L’hôpital : 51

 

 Quentin songea que pour une fois dans sa jeune existence, il était ravi d’avoir fait un caprice pendant les grandes vacances. Il avait supplié pour passer son permis en deux mois et l’avait réussi haut la main. Heureusement, surtout maintenant qu’il avait dû prendre le volant à la place du photographe. L’état de stress où l’homme se trouvait aurait surement causé un accident.

 Depuis que Matt avait reçu un coup de téléphone de l’hôpital, il n’avait pas décroché une parole. Quentin commençait sérieusement à s’inquiéter. Il suivit Matt à l’intérieur de l’hôpital. Le photographe était trop pâle. Il aurait très bien pu lui poser la question, mais il avait peur de la réponse.

 Ils arrivèrent finalement aux urgences. C’était l’effervescence. La voiture folle avait encore fait des siennes. Il l’avait entendu à la radio de la voiture. Elle avait causé plusieurs accidents avant de foncer comme les précédentes, dans les autres régions, contre le mur du commissariat.

 La voiture explosa et blessa plusieurs policiers et civiles aux alentours. Le cauchemar de la voiture folle était terminé, mais combien de victimes avaient succombé à cause de ses méfaits ?

 Quentin sentit son cœur battre plus vite dès qu’il aperçut la silhouette de Jeff. Il avait eu un peu peur, non vraiment, peur pour son camarade. Mais si son ami se trouvait dans cet hôpital, alors cela voulait surement dire…

 Matt fonça dans la salle d’attente pour rejoindre le groupe. Hans batailla pour quitter les bras de sa mère et se jeta dans ceux de Matt qui tremblait. Le photographe serra tendrement, le gamin en pleure. Il posa son regard sur Shin. Celui-ci essayait de calmer un autre petit garçon blond. Le jeune homme allait répondre, mais une femme, grande, mince et sexy selon les critères des infirmiers, arriva à ce moment.

 Elle ne jeta même pas un regard autour d’elle. Elle se dirigea aussitôt vers le photographe. Matt sursauta quand elle posa une main sur son bras. Il se retourna d’un coup pour se retrouver devant Mili Miori. La jeune femme caressa tendrement la joue de Hans.

- Allons, allons mon garçon. Tu devrais arrêter de pleurer. Ton frère va bien. C’est juste la peur qui lui a fait perdre connaissance.

 Elle voyait bien que Matt voulait d’autres nouvelles, mais avant de répondre à ses questions muettes comme à ceux des autres, elle fixa son regard sur Shin.

- Tu es un amour, mon Shin, de t’occuper de cet enfant. Son oncle va arriver pour le récupérer.

 Le jeune homme hocha la tête, puis s’exclama :

- Mili ? Arrête de tourner autour du pot et dis-nous comment il va.

- Qui donc ? Demanda-t-elle, en toute innocence.

 Elle jeta un coup d’œil vers Matt et lui adressa un sourire rassurant.

- Bah ! Il se porte comme un charme. Il s’est juste foulé le poignet. Il ne va pas pouvoir écrire avant un petit moment. Nous allons le garder pour cette nuit tout de même. D’ailleurs, cela ne lui fera pas de mal.

 Son regard se tourna de nouveau vers Shin, mais plus à sa gauche. Elle détailla la jeune femme brune aux yeux très bleus, la marque de fabrique des Miori. Elle fronça les sourcils. Lina essaya tant bien que mal de lui tenir tête, mais face à cette femme, elle n’y arrivait jamais, tout comme avec Carlin.

 Elle avait eu droit à la présence insoutenable de Carlin toute l’après-midi. Il ne disait pas grand-chose, mais l’avait continuellement observé de ses deux abysses sans ciller une seule fois. Elle l’aimait beaucoup, mais elle avait horreur quand il faisait ça et il le savait.

 Il le faisait toujours quand quelque chose ne lui plaisait pas ou quand une chose n’allait pas dans son sens. Elle savait bien qu’il lui en voulait d’avoir décidé de reprendre ses enfants. Elle avait fini par craquer et ils s’étaient disputés. Finalement, il était reparti en fureur en claquant la porte. Elle jeta un coup d’œil à Shin. Il ne lui adressait plus la parole depuis qu’elle lui avait dit vouloir emmener les jumeaux.

