Ils vont rentrés : 6

 

 Pour un début de mois de septembre, le soleil brillait comme un jour d’été. Renko Miori en était plutôt soulagé. Déjà que son énergumène n’aimait pas trop la voiture alors si en plus, il se mettait à pleuvoir, c’était une vraie catastrophe.

 Il jeta un coup d’œil sur le siège passager. Carlin dormait depuis leur départ de l’aéroport. Il ne l’écouterait plus quand celui-ci lui dirait calmement qu’il voulait prendre des vacances. Il ne se ferait plus avoir de cette façon.

 Plus les années passées, plus Borghèse devenait encore plus pervers. Sa maison, d’ailleurs, n’avait pas changé d’un iota depuis quinze ans. Elle donnait toujours autant de cauchemars. Afin de pouvoir rentrer le plus vite possible, Carlin n’avait pas dormi pendant les quatre jours d’absence.

 D’accord pour partir, mais le voyage ne devait pas durée plus de deux à trois jours sinon Carlin s’ennuyait de plus voir Maeva et ses enfants, de voir Thalia, mais surtout son double en plus jeune.

 Renko n’arrivait pas encore à croire que le charmant bambin était devenu un adolescent avec presque le même caractère que son père. Personne ne pouvait se tromper sur qui l’avait élevé. Le pire dans l’histoire, c’était quand ils s’y mettaient à deux pour l’ennuyer au possible et encore deux fois plus, si par malheur, l’autre vermisseau se trouvait dans les parages.

 Renko pianota sur le volant. Il en avait assez des embouteillages.

 

 Luce préféra rentrer chez Maeva à pied trop impatient de faire son sac. Il prit tous les raccourcis qu’il connaissait. Cette ville, il la connaissait par cœur et il l’aimait bien. Il arriva devant l’immeuble de sa sœur, une heure plus tard. Prendre des chemins détournés pouvait être pratique, sauf quand on s’appelait Luce et qu’il aida une vieille personne à traverser, montrer le bon chemin à un homme d’affaires et descendre un petit chat d’un arbre pour rendre le sourire à une petite fille de trois ans à peine.

 Il monta les marches quatre à quatre. Il aurait pourtant été plus vite en prenant l’ascenseur, mais non, il avait des jambes autant s’en servir. En entendant la porte d’entrée, la jeune femme se rendit vers celle-ci. Elle fut assez surprise de le voir déjà là.

- Tu n’avais pas cours, cet après-midi ?

 Sans se laisser démonter, Luce la regarda droit dans les yeux et répliqua :

- Si, mais j’ai fait l’école buissonnière.

- Et en plus, tu avoues !

 Trop choquée par le toupet de son frère, elle en oublia de le gronder. Elle n’arrivait jamais à le suivre. Des fois, il pouvait être un ange, on lui donnerait la main sans hésitation et des fois, il était tout le contraire.

 Il se dirigea vers la chambre d’ami tout en lui annonçant.

- Je retourne à la maison. Ils rentrent tout à l’heure. Je veux être là-bas quand ils arriveront.

- Tu me quittes déjà.

 Luce se retourna vers sa sœur avec un sourire doux.

-  Je t’adore Mave. Tu le sais, hein ? Mais…

- Je sais, je sais. Tu préfères être bichonné par nos papounets.

 Tout en riant, il rangea rapidement ses affaires dans le sac à dos, rangea correctement son cahier bleu, puis sans prévenir, il sauta dans les bras de sa sœur. Il l’embrassa sur les joues.

- Merci de t’être occupé de moi, Mave. Je t’aime, tu sais.

 La jeune femme le serra contre elle.

- Moi aussi, fripouille.

 Il se mit à rire à nouveau, puis il embrassa à nouveau sa sœur, avant de foncer vers la porte qui se referma en claquant. Maeva regarda la porte complètement assommée. Elle entendit encore un moment dans l’entrée, puis celle-ci s’ouvrit à nouveau pour lancer.

- Dis au revoir à Killian et un gros câlinou à tes trois monstres. Bisous.

