Ashanti Da Costa : 3

 

 Le professeur s’était absenté après avoir été appelé par le directeur. La classe en fut ravie et chacun se retournait pour discuter avec ses voisins. Ashanti Da Costa soupira et regarda par la fenêtre. Elle aperçut alors le quatuor. Elle les connaissait bien pour avoir eu l’occasion d’être sortie avec Alexis, avant de s’apercevoir que ce garçon était une vraie pourriture de première.

 Tout en sortant avec elle, il sortait également avec deux autres. Elle lui avait donné la plus belle des raclées et cela devant tous les lycéens admis à la cantine. Depuis, chaque fois qu’il la voyait, il changeait de trottoir. Il ne fallait pas la prendre pour une idiote, non plus.

 Mais en même temps, elle aimait bien les observer. Après tout, ils étaient beaux gosses. Pourquoi s’en privait ? Où allaient-ils de si bon pas ? Et d’abord, pourquoi Jeff, n’était-il pas ici en classe ? En réalité, elle connaissait personnellement Jeff Ashton. Il n’habitait pas très loin de chez elle et ils avaient étudié depuis le primaire dans les mêmes écoles. Leurs parents étaient de très bons amis, mais les jeunes ne se parlaient pas souvent.

 Ashanti repoussa une mèche de cheveux rouge derrière l’oreille. Sa dernière folie fut de teindre ses cheveux en rouge sang. Le rouge faisait ressortir ses yeux verts olive et sa peau de couleur brune grâce à ses origines marocaines de sa défunte grand-mère.

 Des murmures retentirent subitement à l’entrée de leur professeur. Ashanti regarda à son tour dans cette direction et resta un instant bouche bée. Le professeur Amory revenait avec un nouvel élève qui semblerait bien plus jeune que tous les élèves de cette classe.

 Mais par-dessus le marché, il se trouvait très mignon. Il n’était pas très grand un peu comme elle, dans les uns mètre soixante-dix. Ses cheveux coupés très court et en même temps un peu n’importe comment d’un noir profond embellissaient un visage sans défaut. Il avait de grands yeux mordorés avec un nez aquilin et une bouche fine où profilait un sourire qui ne semblait jamais le quitter. D’ailleurs, étant donné le silence complet dans la pièce, il semblait bien que ce nouvel élève charmait déjà toute la classe.

 Le professeur prit enfin la parole.

- Je vous présente Luce Oda. Il vient juste d’être transféré dans notre établissement parce que son lycée a brûlé. Prenez bien soin de lui, s’il vous plaît.

 Le professeur se tourna vers le garçon qui ne disait toujours rien. Il lui demanda de choisir une place pour pouvoir commencer enfin le cours. Luce sourit à nouveau, avant de jeter un regard autour de lui. Tous les élèves le regardaient comme s’il était un extra-terrestre. Voilà qui était plutôt amusant.

 Il repéra une place libre tout au fond près de la fenêtre. Tant mieux ! Ainsi, il pourrait regarder par celle-ci si par malheur, le cours se trouvait ennuyeux. Il s’y rendit et repéra la fille aux yeux verts qui le suivait du regard. Elle se trouva être sa voisine de devant.

 Il la salua avant de s’asseoir. Le professeur Amory toussota pour ramener les regards de ses élèves vers lui, puis commença son cours. Dès qu’il comprit de quoi, le professeur parlait, Luce émit un petit soupir. Il savait déjà cela. Il ne pouvait pas leur apprendre des choses plus compliquées.

 Erwan avait tendance à amener toujours ses devoirs chez Carlin et les faisait sur le bureau de Luce. Le garçon prenait toujours plaisir à observer son camarade à faire ses devoirs et cela depuis tout petit. D’ailleurs, il avait appris à lire grâce à lui aussi. Il devait avoir à peine trois ans. Erwan lui lisait chaque weekend où il venait, un nouveau livre.

 Luce aimait bien l’écouter. Il avait une voix plutôt grave et un peu cassée des fois. Les autres jours de la semaine, c’était une fois Carlin et une fois Renko ou les deux à la fois. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait dormi avec ses deux pères ou alors il squattait le lit de Reï avec Erwan en plus. Ludwig râlait comme pas possible dans ces moments-là.

 Qu’est-ce qu’ils s’étaient bien amusés avec eux tous ! Voilà, il allait se sentir de nouveau nostalgique. Il entrait dans cet état à chaque fois qu’il s’éloignait de sa maison. Il espérait que ses pères auraient la bonne idée de l’appeler ce soir.

