Chapitre 3

 

 

 Deux semaines plus tard, nous atteignions enfin cette fameuse ville de Jars. C’était une ville entourée de remparts et toutes personnes qui entraient ou sortaient, était contraint d’avoir une autorisation signée par

la Chef

Marianne

de Jars. Anissa et Manny semblaient exciter à l’idée d’étudier dans

la Tour

, mais moi, j’avais plutôt l’impression d’avoir déjà un pied dans la tombe. Pourquoi n’avais-je jamais songé à me sauver ? Surement par sottises et par fierté !

La ville en elle-même ressemblait à une vraie fourmilière. Une demi-heure plus tard, nous arrivons à nouveau devant un immense portail de chêne. Un garde l’ouvrit pour nous laisser entrer dans une très grande cour pavée. Un énorme peuplier se trouvait seul au centre de la cour et juste derrière, on apercevait la fameuse Tour blanche. Le lieu d’étude des Sorcières. Sinon de petites bâtisses l’entouraient comme des enfants qui tiennent dans leurs petites menottes la robe de leur mère.

 Alors que nous descendions de cheval, une dizaine de femmes fit son apparition dont l’une, plus âgée, habillée de blanc. Celle-ci s’approcha vers nous les sourcils plissés et colériques.

 

- Mailène, comment se fait-il que ce jeune homme soit en liberté ?

 

- Parce qu’il nous a suivis docilement sans jamais utiliser une seule fois son pouvoir, Dame Marianne.

 

Là, Mailène venait de mentir honteusement. Dire que dans les contes pour enfants, on nous racontait que les Sorcières disaient toujours la vérité.

 

- Tu viendras faire ton rapport dans mon bureau dans une heure, Mailène, et sans faute. Amène ces nouvelles dans le hall de

la Tour

afin qu’elles soient prise en main dès leur arrivée.

 

 Mailène s’inclina et invita les jeunes filles à la suivre. Je sentis le regard inquiet d’Anissa derrière mon dos. Lan fut également renvoyé vers les écuries. Je fus donc seul avec ces femmes. Cette Marianne m’observa pendant un long moment dans les yeux. Elle pensait peut-être m’intimider, mais c’était peine perdue. Je me demandais comment ce bout de femme avait pu devenir

la Chef

de Jars. Elle n’avait aucun charisme et n’imposait pas comme un Roi ou une Reine le faisait. Je trouvais que Mailène correspondait beaucoup mieux à ce rôle. Même Élyse, la mère d’Akira qui était très petite faisait trembler tout son petit monde. Nous marchions au pas de peur de recevoir ces foudres.

Marianne fit un geste vers les autres femmes et je sentis plusieurs pouvoirs se jeter sur moi. Cela ressemblait à des liens. Elles essayaient de lier mes bras derrière le dos et d’emprisonner mon esprit. Vu que je ne savais pas trop utiliser mes pouvoirs, je ne pouvais rien faire pour les en empêcher, mais ce n’est pas pour autant qu’elles y arrivèrent du premier coup. D'ailleurs, l’une d’elles s’évanouit et une autre suait comme si elle venait de recevoir un jet d’eau en pleine figure. Mais bon, finalement, je reçus un coup derrière la tête qui me fit perdre connaissance.

 

Quand je repris mes esprits, je me retrouvais enfermé dans une cage métallique. J’avais l’impression que mon crâne était vide. Je ne portais plus que mon pantalon et j’étais pieds nus. Je m’approchai des barreaux et voulus poser la main sur une des barres, mais j’arrêtai vite mon geste. La cage semblait être électrifiée.

Bien, mon destin avait été décidé, on dirait. Soit je devais attendre ma peine de mort, soit j’allais leur servir de cobaye. L’une et l’autre ne me plaisaient pas le moins du monde. Ah !!!!!!!!! J’en avais marre!!!!!!!!! Pourquoi devais-je rester un enfant sage ? Pourquoi accepterai-je de faire tout ce qu’on m’ordonne ? Père, pourquoi m’as-tu demandé de jouer la comédie ? Pour mieux apprivoiser celui qui se trouvait être mon frère ? Pour mieux berner cette Sorcière de Mailène, afin que je ne subisse pas le choc d’être soumis par un autre pouvoir ?

