Il se sentait nauséeux encore plus qu’auparavant. Il n’arrivait plus trop à réfléchir. Un mal de crâne le tenaillait. Il ressentait une forte douleur à son bras droit. Ses pensées refusaient d’être cohérentes.

 Il avait dû rater sa seule chance de s’échapper. Il se trouvait toujours allonger dans un lit. Il avait envie de pleurer mais cela lui faisait mal dans tout le corps. Il se mit à gémir. Il voulait se réveiller, mais il n’y arrivait pas. Il avait même un peu de mal à respirer. Il avait peur, une peur à vous clouer au sol, une peur qui donnait envie de prendre ses jambes à son cou. Une peur contradictoire.

 Une main chaude se posa sur son front et lui caressa ses cheveux blonds mouillés par la sueur. Il se sentit apaisé et se rendormit comme un petit enfant. L’homme se releva avec difficulté. Il regarda la forme endormie, inquiet.

 Le mieux serait de l’emmener à l’hôpital, mais pas avec les abrutis qui se trouvaient dans les parages. Il ne savait pas qui ils étaient, mais il savait très bien après quoi ils couraient. Il retira de nouveau les compresses sur le bras droit du gamin. L’homme, non plutôt le vieil homme, grimaça en voyant les empruntes laisser par les aiguilles. Il passa un linge humide par-dessus. Il ne savait pas si cela faisait quelques choses, mais le bras se trouvait tout de même moins brûlant qu’au début.

 Le garçon tressaillit et gémit. Des larmes roulaient sur ses joues. Le vieil homme espérait sincèrement que le garçon tiendrait le coup. Il semblait s’être battu à fond contre cette saloperie de drogue du dragon et pour pouvoir s’échapper.

 Si seulement ces deux idiots se décidaient à revenir à l’hôtel, ils seraient surement quoi faire, mais ils étaient sortis depuis deux jours. Ils l’avaient déposé dans cet hôtel avec les bagages et puis, depuis plus de nouvelles. A ces gosses ! Il leur mettrait des baffes des fois. Enfin, juste par pure sadisme parce que sinon, il les aimait ses deux idiots.

 Le vieil homme quitta la chambre sur la pointe des pieds. Il songeait à l’instant qu’il aurait dû appeler son petit-fils pour lui annoncer son prochain retour. Ensuite, il s’amuserait à nouveau à venir l’ennuyer au garage. Cela faisait trop longtemps qu’il ne l’avait pas vu. Il n’avait jamais imaginé que ce vieux garage lui manquerait tant que cela. Il savait bien que son petit-fils s’en occupait à merveille. D’ailleurs, il n’y allait même pas pour surveiller, mais plus parce qu’il s’y sentait chez lui.

 La dernière fois qu’il l’avait eu au téléphone, Renko lui avait annoncé que Carlin avait de nouveau adopté un mioche. Jamais, il n’aurait pensé qu’il finirait par être arrière grand père même si c’était des gamins adoptés. Il adorait la petite Maeva avec son doux sourire et sa langue de vipère des fois. Il paraissait que maintenant c’était un bambin qu’ils avaient adopté. Quel âge devait-il avoir maintenant ? Il devait bientôt atteindre sa première année.

 Bradly se passa une main sur son crâne rasé. Lala ! Qu’est ce qu’il avait hâte de voir à quoi pouvait ressembler ce petiot ? Il savait d’avance que ce petit morpion serait surement un autre phénomène. Il y en avait pas mal dans cette branche de famille et surtout vu le caractère très exubérant du compagnon de son petit-fils. Cela devait donner. Il était sure aussi que cette maison ne restait jamais au calme.

 

 Un rayon de soleil frôla son visage. Il fronça les sourcils. Il avait mal. Il serra les dents et parvint après plusieurs tentatives à ouvrir les yeux. Il cligna des paupières sous la luminosité. Avec des gestes lentes et douloureux, il parvint à se redresser sur le lit.

 Il sentit un vertige arriver. Il porta sa main à son visage et ferma un instant les yeux jusqu’à qu’il se sente de nouveau mieux. C’est à cet instant qu’il s’aperçut que son poignet gauche était de nouveau libre. Il n’était plus attaché ? Cet homme croyait surement qu’il ne représentait plus aucun danger. Reï secoua la tête. Il ne se laisserait pas faire. Jamais !

