Un début d’amitié : 10

 

 La jeune fille sentant le malaise de son nouvel ami le relâcha dès qu’ils furent hors de vue des garçons. Elle ne lui posa aucune question et Luce la remercia en silence. Il ne voyait pas trop comment lui expliquer sa phobie sans entrer dans les détails et son passé, il ne voulait pas s’en souvenir. Enfin, surtout ce qu’il avait lu dans son dossier personnel, il ne se sentait pas encore capable de l’affronter en face.

 Sa lèvre avait fini par arrêter de saigner, mais se trouvait enflée. Le garçon soupira. Il ne faisait que soupirer depuis qu’il se trouvait dans ce lycée comme fataliste. L’infirmerie ne se trouvait pas très loin de la sortie. En y entrant, Luce crut sur le coup revoir Lilas Loutanit, mais ce n’était pas possible évidemment. Celle-ci avec son mari Basil Moreau avait pris sa retraite depuis fort longtemps et était partie vivre à la campagne.

 Le médecin se trouvait être une grande femme blonde, aux yeux bleus ciel et portant des lunettes. Elle affichait un sourire continuel sur les lèvres. Elle portait sur les élèves un regard doux. En le croisant, Luce se sentit en confiance. Elle avait le même regard que celui de Mili Miori, la mère d’Erwan et Médecin attitrée de la famille.

 En apercevant son visage, la jeune femme comprit et l’invita à s’installer sur un des lits. Elle vint ensuite désinfecter la blessure avant d’apporter un petit sac de glaçons à poser sur la blessure.

- Tu es bien amoché, mon pauvre. Qui a bien pu te faire une chose pareille ? Je ne le répéterais pas, Oda.

- C’est cet idiot d’Alexis Lepers.

- Ashanti ! Ce n’est rien. Il ne l’a pas fait exprès de toute façon.

- Pourquoi tu le défends ? Il ne le mérite pas.

- Allons ! Allons ! s’exclama le médecin. Alexis ? Il fait partie du quatuor ? Je me trompe ?

- Non, c’est bien lui.

- Dites, comment se fait-il que vous connaissiez mon nom et pas moi ? demanda finalement Luce pour couper la mauvaise humeur de la jeune fille.

 Le médecin se mit à rire. Elle avait très bien saisi l’astuce du garçon. Elle s’appelait Saphira Folker. Elle était d’origine anglaise par son père. Et si elle connaissait le nom du garçon, c’était surtout parce qu’elle avait pris l’habitude de lire tous les dossiers des élèves. De plus, elle avait fait son internat dans la clinique où travaillait Mili Miori et avait côtoyait assez longtemps cette femme pour tout connaître sur sa famille et ses amies. Milli pouvait être une vraie bavarde quand elle s’y mettait.

- Et je sais aussi autre chose, dit-elle avec un clin d’œil.

 Elle se releva pour se rendre à son bureau et revint quelques instants plus tard avec un livre. Elle le tendit au garçon qui se mit à rougir en lisant le titre. Ashanti regarda la couverture et lut « Des larmes contre les ténèbres ». Elle jeta un coup d’œil vers son ami tout rouge. Elle se demandait pourquoi il agissait ainsi. Elle eut la réponse quand le médecin s’exclama :

- Bien ! Maintenant, tu vas être obligé de m’offrir ton autographe contre les soins que je t’ai prodigué.

- Hein ? Mais l’auteur du livre est Saphir Yellow, pas Luce Oda.

 Saphira se mit à rire à nouveau pendant que le garçon toujours rougissant écrivait un petit mot sur la page de garde.

- Tu ne sais pas que la plupart des artistes ne signent jamais de leur vrai nom. Est-ce ton père, Luce qui te fait les illustrations ?

- Oui, il prend toujours le temps de m’en faire.

- Tu en as de la chance. J’ai déjà été à une exposition de ses toiles et je dois dire qu’il a un potentiel impressionnant.

 Le garçon voulut la remercier du compliment sur son père avec un sourire, mais grimaça sous la douleur.

- Ah ! Lala ! Il va falloir t’empêcher de sourire pendant un moment.

- Mouais ! À mon avis, cela va être dur, n’est-ce pas Luce ? Se moqua gentiment la jeune fille. Mais maintenant, je comprends mieux pourquoi Edward voulait te prendre ton cahier bleu. Tu écris toujours dessus en cours. Alors, s’il aime tes livres, je peux comprendre qu’il essaie d’en avoir d’autres.

 Luce baissa la tête. Il pouvait très bien comprendre, mais la seule personne à lire son cahier était Erwan et personne d’autres, pas même ses deux pères. Carlin lui lisait l’histoire après recopiage sur ordinateur où il faisait ensuite les illustrations.

- Nous devrions retourner en cours, Ashanti. Notre professeur de sciences n’est pas une personne très patiente.

 

 Le reste de la matinée se passa sans plus de problème. Pour une fois, Luce put dévorer son déjeuner, fait par le talent en cuisine de Renko, en compagnie d’Ashanti qui ne le quittait pas d’une semelle. Il ne s’en plaignait pas le moins du monde. Elle ne cherchait pas autre chose que son amitié et étant donné que le garçon n’avait pas vraiment d’ami, il accepta donc sans aucun scrupule celle de la jeune fille.

 Le quatuor ne montra pas son bout du nez non plus dans l’après-midi. Il semblait avoir accepté de laisser le garçon tranquille. Bien sûr, les deux jeunes côtoyaient Jeff puisqu’il se trouvait dans leur classe.