 Il sortit un cahier de son sac tout en faisant attention que le professeur ne s’en rende pas compte. Il l’ouvrit et relut les premiers paragraphes avant de se remettre à scribouiller. Il donnait ainsi l’impression de suivre gentiment le cours sans que cela soit le cas. Le professeur, bien sûr, surement pour tester, l’appela tout de même au tableau. Luce soupira à nouveau avant de se lever et de s’approcher du tableau noir où plusieurs formules y étaient inscrites. Il lut le problème et sans trop réfléchir, nota la bonne formule, tout en expliquant la raison du pourquoi du problème.

 Les autres élèves se mirent à rire sous le regard ahuri du professeur. Ashanti, elle aussi, en était très surprise. Le professeur venait de poser un problème où tous les élèves de sa classe avaient eu faux au dernier examen blanc. Incroyable ! Ce nouveau venait tout simplement de moucher son professeur. Voilà un garçon des plus intéressants ! Elle avait hâte de pouvoir discuter avec lui.

 

 Malheureusement, elle n’en eut pas l’occasion, car dès la fin du cours, les autres élèves filles et garçons accoururent auprès de lui pour lui adresser la parole. Il les écoutait déblatérer avec le sourire, mais ne répondait pas à toutes les questions.

 Ensuite, à l’heure du déjeuner, elle n’arriva pas à le trouver dans la cantine. Elle le rechercha en dehors. Il se trouvait sur le toit, mais pas tout seul. Elle fit la grimace. Le quatuor se trouvait déjà face à lui et il semblait bien que ces garçons voulaient faire du nouveau leur bouc émissaire.

 Chaque année, il y en avait un. Pourquoi avait-il fallu qu’ils choisissent celui-ci ? Elle voulait intervenir, mais en même temps, elle ne voulait pas être en face de cet abruti d’Alexis.

 Luce regardait tranquillement les quatre grands garçons. Il finit par soupirer à nouveau. Décidément, depuis ce matin, il avait l’impression de ne faire que cela. Le blond tenait entre ses mains son sac, pendant que le rouquin tenait entre ses mains son repas.

 Il mourrait de faim, mais tant pis pour son déjeuner. Il mangerait mieux ce soir, par contre, il n’appréciait pas du tout de voir le blond farfouiller dans son sac de cours. Il serra des dents quand celui-ci sortit son cahier bleu.

- Tient, tient ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ?

 Il l’ouvrit et lut quelques lignes. Il se mordit la langue. Il avait décidé d’en faire baver à ce nouveau. Ce n’était pas pour lui faire des compliments. Mais, le bougre savait bien écrire.

- Tu ne devrais pas faire semblant de lire, tu sais. Étant donné, le pois chiche que tu dois avoir à la place du cerveau, cela risque de te faire disjoncter, lança, tout à coup, le garçon.

 Edward sentit la moutarde monter à son nez. Le morveux se foutait de sa gueule devant ses amis qui rigolaient à ses dépens enfin jusqu’à que le garçon réplique à nouveau.

- Je ne parle pas que du blond. Vous autres ne valiez pas mieux.

- Espèce de sale petit con !

 Quentin se jeta pour l’attraper, mais celui-ci parvint sans grande difficulté par éviter sa main. Il agrippa le bras du brun et le lui tordit derrière le dos. Quentin grimaça sous la douleur. Il dut même se mettre à genoux pour ne pas trop souffrir.

 Les autres le regardèrent fort surpris. Luce les regardait droit dans les yeux avec un léger sourire sur les lèvres, mais sa voix se trouvait très froide quand il parla.

- Que vous vouliez m’ennuyer, allez-y si cela vous chante ! Mais, je vous prévins de suite que je ne suis pas un garçon qui se laisse marcher sur les pieds sans réagir. Que vous soyez plus grand que moi ne fait aucune différence à ce sujet. Par contre, je vous surprends à détruire ou à abimer mon cahier et je vous prévins que je lâcherais mon fauve pour vous botter les fesses. Me suis-je bien fait comprendre ?

 Luce tira un peu plus sur le bras du brun pour le faire gémir de douleur. Ashanti eut un sourire. Ce garçon était vraiment très intéressant. Sa minceur et sa petite taille faisaient de lui une proie facile pour les petites frappes, mais ce n’était qu’une apparence. Sa grand-mère lui racontait souvent que les apparences étaient souvent trompeuses.

 Une personne respectable, bien habillée, avec une situation à faire rêver tout le monde, pouvait être en réalité le pire monstre qui soit. Mais, un petit diable pouvait aussi revêtir l’habit d’un ange. Elle voulait l’avoir comme ami. Elle avait très peu d’amis, parce qu’elle voulait de véritables amis avec qui elle pourrait parler de tout et avec qui elle resterait amie jusqu’à la fin de sa vie. C’était décidé. Luce Oda serait son ami qu’il le veuille ou non !