Reï se réveilla en sursaut. Cela faisait plus d’un mois qu’il n’arrivait pas à dormir à cause des cauchemars, à cause de cette drogue du dragon. Il ne se souvenait plus très bien ce qu’il s’était passé après ses retrouvailles avec Lud et Carlin. Il se rappelait vaguement d’avoir entendu une voix hystérique et un coup de feu, mais rien d’autre. Ensuite, il avait perdu connaissance. Quand il s’était réveillé, il se trouvait déjà dans cet hôpital.

 Il était revenu à la case de départ, mais en même temps, ce n’était plus pareil. A l’époque, il se croyait seul au monde après la disparition de son frère et de sa mère. Maintenant, il y avait une famille qui l’attendait. Une famille qui l’appelait pratiquement trois fois par jour pour juste savoir s’il allait bien, pour juste dire qu’il leur manquait.

  Les premiers jours, après son réveil, Reï avait bien cru les avoir perdu. Parce que Carlin avait démissionné comme famille d’accueil, une assistance sociale était venue le voir pour lui annoncer qu’elle lui recherchait une nouvelle famille pour l’accueillir. Il avait énormément pleuré pendant toute une journée et une nuit.

Le lendemain, Carlin et Renko étaient venus lui rendre visite avec Luce et Erwan.

 

« Il se souvenait. Il se trouvait assis dans une salle de repos individuelle. Il n’y eut aucune salutation comme la première fois où il les avait rencontrés.

- Pourquoi as-tu les yeux aussi gonflé et rouge, abruti ? demanda un Carlin, toujours habillé de son éternel jean taché de peinture et portant un Luce toujours aussi joyeux.

 Le garçon sourit pitoyablement. Renko s’approcha et vint s’installer près de lui. Il lui ébouriffa ses cheveux blonds, il s’exclama, légèrement exaspéré :

- Tu croyais réellement que nous allions te laisser partir de cette façon ?

- Mais je ne veux pas partir. Mais elle a dit que vous ne pouviez plus me garder, répliqua d’une petite voix le garçon.

- Baka ! Idiot ! Tu veux que je te le sorte en toutes les langues, peut-être ?

 Reï releva les yeux vers ceux très noirs en colère de Carlin. Celui-ci déposa Luce sur les genoux de Renko et s’agenouilla face à l’adolescent. Il prit son visage entre ses mains et lui essuya les larmes.

- Tu es aussi idiot que Ludwig, ma parole ! Enfin, c’est peut-être pour cela que vous vous entendez si bien. Maintenant, écoute-moi bien ! Je n’aime pas me répéter. Cette bonne femme peut dire tout ce qu’elle veut, on s’en contre fiche. Les papiers sont déjà faits. Dans quelques jours, je l’espère sinon je vais lui remonter les bretelles à qui de droit, tu seras définitivement le fils selon la loi de Renko Miori.

 Des larmes se remirent à couler.

- Le fils de Renko ?

- Pourquoi tu ne veux pas ? Tu aurais préféré être celui de Carlin ?

- Non, je n’ai pas de préférence. En fait, des deux, cela m’aurait bien plus aussi.

- Gourmand ! s’exclama Carlin en souriant. Enfin, peut-être que l’on aurait pu si nous avions été marié, je suppose.

- Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? Au Etats-Unis, par exemple ?

- Parce que pour Carlin, le mariage est une sorte de cage. Et moi, je le préfère en liberté. C’est peut-être stupide, mais c’est comme cela !

 Reï sourit et attrapa Luce qui lui tendait ses petits bras pour être porté par lui. Reï en était ravie. Qu’est ce qu’il l’aimait ce petit ?

- Non, c’est pour cela que je vous aime bien. Vous faites toujours ce que vous voulez. Vous ne cherchez pas à plaire aux autres, vous êtes toujours très naturel. J’espère un jour être comme cela aussi.

 Erwan s’approcha vers eux et d’une petite voix, le garçonnet demanda :

- Alors, c’est bon, hein ? Reï va rester avec nous, maintenant ? Il ne va plus disparaître ?

- On dirait bien que tu devras me supporter, Erwan, pendant longtemps.

 Le petit garçon lui adressa un grand sourire. Magique ! Que c’était agréable de voir les sourires d’Erwan et de Luce ! Reï se sentit très gâté, même si une autre personne lui manquait affreusement.

- Maintenant que tu sais que Reï va rester à la maison. Tu vas pouvoir repartir vivre chez tes parents, Erwan, renchérit Renko.

