La fin des vacances : 70.

 

            La nouvelle année se passa dans la bonne ambiance, dans la joie et la bonne humeur. Les fous rires furent garantis. Ludwig dut montrer ses talents de danseur pour Ashula qui avait insisté pour voir de ses propres yeux. Bien sûr, comme il ne voulait pas être seul sur la piste, il embarqua son meilleur ami Shin. Leur duo avait toujours fait sensation, mais ils avaient un rival plus jeune en la présence d’Alexis, mais aussi des jumeaux. Malgré leurs sept ans, les deux petits démons Soba se débrouillaient déjà très bien.

            Les jumeaux, des démons ? Ils l’étaient de l’avis de Quentin. Depuis plus de quatre jours maintenant, les deux garçons s’amusaient à accaparer Jeff dès que celui-ci se trouvait avec Quentin. Ils les pourchassaient dans toute la maison pour les ennuyer. Jeff en riait. Quentin boudait. Les adultes, surtout Akira, se demandèrent pourquoi les jumeaux agissaient ainsi. Carlin lui répondit juste qu’il devait vraiment être aveugle pour ne pas savoir qui avait pu tout manigancer.

            Akira ne chercha pas très longtemps. Il se tourna aussitôt vers le diable en personne, celui au visage d’ange, dont le petit ami était du même acabit. Luce Oda ? Le fils de son meilleur ami, le garçon au sourire d’un ange, mais doublé d’un démon ? C’était bien possible que les jumeaux ennuyassent Jeff et Quentin sous sa demande. Les jumeaux adoraient Luce et lui obéissaient aux doigts à l’œil sans poser de question.

            Mais en même temps, cette tactique pourrait très bien venir de l’autre diable, ledit petit ami. Erwan avait bien plus le profil de l’enquiquineur. Mais en interrogeant Kaigan, Akira eut droit juste à un sourire énigmatique. Jeff finit par attraper les jumeaux et leur demanda d’en faire autant à l’envoyeur.

            Les deux garçons, amusés d’ennuyer les plus grands, ne se firent pas prier. Mais, Luce, loin d’être stupide, connaissait un point faible d’un des jumeaux. Il s’appelait Rojer Amory. Le petit chérubin, ainsi surnommé par Thalia, resta avec Luce et Erwan. Ils le faisaient rire, s’amusaient à rendre jaloux Hans Soba.

            Eh oui, Erwan avait bien remarqué que son petit-neveu était un jaloux doublé d’un possessif. Kaigan lui avait raconté que Hans défendait Rojer depuis leur connaissance. Les plus grands s’acharnaient toujours contre le chérubin parce qu’il était plus malingre et fragile que les autres. Rojer avait eu beaucoup de mal à trouver des repères, à remonter à la surface depuis la mort de ses parents, même si pour ne pas peiner son oncle qu’il adorait, il ne se plaignait jamais.

            Alors, les jumeaux avaient décidé de prendre soin du jeune garçon. Luce demanda alors innocent à Kaigan s’il était lui aussi attiré par les garçons. Kaigan répondit que non, les garçons, il préférait les frapper. Il préférait de loin ennuyer les filles, c’était beaucoup plus drôle.

            Il leur avoua également qu’une de leurs maîtresses affirmait que si Hans devenait de ce bord-là, c’était de la faute à ses mauvaises fréquentations, en parlant d’Akira et compagnie. Erwan renifla, pas galamment, en entendant cette absurdité.

- Bah ! C’est pourquoi je suis toujours collé par cette prof. La dernière fois qu’elle a dit ça, je lui dis qu’elle me gonflait.

            Les deux garçons éclatèrent de rire. Ils avouèrent qu’ils auraient dit la même chose. À partir du moment où Hans récupéra son petit Rojer, il abandonna d’ennuyer les plus grands. Kaigan, ainsi abandonné par son frère, haussa les épaules fatalistes, et rejoignit Rand Osborne, le fils de Maeva Oda. Ils avaient juste un an d’écart, mais s’entendaient très bien. À eux d’eux, ils firent leur maximum pour faire crier, hurler, Kalhan Osborne, cinq ans, mais qui avait un sacré mauvais caractère, une petite fille qui n’aimait pas se faire marcher sur les pieds. Elle pourchassa les deux garçons à travers toute la maison pour leur montrer de quel bois, elle chauffait. Elle allait les battre jusqu’à qu’ils la supplient d’arrêter.