 Et la porte se referma cette fois-ci pour de bon en claquant, bien évidemment. Maeva secoua la tête tout en souriant. Elle partit changer les draps dans la chambre d’ami. Une feuille sur le bureau l’intrigua. Elle la prit et se mit à lire. Elle se laissa, tomber sur le lit en pleure. Bougre d’idiot, celui-là ! Il savait y faire pour les faire pleurer. Elle regarda à nouveau la feuille où un simple cœur se trouvait dessiner avec un « je t’aime grande sœur ».

 

 Pour rentrer chez lui plus rapidement, il prit le bus qui ne s’arrêtait pas très loin de son ancien lycée. En soupirant, il songeait qu’il aurait pu appeler Erwan pour qu’il vienne le chercher en moto. Il adorait monter derrière son ami. Mais, il savait qu’à cette heure-ci, il devait être avec son grand-père. Mauvaise chose si par malheur, il l’appelait quand August Miori se trouvait présent.

 Non pas qu’il avait peur du grand-père d’Erwan, mais à chaque fois, il avait droit au pire sermon de tous les diables. Il savait bien qu’August Miori le faisait exprès, mais bon, il pouvait être très casse-pied quand il s’y mettait.

 Son père Renko affirmait qu’Erwan n’était pas loin d’être son double. Luce ne trouvait aucune ressemblance. De toute façon, il ferait en sorte qu’Erwan ne devienne absolument pas comme lui.

 Luce jeta un coup d’œil rapide vers le lycée. Il soupira devant le désastre. Il aurait bien aimé connaître le lycée de ses parents, mais un abruti en avait décidé autrement. Toute une partie du bâtiment avait brûlé. Le feu avait commencé par la bibliothèque et c’était propagé avec rapidité. L’enquête affirmait que l’incendie se trouvait criminel.

 Le garçon se détourna du lycée et reprit la route tranquillement. Il lui fallut bien une demi-heure pour enfin parvenir devant sa demeure. Il jeta son sac par-dessus la barrière. Puis ni une ni deux, il la passa en sautant pour rejoindre son sac. Ensuite, il se mit à courir pour rejoindre enfin l’intérieur.

 La porte se trouvait ouverte. Il entra, jeta ses sacs dans le couloir. Il savait bien que ses parents n’étaient toujours pas arrivés, mais il voulait saluer la personne qui se trouvait présente dans la demeure.

 Il se dirigea vers la buanderie sans faire trop de bruit. Une femme d’un âge moyen lui tournait le dos. Luce s’approcha doucement et s’exclama joyeusement.

- Bonjour, Martha !

 La femme sursauta et se retourna d’un bloc en portant une main à son cœur.

- Bon dieu, monsieur Luce ! Vous vouliez me faire une crise cardiaque ?

- Désolé ! Je n’ai pas pu m’en empêcher, répliqua-t-il en riant. Où sont Pouba et Timon ?

- Vos deux petites terreurs ? Surement dans un des arbres, bien sûr, après qu’ils m’ont embêté quand je passais l’aspirateur, quand je faisais les lits ou quand j’ai lavé le sol. Vous jure ! Ce n’est pas des chats, ce sont des singes !

 Luce se mit à rire, puis il partit à la recherche de ses boules de poil. Le premier dormait sagement sur son lit, quant à Timon, il dut aller le rechercher tout en haut d’un arbre. Cet idiot savait y monter, mais ne savait jamais y redescendre. Luce, d’ailleurs, s’amusa à lui faire la morale à la façon « Renko Miori ».

 Il se rendit ensuite dans le salon tout en caressant le poil tigré de Timon. Il se laissa tomber sur le canapé en soupirant. Qu’allait-il bien pouvoir faire en entendant ? Il s’allongea et déposa le petit chat sur son ventre. Il pourrait écrire. Non, il n’en avait pas envie. Il se mit à bâiller. Un petit somme ? Pourquoi pas, surtout avec le petit ronronnement de Timon comme berceuse ! Luce s’endormit aussitôt.

 Martha, la femme de ménage de la famille depuis plus de quatorze ans maintenant, passa la tête pour dire au revoir au garçon, mais le voyant endormi, elle sourit attendrit. Elle pouvait puisqu’elle l’avait vu grandir. Sans faire de bruit, elle referma la porte après avoir laissé Pouba entrait dans le salon. Le chat sauta sur le canapé et rejoignit son frère, mais préféra s’installer juste au dessus de la tête du garçon en boule. Il se mit à bâiller lui aussi et rejoignit dans le sommeil le garçon.