 Elle soupira. Elle leva les yeux vers son fils. Le voir se débattre pour rejoindre Matt lui avait fait beaucoup de mal. Il lui en fit encore plus quand il demanda de sa toute petite voix tristounette.

- Tante Mili ?

- Oui, mon ange ?

- Je peux aller voir papa Akira ?

 Matt sursauta en l’entendant. Il jeta un coup d’œil à Shin, mais le jeune homme lui adressa un sourire rassurant. Lina, elle, pinça les lèvres. Matt soupira. Les ennuis ne semblaient pas le moins terminés.

- Viens, je vais t’emmener. Ton frère y est déjà. Monsieur ne voulait se reposer qu’à la condition d’être avec son PAPA.

 Shin se mordit les lèvres pour ne pas rire. Mili avait fait exprès d’accentuer sur le dernier mot. Cela n’allait pas plaire à Lina et ça lui plaisait. Tout content, le jeune garçon s’élança vers la doctoresse et lui prit la main. Ils discutèrent jusqu’à la chambre suivie en silence par Matt. Mili s’éclipsa pour les laisser ensemble.

 

 Dans la salle d’attente, l’atmosphère fut beaucoup plus respirable enfin pour certains, pas pour d’autres. Serrant les dents, Lina se leva et sortit. Elle voulait prendre l’air. Shin se gratta un instant la tête, puis se tourna vers les adolescents, il demanda :

- Vous pourriez vous occuper de Rojer, s’il vous plait ? Je dois aller éclaircir certaines choses avec ma femme.

 Jeff hocha la tête et se leva pour rejoindre le chérubin. Il présenta son ami au petit garçon et vis versa.

- Encore un Amory ? S’exclama Quentin. Mais vous êtes combien dans votre famille ?

- Six, nous sommes six.

 Cody Amory arriva à ce moment-là plutôt essoufflé. Les adolescents en furent surpris. Apercevoir leur professeur de mathématique, le grognon comme beaucoup le surnommait, un peu débraillé et mal coiffé, les surprenait. Rojer sauta au cou de son oncle. Celui-ci le serra tendrement.

- Je suis désolé d’être en retard.

- Que vous est-il arrivé, professeur Amory ? On dirait que vous avez couru.

- C’est le cas. Je n’ai plus de voiture, enfin il faut juste lui changer toutes les roues comme si je n’avais pas assez de souci comme cela ! Pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé ?

 Les deux adolescents se regardèrent un instant, puis Jeff expliqua :

- La voiture folle est arrivée à l’école. Kaigan se trouvait dans son champ de vision. Cela s’est passé tellement vite. Nous n’avons pas vu la réaction rapide de monsieur Akira. Je n’ai jamais eu aussi peur, non seulement pour Kaigan, mais quand j’ai vu le corps d’Akira sur le sol, inconscient. C’était terrifiant.

 Cody se redressa avec son neveu dans les bras. Il s’approcha et s’installa auprès d’eux.

- Est-ce grave ?

- Non, le docteur Miori a dit qu’il allait bien. Il a juste une foulure au poignet.

- Me voilà rassuré.

- Elle ne nuira plus, lança Quentin sur le coup.

- Pardon ?

- La voiture folle, je disais qu’elle ne nuirait plus. Ils ont dit à la radio qu’elle avait explosé en fonçant sur le commissariat du coin. Enfin avant de mourir, elle ne s’est pas empêchée pour faire des dégâts.

 D’un seul coup, ils entendirent une voix féminine dans le couloir. Elle discutait avec le docteur Miori. Une voix agréable et chantante !

- Enfin, Mili ! Pourquoi est-ce moi qui dois jouer les chauffeurs ?

- Parce que ma jolie, il faut ramener ces enfants à leur maison. Je suis trop occupé pour le faire moi-même.

- Papa Ren aurait très bien pu venir.

- Tu es folle, Thalia ! Jamais de la vie, tu sais bien que si ton père vient ici, l’autre énergumène sera là aussi et il fera fuir tout le monde ! Tu sais bien qu’il devient un vrai psychotique dans un hôpital !

 La jeune femme se mit à rire avant de reprendre.

- S’il t’entend parler de lui comme cela, Mili, tu vas souffrir. Déjà qu’il rouscaille après ton fils parce qu’il accapare son fiston adoré, alors….

- Alors quoi ? Il ne me fait pas peur. Il peut râler tout ce qu’il veut, il adore les voir ensemble. Je suis sûr qu’il a tout manigancé depuis le début.

