Jeff chez Quentin deuxième partie : 59

 

 Quentin tremblait comme une feuille en songeant à ses parents. Il avait vraiment peur. Il ne savait pas pourquoi, mais il ne pouvait s’en empêcher. Il se sentait très stupide. Pourquoi avoir peur d’eux ? Son frère le lui avait bien dit. Non ? Il avait dix-huit ans. Par la loi, il était majeur et donc responsable de ses actes.

 Il ne se laisserait pas faire. Il voulait choisir son propre destin comme il avait accepté sans trop de difficulté son amour pour un homme. Sur ces bonnes pensées, il s’endormit sans s’en rendre compte.

 Quelques heures plus tard, il se réveilla avec difficulté. Quelque chose n’allait pas. Que se passait-il ? La question était surtout, comment se faisait-il qu’il était allongé sur le ventre presque nu et les poignets attachés au barreau du lit ?

 Pour le coup, il ouvrit les yeux en grand et remua. Mais quelque chose dans son dos l’empêchait de bouger. Il pouvait même entendre un léger gloussement. Il le reconnut d’emblé ! Impossible pour lui de ne pas reconnaître le rire très rare de celui qui se trouvait toujours dans ses pensées.

 Malédiction ! Le voilà aux prises avec son amoureux certes, mais il savait aussi comment Jeff pouvait être sadique quand cela le prenait. Il l’était devenu encore plus depuis les vacances de Toussaint. Quentin laissa de nouveau son visage retombé sur l’oreiller, fataliste tout en gémissant d’avance. Le rire s’intensifia.

 Jeff s’allongea sur lui de tout son long. Quentin pouvait sentir le réel désir de son amant contre ses fesses. Il ne put s’empêcher de rougir. Il sentit le souffle de son ami contre sa joue lui donnant des frissons dans tout le corps.

 Quentin n’osait pas bouger. Du coin de l’œil, il pouvait voir le sourire de Jeff. Celui-ci approcha encore plus son visage contre le sien et lui donna un coup de langue avant de se redresser laissant un grand froid sur le corps. Intrigué et inquiet, le jeune photographe se tortilla pour regarder vers l’arrière. Il le regretta aussitôt en apercevant son ami nu tenant entre ses mains une cravache. Il avait un sourire démoniaque, les yeux brillants. Quentin grimaça.

- Qui y a-t-il mon chou ? Demanda Jeff, très amusé.

- Tu vas faire quoi, Jeff ?

- Me venger, bien sûr !

- Vengé ? Mais… mais pourquoi ?

 Jeff agrandit son sourire et il baissa sa main. Quentin sentit des larmes lui monter aux yeux en sentant la morsure de la cravache sur ses fesses. Il se mordit les lèvres.

- Tu oses me demander pourquoi ? Non seulement tu m’invites et tu ne viens pas me saluer.

- Mais, je le voulais, mais je me suis endormi, je suis désolé, je ne l’ai pas fait exprès, s’écria Quentin d’une traite.

 Un autre coup tomba sur ses fesses déjà rouges. Quentin enfonça son visage dans l’oreiller pour ne pas crier. Que cela faisait mal ! Mon Dieu ! Qu’est-ce qui lui avait pris de tombé amoureux du mec le plus sadique de sa connaissance ?

- J’aurai pu te pardonner pour ce petit oubli, mais parce qu’il y a un mais ! Je te punis surtout d’avoir osé mettre ma photo à côté de ces créatures horribles !

 Quentin ouvrit les yeux en grand. Mais, quel abruti il faisait ! Il l’avait complètement oublié. Il devait enlever ces photos d’araignée avant l’arrivée de Jeff et il avait zappé. Il mordit son oreiller en sentant à nouveau la morsure de la cravache. Il n’y allait pas en douceur, le bougre !

 D’un seul coup, la main de Jeff se posa sur sa nuque pour glisser presque en frôlant la peau de son dos en suivant la ligne de la colonne vertébrale. Un long frisson lui parcourut le corps et un son inarticulé sortit de ses lèvres. Étrange, la sensation de plaisir et de douleur mélangeait.

 Quentin entendit un bruit et aperçut la cravache sur le sol. Il en fut surpris. Sa punition semblait être terminée. Il en fut tout de même soulagé. Ses poignets attachés avec sa ceinture furent également libres.

