mirent à pleurer comme des bébés. Elles avaient peur. Comprenaient-elles enfin ce qu’avaient pu ressentir tous les autres Sorciers avant moi ? Mon cœur battait la chamade. Malgré le fait que j’étais plus insensible que je l’étais quelques mois plus tôt, je ne me sentais pas capable de tuer d’autres personnes encore. Je serrais un peu les liens et les corps des femmes s’effondrèrent. En regardant de plus près, je pouvais les voir respirer.

 

 Je reprenais peu à peu contrôle de mon corps, et mon esprit se calmait. Je posais à nouveau le regard sur le cadavre de Marianne et mon cœur se souleva. Un bruit derrière moi me fit retourner et je me retrouvai face au Roi Odrien. La peur me tourmenta à nouveau et la colère refit surface.

Grâce à elle, je pus faire face et stoppait l’épée qui fondait sur moi. L’épée du faucon apparut dans mes mains dès que je l’appelais. Je bloquais l’arme de mon ennemi, mais n’ayant pas récupéré toutes mes forces, le Roi Odrien prenait avantage. Il finit par me faire lâcher prise et je m’écroulais sur le sol en ciment. J’avais lâché malencontreusement mon arme et je crus la dernière fin pour moi. Mais contre toute attente, le Roi Odrien eut un hoquet et du sang s’écoula de sa bouche. Comme au ralenti, je le vis s’écrouler à quelques pas de moi.

Le souffle court, je redressais la tête et j’aperçus Anissa tenant l’épée du faucon taché de sang et Lan qui la soutenait pour l’empêcher de tomber. Je voulus me lever pour les rejoindre, mais mon esprit s’assombrit et je perdis connaissance.