           

            Les jours suivants, petits à petits, le monde invité finit par reprendre le chemin de leur propre maison. Avant même la fin de la semaine, la demeure Oda Miori retrouva son calme. Un calme qui perturba comme chaque année, le maître des lieux. Il s’enferma jusqu’à s’épuiser dans son atelier. Chaque année, quand tous ses amis, sa famille quittaient sa maison, Carlin restait presque une nuit entière dans son atelier afin de retrouver son état normal.

            Renko ne s’en inquiétait pas. C’était devenu un rituel qu’il avait appris à s’habituer. Même Luce devenait très silencieux. Il finit d’ailleurs par rejoindre son père Carlin. Sans broncher, il s’installa dans le canapé et regarda son père peindre. Il aimait bien admirer le travail de son père. Il faisait le portrait des jumeaux afin de donner le tableau à Akira pour son anniversaire. Luce se rappela avoir entendu Matt le demander à son père.

            Le jeune garçon sourit. Akira en sera très content. Il était fou de ses deux petits démons. Luce soupira. Jeff avait fini par retourner vivre avec eux. Heureusement qu’il allait pouvoir reprendre les cours, car sinon il se serait ennuyé. Il se mit à bâiller. Il s’allongea et s’endormit sans s’en rendre compte.

            Carlin arrêta son geste et se retourna. Il sourit en voyant son fils endormi. Il se leva et s’en approcha. Il lui caressa les cheveux avec tendresse. Il s’inquiétait. Lui aussi avait été insouciant à son âge et il n’avait pas vu l’attaque de son père. Il ne voulait pas que son fils subisse le même sort. Carlin aurait très bien pu mourir ce jour-là surtout si son père n’en avait pas eu après son argent. Mais, pour Luce, ce n’était pas pareil. Cet homme, cet assassin n’en avait pas après l’argent, c’était leur vie qui l’intéressait. Comment évitait qu’il leur arrive quelque chose ? Carlin savait bien qu’Akira et Matt se posaient la même question.

            Un coup à la porte le fit sursauter. Il invita la personne à entrer. Il ne fut pas vraiment surpris de la venue d’Erwan. L’étudiant s’approcha à son tour du canapé où son ange roupillait. Il pouvait lire l’inquiétude dans les yeux noirs fixaient sur son fils.

- Tu ne devrais pas t’en faire autant Carlin.

- Ne pas m’en faire ? Je ne peux pas, désolé. C’est de mon fils qu’on parle, Erwan. Je ne veux pas qu’il lui arrive malheur. Je ne veux pas le perdre.

- Carlin ? Il ne lui arrivera rien du tout. Fais-lui confiance. Il n’est pas stupide. Tu dois faire confiance aussi à l’inspecteur Barrony. Et tu sais bien que je ferais en sorte qu’il ne lui arrive rien.

            Le père de Luce hocha la tête. Il caressa une nouvelle fois les cheveux aussi noirs que les siens. Il soupira.

- Je te laisse l’emmener dans son lit. Il y sera mieux pour dormir.

            Carlin jeta un coup d’œil à l’étudiant et répliqua :

- Et je t’interdis de le réveiller.

- Mais, enfin ! Jamais je n’aurais eu cette idée.

- Mais bien sûr ! Je te connais trop bien, Erwan. Tu laisses mon fils dormir. Tu pourras l’ennuyer comme tu veux après.

            L’étudiant souleva sa marmotte sans effort tout en émettant un petit rire. Aussitôt dans les bras, Luce râla et entoura le cou de son petit ami et enfouit son visage dans son cou, faisant sourire aussi bien le père qu’Erwan.

- Mmmh ! Tu devrais rejoindre oncle Ren. Si toi tu t’inquiètes pour Luce, c’est son cas également. Tu devrais le rassurer aussi.

- De quoi je me mêle, big boss, grogna Carlin, amusé, en donnant un coup dans le bras du neveu de son homme.

            Erwan s’échappa avec son chargement jusqu’à l’étage. Il entra dans la chambre jaune et déposa son fardeau sur le lit. Il lui retira les chaussures et déposa un tendre baiser sur le front. Il posa la couette sur le corps endormi en fœtus.

            Comme convenu, Erwan ne tenta pas de réveiller son ange, mais il préféra ne pas rester dans les parages pour ne pas céder à la tentation. Pourtant, ce serait tellement agréable de le réveiller en goûtant chaque petit morceau de peau. Le jeune homme soupira et sortit de la pièce rapidement.

