Carlin et Renko, le retour : 7

 

 La voiture arriva enfin à destination. Carlin n’attendit même pas que la voiture soit entièrement arrêtée pour descendre au risque de tomber. Il fonça ensuite vers la maison. Renko sortit à son tour en soupirant, fataliste.

 Même après toutes ses années, son adorable compagnon n’avait pas changé d’un iota. Toujours aussi fatigant et extravagant ! Il lui avait pourtant demandé d’arrêter de courir, car sa jambe gauche le faisait souffrir doublement après. Mais non, il n’en faisait toujours qu’à sa tête.

 Renko rentra dans la maison tranquillement. Il aperçut les deux sacs jetés à même le sol. Luce devait être rentrée, mais il fut surpris de ne pas les entendre piailler. Il jeta un nouveau coup d’œil vers les sacs, puis sa montre.

 Il soupira. Ce petit chenapan avait dû encore jouer à l’école buissonnière. Il jeta un coup d’œil dans la cuisine, personne ! Alors, il se dirigea aussitôt vers le salon. Il aperçut Luce endormi sur le canapé avec Timon sur le ventre et Pouba le roux au dessus de sa tête. Il sourit en remarquant Carlin agenouillé juste devant en train de regarder leur fils dormir.

 Il s’approcha doucement. Carlin leva les yeux vers son compagnon et s’exclama :

- Ils sont pires que le bouledogue, de vrais chats de garde !

 Renko remarqua alors que le tigré avait les yeux ouverts et les observait près à l’attaque si l’un d’entre eux se permettait de toucher à leur maître.

- Il est vraiment trop mignon quand il dort.

- Voilà, papa poule est tout attendri devant son petit trésor !

 Carlin se releva avec une grimace et donna ensuite un coup dans l’estomac de son homme.

- Ne te moque pas, vilain. Pour ta peine, c’est toi qui le montes dans sa chambre, dit-il avant de donner un léger baiser sur les lèvres de son cher et tendre.

 Carlin s’échappa vers la cuisine avant de s’écrier :

- Et dépêche-toi, s’il te plaît ! J’ai faim !

 Qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre ! Renko se pencha doucement vers le corps de son fils et le souleva dans ses bras. Pouba poussa un petit feulement, pas content du tout d’être bougé. Quant à Timon, il s’accrocha au pull de son Maître qui gémit un peu sous la douleur des griffes, mais ne se réveilla pas.

 Dès qu’il fut dans les bras de son père, il entoura le cou de celui-ci instinctivement en posant sa tête dans le creux du cou. Renko se dirigea vers l’étage en portant son chargement très léger, soit dit en passant ! Luce pouvait être un glouton comme une certaine personne de sa connaissance, d’ailleurs, il ne pesait vraiment pas beaucoup. Il faut dire aussi qu’étant donné la dépense d’énergie qu’il dépense tous deux à courir partout, ils pouvaient donc se permettre certains débordements nutritifs.

 Renko poussa la porte de la chambre jaune, ainsi appelée, car elle se trouvait presque entièrement peinte de cette couleur. Une couleur que Luce adorait, évidemment tout comme le bleu.

 Le plafond avait été peint en bleu et quelques nuages se baladaient tranquillement. Un énorme champ de blé où une famille pique-niquait joyeusement et dont les enfants jouaient avec un cerf volant avait été dessiné sur le plus long mur de la pièce. Le mur lui faisant face était peint lui aussi en jaune pâle et les deux autres murs dans un blanc cassé. Tout l’ameublement se trouvait être en bois de couleur crème. Une armoire se trouvait près de la porte de la salle de bain qui faisait face au grand lit où Renko déposa son chargement avec douceur.

 Luce se positionna aussitôt en fœtus en serrant Timon qui vint se coller contre le garçon. Pouba qui les avait suivit, monta directement sur le bureau afin de le squatter impunément. Renko caressa les cheveux noirs de son fils avec un sourire.

 Il sortit ensuite en laissant la porte entre ouverte pour les chats. Il redescendit et se dirigea vers la cuisine afin de faire un encas pour son estomac sur patte.

 À peine, il entra dans la pièce qu’il aperçut Carlin assis sagement au comptoir, lui tournant le dos. Beaucoup trop sage, d’ailleurs ! Il se dirigea vers lui et comprit aussitôt en voyant le portable entre ses mains.

