Erwan Miori : 8

 

 Pour une fois, l’amphithéâtre se trouvait rempli de monde. Pourtant, le cours n’était pas aussi sensationnel que prévu. Un jeune homme brun court, mais en bataille étant donné qu’il les fourrageait la plupart du temps, plutôt grand et bien bâti, ta tête posée sur sa main gauche suivait le blablatage du professeur tout en dessinant sur sa feuille de cours et à deux doigts de bayer aux corneilles.

 Il attendait avec impatience que le cours soit terminé afin de pouvoir enfin s’échapper pour quelques heures avant que son grand-père ne le rappelle à l’ordre pour qu’il vienne l’aider à la société. Il soupira. Il aimait bien son grand-père, mais il pouvait être aussi très usant. Pour une raison quelconque, August Miori l’avait proclamé comme l’héritier de la Compagnie Miori.

 Depuis, le garçon le maudissait un peu plus chaque jour, car sa vie était devenue un champ de filles toutes prêtes à faire n’importe quoi pour être en sa compagnie. Bon, il en avait peut-être un peu abusé pendant quelque temps, mais il s’en était vite lassé.

 Après tout, ce n’était en aucune façon ces filles qu’il voulait avec lui, mais un petit démon au sourire d’ange. Au moins avec lui, il ne risquait pas de s’ennuyer, même si des fois, il voudrait bien l’étriper surtout quand il recommençait à dire que son corps était un déchet.

 Cet idiot lui avait vraiment fait peur tout comme à ses deux pères, quand il avait appris la vérité sur ses origines. Cela remontait déjà à quatre ans et il détestait toujours autant d’être pris dans les bras par une femme, sauf par certaines.

 Il sentit son portable vibrer. Il devait avoir un nouveau message. Heureusement, cette fois-ci, il n’avait pas oublié de le mettre en vibration. Deux jours auparavant, il s’était fait virer du cours à cause de la sonnerie du portable.

 Enfin, la sonnerie retentit. Il attrapa son sac et se dépêcha de sortir avant qu’une autre péronnelle vienne encore l’ennuyer pour X raisons. Il salua quelques amis et discuta avec certains, avant de réussir à se rendre sur le parking. Il détachait son casque quand il entendit des bruits de pas derrière lui.

 Il jeta un coup d’œil et soupira : « La poisse ! »

- Salut, Erwan.

- Tu me veux quoi ?

- Toujours aussi aimable, à ce que je vois.

 Erwan se tourna vers elle. Amelyn Bedin avait le critère de belle femme, mais Erwan la trouvait quelconque. Ses sœurs se trouvaient bien plus jolies que cette fille de la haute bourgeoisie. La fille repoussa une de ses mèches blondes avec une grâce acquise depuis toute petite. Ses parents lui avaient, pour ainsi dit, de faire son possible pour attraper dans ses filets, cet héritier aux mains d’or.

- Tu pourrais me déposer, s’il te plaît ?

- Trouve-toi quelqu’un d’autre ! Ma moto est jalouse.

- S’il te plaît, Erwan ?

 Le garçon fronça les sourcils et allait répliquer vertement quand une voix retentit :

- Erwan, mon chou ! Tu tombes à pic.

 Amelyn Bedin se tourna vers l’arrivante et rencontra une jolie fille aux cheveux au carré châtain, les yeux noisette brillants. En jetant un œil vers le garçon, elle le vit esquisser un sourire. Elle sentit la morsure de jalousie.

- Que puis-je faire pour toi, Maddie ?

 Aussitôt la blonde se sentit soulagée. Maddie ? C’était le nom d’une des sœurs d’Erwan.

- J’ai rendez-vous avec Kenny, mais ma prof de philo m’a retenu trop longtemps. S’il te plaît ? Je ne veux pas qu’il croie que je lui pose un lapin.

- Vous êtes chiante !

 Il lui tendit le casque et reprit :

- Allez monte ! Je le fais juste pour Kenny. Ne crois pas que je le ferais tous les jours, Mad.

 Sa sœur lui sauta dans les bras et l’embrassa sur la bouche avant d’enfiler son casque. Amelyn Bedin se trouvait en état de choc. Mais c’était quoi ça ? Erwan monta sur sa moto sans faire cas de la blonde et attendit que sa sœur s’y installe à son tour avant de démarrer sur les chapeaux de roue sous le cri d’un professeur qui lui disait de ralentir.

 La blonde se rendit compte alors que le garçon lui avait bel et bien menti. Le bougre ne perdait rien pour attendre.

