Après Christine, voilà Dracula : 53

 

 À peine venaient-ils, tous, de rentrer que chacun partit s’occuper d’affaire semble-t-il urgente. Cody n’eut même pas le temps de dire quoi que ce soit que ses petits neveux avaient disparu dans la maison suivis par le propriétaire des lieux.

 Le jeune homme soupira, las. La journée fut plutôt longue et pleine de péripéties. Il se trouvait dans le couloir de l’immense demeure des Oda Miori, avec Ben et Asia. Le jeune professeur était impressionné devant cette maison, garnie de tableaux en tout genre, mais surtout familiale. Il s’approcha de sa sœur qui observait une toile avec un léger sourire.

 Il reconnut de suite l’énergumène sur le tableau. Les cheveux noirs, la peau blanche et un sourire à faire fendre un cœur de pierre ne pouvaient appartenir qu’à une seule personne. La toile le montrait à un âge innocent jouant avec des cubes.

 Des pas les firent sursauter et ils se tournèrent vers l’entrée où apparut Renko. Il venait de rentrer la voiture au garage. Il fut surpris de les voir encore dans le couloir. Il secoua la tête, fataliste.

- Je suis désolé de leur impolitesse. Venez, vous serez mieux dans la cuisine plutôt que de faire le pied de grue dans le couloir.

 Les trois invités suivirent Renko jusqu’à son antre. Il y trouva Erwan installé au comptoir buvant un café. Il s’en approcha et lui donna un coup sur la tête. L’étudiant jeta un coup d’œil, surpris à son oncle.

- Tu ne pouvais pas leur dire de rentrer.

- Je ne suis pas chez moi, mon oncle. L’aurais-tu oublié ?

 Renko grogna et fit le geste à ses invités de s’installer au comptoir. Il leur servit une petite collation. Erwan s’amusa à les observer au début en silence. Il fixa finalement son regard bleu sur le professeur. Celui-ci se sentit vite mal à l’aise. Erwan sourit en s’en apercevant.

- Où est Luce ? demanda Renko.

- Dans sa chambre. Il a eu soudainement de l’inspiration, alors…

 Il fit un geste vague. Renko gloussa. Quand Luce se trouvait soudainement inspiré, plus rien n’avait d’importance tant qu’il n’avait pas écrit ce qui perturbait son esprit. Cody écoutait d’une oreille distraite. Il se demandait sérieusement comment il allait pouvoir s’en sortir maintenant, surtout avec Berzoc sur le dos.

Il dut soupirer un peu fortement parce que la conversation se tut, aussitôt. Il leva les yeux de sa tasse et remarqua le regard des deux hommes sur lui. Il se mordit les lèvres. Il se sentit gêné.

- Cody, tu devrais arrêter de te faire du souci pour nous. Si tu continues, tu vas finir par avoir un ulcère, à force de stresser, murmura Ben. Je pourrais arrêter l’école et prendre un travail.

- Non, tu as promis que tu les ferais jusqu’au bout, Ben. Tu as oublié ?

- Non, mais…

- Je me disais aussi que je t’avais déjà vu quelque part, s’exclama Erwan, d’un seul coup. Je crois que nous n’avons aucun cours dans la même section, mais étant donné que je rejoins de temps en temps mes sœurs, dans la section d’art. Je t’ai croisé là-bas.

- Oui, je m’en souviens. Je me disais aussi. Alors les deux filles qui t’accompagnent tout le temps, ce sont tes sœurs ?

- Mes jumelles, plus précisément ! J’avoue qu’elles sont mes gardes du corps.

- Ne te jette pas trop de fleurs, Erwan !

- M’enfin mon oncle ! Ce n’est pas toi qui à ces pots colles toujours sur le dos ! Tu as beau leur dire que « je ne suis pas intéressé », rien à faire, elles n’écoutent pas.

- Tu devrais en être flatté, plutôt, s’exclama Ben.

 Erwan lui lança un drôle de regard, tout comme Renko d’ailleurs. Ben se gratta la tête. Il avait bien l’impression d’avoir dit une bêtise. Il le comprit aussitôt en entendant sa sœur s’exclamer.

- Pourquoi n’avoir jamais embrassé Luce devant ces filles ? Elles auraient compris ainsi, non ?