            Il se secoua un bon coup et il se rendit un peu plus loin, à la bibliothèque. Il y trouva Ludwig De la Forestière Lagardère, lisant le cahier bleu, confortablement installé dans un des fauteuils. Erwan le rejoignit et se laissa tomber sur le canapé. Il s’étira avant de s’exclamer.

- Tu as de la chance que Luce dort, sinon j’imagine bien tous les coups que tu recevrais.

            Ludwig émit un petit rire et répliqua :

- Tu oublies une chose, Erwan. Je suis maso. J’aime me faire frapper.

- Tu n’es pas net, Lud !

- Haha ! C’est juste que Reï chou est tellement sexy quand il est en colère.

- Mouais, tu es vraiment idiot.

            Ludwig posa le cahier bleu sur la table basse, tout en affichant un grand sourire.

- Que veux-tu ? J’aime être l’idiot de la famille. Reï m’adore ainsi.

- En parlant de ton homme, il est où ?

- Dans la salle de musique. Ashula lui a demandé de lui apprendre à jouer du violon.

- Reï doit être fou de joie.

- Je ne te le fais pas dire. Je te remercie encore pour ton aide pour l’opération.

- Mais, je n’ai pas fait grand-chose.

            Ludwig secoua la tête, amusée.

- Tu charries, j’espère ? Le chirurgien a très mauvaise réputation. En médecine, rien à redire. C’est un véritable génie. Il fait des miracles. Mais en temps qu’individu, c’est un être abject. Il profite aisément et sans aucun scrupule le malheur de ses patients. Alors, ne me dis plus que tu n’as rien fait d’exceptionnel.

            Erwan soupira et finit par avouer.

- Je lui ai juste fait comprendre d’éviter de se mettre à dos une des plus grosses entreprises du marché. Et également, que d’êtres plus conciliants envers ses patients lui ouvrirait beaucoup plus facilement des portes ou des opportunités plus avantageuses ! Tu vois, pas grand-chose !

            Ludwig observa, stupéfait, l’étudiant se lever pour se rendre vers un meuble qui renfermait un frigo. Comment faisait-il pour être aussi doué en affaire, celui-là ? Il comprenait maintenant pourquoi August Miori le voulait comme héritier. Erwan revint vers les fauteuils et tendit une bière à Ludwig.

- Est - ce que vous allez essayer d’adopter Ashula ?

            Ludwig but une longue gorgée avant de répondre.

- Nous avons rendu visite à sa mère, Anita. Elle est toute jeune, beaucoup trop jeune pour l’élever toute seule. Elle est paumée et a beaucoup de mal à s’occuper d’elle-même. Ces parents l’ont mise à la porte en apprenant sa grossesse.

- C’est horrible.

- Oui, de plus, nous avons appris que les services sociaux voulaient lui retirer la garde du petit. Alors, nous lui avons demandé l’autorisation pour devenir les tuteurs d’Ashula. Nous ne voulons pas les éloigner tous les deux.

- Je croyais qu’elle ne venait jamais le voir à l’hôpital.

- Certes, mais c’était à cause de son travail. Elle ne gagnait presque rien. Tout son salaire partait pour le loyer de son petit appartement, l’électricité et l’eau. Elle habitait à un endroit où aucun bus ne passe et où la gare se trouve très loin. De plus, sa mutuelle ne payait pas tout les frais de l’hôpital. Elle devait également payer les soins d’Ashula.

- C’est intolérable ! Il y a quelque chose de louche. Je me trompe ?

- Non, il y a bien eu une entourloupe. Cette jeune fille est si naïve, elle se fait facilement avoir. En fait, elle est pire que ta sœur Alison. D’ailleurs, elle a beaucoup changé. Serait-ce grâce au blondinet ?

- Tout juste ! C’est un ami de Luce.

- Et bien, je suis ravi de voir qu’Alison s’est trouvé un beau prince charmant. Le grand frère doit être rassuré, maintenant.

            Erwan acquiesça, tout à fait d’accord.

- Pour en revenir à Ashula ? Donc, vous avez fait le nécessaire pour être ses tuteurs légaux.

- Exact. Étant donné que mon cher et tendre va arrêter les concerts et tout le tralala à cause de son bras, nous allons entreprendre de nous occuper de ses deux êtres.

            Erwan gloussa.

- Vous allez vous occuper de la mère en plus ?

