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Le Début : 1

 

 Début septembre 2041

 

 Le soleil venait de se lever sur la ville. Les rayons traversèrent les vitres d’une fenêtre d’une chambre d’appartement. Elle vint caresser le visage endormi d’un jeune garçon aux cheveux noirs court et à la peau blanche.

 Celui-ci remua un peu avant de finalement se réveiller en sursaut. Il regarda un temps autour de lui pour savoir où il pouvait bien se trouver. Il se gratta la tête tout en bayant aux corneilles. Il s’en souvenait maintenant. Il se trouvait chez sa sœur et son mari.

 Il soupira un peu triste. Il adorait sa sœur, mais il préférait mille fois être dans sa super grande maison où il pouvait courir partout à la recherche d’un de ses parents. Mais voilà, ses adorables parents ont décidé sur un coup de tête de partir en vacances alors que la rentrée des classes allait avoir lieu.

 Il soupira à nouveau fataliste. Il se leva d’un bond et s’étira de tout son long. Il avait fêté ses seize ans en début d’été en compagnie de tous les amis de ses parents, tous des personnes que le jeune garçon adorait d’ailleurs.

 Il sortit de la chambre et se dirigea vers la salle de bain qui se trouvait dans le couloir. Après s’être lavé et habillé, il rejoignit la cuisine où une bonne odeur en sortait.

 Il y trouva sa sœur en train de préparer le petit déjeuner de la famille. Elle ne l’avait pas encore vu, alors il prit son temps pour l’observer. Une femme plutôt mince se tenait devant lui avec de très longs cheveux noirs ondulants. Le garçon trouvait sa sœur très belle surtout avec ses petites taches de son sur le nez. Elle ne se maquillait jamais même pour les grandes occasions et pourtant, elle ne perdait jamais son charme, peut-être grâce à ses yeux bleus ciel.

 La jeune femme se retourna pour déposer les assiettes sur la table et l’aperçut enfin. Elle lui adressa un grand sourire.

- Enfin, réveiller Marmotte ? Je t’ai appelé au moins une dizaine de fois, tu sais ?

- Tu ne sais pas y faire.

 Le garçon sourit. Sa sœur lui servit un grand verre de lait et le lui tendit. Il le prit et le but d’une traite.

- Merci.

- Tu es sûr que tu ne veux pas déjeuner.

 Le garçon fit la grimace. Il n’arrivait jamais à prendre de vrai petit déjeuner. Il en avait la nausée rien que d’y penser. Par contre, ensuite, pour le déjeuner et le dîner, c’était un vrai glouton affamé.

 Du bruit dans le couloir se fit entendre et trois énergumènes arrivèrent en courant dans la cuisine en grand cri.

 

- Bonjour M’man, s’écria le plus âgé, en se jetant dans ses bras pour recevoir un câlin, suivit des deux autres à la suite.

La mère se mit à rire. Ils saluèrent leur oncle seulement après ce rituel. Le garçon leur sourit et ils lui répondirent aussitôt. Ils allèrent prendre leur déjeuner. La mère releva la tête et demanda :

- Veux-tu que je t’accompagne jusqu’à ton nouveau lycée ?

- Non, cela ira, merci. Je suis un peu triste d’être obligé de quitter celui où vous avez été tous. Si je tiens l’imbécile qui a mis le feu, je l’étripe.

- Moi aussi, je suis triste. Nos parents ont fait leurs études là-bas, nos deux idiots également et j’ai rencontré mon cher et tendre dans cette école aussi.

- Vous avez vos souvenirs et plein de dessins de papa. Puis, ce n’est pas comme si, le lycée va disparaître. Il aura juste subi quelques transformations. Yan pourra surement y aller.

 La jeune femme caressa la tête brune de son fils aîné. Il grandissait trop vite tout comme son jeune frère. Elle se souvenait encore toutes les fois où elle lui avait changé les couches, où elle se promenait avec lui dans la poussette. Ils avaient seize ans d’écart en tout et dans la réalité, ce garçon n’était en rien lié à elle par le sang, mais juste sur papier.

 Elle avait été adoptée à l’âge de six ans et son frère lui avait trois mois seulement. Il était arrivé dans la famille quand elle venait d’atteindre l’âge qu’il a actuellement, seize ans. Elle l’observa à la dérobée. Elle l’adorait depuis sa venue. Elle savait bien qu’il ne se sentait pas très bien ici. Il avait l’habitude d’avoir plus d’espace.

 Elle songeait souvent qu’il ressemblait beaucoup à son artiste de père. À l’origine, il ne restait pas en place, ne se laissait pas marcher sur les pieds malgré sa petite taille. Il déstabilisait les gens en les regardants droits dans les yeux, mais c’était surtout son sourire qui le différenciait. Ses parents affirmaient qu’il avait le sourire d’un ange, mais une autre personne qui avait pour ainsi dire grandi avec son frère préférait dire qu’il avait le sourire d’un démon.

 Il n’avait peut-être pas tort. Son frère savait très bien se servir de son sourire pour calmer les esprits et surtout pour faire céder les personnes à ses moindres caprices. Il finit par s’exclamer qu’il ferait mieux de partir, car il ne voulait pas être en retard pour son nouveau lycée. L’école avait repris depuis trois jours.

 La jeune femme espérait que cela irait pour son frère. Elle baissait la tête vers ses trois enfants. Elle soupira et s’exclama :

- Kalhan ? Tu ne peux pas manger plus proprement.

 Sa fillette de cinq ans releva sa tête tachée de Nutella et sourit.

- Mais maman, je mange, j’suis bien obligé de me salir.

- T’es bête comme fille.

- Rand, veux-tu rester poli avec ta sœur ? De toute façon, tu ne vaux pas mieux.

 

 Le jeune garçon sortit de l’appartement en claquant la porte. Il préféra descendre les escaliers plutôt que prendre l’ascenseur. Il voulait dépenser son surplus d’énergie. Il adorait sa sœur, mais il mourrait d’envie de retourner vivre dans sa grande maison.

 Il n’aurait jamais imaginé qu’il aimait à ce point cette demeure immense. Il y avait tellement de pièces qu’il y était très facile de s’y perdre. Enfant, il jouait souvent à cache-cache avec son grand frère d’adoption qui depuis des années, était devenu un grand musicien reconnu.

 Il ne s’inquiétait pas trop. Ses parents ne seraient pas absents très longtemps. Il connaissait trop bien son père. Il n’aimait pas rester éloigné de ses enfants trop longtemps. De toute façon, le garçon songeait que pour son autre père ce n’était en rien de vraies vacances.

 Son père Carlin avait été invité pour faire un nouveau tableau pour un de ces acheteurs fidèles, mais d’après ce que le garçon savait de cet homme pour l’avoir déjà rencontré, était qu’il se trouvait être un gros pervers avec des idées plus que douteuses. Cet homme de Milan allait encore demander à son père de peindre un tableau qui le mettrait dans tous ses états.

 Il arriva assez vite devant l’arrêt de bus et attendit encore quelques minutes avant que celui-ci n’arrive finalement. Il était déjà bondé de lycéens. Le garçon préféra rester près du chauffeur, un vieil homme près de la retraite.