Edward Grimbert : 5

 

 Le jeudi arriva tranquillement. Tous les jours, Luce eut droit à la disparition de son sac de cours, sauf de son cahier bleu. À chaque fois, il le retrouvait intact sur son bureau. Sa menace avait porté ses fruits. Le quatuor n’osait pas abîmer ce cahier, même s’il mourait de savoir ce qui était inscrit à l’intérieur.

 Edward Grimbert, loin d’être aussi abruti que l’avait prétendu Luce, songeait qu’il avait déjà lu ce style d’écriture, mais il ne savait plus où. Cela l’énervait un peu de ne pas savoir. Il devrait surement se renseigner auprès de sa sœur aînée qui faisait un stage dans la bibliothèque de la ville.

 Il avait été très étonné d’apprendre que sa sœur Rulika voulait travailler dans ce genre de domaine. Il l’avait toujours considéré comme une petite péronnelle sans cervelle et qui adorait faire caprice sur caprice. Mais apparemment, son nouveau copain l’avait largement changé.

 Leurs parents n’avaient pas vu d’un très bon œil la relation de leur fille chérie avec ce loubard comme ils le surnommaient. Ricky, de son nom, travaillait comme mécanicien dans un des garages le plus côtés, mais qui ressemblait toujours un vieux garage sans prétention donc de très mauvais goût. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, ils cherchaient un moyen de récupérer leur fille.

 En se rendant vers cette fameuse bibliothèque, il pouvait se le permettre n’ayant pas cours les jeudis après-midi et que l’entraînement de basket venait d’être annulé. Il croisa Alexis au coin d’une rue. Il leva les yeux au ciel en trouvant une jolie petite blonde au bras de son ami. Encore une qui allait bientôt pleurer.

 Il connaissait Alexis, Quentin et Jeff dont le vrai prénom était Jeffrey, depuis le banc de la maternelle. Quatre garçons, au tempérament différent et dont le seul lien pourrait on dire, était leur parent. Ceux-ci vivaient dans un très grand luxe dû pour la plupart à l’héritage de leurs propres parents.

 Edward ne s’était jamais posé de question sur son avenir, tout comme Alexis d’ailleurs. Jeff, le timide, pour une raison quelconque, avait cédé pour poser dans des magazines, à la seule condition que le photographe soit un homme et non une femme. Quentin, lui avait tout simplement décidé de devenir photographe pour prendre les animaux en photo. Quentin adorait tous les animaux sans exception et son plaisir pervers était de faire peur à Edward avec un serpent inoffensif et une araignée pour le pauvre Jeff qui en avait une phobie.

 Aucun des deux n’acceptait de dormir chez lui depuis le jour où il leur avait fait cette farce. Alexis lui s’en fichait comme d’une guigne, bien qu’il menace de les écrabouiller si par malheur, Quentin s’amusait à les lui mettre sous le nez.

 Depuis toutes ses années, ils ne se quittaient presque jamais et faisaient les quatre cents coups ensemble. Dès qu’ils furent au collège, ils s’amusèrent à repérer les plus faibles et les ennuyèrent pendant tout le long de l’année. En arrivant au lycée, ils répétèrent la même chose sans se lasser, sauf peut-être Jeff bien qu’il se laissait trainer avec eux.

 Mais voilà, non seulement le lycée avait un nouveau directeur pas très commode, mais en plus, celui qui devait leur servit de bouc émissaire, se révélait avoir du caractère et du sex-appeal, car étant donné, toutes les rumeurs qui couraient déjà à son sujet, faisait de lui le chouchou des filles de sa classe.

 Edward sourit. Au moins, leur dernière année de lycée serait l’apothéose et ils pourront ainsi garder de bons souvenirs. Enfin, le garçon l’espérait. En tout cas, maintenant, il ferait plus attention à ce qui est petit et mignon. Quentin avait souffert pendant deux jours à son bras gauche et maintenant quand, il croisait Luce, il changeait de direction. C’était à mourir de rire !

 Il pénétra dans l’immense bâtisse qui regroupait toute une quantité de livres en tout genre. Il salua les gardiens des lieux qui le suivirent du regard sans changer d’expression. Il se retrouva à l’entrée près du bureau du libraire. Il stoppa net en voyant bien installé dans les canapés rouges, Luce Oda.

 Que fichait ce gamin ici au lieu d’être en cours ? Aux dernières nouvelles, la classe du professeur Amory avait cours. Tout du moins, était-ce la raison donnée de Jeff pour ne pas l’accompagner. Edward, intrigué, observa le garçon et le vit discuter avec deux filles. Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Pour les différencier, seule leur coupe de cheveux le permettait ou l’expression du regard aussi. Sinon, tous deux étaient plutôt grands, minces, au visage sans imperfection, deux grands yeux noisette. Elles étaient sublimes et étant donné le regard des autres lecteurs, Edward n’était surement pas le seul à le penser. L’une d’entre elles portait les cheveux châtain au carré et se trouvait habiller d’un pantalon noir moulant et d’un haut blanc aux manches bouffantes, alors que l’autre, les cheveux long dont deux mèches sur le devant était teint en blond presque blanc et portait une longue robe marron comme une seconde peau.