 

 La moto fila comme le vent à travers la ville jusqu’au centre et de stopper juste devant un bar « Le coquelicot » ouvert récemment. Maddie en fut ravie. Elle se trouvait maintenant avec plus dix minutes d’avance. Pour le remercier, elle invita son frère à venir boire un verre.

 Erwan ne se fit pas prier. Il aimait bien discuter de temps en temps avec ses sœurs. Il prenait soin d’elles et veillait toujours à ce que leur petit ami ne leur fasse aucun mal. L’ex d’Allison s’en souvenait parfaitement. D’ailleurs, il changeait de trottoir quand il croisait le jeune homme sur sa route.

 Le bar se trouvait encore à moitié vide. Les deux jeunes gens purent se trouver une place assez éloignée et en même temps assez proche de la sortie pour voir apparaître Kenny Da Costa. Ils commandèrent tous deux un café. Ils restèrent silencieux pendant un moment avant que Maddie s’exclame :

- On dirait bien que maintenant la famille Bedin s’y met à leur tour.

- Ah ! Merde ! Je déteste grand-père. Pourquoi a-t-il fallu qu’il le crie sur tous les toits qu’il voulait m’avoir comme héritier ?

- Mon pauvre Erwan !

- Vas-y ! Moque-toi de ton frère ! Cela se voit que ce n’est pas toi qui as toutes ces filles à papa sur le dos.

- Arrête de te plaindre ! Elles sont quand même toutes très jolies les unes aux autres.

- Tu trouves ? Moi pas ! Il n’y en a aucune qui arrive à la cheville de mes petites sœurs.

 Maddie se sentit rougir sous le compliment. Venant d’Erwan, c’était le plus beau compliment, car il ne leur en faisait pas beaucoup et prenait souvent plaisir à les ennuyer et les faire pleurer.

- Ah ! Lala ! Que c’est agréable à entendre !

- Que cela ne te monte pas à la tête, Mad.

 Son portable se remit à vibrer. Il se souvient alors d’avoir reçu un message en cours. Il le prit et lut les deux messages. Un sourire apparut sur ses lèvres fermes.

- Ah ! Rien qu’à ton sourire, je suis sûr qu’il s’agit de Luce. Je me trompe ?

- Non, tu as raison. Il demande si je passe ce week-end.

- Erwan ? Quand est-ce que tu vas agir avec lui ? Si tu le laisses trop longtemps tout seul, quelqu’un va te le piquer.

 Elle eut droit à un regard noir de la part de son frère adoré. Elle sourit. Après tout, il aimait les titiller alors elle aussi, se permettait des fois de le faire. Toute la famille savait bien que le point faible d’Erwan Miori était Luce Oda. D’ailleurs pour se faire obéir quand il était plus jeune, leur mère le menaçait de le priver de week-end chez Luce. Il faisait tout ce qu’elle lui demandait alors et elle ne s’était pas privée d’abuser de cette menace. Enfin, jusqu’à qu’Erwan fut assez grand pour n’en faire qu’à sa tête et plus personne ne pouvait l’empêcher de voir Luce, pas même l’intéresser, d’ailleurs.

- Mêle-toi de tes fesses, Mad ! Luce est à moi et à personne d’autre. Gare à eux, s’ils y touchent !

 Maddie éclata de rire. Elle le croyait sur parole. Mais elle se demandait surtout comment réagirait le petit ange en entendant cette phrase. Sa mère affirmait que Luce ressemblait de plus en plus à Carlin. Si c’était le cas, elle plaignait son frère. Étant donné que le compagnon de son oncle Renko n’était pas de tout repos, alors le fils allait surement en faire voir des vertes et des pas mûrs à Erwan. Mais bon, son frère ne restait pas en reste non plus. Lui aussi se trouvait pénible des fois.

 Elle arrêta ses pensées aussitôt quand apparut dans son champ de vision le beau, le magnifique Kenny Da Costa. Elle ne devrait pas rougir ainsi, mais ce garçon lui faisait un effet d’enfer. Elle entendit un petit rire près d’elle. Ce fut son tour de jeter un regard noir à son frère. Elle croisa les yeux bleu saphir pétillant de moquerie.

- Je vois, je vois. Alors, c’est lui le fameux Kenny ? J’ai hâte de faire sa connaissance.

 Maddie ouvrit les yeux en grand. Oh ! Non, pitié ! Quand Erwan disait cela, c’était bon pour faire fuir le garçon de ses rêves. Remarquant l’expression de sa sœur, il se mit à rire de plus belle. Que c’était amusant de les ennuyer !