 Erwan se tourna vers la jeune fille. Il lui adressa un sourire. Asia songea d’un coup que le destin était vraiment cruel. Deux garçons qu’elle trouvait très beau, sympathique et démoniaques aussi, mais se révélant homosexuel, elle n’avait vraiment pas de chance. Enfin, elle s’en fichait un peu aussi. Elle préférait de loin les avoir comme ami.

- J’y ai pensé figure-toi, mais mon Luce est trop mignon, il serait fort capable de les séduire sans rien faire.

- Dis plutôt qu’il risque de se mettre en colère ! Répliqua Renko.

- Non, tu sais bien que j’adore le voir dans cet état, mon oncle. Ahhhhhh ! s’écria Erwan, d’un coup. Je m’ennuie !

 Renko secoua la tête, exaspérée. Il se demandait sérieusement comment son frère pouvait supporter son fils.

- Bon, puisque tu t’ennuies, pourrais-tu emmener nos invités jusqu’à leur chambre ?

- Tu m’offres quoi en échange ?

- Erwan ? Grogna Renko, à bout de patience.

 L’étudiant sourit, ravi d’ennuyer son oncle. Puis, il fit un geste aux invités de le suivre. Tout en se dirigeant vers les escaliers, il présenta la maison.

- Là, vous avez la salle à manger. Elle sert très peu. Nous sommes toujours fourrés dans la cuisine. Vous avez un peu plus loin le salon. Carlin et vos neveux doivent s’y trouver d’ailleurs.

 Il les força à monter rapidement les escaliers. Il continua dans le couloir des chambres en énumérant.

- Chambre de mon oncle et de Carlin. Ici, c’est la chambre de mon Luce, celle-ci c’est la mienne. Ensuite, vous avez celle de Thalia, celle de Reï et de Ludwig, ils ne sont pas là, mais ce sont leurs chambres.

 Il arriva finalement vers une porte double. Il l’ouvrit montrant une immense bibliothèque. Cody ouvrit les yeux en grand en voyant la multitude de livres. La pièce était lumineuse avec sa très grande baie vitrée et ses murs de couleur paille.

- C’est la pièce fétiche de Luce. Elle a été faite pour lui, mais ne vous gênez surtout pas à y venir si vous voulez lire.

 Ainsi, Erwan continua la visite avant d’indiquer leur chambre à chacun. Ceux-ci s’extasièrent devant la décoration des chambres. Il souriait. Chaque fois, les invités s’émerveillaient devant le talent de Carlin Oda. La dernière chambre fut pour le professeur. Cody observa sa chambre avec la représentation d’une caravane tirée par des dromadaires dans un immense désert.

 Erwan s’appuya contre le chambranle de la porte et observa un moment le professeur avant de prendre la parole.

- D’après certains indices, il semblerait que l’incendie de votre maison est criminel. Auriez-vous des ennemis, professeur Amory ?

 Cody se laissa tomber sur le matelas, en soupirant. Il se passa une main lasse dans ses cheveux courts.

- Non, pas aux dernières nouvelles. Enfin, à part cette folle de Berzoc, je ne vois pas. Mon père devait de l’argent à pas mal de monde, mais je les rembourse sans rechigner depuis sa mort. Alors, je ne vois pas.

 Erwan se passa une main sur le menton, réfléchissant.

- Ces dettes ? Je suppose que ce n’est pas à des personnes très fréquentables.

- Vous devinez juste. Mon père était un irresponsable. Il jouait presque tout son argent à des jeux de hasard dans un bar mal famé. Vous ne pouvez pas savoir comme je l’ai haï à sa mort. Il nous a laissés dans la plus grande misère.

- Vous semblez avoir un certain écart avec votre frère.

 Cody jeta un coup d’œil à l’étudiant. Ce garçon était bien trop intelligent. Il avait le même âge que son frère, mais en même temps, il paraissait bien plus vieux.

- J’ai encore deux sœurs et un frère décédé.

- C’était le père des petits ?