 Mais, il n’eut pas le temps de bouger avant d’être embrasé de toute part par les mains et la bouche de son tortionnaire. Jeff le parcourait et le dévorait de partout en lui donnant des délices brûlants et le faisant crier de frustration.

 Quentin se sentait un peu apeuré. Il était celui qui donnait du plaisir habituellement. Il n’était pas habitué à en recevoir, surtout autant. Il n’aurait jamais imaginé ressentir autant de plaisir même s’il appréhendait sincèrement la suite.

 Pourtant, il ne chercha en rien à inverser les rôles. D’ailleurs, il se rendait bien compte que Jeff ne l’aurait pas toléré. Il le connaissait bien maintenant. En tout cas, la volupté reçue n’était en rien comparable à ce qu’il avait pu imaginer même en rêve.

 Jeff semblait prendre un malin plaisir ludique à le faire partir dans un voyage sans fin où un mélange d’insatisfaction et de délectation se côtoyait comme faisant partie d’un tout. Quentin finit par oublier ses douleurs fessières pour mieux augmenter le ravissement de ce nouveau plaisir. Il se laissa faire faisant confiance à Jeff pour lui faire oublier pendant quelque temps ses soucis.

 Il n’avait pas à avoir peur d’être pour une fois dominé. C’était agréable d’être chouchouté pour une fois. Il n’allait surement pas s’en plaindre. Il voulait savoir les sensations d’être possédé. Jeff dut s’apercevoir du changement, car lui-même se fit plus doux, plus aimant et surtout plus exigeant. Il ne s’arrêta pas pour autant de s’amuser à faire gémir son amant l’amenant plusieurs fois dans la jouissance avant de finalement en prendre possession ne tenant plus. Une possession les menant tout droit en une satisfaction de corps et d’âme !

 

 À bout de souffle, Jeff se laissa tomber de tout son long contre le corps de son amant, mais il finit par se mettre sur le côté pour laisser Quentin se tourner vers lui. Le jeune photographe parvint à se positionner face à son ami en grimaçant. Ses fesses lui faisaient mal et pas seulement à cause de ce qu’ils venaient de faire tous deux, mais surtout à cause des coups de cravache. Jeff esquissa un sourire de compréhension.

- Ne te moque pas ! Tu es une brute, Jeffrey !

- Mouais et je vais le redevenir si tu continues à m’appeler Jeffrey. À moins que tu aimes être frappé ?

- Non, je déteste. Aaaaaaaaahhhhhhhh ! Tu m’as achevé ! s’exclama Quentin, en bâillant.

- Petite nature ! Gloussa le jeune mannequin. Tu n’es vraiment pas très endurant. Va falloir que je me charge à te redonner forme physique.

 Quentin ne put s’empêcher de rougir encore plus les pensées se souvenant de ses ébats un peu plus tôt. Il ne dirait pas non pour recommencer, mais pas de suite. Le jeune photographe se mit à observer son camarade d’enfance. Depuis, un mois, il trouvait son ami changé. Il devenait beaucoup plus ouvert et souriait plus qu’avant. C’était une bonne chose.

 Une chose l’intriguait. Quelque chose avait changé dans le physique de Jeff. Qu’était-ce donc ? Le mannequin se redressa et posa son dos contre le dossier du lit. Mais, quel idiot il faisait ! Songea, alors, Quentin. Il n’avait pas remarqué de suite. Il était vraiment aveugle !

- Tu as changé de coupes de cheveux, constata Quentin.

 Jeff se tourna vers son ami avant de s’esclaffer à s’en faire mal aux côtes. Il n’avait que lui pour sortir ce genre de phrase.

- Tu es vraiment aveugle, mon pauvre. Cela fait deux jours que je les ai coupés.

 Jeff passa une main rapide dans les cheveux coupés un peu n’importe comment lui donnant un air plus mature et rebelle. L’agence de mannequinat pour qui il travaillait avait été horrifiée au début, mais maintenant, elle ne regrettait aucunement ce choix. Son nouveau look faisait ressortir encore plus son charme sur les photos.

- Pourquoi les avoir coupés ?