 Avec un effort surhumain, il parvint à se lever. Il sentit ses jambes fléchir. Il réussit à se retenir au barreau du lit pour ne pas tomber. Il voulait partir d’ici. Il voulait rejoindre sa nouvelle famille. Il voulait rejoindre Ludwig. Sa vue se brouillait. Non, pas maintenant. Il tendit le bras vers la porte avec une sorte de sanglot dans la voix. Il ne parvenait pas à toucher cette maudite porte. Il devait se lâcher.

 Il expira à fond. Il manquait vraiment d’air dans cette pièce. Il retenta le coup.

Il avança doucement. Voilà, il y arrivait ! Il allait réussir. Mais avant même d’atteindre la poignée, ses genoux fléchirent à nouveau et il tomba lourdement sur la moquette. Il laissa les larmes coulées le long de ses joues. Il n’était vraiment bon à rien. Il sentait sa résistance se fracturer. Il allait perdre pied, il le sentait. Il fallait réagir sinon il ne pourrait plus tenir la promesse faite à Carlin. Il avait promis qu’il tiendrait le coup, alors c’est ce qu’il ferait.

 La porte de la chambre s’ouvrit et une exclamation retentit. Reï fut surpris. Il ne reconnaissait pas cette voix. C’était bien celle d’un homme, mais pas du tout celle d’Antonio. Qui était-ce ? Il vit deux mains ridés le soulever. Comment une personne âgée parvenait-il à le redresser ? Bien que son regard se trouve encore un peu flou, il pouvait tout de même voir que ce vieil homme était plus mince que lui et légèrement plus petit.

- Allons, mon petit. Que fais-tu hors de ton lit ? Allez, je vais t’aider à t’y remettre.

- Qui … Qui ête .. êtes –vous ? demanda Reï d’une voix faible et pâteuse.

- Je m’appelle Bradly Moreny. Et toi, mon garçon, comment tu t’appelles ?

 Bradly ramena l’adolescent dans son lit et le recouvrit de la couette. Reï leva les yeux vers le vieil homme, triste. Comment s’appelait-il déjà ? Il avait bien trop de mal à réfléchir. Le vieil homme sourit et lui caressa les cheveux à nouveau.

- Ah lala ! Ce n’est pas grave. C’est la drogue qui t’empêche de réfléchir. Elle veut détruire ce que tu es, mais tu ne dois pas la laisser faire. D’accord ? Je sais que tu te bats contre elle depuis pas mal de temps, mais tu dois continuer. Ne la laisse surtout pas gagner. Elle en serait bien trop heureuse et nous, on lui veut que son malheur. Ce n’est pas vrai ?

 Il était amusant ce vieil homme. Reï parvint à sourire légèrement avant de grimacer sous la douleur. Le regard de Bradly se fit très inquiet. Le garçon avait dû recevoir un sacré dose. En Thaïllande, Daisuke lui avait montré les dégâts provoqué par la drogue rouge du dragon. C’était horrible ! Heureusement, le plus grand réseau avait été complètement dissolu et petit à petit tous les plus petits se faisaient démettre par la police secrète de tous les pays où elle sévissait depuis de très longues années.

 Daisuke lui avait aussi avoué que la drogue que Carlin avait reçue peu avant le grave accident, était cette poudre rouge. La simple raison pour laquelle son cher neveu était tombé de suite dans le coma, était qu’il en avait fait une allergie ou plus précisément un rejet. Les trafiquants pensaient qu’aucun de leur drogué ne pourrait s’en passer ensuite, qu’aucun ne pourrait y être immunisé ou aurait assez de force pour combattre le dragon. Ils s’étaient lourdement trompés.

 Daisuke lui avait fait rencontré des anciens drogués qui maintenant combattaient pour la détruire à jamais, celle-ci tout comme les autres. Il pouvait également le constater en voyant vivre le compagnon de son petit-fils et maintenant en regardant ce jeune garçon. Ils aimaient la vie et ils empêcheraient quiconque voudrait la leur enlever trop tôt.

 Un bruit de porte se fit entendre. Bradly se retourna d’un bloc. Un homme et une femme venaient d’entrer. La femme tenait un petit pistolet.

- Qui êtes-vous pour entrer dans les chambres qui ne vous appartiennent pas ?

- Ferme-la le vieux sinon je te clous le bec.