- Je n’y crois pas ! Tu n’as pas un peu fini de lire les messages de ton fils !

 Carlin lui jeta juste un coup d’œil avant de reprendre sa lecture.

- Mais euh ! Je vérifie juste s’il n’a pas de mauvaise fréquentation.

 Renko prépara une rapide salade pour son homme, puis fit du café. Il s’installa ensuite face à son compagnon qui lisait toujours les messages de Luce. Il lui déposa l’assiette devant le nez. Aussitôt, Carlin déposa le téléphone sur le côté et dévora sa salade, avec un grand plaisir évident.

- Alors ? Es-tu rassuré, Papa Poule ?

- Mmmh ! Oh, oui ! Tu sais qu’il envoie tous les soirs un texto à Erwan ?

- Non, mais maintenant que tu le dis, c’est vrai qu’il l’a toujours à porter de main. Et a-t-il toujours une réponse ?

- Évidemment ! Je n’ai encore jamais vu Erwan lui faire défaut. Ah ! Lala ! J’ai bien mangé.

 Le jeune homme s’étira un bon coup, puis pencha la tête, il sourit à son homme.

- Qu’est-ce que tu manigances, encore ?

- Je vais aller réveiller ma marmotte.

- Donne-moi la raison pour laquelle je l’ai monté dans sa chambre ?

- Pour te faire des muscles, bien sûr ! Je te trouve un peu ramolli, ces temps-ci ! S’exclama-t-il en disparaissant rapidement de la cuisine.

- Carlin, reviens ici !

- Nada ! Viens me chercher si tu oses ! entendit-il un peu plus loin.

 Renko sortit de la cuisine à son tour et retourna à l’étage où il put entendre un cri, puis des rires. Quand il arriva enfin vers la chambre, il trouva le père et le fils faisant le pitre sur le lit. Timon avait rejoint son frère sur le bureau et regardait bizarrement les deux énergumènes sur le lit.

 Luce aperçut son autre père et parvint à se dégager pour foncer dans les bras de Renko qui l’accueillit en riant. Le garçon était tout essoufflé. Difficile de se battre contre Carlin !

- Bonsoir, papa.

- Salut garnement ! Je pourrais savoir pourquoi tu n’as pas été en cours cet après-midi.

- Pourquoi ? Parce que je n’avais pas envie d’y aller, bien sûr. Pour quelle autre raison, je n’y serais pas allé sinon ?

 Carlin se redressa et croisa les jambes. Il riait en entendant la phrase de son fils. Il n’avait vraiment pas froid aux yeux celui-là.

- Et tu ne cherches même pas à nier !

 Le garçon se mit à rire et frotta son nez contre le torse de son père.

- Pourquoi mentir ? Tu l’aurais su de toute façon.

- Qu’est-ce que je vais faire de toi, ma parole ?

- C’est facile ! Tu me fais plein de câlins !

 Carlin se mit à rire de plus belle et Renko n’était pas loin de faire pareil. Il n’avait jamais réussi à le punir, ce n’était pas maintenant qu’il y arriverait. Le son d’une sonnerie en forme d’aboiement de chien retentit tout à coup. Luce se détacha de son père et partit en direction du bruit, tout en descendant les escaliers en quatrième vitesse.

- Un jour, il va se rétamer dans ces escaliers, s’exclama Renko en rejoignant son compagnon assis sur le bord du lit.

- Papa ! Qui t’a permis de toucher à mon portable ! entendirent-ils hurler de la cuisine.

 Carlin fit la grimace sous le rire à peine voilé de Renko. Le jeune homme se jeta sur son homme pour l’empêcher de se moquer de sa poire. Ils bataillèrent ainsi pendant un moment avant d’entendre une voix derrière eux.

- Je me demande qui c’est le gosse dans cette famille.

 Les deux adultes se tournèrent vers la porte. Luce les regardait avec un sourire en coin, les poings sur les hanches.

- Luce ? Marmonna son père Carlin.

- Oui, P’pa ?

- Prépare-toi ?

 Le sourire de Luce s’agrandit et répliqua avant de s’échapper dans le couloir.

- Tu crois que j’ai peur d’une vieille chaussette dans ton genre ?

- Luce Oda ! Tu vas savoir comment s’appelle ton père !

- Cause toujours, chaussette toute ridée !

 Renko se laissa tomber sur le lit. Et voilà, c’était reparti !