Une nouvelle vie à Mongoliste ?

 

 Pour avoir sauvé Sahel, Duncan invita le jeune voyageur à venir jusqu’au village où il pourrait se reposer. Requiem hésita un instant. Il n’aimait pas trop dérangé la tranquillité des villages paisible et éloigné. Il avait peur de leur porter malheur.

 Mais la présence du petit Sahel l’intriguait beaucoup trop et une colère montait en lui. Il avait fini par apercevoir la cicatrice en forme de barbelé. Le jeune Angio avait le corps confiné par cette malédiction. Ses pouvoirs étant enfoui, Sahel ne pouvait grandi comme ceux de sa race.

 Requiem savait être en mesure de retirer ce sortilège mais sa puissance n’était pas encore totalement à maturité. Il ferait souffrir au-delà de toute raison l’enfant. L’autre solution était tout simplement hors de propos pour l’instant. En discutant avec Duncan, il apprit que le jeune garçon ressemblait beaucoup à sa mère.

 Il avait donc en face une Angio adulte donc avec ses pouvoirs en entiers. Pourquoi avait-elle scellé les pouvoirs de son fils ? Afin qu’il ait une vie plus normale ? Pour éviter la haine des hommes sur lui ? Mais même si la raison était ainsi, elle n’avait quand même pas le droit de faire subir ce sort à un enfant.

 Il avait son libre arbitre. Ce sortilège l’empêchait d’être totalement autonome. Il ne pouvait pas parler, ne pouvait pas se défendre. Il se retrouvait avec un corps beaucoup trop petit pour un esprit déjà presque devenu adulte même si les simples humains ne s’en rendaient pas vraiment compte. Ils le trouvaient juste plus mature pour son âge. Quelle ironie !

 Les jeunes gens rencontrèrent des villageois en cours de route dont le père de Duncan. Manos lui expliqua qu’ils étaient à la recherche de Sahel. Ils avaient eu tous très peur en entendant le grommellement du sanglier.

 Manos Stuno remercia sincèrement le jeune voyageur de son aide et l’invita à rester quelques jours parmi eux afin de se reposer et de reprendre des forces. Requiem en fut fort surpris de cette convivialité à Mongoliste. Le chef du village se trouvait en compagnie de la femme de Manos et celle de Sahel.

 La première chose dont s’aperçut Requiem fut l’attitude du petit face à sa mère. Il en avait peur. Etrange ! D’ailleurs, en croisant les yeux argentée de cette femme, le jeune Angio pouvait très bien comprendre pourquoi. Cette femme n’était en rien une Angio complète, plutôt entre une Angio et une déchiant donc avec une personnalité déficiente.

 Elina serra Sahel dans ses bras. Le garçon avait l’air d’apprécier. Manos en était tout attendrie. Duncan s’amusait à faire quelque réflexion comme pour montrer de la jalousie. Sahel en riait et recommençait de plus belle.

 Manos se tourna vers le jeune voyageur, mais avant de prendre la parole, le chef du village, Baros de son prénom, le devança :

- Tu parles bien notre langue, mon garçon. Pourtant, tu n’as absolument pas l’apparence des gens d’Elhalyne.

 Duncan sursauta. Maintenant que le chef du village le disait, il s’en rendait également compte. Même Marine avait dû l’apprendre et encore des fois, faisait des dérapages linguistiques. Requiem ne semblait pas s’en formaliser et adressa un sourire à Baros. Celui-ci avait un peu de mal à regarder droit dans les yeux ce jeune homme bien trop grand que la normale.

- Je suis très doué pour les langues. Je suis originaire d’Inonumy et étant donné que j’adore apprendre, je connais pratiquement tous les dialectes parlés à travers le monde.

- Hein ? Tu n’as pas vraiment le look de quelqu’un qui aime rester assis devant un bon livre, s’exclama Duncan.