- Oui, Reï a décidé d’ouvrir une école de musique. Il lui a déjà donné la charge d’être sa secrétaire. Il déteste la paperasse et moi, je suis un cancre. Renko m’a gentiment déclaré que je devrais venir travailler au garage en compagnie de Shin. J’ai comme l’impression que Renko cherche quelqu’un pour reprendre la suite.

- Mmmh ? Il veut déjà prendre sa retraite. J’ai du mal à le croire.

- Tu sais, Erwan. Oncle Ren s’occupe de ce garage depuis trente-deux ans. Maintenant, il veut peut-être rester avec Carlin, et profitait un maximum de ses petits-enfants.

- Tu as peut-être raison. Nous verrons bien. En tout cas, je crois qu’il te léguerait ce garage.

- Hein ? Pourquoi moi ?

- Parce que tu es le neveu de Carlin et que tu es pour ainsi dire son gendre. Si cela avait été possible, il l’aurait donné à son fils. Je parle de Reï, pas de Luce. Mais, puisque cela n’est pas possible, tu es celui qui est le plus proche de son vœu. Bon, je te laisse à ta lecture. N’oublie pas de le remettre où tu l’as eu, s’il te plait. Contrairement à toi, je ne suis pas maso.

            Erwan sortit sous le rire moqueur de Ludwig. Il reprit le chemin vers la chambre et il fut déçu de ne plus trouver sa marmotte dans le lit. Mais, un sourire naquit sur ses lèvres en entendant un léger bruit. Ses pas se dirigèrent vers la salle de bain et il put entrer sans problème. Monsieur Luce avait encore oublié de fermer la porte à clé.

            Celui-ci se prélassait dans son bain, les yeux fermés. Il semblait ne pas avoir entendu son ami entrer. Erwan s’approcha silencieusement tout en relevant une manche. Il la passa sous l’eau et sa main vint frôler une des jambes.

- Aaaaaaaaah ! cria Luce, en s’asseyant.

            En apercevant son petit ami, le garçon lui lança un regard noir. L’étudiant se pencha et lui baisa les lèvres pincées, sans pour autant retirer sa main de dessous l’eau. Celle-ci remontait la jambe avec lenteur et se dirigeait vers un endroit bien précis.

- Erwan ? Qu’est-ce que tu fiches dans ma salle de bain ?

- Cela ne se voit pas, mon ange ? Je viens chercher un câlin.

            La main sous l’eau arriva à destination et se mit à caresser l’objet désiré sans attendre. Luce se laissait faire. Il ferma légèrement les paupières de plaisir évident. Il finit par déclarer.

- Bon, puisque tu es là, qu’est-ce que tu attends pour me rejoindre ?

- J’attendais ton invite, bien sûr.

            Erwan se débarrassa assez vite de ses affaires et entra à son tour dans la baignoire. Il bougea son Luce afin de s’asseoir juste derrière. Luce s’installa confortablement entre les longues jambes. Il pouvait déjà sentir le désir tendu d’Erwan dans son dos. Il sourit, ravi de l’effet qu’il faisait sur l’étudiant.

- Où étais-tu ? demanda-t-il.

- À la bibliothèque avec Ludwig. Pourquoi ? T’ai-je manqué ?

- Mmmh ? Je trouvais juste étrange que tu n’aies pas essayé de me réveiller comme d’habitude.

- Ton père me l’a déconseillé. Pour une fois, je me suis dit que je pouvais lui obéir.

- Haha ! Tu voulais jouer à l’enfant modèle ?

            Erwan déposa une multitude de baisers sur la nuque, faisant frissonner le garçon.

- Je suis un enfant modèle, voyons !

            Luce bougea et se retourna. Il se moula contre son ami, attisant encore plus leurs désirs qui se frôlèrent. Il glissa ses lèvres contre la joue un peu rugueuse pour rejoindre la bouche tentante.

- Mais bien sûr, chuchota-t-il avant de titiller les lèvres en les mordillant.

            Erwan laissa ses mains s’évader sur la courbure du dos, puis sur les fesses rebondies. Ses doigts effleurèrent la raie désirable. Luce se serra encore plus tout en approfondissant leur baiser, mêlant leurs langues dans un ballet sans fin. L’étudiant, n’en supportant pas plus, introduisit ses doigts dans la cavité du plaisir avant que son désir y prenne place à son tour. Ils dansèrent ainsi jusqu’à atteindre la perfection et une certaine satisfaction. Pourtant pas assez à leur goût, car ils recommencèrent du début, mais plus confortablement dans le lit.