Le directeur : 2

 

 Pendant le trajet, le jeune garçon posa sur ses oreilles des écouteurs et alluma son MP3. Il adorait écouter l’album de son frère d’adoption. Depuis douze ans maintenant, Reï Miori jouait du piano pour son plus grand plaisir. Actuellement, il se trouvait à la capitale pour enregistrer son nouvel album, avant de prendre quelques jours de repos bien mérité et de partir ensuite, en tournée dans le pays d’origine de sa mère décédée alors qu’il n’avait que deux ans.

 Luce savait que Reï lui offrirait en priorité son album avant sa sortie avec dédicace en plus. Le garçon attendait son retour avec impatience. Il l’aimait beaucoup tout comme son cousin qui se trouvait être le compagnon de Reï.

 Ses parents lui racontaient souvent que quand il était petit, il traitait souvent son cousin d’idiot, enfin « Diot » plus précisément. Il ne s’en souvenait plus trop, mais une chose était pourtant vraie. Ludwig Lagardère était bel et bien idiot, mais fou amoureux de son musicien. Il le suivait partout où il allait, mais sans jamais l’étouffer non plus.

 Le garçon ferma un peu les yeux pour mieux s’imprégnait de la musique si envoutante du piano. Reï lui avait appris les bases et chaque fois qu’il revenait, il lui enseignait à nouveau. Maintenant, il pouvait tout deux jouer en duo. Il arrivait parfois que Ludwig prenne son saxophone et les accompagnait.

 Luce aimait bien jouer, mais il préférait écrire sur un cahier. Il pouvait y passer des heures à scribouiller sans que personne n’arrive à le faire arrêter. Enfin, c’était faux. Deux personnes y parvenaient sans problème. Le premier se trouvait être son père Carlin. L’autre se trouvait être le fils du frère de son père Renko. Erwan Miori se trouvait être son meilleur ami avec qui il avait grandi. Erwan était resté plus de deux ans avec eux avant que finalement, il retournât vivre avec sa famille.

 Il n’en avait pas vraiment eu envie, mais sa mère le suppliait tous les jours. Il avait fini par craquer. Mais il revenait tous les week-ends avec ou sans autorisation d’ailleurs. Erwan n’en faisait toujours qu’à sa tête et ses parents n’arrivaient jamais à avoir le dernier mot avec lui. Tout le monde le traitait de dragueur étant donné toutes les conquêtes qu’ils avaient déjà eues depuis qu’il était en âge d’avoir des relations.

 Luce lui savait que ce n’était en aucun cas un séducteur. Erwan ne faisait rien pour attirer les filles. D’ailleurs, la plupart du temps, il était désagréable et ne les traitait pas très correctement. Mais aucune ne s’en plaignait. Elles cherchaient toutes à se l’approprier, mais il restait de glace. Il disait souvent que seul son statut d’héritier les attirait, mais son côté sombre aussi séduisait. Elles devaient être un peu masos ces filles.

 Le bus stoppa et le garçon descendit enfin devant son nouveau lycée, bien plus grand que celui de ses parents. Il soupira et s’avança pour se rendre au secrétariat.

 Il croisa plusieurs élèves en court de route qui l’observèrent avec curiosité. Il s’en fichait un peu. Il avait l’habitude maintenant. La curiosité était un défaut très commun chez les humains. Il croisa des couples de garçons ou de filles. C’était devenu très commun maintenant.

 Les mauvaises pensées et les préjugées avaient presque totalement disparu. Il y avait toujours des irréductibles, mais beaucoup moins que quelques années plus tôt. C’est en se rendant au secrétariat qu’il rencontra pour la première fois le quatuor, quatre garçons de dernières années, tous plutôt grand et très sportif.

Edward, un grand blond, bronzé comme s’il venait d’être exposé au soleil, était la grande vedette du basket. Alexis, le rouquin qui changeait de petites amies comme de chemise. Quentin, le brun, était le président du club de photographie et enfin, Jeff, la coqueluche au physique de mannequin. Lui aussi était brun, grand et très mince. Il travaillait à mi-temps dans le mannequinat.

 Luce pouvait sentir leur regard le suivre jusqu’à destination. Il n’aimait pas être regardé ainsi, car il connaissait bien ce genre de regard. Il allait avoir des ennuis. Il allait être obligé d’être sur ces gardes comme toujours.

 La secrétaire lui adressa la bienvenue et l’invita à entrer voir le directeur. Luce ne fut pas surpris de voir qui se trouvait être le directeur de ce lycée. Il le savait depuis longtemps. Celui-ci le salua tout d’abord indifférent jusqu’à que la secrétaire ait quitté les lieux. Là, le directeur adressa un sourire plus chaleureux au garçon.

 À l’époque où ses pères allaient encore au lycée, le directeur était encore professeur et se trouvait être un personnage froid et plutôt détestable. Ensuite, en vieillissant, il avait dû accepter que son fils Kippeï sorte avec un garçon. Il avait eu beaucoup de mal, mais il adorait trop son fils pour le perdre.

 Maintenant, il avait acquis tellement d’expérience dans l’enseignement qu’il avait eu la charge de diriger ce lycée.

- J’espère que cela ne te dérange pas trop de m’avoir comme directeur, Luce Oda.

 Le garçon sourit et le regard du directeur se troubla. Le sourire de Luce s’agrandit. Cela marchait aussi avec des têtes aussi coriaces que celle de Tankeï.

- Nenni ! Je me sentirais moins dépaysé de cette façon.

- Bien, je vais faire prévenir ton professeur principal que tu viens d’arriver afin qu’il t’accompagne jusqu’à ta classe. J’espère que tu passeras une bonne année. Je n’ai pas très envie de voir ton père débarquer ici tous les jours, s’exclama-t-il en grimaçant.

 Luce se mit à rire. Son père Carlin en serait fort capable.

- Je lui ai fait promettre de ne jamais le faire. Je n’ai pas très envie d’avoir votre mort sur la conscience.

 Tankeï observa le jeune garçon un moment en silence avant de répliquer.

- Mouais ! Je crois bien qu’il a trop déteint sur toi. Je crois bien que je vais en voir des vertes et des pas mûrs avec toi dans ce lycée.

 Luce allait répondre quand un coup à la porte retentit. Un homme d’une trentaine d’années apparut. Il semblait un peu gauche.

- Vous m’avez fait mander, monsieur.

- Oui, voici votre nouvel élève.

 L’homme se tourna vers le garçon avant de s’exclamer.

- Vous êtes sûr de ne pas vous être trompé de classe ?

- Non, Luce est bel et bien en dernière année. Son niveau scolaire est supérieur à la normale. Nous lui avons fait sauter deux classes.

 Le professeur se tourna de nouveau vers son nouvel élève et le salua.

- Je suis le professeur Amory, ton professeur de mathématique. Enchanté.

 Luce le salua à son tour avec son sourire. Le professeur fut attrapé et sourit bêtement à son tour. Tankeï observait la scène, amusée. Il songea que cette année, il se passerait certainement des évènements inattendus. Il tourna son regard vers la fenêtre. Enfin, du moment que le démon n’est pas dans les parages, cela ira. Il n’avait pas vraiment envie de voir arriver cet étudiant de malheur.