Mira Martin : 4

 

 Le reste de la journée se passa sans plus d’incident. Luce en fut assez soulagée et dès que retentit la sonnerie du dernier cours, il fut l’un des premiers à sortir de la classe. Il avait bien remarqué que sa voisine de face voulait lui parler, mais qu’à chaque fois, soit il fût accaparé par les autres élèves, soit c’était elle.

 Il haussa les épaules. Il n’y pouvait rien et puis l’année scolaire durait bien assez longtemps pour qu’elle finisse par parvenir à lui adresser la parole. En tout cas, il avait décidé qu’il ne ferait pas les premiers pas, hors de question.

 En se dirigeant vers la sortie, il aperçut le quatuor. Il manquait plus qu’eux maintenant. La poisse ! Il s’arrêta net et se gratta la tête pour trouver une solution. Que ferait son père Carlin pour sortir tranquille ? Il eut la réponse en entendant la voix. Il se retourna net un peu surpris de la voir ici, mais en même temps très content aussi. Elle allait l’aider.

 La femme discutait d’ailleurs avec son professeur de mathématique. Comment s’appelait-il déjà ? Honteux, Luce se rendit compte qu’il ne s’en souvenait plus. Bah ! Ce n’était pas la mer à boire. Il finirait bien par s’en souvenir à l’occasion.

 En entendant du bruit d’arrière elle, celle-ci se retourna aussitôt et en apercevant le garçon, elle s’exclama :

- Mais n’est-ce pas mon petit Luce d’amour ?

 Le garçon sourit en apercevant la tête d’ahurie du professeur. La femme, se fichant royalement du professeur, ébouriffa les cheveux noirs de l’élève et reprit :

- Que fais-tu dans ce lycée, mon ange ?

- Mais enfin Mira, où as-tu la tête ? Je suis élève ici depuis ce matin. Tu as oublié l’incendie d’il y a deux jours ?

- Non, je ne l’ai pas oublié. C’est juste que je suis surprise de te voir ici.

 Le professeur de mathématique toussota pour se faire remarquer, avant de demander.

- Vous connaissez ce nouvel élève, professeur Martin ?

- Évidemment que je le connais. Depuis qu’il est tout petit d’ailleurs. Aaaaa h ! Cria-t-elle, faisant sursauter ses deux interlocuteurs.

 Elle posa un bras autour des épaules de Luce, tout en faisant attention de ne pas l’effaroucher. Ce petit ange avait peut-être grandi, mais sa phobie était toujours présente.

- Maintenant que je te tiens, mon joli, tu vas devenir mon modèle attitré.

 Luce esquissa une grimace avec un nouveau soupire, fataliste. Il aurait dû s’en douter. Quelques années plus tôt, elle avait réussi à avoir Reï comme modèle, mais pas Ludwig. Celui-ci avait pris la poudre d’escampette.

- Ne t’inquiète pas, je ferais quelque chose de correct. Je n’ai pas très envie d’avoir Carlin et ton chien garde sur le dos.

 Le garçon sourit à nouveau. Mira retira son bras du cou de Luce qui se sentit un peu mieux, bien qu’il fit en sorte de ne rien montrer. Elle parla quelques instants encore avec le professeur de mathématique. Décidément, son nom ne voulait vraiment pas lui revenir en tête. Puis, prenant le bras du fils de son meilleur ami, elle se mit en marche vers la sortie.

 Il ne fallait pas la prendre pour une idiote. Elle se doutait bien que le garçon voulait sortir du lycée en sécurité. Elle savait aussi que sous son apparence fragile se cachait en réalité un vrai démon, mais elle savait aussi qu’il ne se sentait jamais très bien quand il ne vivait pas chez lui.

 Elle jeta un regard amusé vers le quatuor qui ne semblait pas très content de la tournure des évènements. Ces garçons se trouvaient trop imbus d’eux-mêmes, trop sûrs d’eux et se croyaient tout permis. Ils allaient en voir des vertes et des pas mûrs avec Luce, surtout si le chien de garde finit par revenir dans les parages.

 Son sourire s’agrandit. Elle se demandait comment ils réagiraient face à Erwan Miori. Elle était unanime. Personne n’arrivait à la cheville de ce garçon, à la mauvaise langue la plupart du temps. Elle se demandait souvent comment ses parents arrivaient encore à le supporter celui-là. Elle baissa son regard vers le jeune garçon près d’elle. Il la regardait avec un léger sourire.

- Alors, Mira ? Je risque de t’avoir comme professeur ?

- On dirait bien. Où est-ce que tu crèches tant que tes deux idiots de pères ne sont pas là ?

- Chez Maeva ! Mais, c’est vraiment trop petit chez elle. Je ne comprends pas pourquoi ils s’acharnent à vouloir vivre dans cet appartement riquiqui.

 Mira se mit à rire. Puis, elle s’exclama :

- Pourquoi ne t’ont-ils pas laissé au Manoir ?

- Parce qu’ils pensaient que je m’ennuierais tout seul. J’aurais été plus tranquille. Je n’aurais pas mes neveux et ma nièce dans les jambes.

 Elle se mit à rire encore plus. Il disait cela, mais il aimait bien les enfants de sa sœur, tout comme les jumeaux de Lina et de Shin. Elle se demandait qui les gardait en ce moment les deux sosies, en sachant que les parents se trouvaient à l’autre bout du monde pour des reportages. Elle osa le demander à Luce pour voir s’il était au courant. Il répondit simplement comme si c’était une évidence. En l’apprenant, elle se remit à rire.

 Hans et Kaigan se trouvaient chez leur oncle Akira qui prétendait vouloir arracher la tête de Shin pour le forcer à s’occuper de ses mioches à sa place, mais qui en réalité, en était tout bonnement très content. Évidemment, le connaissant depuis des années, elle était sûre qu’il ne l’avouera jamais.

  Mira le ramena chez Maeva et monta le temps de boire un café et de discuter avec la jeune femme. Luce, aussitôt rentré, s’enferma dans sa chambre, alluma l’ordinateur et mit son CD préféré, celui de Reï, bien évidemment. Ensuite, il se plongea dans ses devoirs avant de reprendre son cahier pour scribouiller jusqu’au retour de Yan. Il devait l’aider pour les devoirs. Maeva n’avait jamais été une brillante élève, alors souvent, elle laissait Luce ou son père s’en chargeait quand ils venaient.

 Vers vingt-deux heures, le portable de Luce sonna enfin et le garçon resta presque une heure au téléphone avec son père Carlin, puis encore une demi-heure avec Renko. Luce fut rassurée en apprenant qu’ils comptaient rentrer finalement avant la fin de la semaine si tout se déroulait comme prévu.

 Il allait pouvoir s’endormir plus sereinement, soulagé de savoir qu’il allait pouvoir revoir sa maison. Elle lui manquait trop. Elle avait vraiment beaucoup plus d’espace. Il aurait moins l’impression d’étouffer.

 Il s’emmitoufla sous la couette avec son portable en main et envoya un texto. Il n’attendit pas longtemps pour avoir une réponse. Il lut et sourit avec un petit rire. Il se mit à bailler et s’endormir aussitôt en tenant son portable serré contre lui.