- Tu n’aimes pas ?

- Oh si ! Cela te va même trop bien, beaucoup trop d’ailleurs pour mon pauvre cœur.

 Jeff éclata de nouveau de rire ravissant Quentin un peu plus. Il aimait bien le voir rire. Mince, il devenait sentimental, maintenant.

- Plains-toi à Lina. Elle m’a emmené de force chez un de ses amis coiffeurs. Je n’ai rien pu dire. En tout cas, il a des doigts de fée. Je n’aurais jamais cru que ce genre de coiffure m’irait.

- Ouiiinnnn ! Comment je vais faire moi ! Déjà que tu avais des groupies au lycée, avec cette coupe, tu va en avoir deux fois plus. La haine ! S’écria Quentin, en posant sa tête sur les jambes nues de son homme.

- Tu es un imbécile, Quentinou !

- Quentinou ? Lança le jeune photographe, en levant la tête vers son ami, outré.

- Cela t’apprendra à m’appeler Jeffrey ! Alors, si tu me disais maintenant tes petits soucis.

 Quentin posa de nouveau sa tête sur les jambes. Il était bien ainsi surtout la main se promenant dans ses cheveux. Il avait presque envie de ronronner. Il soupira d’aise.

- Je n’ai aucun souci, répondit-il.

- Mais bien sûr ! Arrête de mentir Quentinou !

 Le photographe fit la grimace. Il n’aimait pas ce surnom. Il soupira encore une fois.

- Joris m’a informé que mes parents allaient bientôt rentrer.

- Et c’est une mauvaise chose ?

- Joris dit qu’ils vont vouloir régenter ma vie comme ils l’ont fait avec la sienne.

- Mmmmhhhh ! Je me disais aussi. Ton frère a beau faire croire être une mauvaise personne, il n’est pas aussi méchant finalement. Tes parents ne pourront rien faire contre toi. Ils arrivent trop tard. Non seulement tu es majeur donc tu peux décider par toi-même ce que tu veux faire, même s’ils te coupent les vivres. Et puis, tu as des amis prêts à t’aider au moindre pépin. Ton frère, lui, n’a pas dû avoir cette chance.

- Je ne veux pas ennuyer mes amis avec mes histoires de famille, Jeff. J’arriverai bien à me dépatouiller avec eux. Aïeeeee !

 Quentin porta la main à son crâne où il venait de recevoir un coup de la part de Jeff. Il était trop sadique, celui-là !

- Nous sommes tes amis Quentin ! Nous aimons être ennuyés par tes problèmes de famille. Si nous pouvons t’aider alors, nous le ferons.

- Nous ? Tu parles pour les autres sans leur avis, Jeff. Comment peux-tu savoir s’ils seront de ton avis ?

- Parce que je suis sûr qu’ils diront la même chose. Alexis et Edward, tu ne devrais même pas douter d’eux. Quant à Ashanti, Luce et Erwan, je suis sûr qu’ils seront les premiers à agir.

- Erwan ? Pouvons-nous le considérer comme un ami ? Il est le petit ami de Luce avant tout, mais je me demande s’il nous considère comme des amis.

- Nous le pouvons. Au début, il devait juste nous considérer comme étant les amis de Luce, mais depuis les vacances de la Toussaint, nous sommes devenus ses amis. Sinon, il ne supporterait pas de voir Luce nous approcher de trop près. Bon assez parlé !

 Jeff repoussa son camarade sur le lit et il se positionna au-dessus de lui avec un léger sourire.

- Et si nous recommencions ?

 Quentin ouvrit en grand les yeux comprenant ce que voulait dire son amant. Il se débattit sans succès sous le rire de nouveau démoniaque de Jeff.

- Non, non, s’il te plaît ! Pas maintenant !

 Jeff gloussa à nouveau en approchant ses lèvres vers celles de Quentin. À quelques centimètres, il chuchota :

- Et si nous changeons les rôles, en serais-tu plus motivé ?

 À peine venait-il de finir sa question que les positions changèrent. Quentin prit le dessus et embrassa avec un certain empressement soudain cette bouche désirable. Jeff l’avait mené au paradis, il allait en faire autant et ce serait un vrai délice de l’amener au septième ciel.