- Duncan ! Ne sois pas aussi impolie ! s’écria sa mère. Je suis désolée pour mon fils, jeune homme.

 Requiem se mit à rire et secoua la tête.

- Ce n’est rien. Les livres ne sont que de la théorie, c’est beaucoup mieux de passer directement à la pratique. Avant qu’Isayc ne prenne le pouvoir, les marchands des autres Royaumes venaient souvent vendre leurs marchandises à Inonumy. Il suffisait juste de se rendre au marché et de discuter avec eux.

- Bien, voilà un jeune homme avec une tête bien pleine. Viens avec moi mon garçon, je vais te montrer la chambre que tu occuperas le temps de ton séjour.

 Elina se redressa et emmena Requiem en tenant  la main de Sahel. Marine suivait son fils du regard, la bouche crispée. Duncan s’en inquiétait sérieusement. Elle finit par se retourner vers le chef du village et balança :

- Vous ne devriez pas accepter la présence de cet homme. Il est dangereux !

- Ne soit pas stupide, ma fille ! Comment peux-tu traiter ce garçon alors qu’il a sauvé la vie de ton fils.

- Peut-être mais c’est un étranger.

- Tout comme tu l’étais, il y a deux ans. Tu ferais mieux de faire attention à ton comportement Marine, rabroua Baros, avant de prendre la direction de chez lui.

 Marine Shang lança un regard de nouveau mauvais vers la maison des Stuno avant de rentrer chez elle, le plus rapidement possible. Elle ferait comprendre ce soir à Sahel le danger qu’il encoure à rester avec cet homme dans les parages.

 

 Les jours suivant, une sorte de guerre ouverte, mais silencieuse avait éclaté entre Marine Shang et Requiem. Elle cherchait tous les moyens afin d’empêcher son jeune fils de devenir trop proche de ce garçon aux yeux rouges.

 Duncan remarquait le manège, mais ne pouvait rien faire sans envenimer les choses. Une chose aussi remarqua-t-il, était les étranges phénomènes qui se produisaient quand son nouvel ami se trouvait dans les parages.

 Une fois, alors que Requiem discutait tranquillement avec Elina, l’étagère pourtant solidement attaché faillit tomber sur eux. Une autre fois, Duncan se souvint, voyait le pauvre Sahel derrière la fenêtre de sa chambre tout triste. Sa mère avait fermé toutes portes à clé et scellés les fenêtres.

 Manos et Elina ne comprenaient pas cette attitude. Ils avaient bien essayé de lui faire entendre raison, mais peine perdu. Requiem, ce jour-là, était assis sur le banc posé contre la maison des Stuno. Il taillait une figurine dans du bois sous le regard admirative de la mère de Duncan et de celui-ci par la même occasion.

 Un moment, il vit son ami lever ses yeux rouges vers la maison du fond. Duncan intrigué, c’était tourné pour regarder à son tour. Ses yeux eurent bien du mal à le croire. Le vent se leva d’un coup et une énorme rafale éclata la porte d’entrée de la maison des Shang avant de se calmer aussitôt.

 Duncan ne comprenait pas ce phénomène surnaturel, mais pourtant un sourire naquit sur ces lèvres fermes. Sahel n’avait pas perdu de temps. Il sortit rapidement en courant pour les rejoindre où il fut accueilli à bras ouvert. Duncan vit également Marine venir sur le pas de la porte, le regard rempli de rage contenu.

 Sahel ne faisait pas cas de sa mère. Il était bien trop ravi d’être avec ses amis. Il regardait le jeune voyageur faire sa figurine. La forme prit l’apparence d’un aigle en vol plané. Le petit tapa dans ses mains, tout content du chef d’œuvre.

 Requiem sourit devant cette joie. Il sortit de sa poche une lanière très fine en cuir et l’attacha à la petite figurine avant de la passer au cou de Sahel dont les yeux argentée brillaient comme la pleine lune.