- Et bien, ma p’tite dame, vos parents ne vous ont pas appris la politesse, à ce que je vois.

- Ecoutez, monsieur. Je cherche après mon neveu depuis hier soir et je suis ravie de voir que vous vous êtes très bien occupé de lui. Maintenant, si vous le voulez bien. Je vais le récupérer.

 Bradly voulait bien intervenir mais la bonne femme le tenait en joue. Que devait-il faire ? D’un geste, elle lui ordonna de bouger. Il lui obéit en grimaçant. La vieillesse était vraiment une vraie plaie. L’homme se dirigea vers le lit. Reï, la respiration de plus en plus forte, gémit. Il finit par se mordre la lèvre à sang, juste pour reprendre assez d’esprit pour s’éjecter plus loin de cet homme qui se prétendait être son oncle. Antonio hurla de rage.

Ce petit merdeux, la veille, s’était débattu comme un forcené alors qu’il lui injectait sa dose. Il s’était mis à gesticuler dans tous les sens, avait failli casser l’aiguille dans le bras. Antonio l’avait frappé pour le calmer, mais rien n’y fit. Le garçon était devenu enrager. Il avait réussi à se détacher et lui avait retourné la seringue contre lui. Reï le lui avait enfoncé dans les reins et lui avait injecté le produit dans un rire de dément.

 Il se fit réveiller par une Blanche en fureur. Il souffrait affreusement de son rein droit. Il allait le lui faire payer. Il avait voulu jouer au plus malin, très bien. Tan pis pour l’argent, mais ce sale gamin allait rejoindre son père au fond du lac. Mais avant cela il s’amuserait avec lui. Il se jeta sur le garçon.

 Reï le vit foncer sur lui et s’éjecta plus loin encore. Il en tomba à la renverse sur la moquette. Il avait mal à la gorge, il avait mal au crâne. Il avait du mal à respirer. Mais son esprit était bien plus clair. Il voyait la femme tenir en joue le vieil homme. Reï s’en voulait. A cause de lui, Bradly se trouvait mêler à l’histoire. Il vit son oncle se relever et fonçait à nouveau sur lui. La peur le tenaillait à nouveau. Un froid glacial le recouvrait sur tout le corps. Il n’arriverait plus à bouger à temps. Il n’avait plus de force.

 Des voix retentirent sur sa gauche dans le salon. Puis un hurlement de rage s’entendit. Le garçon avait le regard qui se brouillait. Il ne voyait plus très bien. Mais avec le flou, il put voir un homme se jeter comme un fou sur son oncle. Il pouvait l’entendre hurler sur les coups qu’ils recevaient. Il vit deux autres hommes arriver. Le plus grand ceinturait celui qui cognait son oncle. L’autre homme lui parlait mais il n’entendait plus très bien. Sa vision se brouillait de nouveau. Il sentit deux bras l’entourer, deux bras chauds. Il les connaissait ses bras. Il les avait déjà sentis auparavant. C’était si dur de s’en rappeler.

 D’autres bruits se firent de nouveau entendre dans la pièce. Reï secoua la tête. Ce n’était pas encore fini ? Que se passait-il à nouveau ? Un autre homme se trouvait agenouiller face à lui. Reï ouvrit les yeux. Il ne se souvenait plus de les avoir fermés. Il croisa des yeux noirs, rempli d’inquiétude. Il se souvenait.

- Carlin ? Murmura-t-il d’une voix très faible. Lud ?

 Les bras qui le serraient, se resserrèrent. Il parvint à chuchoter.

- J’ai tenu ma promesse. Je ne me suis pas laissé faire.

- Tu as bien fait. Maintenant, nous allons pouvoir te soigner. Tu verras, tu vas vite reprendre une vie tout ce qu’il y a de plus normal.

- Vous croyez peut-être que vous avez gagné, pas vrai ? Hurla alors une voix de femme hystérique. Vous êtes tous que des pourritures. Surtout toi Oda ! Si tu n’existais pas ma vie aurait été bien meilleure.

 Carlin se tourna vers la folle hystérique qui pointait son arme sur toute personne qui faisait le geste de vouloir l’arrêter.

- Et je peux savoir pourquoi c’est encore de ma faute ?

- Je n’ai pas à te répondre, fils de porc ! Tu ferais mieux d’aller rejoindre ton père comme tout bon fils, ricana-t-elle avant de tirer.