Je levai la main vers mon visage et j’entre aperçut la tête de faucon sur ma paume. Un sourire apparut sur mes lèvres. Non, je ne suis pas n’importe qui et ces femmes le seront bien assez tôt. Croyaient-elles que tous les oiseaux aimaient être enfermés dans une cage ?

 

 Dans la clarté de la demi-lune, j’aperçus la silhouette d’un homme. Celui-ci s’approcha et je vis son visage. J’eus un hoquet. Tout le corps était humain et la tête était celle d’un faucon. Commencerai-je à devenir fou ? La créature se tendit vers moi et je sentis une certaine douleur sur mon dos. J’eus l’impression que l’on me tatouait. Qu'est-ce que c’était ? Je dus perdre connaissance, car quand je me réveillais, Marianne et trois Sorcières se trouvaient devant ma cage en observant mon dos.

 

- Comment est-ce possible ? Comment un tel tatouage a-t-il pu apparaître en une nuit ? Dis-moi ton secret ? s’exclama

La Chef

du Jars.

 

Je me redressais et m’agenouillai en croisant mes jambes. Je penchais la tête pour mieux savourer leur stupéfaction.

 

- J’n’en sais rien. Comme vous avez pu le constater, je dormais. Au fait, que m’a-t-on tatoué ?

 

- Ne fais pas l’innocent, petit ingrat ! s’écria une des femmes.

 

Pfff ! Celle-ci était une vieille peau toute desséchée. Pas intéressante pour un sou ! Une petite voix sortit du lot et me répondit aimablement.

 

- C’est un dessin magnifique que tu as sur le dos. C’est l’envol d’un faucon.

 

- Bien le merci gente Dame, répondis-je en souriant à cette femme rondelette qui se mit à rougir.

 

- Ça suffit ! Je pensais te garder en observation pendant quelque temps, mais je pense que tu es quelqu’un de dangereux, répliqua Marianne.

 

Un sourire étira mes lèvres fermes.

 

- Vous ne pouvez pas savoir à quel point je peux l’être, Dame Marianne.

 

Je la vis frissonner. Je ne pensais pas que j’étais si effrayant.

 

- Je vais rappeler les autres Sorcières de l’extérieure. Ainsi, tu ne pourras plus rire encore longtemps, petite vermine !

 

Le troupeau s’éloigna rapidement sans un regard derrière lui. Un autre bruit de pas se fit entendre vers le coin sombre de la cage. Je me rapprochai de cet endroit et mon regard croisa les yeux verts d’un Garde.

 

- Tu joues avec le feu, Kadaj.

 

- Oui, et j’adore. J’y prends goût.

 

Je lui montrais mon dos.

 

- Tu as vu ? Un jour, tu m’as demandé si je l’avais rencontré et bien je crois que oui. J’ai rencontré le grand Faucon et il m’a marqué. Maintenant, j’ai la possibilité de faire apparaître mon épée quand je le veux et même si mon esprit est embrumé.

 

Je m’allongeai sur le ventre dans la cage qui était tout de même assez grande pour me le permettre. Posant mon menton sur ma paume, j’observais mon demi-frère, puisqu’il l’était autant que je m’y habitue à le penser.

 

- Tu ne l’as pas encore rencontré, Lan. Sinon j’aurais dû voir sur ton dos, sa marque.

 

- Je l’aurais eu si j’avais un peuple à gouverner, mais je n’en ai plus.

 

- Je sais ! Un jour, je t’offrirais un grand royaume et tu seras le meilleur Roi au monde.

 

Lan émit un rire, un peu triste d’ailleurs. Je l’entendis soupirer et finalement, annonça :

 

- Enfin, avant que tu m’offres ce royaume, il faut d’abord trouver un moyen de te sauver la vie, triple andouille. Bon, à plus !

 

- Eh ! Reviens ici ! Qui traites-tu de triple andouille ? Attends quand je sortirais, je te donnerais une bonne leçon !