 Dans l’après-midi, ils eurent droit au cours de sport pendant deux heures. Le professeur de sport avait décidé de leur montrer tous les clubs sportifs. Chaque élève dut participer et jouer. Luce aimait bien jouer au tennis, mais le Capitaine du club, Freddie de son prénom, lui faisait horreur. Il n’appréciait pas du tout d’être regardé de cette façon. Il avait presque l’impression d’être déshabillé sous ce regard.

 Maintenant, c’était Luce qui ne quittait plus Ashanti d’une semelle, se sentant plus en sécurité ainsi. Il fut soulagé quand le cours fut terminé. Tous les élèves quittèrent le cours presque en courant sous le regard de leur professeur de sport qui s’amusait de les voir si remuants. Luce regagna son vestiaire et récupéra son sac tout en vérifiant que son cahier s’y trouvait toujours. Mieux valait vérifier avec eux !

 Ashanti l’attendait déjà à la sortie et ils gagnèrent le portail du Lycée. Le quatuor se trouvait présent. Il discutait ensemble en attendant le quatrième du groupe qui semblait prendre son temps. Luce passa près d’eux sans s’en occuper bien qu’il pouvait sentir leur regard sur lui.

- Luce, attends ! s’exclama alors la voix du rouquin.

 Le garçon s’arrêta et soupira. Il allait se retourner quand le bruit caractéristique d’une moto retentit. Luce se mordit la langue. Mauvais signe ! Il jeta à peine un coup d’œil au rouquin qui voulait surement s’excuser du coup donné, avant de se tourner vers le bruit. La Kawasaki 1400 GTR s’arrêta pile poil devant le garçon sous le regard ébahi des autres élèves.

 Le pilote retira son casque et balaya son regard très bleu autour de lui. Les filles comme les garçons d’ailleurs se dépêchèrent d’un coup à rentrer chez eux. Luce voulut de nouveau sourire, mais fit la grimace. Ashanti émit un petit rire en s’en apercevant. La grimace du garçon s’agrandit encore plus quand il entendit la voix du pilote.

- Luce ? Comment as-tu fait ce coup à la figure ?

 Le garçon répliqua avant qu’Ashanti ne puisse prendre la parole.

- C’est juste un accident, Erwan. Je me suis juste pris le coin d’une porte.

 La jeune fille observa le nouvel arrivant. Il avait d’incroyables yeux bleus, il était très beau aussi, mais en même temps, il lui donnait la chair de poule. Elle jeta un coup d’œil vers son ami qui venait de mentir honteusement. Pourquoi n’avoir pas dit la vérité ? Et qui était ce jeune homme ?

 Erwan posa ses coudes sur son guidon et fronça les sourcils. Il connaissait trop bien son Luce pour savoir quand celui-ci mentait. Il jeta un coup d’œil à la fille près de son ami. Cette fille lui disait vaguement quelque chose, mais il ne voyait pas en quoi. Son regard se porta ensuite vers le quatuor. Ceux-ci l’observaient en silence. Il regarda ensuite son Luce et s’exclama :

- Ne me prends pas pour un idiot, Luce. Bien qu’étant donné que tu marches souvent sans regarder où tu vas, tu serais bien capable de dire bonjour à une porte.

 Le garçon se rapprocha et toisa son ami d’enfance.

- Tu me prends pour qui, toi !

 Pour toute réponse, Erwan lui déposa un autre casque dans les mains et répliqua :

- Je ne sais pas qui t’a fait ce coup, mais si je l’attrape, je l’étripe.

 Un peu plus loin, Alexis avala sa salive avec difficulté. Ce gars était tout bonnement effrayant et fascinant à la fois.

- Mais puisque je te dis que je me suis pris une porte ! Pourquoi tu ne veux pas me croire ? Tu es pénible à la fin.

- Parce que tu ne sais pas menti, et que je te connais trop bien ! Bon ! Et si tu me présentais ton amie plutôt !

 Luce soupira. Au moins, il avait réussi à faire en sorte qu’Erwan ne sache pas qui était le fautif. Pas qu’il appréciait Alexis, mais il savait comment pouvait agir Erwan à son sujet.

- Erwan je te présente Ashanti Da Costa. Ashanti, voici mon ami d’enfance, Erwan Miori.

- Enchanté, dit simplement Ashanti.

- Ah ! Je me disais bien que tu me disais vaguement quelqu’un. Tu es la petite sœur de Kenny Da Costa.

- Vous connaissez mon frère ?

- Erwan ? Qu’est-ce que tu as encore fait ?

- Mais enfin, Luce ! Je n’ai rien fait.

- Mais bien sûr ! Moi aussi, je te connais.

- Bon d’accord, j’avoue. Il a des vues sur ma petite Maddie. Je voulais juste savoir s’il était sérieux. Je l’ai juste un peu titillé.

- Mais tu es vraiment une calamité, ma parole. Tu ne peux pas laisser tes sœurs tranquilles, des fois.

- Bin non ! Je ne peux pas. Tu sais que j’adore les ennuyer et puis tu n’es pas là pour que je t’ennuie, alors, il faut bien que je m’occupe. Allez, monte !

 Erwan récupéra le casque des mains de Luce et le lui mit de force. Le garçon se tourna vers la jeune fille qui s’était bien amusée à les écouter. Luce semblait beaucoup plus ouvert quand l’étudiant se trouvait présent.

- À lundi, Ashanti. Passe un bon week-end.

 Il jeta juste un coup d’œil rapide au quatuor. Ceux-ci avaient suivi en silence tout l’échange. Il monta ensuite derrière son ami et lui serra la taille. Il adorait monter derrière Erwan. Il avait toujours l’impression de voler ainsi.