 Thalia se mit à rire à nouveau.

- Tu vas loin, Mili. Je veux bien croire que mon père est un génie, mais quand même ! Alors qui dois-je ramener ?

 La jolie doctoresse apparut suivie d’une autre femme, d’une taille moyenne, très mince aux cheveux longs blonds noués de plusieurs petites tresses. Sa peau mate faisait ressortir ses yeux gris orageux. Cody eut du mal à détourner son regard de cette femme. Il la trouvait sublime. Thalia détailla les deux jeunes de la tête aux pieds.

- Mmmh ! Vous êtes Jeff et Quentin ?

- Comment connaissez-vous nos prénoms, madame ? 

 La jeune femme sourit et pencha la tête.

- Luce est mon petit frère. J’arrive toujours à le faire parler. Il faut juste trouver son point faible. J’adore l’ennuyer. D’ailleurs, c’est incroyable comme il rougit surtout la fois où je lui ai dit qu’Erwan avait de belles fesses.

- Thalia ! s’exclama Mili. Comment tu parles de mon fils !

- Hein ? Fils ? Erwan est votre fils, docteur ?

 La jeune femme éclata de rire devant la surprise d’un des deux garçons et Thalia la suivit quand Quentin reçut un coup à l’estomac par son ami.

- Idiot ! Tu ne vois pas qu’elle ressemble à Alison et Maddie ? T’es vraiment un cas !

- Allez ! Dépêchez-vous vous deux ! Je dois vous ramener chez mon père. Hors de question de rester seul chez Matt !

 Elle allait faire demi-tour, quand Jeff demanda :

- Dites, mademoiselle Thalia ? Vous ne pourriez pas faire un détour.

- Pourquoi donc ?

- Eh bien ! Notre professeur n’a plus de voiture et je le vois mal rentrer chez lui en portant dans ses bras le petit.

 Cody faillit rougir de gêne. Il répliqua :

- Merci de t’inquiéter Jeff, mais je vais appeler un taxi.

 Thalia se rapprocha du professeur. Elle se pencha sur le petit garçon dans ses bras. Il pouvait sentir le parfum frais de la jeune femme. Celle-ci se redressa et s’exclama :

- Il est trognon ce petit. Il ressemble à un petit chérubin. Ah ! Lala ! Il ne faut pas que mon père le voie sinon il voudra à tout pris le peindre.

 Elle rejoignit la doctoresse près de porte et se retournant, elle lança :

- Ce serait vraiment stupide de payer un taxi, alors que j’ai de la place dans la voiture. Faire un détour ne me dérange pas le moins du monde. Allez en voiture Simone !

 Et elle s’en alla aussi rapidement qu’elle venait d’arriver. Les deux adolescents se mirent à rire. Décidément, la famille de leur ami Luce était vraiment très drôle. Mili regardait dans la direction où la jeune femme était partie. Elle s’exclama :

- Elle a hérité du caractère de sa mère celle-là ! Lala ! C’est vrai aussi qu’elle ressemble à Ludmilla, je me demande si son frère s’en est rendu compte.

 Elle se tourna vers la petite troupe et reprit :

- Vous devriez y aller. La patience n’est pas une de ses vertus.

- Pour Akira et Kaigan ?

- Ne t’inquiète pas mon garçon. Ils vont bien. Si nous t’envoyons chez Luce, c’est juste que Matt va rester ici. Tu pourras revenir chez eux demain soir, sans problème. Passez une bonne soirée, d’accord ?

 Jeff lui sourit et fut agréablement surpris par le docteur. Mili lui attrapa le visage et lui donna deux baisers sur les joues. Elle fit de même envers Quentin avant de saluer le professeur et de s’en aller. Ils rejoignirent la sortie où Thalia les attendait en observant un point un peu plus loin.

- Je me demande si Erwan se rend compte de la chance qu’il a d’avoir une mère pareille, demanda, simplement, Quentin.

- Eh bien ! On n’aura qu’à le lui demander quand nous le verrons.

 Les voyants arrivés, Thalia détourna son regard du couple qui se disputait un peu plus loin, pour se tourner vers les nouveaux arrivants. Elle s’exclama, tout en leur adressant un grand sourire.

- Vous en avez mis du temps pour venir, dis donc ! J’ai bien cru que vous me posiez un lapin !