 Le garçon regarda son oncle avec un sourire amusé et moqueur.

- Mais bien sûr que non, oncle Renko. J’aime beaucoup squatter chez toi pour rentrer. J’y suis, j’y reste.

 Carlin éclata de rire devant le toupet de ce gamin de cinq ans.

- Mili va me tuer. Elle va vraiment croire que je lui pique son fils.

- Haha ! Mais non, voyons. C’est juste qu’on risque de les voir, ton frère et Mili, plus souvent à la maison. Et au bout d’un an, ils vivront carrément chez nous.

 Renko jeta un coup d’œil vers son compagnon hilare. Rien que d’y penser, il se sentait déjà fatiguer. La poisse ! Il jeta un coup d’œil vers le grand blond près de lui. Il souriait en caressant la tête d’un Luce endormi dans ses bras. Il était content de le voir ainsi. Tout le monde avait vraiment paniqué quand il avait perdu connaissance.

 Reï redressa la tête et se tourna vers son nouveau père. Il allait falloir s’habituer, bien qu’en y réfléchissant, il l’avait toujours considéré comme tel. Renko lui annonça :

- Tu as le bonjour de Bradly.

- Ton grand père ?

- Oui et le tien maintenant. Il te fait dire aussi que tu devras l’appeler « grand-père », sinon il se fâche. N’empêche cela fait bien rire. Nous t’avons cherché partout et finalement c’est lui qui finit par te trouver, alors qu’il ne te connaissait même pas. »

 

 Il eut aussi la visite surprise de Gabriella et celle de Melinda Garcia. Il en était très heureux. Il discuta avec elles toute l’après midi. Il s’ennuyait dans cet hôpital. Le médecin qui le suivait, s’en rendait compte. Il aurait aimé pouvoir le relâcher dans la nature beaucoup plus vite, mais il savait bien que cette drogue était meurtrière.

 La dernière dose que le garçon avait reçue, aurait pu être très mortelle. Elle aurait très bien pu le tuer si Reï n’avait pas été aussi résistant. Le médecin admirait d’ailleurs cette force chez cet enfant. Il en avait connu beaucoup et peu en avait réchappé aussi facilement que lui.

 Il préféra attendre le départ de ses femmes avant d’aller lui annoncer la nouvelle. Il savait que le garçon n’attendait que cela. Il voulait rentrer chez lui, dans cette famille qui semblait le chérir. Le médecin ne pouvait que se réjouir de voir un de ses patients aussi heureux. Bien sur, le garçon devrait faire attention à son alimentation, faire un peu de sport mais s’en en abuser. Il devrait être suivi tous les mois par un médecin pour son cœur, sa respiration. Voir si cette drogue ne l’avait pas trop bousillé, dirons-nous.

 Il s’approcha du jeune homme blond assis sur le banc. Il le vit s’étirer et grimaçait. Son bras droit se trouvait légèrement handicaper. Il lui avait annoncé qu’il n’aurait peut-être aucune chance qu’il retrouve un jour entièrement la mobilité de son bras. Le garçon avait pleuré. Le médecin savait que son patient jouait de la musique. Il l’avait surpris touché les touches du piano qui se trouvait dans une salle de pause. Même si cela avait été très court à cause de son bras, il avait compris de suite le talent que ce jeune avait. C’était vraiment cruel.

- Eh ! Bonjour Docteur Harrys.

- Comment allez-vous aujourd’hui, Harada ?

- Non, vous vous trompez, Docteur. C’est Miori maintenant.

- Ah ! Oui, c’est vrai. Je suis tête en l’air aujourd’hui.

- Vous êtes pardonné, Docteur. Vous savez Docteur ? Mon grand-père Bradly, il a dit que je ne devrais pas laisser cette drogue gagnait. Il a raison. Elle serait vraiment trop contente.

- Où veux-tu en venir ?

- Je vais me battre, Docteur Harrys. Je ne laisserais pas cette drogue m’enlever ce que j’aime faire le plus. J’ai toujours aimé jouer. Alors, je vais me battre et un jour, je deviendrais un grand musicien.

- Je vous souhaite de réussir. Mais avant, le mieux c’est de vous reposer. Je suis venu vous annoncer que vous pourrez rentrer dans votre famille quand vous le voudrez.

 Le garçon se redressa en souriant, les yeux pétillants.

- C’est vrai ? Je peux rentrer ?

 Le médecin se mit à rire.

- Puisque je te le dis. D’ailleurs, j’ai déjà prévenu ton père au téléphone. Il sera là demain matin sans faute.