 Il sursauta comme un malade quand une main se posa sur son bras. Un rire retentit aussitôt à sa droite.

- Désolée de t’avoir fait peur, Ed. Je n’ai pas pu m’en empêcher, tellement c’était tentant.

- Espèce d’idiote ! Tu veux ma mort sur la conscience !

- Parle moins fort, abruti. Nous sommes dans une bibliothèque, as-tu déjà oublié ?

 Ed baissa son regard vers sa sœur tout aussi blonde que lui. Elle portait un simple jean et un pull vert. Comme elle avait changé ! Avant, elle s’habillait toujours avec les derniers habits à la mode.

- Alors ? Qui dévorais-tu du regard comme cela ? demanda-t-elle en souriant avant de jeter un coup d’œil dans la direction où son frère regardait.

 Le sourire de sa sœur s’agrandit aussitôt et pour une raison inconnue, lui tira le bras dans cette direction. Qu'est-ce qu’elle était en train de fabriquer ? Il ne voulait pas y aller. Mais il se laissa guider comme toujours par sa sœur. Edward croisa le regard mordoré de Luce. Celui-ci fronça les sourcils comme légèrement énervés, mais il gardait toujours son sourire aux lèvres.

- Eh ! Rulika ! Cela fait plaisir de te voir ! s’exclama l’un des sosies, celle aux cheveux carrés.

- Oui, c’est vrai que cela fait un bail que je ne t’avais pas vu, Maddie. Tu as l’air en pleine forme, toi aussi Allison.

- En forme ? Bien sûr que nous le sommes, comme toujours. En plus, aujourd’hui, nous avons notre ange avec nous. Pour une fois, le tyran n’est pas là pour nous le piquer.

- Tu vas pleurer s’il apprend que tu le traites de cette façon, Maddie, répliqua Luce avec un sourire espiègle.

- Ne va pas lui dire, toi ! De toute façon, je sais très bien que tu t’amuses toujours à nos dépens, petite fripouille. D’ailleurs, à qui envoyais-tu un texto, il n’y a pas cinq minutes ?

 Le sourire de Luce s’agrandit encore plus et s’exclama :

- Mais à personne, voyons ! Tu as dû rêver, Maddie.

 Edward croisa le regard noisette de l’autre fille. Il se sentit toute chose. Étrange !

- Eh ! Rulika ? Et si tu nous présentais le garçon qui t’accompagne ?

- Ah oui ! Je l’avais oublié.

- Merci pour moi !

- Haha ! Pardon, Ed ! Je vous présente mon frère, Edward.

 Maddie le détailla de la tête aux pieds sans aucune gêne. Edward se sentit mal à l’aise sous ce regard. Il jeta un coup d’œil vers son camarade de lycée. Les yeux pétillaient. Il se moquait de lui.

- Alors, cet abruti est ton frère, Rulika ? Tu n’as pas vraiment de bol, ma pauvre.

 Edward ouvrit la bouche pour répliquer quand le portable du plus jeune se mit à sonner. Luce l’attrapa aussitôt. Il se releva avec un grand sourire.

- C’est vrai ? Vous serez à la maison avant ce soir ?

- ….

- J’y serais sans faute.

 Il raccrocha aussitôt. Il embrassa les deux filles avant de faire signe aux deux autres et partit sans un mot, mais en courant. Edward n’en revenait pas. Luce avait carrément embrassé les sosies sur la bouche comme si c’était naturel !

- Eh ! Bien ! Quel départ ! s’exclama Rulika en regardant dans la direction de la sortie.

- Haha ! C’est toujours comme cela. Il ne faut pas s’inquiéter.

 Rulika s’installa sur un des fauteuils en tirant sur le bras de son frère pour qu’il fasse pareil. Il se retrouva ainsi assis juste à côté de celle aux cheveux longs. Il se sentait un peu gauche.

- Alors, Ed ? Pourquoi me rends-tu visite ? Si nos parents l’apprennent, tu vas avoir des ennuis.

 Le garçon haussa les épaules. Sa sœur était sa sœur, sa famille. Il n’allait tout de même pas la renier.

- Je voulais juste te demander le titre du livre que tu m’as prêté quand j’étais malade cet été ?

- Je crois que c’était « Un baiser sous la pluie ». Pourquoi ?

- J’aimerais bien le relire.

- Tu as aimé ce genre d’histoire, Edward ? demanda Allison, près de lui.

- Oui, bien que je ne suis pas un grand lecteur. Mais l’histoire écrite simplement et sans prétention m’a beaucoup plu.

- Savais-tu que celui qui a écrit ce livre n’avait que douze ans, à l’époque ?

- Hein ? Tu plaisantes ?

- Non, c’est la vérité. D’ailleurs, tu le connais. Peut-être pas depuis très longtemps, mais…

- Vous n’êtes pas en train de me dire que c’est Luce Oda qui a écrit cette histoire ?

 Edward ouvrit en grand les yeux de surprise devant la confirmation des trois filles. Mince, alors ! Sa sœur l’invita à venir boire un thé avec ses deux amies. Pour une raison inconnue de lui, il accepta au grand plaisir de sa sœur. Edward se trouvait très intrigué par les jumelles. Elles se ressemblaient, mais leur caractère différenciait, c’était très intrigant.