- Oui, sa femme et lui sont décédés, il y a un an et demi. L’avion qui nous les ramenait s’est crashé à l’atterrissage. Mes sœurs n’ont rien voulu entendre. Elles voulaient d’ailleurs, se débarrasser des enfants. J’ai refusé et je l’ai pris en charge. Mais depuis, je me bats pour les garder, mais avec cette folle, j’ai bien du mal.

 Erwan sourit entendant l’insulte pour l’assistante sociale. Bah ! Elle le méritait bien.

- Mmmh ! À mon avis, vous n’avez plus rien à craindre. Elle n’osera plus vous attaquer maintenant.

- Pourquoi donc ?

- Elle a trop peur de Carlin. Il a l’air très gentil, exubérant et très fatigant aussi, enfin un peu comme son fils d’ailleurs !

 Cody esquissa un sourire à cette phrase. Il avait bien compris que le fils et le père se ressemblaient beaucoup.

- Mais, il cache aussi un autre visage. Il y a quelques années, Luce devait avoir huit ans, si je ne m’abuse. Carlin a accepté de reprendre un peu de service pour aider un orphelinat. Il a accepté d’héberger pendant quelque temps des enfants, jusqu’à que leur nouvelle demeure soit refaite à neuf. Tout allait bien, jusqu’à qu’ils mirent Berzoc en charge du dossier. Elle devait vérifier dans chaque famille d’accueil si tout fonctionnait bien. Elle est venue ici et elle a pris Carlin en grippe. À partir de ce moment-là, elle a cherché à faire annuler l’adoption de Luce, par tous les moyens possible. Maintenant, elle s’en mord les doigts. Il ne faut jamais toucher à un membre de cette famille sans en subir les conséquences. Carlin peut se révéler très cruel et il l’est deux fois plus si cela touche son fils.

- On dirait bien que ce démon a une sacrée chance d’avoir un père pareil.

 Erwan émit un petit rire. Deux bras entourèrent la taille de l’étudiant, le faisant sursauter. Il ne l’avait pas entendu arriver.

- Monsieur le grognon vous savait ce qu’il vous dit le démon ! s’exclama, alors Luce, derrière son ami, papa Ren vous fait dire d’arrêter de blablater et de venir manger avant que son glouton ne décide de dévorer vos assiettes.

 

 Dans un petit bois, près de la capitale, une voiture s’arrêta. Un homme, habillé d’un long manteau noir, en sortit. Son regard fit le tour de l’horizon, mais celui-ci n’accrocha rien de suspect, à part les autres véhicules comme la sienne.

 Il soupira. Il avait espéré pouvoir enfin se rendre dans une ville plus au sud-ouest, mais ces projets venaient de tomber à l’eau. Il salua ses collègues et s’approcha du médecin légiste et de sa supérieure.

 Celle-ci se retourna et le salua d’un air froid. L’inspecteur en avait pris l’habitude.

- Barrony vous êtes en retard.

- Désolé, je ne pouvais tout de même pas me permettre de faire un excès de vitesse. Vous aurez payé mon amende, commissaire ?

 La femme ne releva pas. Elle le fixa juste un petit moment en silence. Barrony lui adressa un grand sourire. Elle se détourna en secouant la tête.

- Crétin ! Laissa-t-elle échapper.

 Le médecin sourit. Le commissaire pouvait grogner tout ce qu’elle veut, tout le monde savait qu’elle appréciait le talent de l’inspecteur Barrony.

- Alors, qu’avons-nous là ? demanda, finalement, l’inspecteur.

 Il jeta un coup d’œil vers le cadavre un peu plus loin, recouvert d’un drap.

- Il semblerait que le videur de sang vient d’arriver chez nous, également.

- Pardon ?

 Barrony pâlit. Depuis un an déjà, les policiers aux États-Unis, en Italie et en Angleterre recherchaient après un criminel dont la particularité était de tuer ses victimes en leur vidant leur sang. Certains journalistes d’ailleurs, le surnommaient comme le plus célèbre des vampires, Dracula. Les victimes avaient toutes un point commun. C’était tous des jeunes, filles ou garçons,  entre quinze et vingt ans. La plupart étaient orphelins et tous étaient nés par un acte incestueux ou par un viol collectif. Barrony savait aussi qu’un autre lien les liait. Leur sang ! Leur sang avait quelque chose qui faisait des cibles pour ce criminel.